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Dictionnaire d'argot fin-de-siècle

Chapter 13: J
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About This Book

A compilation of late-nineteenth-century French slang presented as a lived, documentary dictionary, offering definitions, illustrative uses, and etymological commentary. The author records vocabulary from thieves, street women, ateliers, cabarets and popular performers, emphasizing immersion in the milieus that produce these words. A prefatory discussion explains how argot forms and shifts—by deformation, substitution, suffixation and metaphor—and gives examples of derived coinages and synonymic play. Entries move between concise glosses, illustrative phraseology and occasional poetic nicknames, aiming to capture the language’s social functions and its continual, inventive mobility.

Si tu veux être ma gigolette
Moi, je serai ton gigolo.

Gigolo s’applique aussi à un individu peu aimable.

—Qu’est-ce qui nous a foutu un gigolo aussi bassinant que toi (Argot du peuple).

GIGOTS: Les cuisses.

—Mon cher elle a des gigots épastrouillants, c’est de la bidoche première catégorie (Argot du peuple). V. Boudinots.

GIBIER DE POTENCE: Filou, voleur, souteneur; tous ceux qui, en un mot, se mettent en dehors des lois et sont justiciables de la planche à pain ou du carré des petites gerbes (Argot du peuple).

GILET: La poitrine.

On dit d’une femme qui en possède une copieuse:

—La nature a rien été généreuse, pige donc le bath devant de gilet.

On dit également:

—Elle a un rude plastron.

Cela a donné naissance à un jeu de mots que les farceurs ne manquent jamais de faire. À l’époque des élections, ils arrêtent une fille dans la rue et lui demandent:

—Mademoiselle, pour qui vos têtons?

Une autre plaisanterie est encore commune:

—Mademoiselle qu’avez-vous donc dans votre corset?

—Du foin pour amuser les ânes? (Argot du peuple). N.

GINGLARD, GUINGLET ou REGINGLARD: Petit vin aigre, il faut se cramponner à la table pour le boire.

Une vieille chanson dit:

C’est un nectar, un vrai chasselas
Ça vous coupe la gueule à quinze pas.

Ce petit vin tire son nom d’un clos très ancien qui était situé sur les hauteurs du Mesnil-Montant: il appartenait au XVIe siècle à un nommé Guinguet (Argot du peuple). N.

GIROFLÉE À CINQ FEUILLES: Gifle.

Allusion aux cinq doigts (Argot du peuple). V. Salsifits.

GIROLLE: Soit, volontiers, je marche.

Par abréviation on dit simplement:

Gy, mon ange (Argot des voleurs).

GIRONDE: Belle femme.

Le souteneur qui se lamente lorsqu’elle vieillit, lui chante:

Dans ce temps-là t’était rien gironde.
Maint’nant tu toquardes de la frime
T’es comme une planche toujours en bombe,
T’es même des mois sans changer de lime.

(Argot des souteneurs).

GIVERNEUR: Vagabond habitué des refuges municipaux et de la bouchée de pain.

Quand le giverneur ne trouve pas à coucher, il file la comète (Argot des voleurs).

GLACE: Verre.

On dit également glacis.

—Allons-nous sucer un glacis? (Argot du peuple).

GLAVIOT: Crachat.

Un poitrinaire qui crache ses poumons lâche son glaviot.

Dans les ateliers, par plaisanterie, on compte les glaviots; arrivés à onze, les ouvriers, sans pitié, disent au malheureux:

—Il n’en faut plus qu’un pour faire la douzaine de Portugaises.

Pas ragoûtant pour les amateurs d’huîtres (Argot du peuple). N.

GLIER: Le diable.

Quand quelqu’un vous embête par trop, on dit dans le peuple:

—Va-t’en aux cinq cents diables.

—Que le diable t’emporte.

—Que le diable te patafiole.

Dans le monde des prisons on dit:

—Que le glier t’entôle en son patelin.

Patelin (l’enfer), le pays du diable (Argot des voleurs).

GLISSER (Se laisser): Mourir (Argot du peuple).

GLOBE: La tête.

Allusion de forme (Argot des voleurs).

GLUAU (Lâcher son): Déballer.

Pisser son gluau: accoucher.

Allusion à l’aspect gélatineux du nouveau-né (Argot du peuple).

GLUAU (En poser un): Quand les agents tendent un piège pour prendre des voleurs, ils posent un gluau.

Allusion au chasseur qui pose des gluaux dans les arbres pour prendre les petits oiseaux.

—Ne va pas rôder avec la Tine, vous allez vous faire poser un gluau.

Mot à mot: ne va pas avec les autres, vous allez vous faire mettre en prison (Argot des voleurs).

GNIAF: Plusieurs degrés au-dessous du savetier.

On appelle gniaf tout individu qui gâte un ouvrage.

Se conduire comme un gniaf: commettre des bassesses (Argot du peuple).

GNIAFFERIE (En faire une): Faire une malpropreté à un camarade.

Mot à mot: se conduire vis à vis de lui comme un goujat.

GNIAS ou GNIASSE: Soi-même.

—Pas mèche de me gerber, il n’y a que nib sur mon gniasse (Argot des voleurs).

GNOLLE ou GNOLE: Imbécile aussi niais qu’il est possible de l’être.

—Si ton point de côté savait que nous pagnotons ensemble, il te carderait le cuir.

—Y a pas de pet, il est trop gnolle, il a de la merde dans les chasses (Argot du peuple).

GNON: Donner un coup ou le recevoir.

—Ce pauvre Léon, il est crapsé du gnon que lui a foutu sa pouffiace (Argot des souteneurs).

GNOUGNOUTTE: Cette expression est employée par les filles dont ce n’est pas la profession d’aimer à crédit.

Pas de galette, pas de gnougnoutte.

L’expression est claire: pas d’argent, pas de viande (Argot des filles).

GOBE MOUCHE: Flâneur qui s’arrête à chaque boutique.

Allusion à ce qu’il baille ébahi (Argot du peuple).

GOBE-SON: Le calice.

À l’élévation le prêtre gobe son hostie (Argot des voleurs). V. Baignoire à bondieu.

GOBER: Aimer quelqu’un.

Gober: croire à quelque chose, même à une chose fausse.

GOBER LA CHÈVRE: Être furieux d’une chose qui va de travers.

On dit aussi pour exprimer la même idée: bouffer son bœuf.

Ce que font souvent les typographes quand les casses sont embrouillées et que les lettres de différents corps y sont mélangés.

Ils gobent aussi la chèvre quand un auteur méticuleux, qui ne connaît pas le métier, se mêle de leur donner des conseils (Argot d’imprimerie).

GOBER: la pilule.

Gober une aventure extraordinaire.

Gober (se): s’imaginer valoir plus que les autres (Argot du peuple).

GOBET: Morceau de viande, bœuf ou mouton entier.

—Je ne veux pas de cette viande coupée, elle a été tripotée.

—Je vais vous en couper dans un gobet, répond. le boucher (Argot des bouchers).

GOBETTE: Gobelet de fer-blanc qui mesure 33 centilitres.

Ce gobelet, sert aux détenus dans les prisons pour prendre une ration de vin à la cantine où ils ont droit à trois gobettes par jour, en payant, bien entendu.

Passer à la gobette, c’est prendre une tournée chez le marchand de vin (Argot des voleurs). N.

GOBEUR: Individu qui avale tout, même les bourdes les plus impossibles (Argot du peuple).

GODAILLER: Courir les cabarets.

Ce verbe est un souvenir de l’occupation de Paris par les Anglais, amateurs de good ale. A. D.

Godailler est synonyme d’être en patrouille et aussi de flâner.

Manquer un travail, c’est le godailler.

Godailler, c’est ne jamais se trouver bien nulle part.

—On n’en fera jamais rien, c’est un mauvais ouvrier, il godaille sans cesse (Argot du peuple). N.

GODAN (Donner dans le): Croire à un mensonge.

Synonyme de couper dans le pont (Argot du peuple).

GODAN (Le connaître): Éventer le mensonge et ne pas se laisser tromper (Argot du peuple).

GODETS: Les yeux (Argot des voleurs). V. Boule de loto.

GODILLER: Se réjouir, être content. A. D.

Godiller veut dire convoiter une femme.

Ce couplet de la célèbre chanson d’Alphonse du Gros Caillou me dispensera d’explication:

Pourtant, des fois, fallait être solide
Le 15 août, fête de l’empereur.
C’était chez nous tout rempli d’invalides,
De fantassins, de dragons, d’artilleurs,
Dame! Ce jour-là, ce que le soldat godille!
Eh bien tout ça sortait content de chez nous.
‧     ‧     ‧     ‧     ‧     ‧     ‧     ‧     ‧     ‧     ‧     ‧

Godille vient du mot ancien gaudille (Argot du peuple).

GODINETTE: Grisette.

Elle gode pour tous les hommes (Argot du peuple).

GOGUENOT: Pot de chambre.

Le locataire de la table de nuit (Argot du peuple).

GOINFRE: Gourmand qui mange à en crever.

On dit aussi: goulaffe (Argot du peuple).

GOINFRE: Chantre.

Sans doute parce qu’ils ouvrent, pour chanter, des bouches aussi grandes que des fours.

On y engamerait un pain de deux livres (Argot des voleurs). N.

GOLGOTHE: Martyr imaginaire.

Ceux qui sont atteints du délire de la persécution golgothent sans cesse (Argot du peuple).

GONCE, GONCIER: Bourgeois facile à tromper (Argot des voleurs).

GONDOLER (Se): Se tordre de rire.

Rire à s’en mordre l’œil.

C’est gondolant (Argot du peuple). N.

GONGONNER: Terme employé dans les ménages d’ouvriers lyonnais et aussi par Gnaffron dans les Guignols:

—Ma vieille colombe gongonne toujours quand je liche une chopine.

—Tais-toi donc, vieux gongon.

Gongonner, synonyme de bougonner et de ronchonner (Argot du peuple). N.

GOUALER: Chanter.

On se souvient de la goualeuse des Mystères de Paris.

La goualante signifiant chanson, la chanter, goualer, cela va de soi (Argot du peuple).

GOUAPEUR: Individu qui ne travaille jamais (Argot du peuple). V. Loupeur.

GOUGNOTTE: Femme qui déteste les hommes et qui a des mœurs à part.

On dit aussi gousse (Argot des filles). V. Accouplées.

GOULU: Dévorer ses aliments (Argot du peuple). V. Baffrer.

GOUPINER: Voler.

On applique également ce mot à quelqu’un de mal habillé.

—Est-il goupiné? (Argot des voleurs).

GOUPINEURS: Voleurs qui ont la spécialité de dévaliser les pochards qui s’endorment sur la voie publique.

Ils goupinent les profondes (Argot des voleurs).

GOUPLINE: Litre de vin.

—C’est pas malin que nous étions chlasse; à quatre, nous avons étranglé douze gouplines de ginglard à Charonne, au Petit Bonhomme qui chie (Argot du peuple). N.

GOURDE: Homme pâteux, paysan mal dégrossi.

Au superlatif: crème de gourde (Argot du peuple). N.

GOURDIFFLOT: Petite gourde (Argot du peuple). N.

GOUREURS: Les goureurs sont des individus qui se déguisent en marins étrangers venant des pays lointains.

Ils offrent au public des marchandises qu’ils ont soi-disant rapportées de l’Inde ou de la Perse, et qui proviennent tout bonnement d’un bazar quelconque (Argot des voleurs).

GOUVERNEMENT: Épée à l’École Polytechnique. A. D.

Gouvernement: La femme dans les ménages d’ouvriers.

—Mon vieux, pas mèche d’aller gouaper avec toi, mon gouvernement, est tellement rosse que je serais engeulé toute la semaine (Argot du peuple). N.

GRAILLON: Cuisinière, laveuse de vaisselle.

Fille sale qui pue la mauvaise graisse (Argot du peuple).

GRAILLONNEUSE: Ménagère qui va laver accidentellement son linge au lavoir (Argot des blanchisseuses). V. Baquet.

GRAISSER: Je vais te graisser, te battre.

Graisser les poches de quelqu’un: y mettre de l’argent.

Graisser sa femme: allusion au graissage de l’essieu pour que la voiture roule mieux (Argot des souteneurs).

GRAISSER LES BOTTES: Mourir. L. L.

Graisser les bottes: l’extrême-onction.

Mot à mot: graisser les bottes pour le voyage lointain (Argot du peuple). N.

GRAND PRÉ (Le): Bagne.

Les voleurs, autrefois, appelaient ainsi Toulon et Brest; depuis ils disent la Nouvelle (Argot des voleurs).

GRAND RESSORT: Le cœur.

C’est en effet le grand ressort de la vie.

Quand un individu meurt on dit: le grand ressort est cassé (Argot du peuple).

GRAS (Il y a): Il y a beaucoup d’argent.

—Nous pouvons nettoyer le gonce, il y a gras dans sa cambrousse.

C’est de cette expression, gras, qu’est née celle de dégraisseur (le garçon de banque), pour exprimer qu’il enlève le gras (Argot des voleurs). N.

GRAS DOUBLE: Plomb (Argot des voleurs). V. Limousinier.

GRATIN: Il y a du gratin, il y a de quoi.

Il est gratin: il est à la mode.

Pour un homme du monde, on dit: C’est un homme du gratin.

On traduit dans le peuple: personna grata par personne gratinée, du gratin.

Les moutards préfèrent manger le gratin qui s’attache à la casserole, quand la mère prépare la bouillie du petit frère (Argot du peuple). N.

GRATOUILLE: La gale (Argot du peuple). V. Charmante.

GRATTE-CUL: Vieille femme repoussante, laide à faire peur.

—Elle est laide comme un cul gratté à deux mains (Argot du peuple).

GRATTE-PAPIER: Employé aux écritures (Argot du peuple). V. Chieur d’encre.

GRATTE (En faire): Chiper sa patronne en majorant les achats (Argot du peuple). V. Gratter.

GRATTER: Battre quelqu’un.

—Je vais te gratter.

Gratter: prendre, grapiller sur tout pour grossir son lopin (Argot du peuple).

GRATTER LA COUENNE (Se faire): Se faire raser (Argot du peuple).

GREFFER: Attendre (Argot des voleurs).

GREFFIER: Chat (Argot du peuple).

GRÊLE: Patron.

Il tombe souvent sur le dos des ouvriers comme la grêle sur les vignes.

—Attention, gare la grêle.

Signal pour prévenir les camarades (Argot du peuple). N.

GRELOT: La voix (Argot du peuple). V. Affaler son grelot.

GRENADIER: Pou énorme.

Allusion à l’expression populaire qui dit d’un enfant pouilleux: il a une rude garnison.

Grenadier: pou d’élite. (Argot du peuple).

GRENAFE: Grange.

Les mendiants qui voyagent couchent dans les grenafes.

Cela vient de ce que la grange abrite les grenailles (Argot des voleurs).

GRENOUILLE: Femme de rien (Argot du peuple).

GRIACHES: Seaux qui étaient dans les cellules des prisonniers et dans lesquels ils faisaient leurs ordures.

Ce terme était employé dans les prisons vers 1790; on le trouve dans un rapport sur la Conciergerie, adressé au roi, qui voulait détruire l’horrible infection qui empoisonnait les malheureux (Argot des prisons).

GRIB’LOGE: Individu qui se plaint lorsqu’il est battu (Argot des voleurs).

GRILLÉ: Une affaire est grillée quand on n’en peut plus rien tirer.

Un agent est grillé quand il est démasqué par ceux qu’il est chargé de poursuivre (Argot des voleurs). V. Brûlé.

GRILLE (Jeter de la): Arrêter un individu au nom de la loi.

—Il n’y a pas de grille (il n’y a pas de danger) (Argot du peuple).

GRILLEUSES DE BLANC: Les repasseuses sont souvent distraites par les passants qui admirent leurs bras blancs; alors, si le fer est trop chaud, tant pis pour la chemise elle est grillée (Argot du peuple).

GRIMPANT: Pantalon (Argot du peuple). V. Falzar.

GRINCHE: Voler (Argot des voleurs).

GRINCHISSEUR: Voleur (Argot des voleurs).

GRINCHISSEUSE À LA MITAINE: Voler avec les pieds.

La voleuse laisse tomber un objet qu’elle cache prestement dans son soulier sans empeigne (Argot des voleurs).

GRINGALE: Pain (Argot des voleurs). V. Bricheton.

GRINGALET: Mièvre, malingre, enfant pas réussi (Argot du peuple). V. Avorton.

GRIPPARD et non Griffard: Chat (Argot du peuple). V. Greffier.

GRIPPE-SAUCISSES: Apprenti qui va chercher le déjeuner des ouvriers et qui en chemin égratigne un petit morceau de chaque saucisse (Argot du peuple). N.

GRIPPE-SOUS: Avare qui pousse sa passion jusqu’à se relever la nuit pour mettre un bouchon dans la douille de son soufflet pour en économiser le vent (Argot du peuple). N.

CRIS COMME UN CORDELIER: Saoul à n’en plus pouvoir, incapable de retrouver sa maison et être obligé de s’asseoir sur une borne pour attendre qu’elle passe.

Gris, allusion à la couleur de la robe de ces religieux (Argot du peuple).

GRISAILLE: Sœur de charité (Argot des voleurs). V. Pampine.

GRISETTE: Jeune fille, ouvrière plumassière, fleuriste, modiste ou polisseuse qui fit la joie de nos pères et le désespoir des leurs.

Depuis qu’elle a passé les ponts, ce n’est plus qu’une vulgaire cocotte.

Type charmant, grisette sémillante,
Au frais minois, sous un piquant bonnet
Où donc es-tu, gentille étudiante
Reine sans fard de nos bals sans apprêts.

Ainsi s’exprime la chanson en vogue autrefois au quartier latin (Argot du peuple).

GRIVIER: Soldat de la ligne (Argot du peuple). V. Lignard.

GROSSE CULOTTE: Ivrogne, beau parleur. L. L.

Grosse culotte est encore en usage dans les ateliers de forgerons.

C’est une expression connue. Chez les compagnons forgerons depuis la création du compagnonnage, on l’applique à l’ouvrier le plus habile de la partie, à celui qui était appelé à finir les grosses pièces avant l’invention des marteaux pilons.

Deux d’entre eux furent célèbres, on s’en souvient, encore dans les ateliers; ils se nommaient Dany et Pierre Virmaitre, dit Bourguignon.

Grosse culotte est toujours un terme consacré (Argot des ouvriers). N.

GROSSES LÉGUMES: Gens millionnaires, magistrats élevés, généraux, etc.

Quand, sous la Commune, un voyou demandait à être nommé général, à entrer dans les grosses légumes, il donnait pour raison qu’une de plus ou de moins dans le tas ça ne paraîtrait pas (Argot du peuple). N.

GROSSES LÈVRES: La tinette.

Allusion aux rebords (Argot des voleurs). N.

GROTTE: Prison (Argot des voleurs). V. Gerbe.

GRUE: Fille publique, jolie mais bête à manger du foin.

De cette allusion est né un mauvais calembourg:

Les camelots crient: Demandez l’Indicateur des grues de Paris pour rues (Argot du peuple).

GUENILLON: Femme mal habillée.

Traîneuse des rues.

On dit aussi: vieille guenipe (Argot du peuple).

GUEULE EN CUL DE POULE: Individu mâle ou femelle qui en faisant la moue serre les lèvres (Argot du peuple).

GUEULE EN COUP DE SABRE: Bouche fendue jusqu’aux oreilles.

—Il peut manger la soupe avec une cuiller à pot (Argot du peuple).

GUEULE D’EMPEIGNE: Palais habitué aux liqueurs fortes. L. L.

Dans tous les ateliers de France, gueule d’empeigne signifie bavard intarissable qui a le verbe haut, qui gueule constamment.

C’est un sobriquet généralement donné aux Parisiens qui font partie du compagnonnage (Argot du peuple). N.

GUETTE AU TROU: Sage-femme (Argot du peuple).

GUEUSARD: Rideau (Argot des voleurs). N.

GUEUX: Misérable.

Tout le monde connaît la chanson de Béranger:

Les gueux, les gueux
Sont des gens heureux,
Ils s’aident entre eux,
Vivent les gueux!

(Argot du peuple).

GUEUX: Coquin, canaille, gredin.

—Vous êtes un gueux d’avoir commis une aussi mauvaise action (Argot du peuple).

GUEUX: Petit vase en argile qui sert de chaufferette aux portières ou aux marchandes des halles.

C’est la chaufferette primitive.

Le gueux a donné naissance à une plaisanterie assez drôle.

À la foire de Saint-Romain, qui a lieu à Rouen tous les ans le 1er novembre, une marchande, pour utiliser son feu, fait cuire des harengs; elle a son gueux sous ses jupons, un gamin lui crie:

—Hé? la mère, tes harengs vont brûler.

—A pas peur, petit, j’ai l’œil dessus (Argot du peuple).

GUIBOLLES: Jambes (Argot du peuple). V. Brancards.

GUICHES: Les cheveux que les souteneurs ramènent sur les tempes.

On dit aussi roufflaquettes (Argot du peuple).

GUIGNE À GAUCHE: Se dit d’une personne qui louche.

Dans le peuple, on dit de celui qui est affligé d’une semblable infirmité, qu’il trempe la soupe et renverse les légumes dans les cendres, ou bien qu’il regarde en Bourgogne si la Champagne brûle (Argot du peuple). N.

GUINAL: Juif (Argot des voleurs). V. Bout coupé.

GUINCHE: Bal de barrière (Argot du peuple).

GUINCHER et non Guinguer: Danser, fréquenter la guinche (Argot du peuple).

GUITARE: Soufflet dont se servent les plombiers.

Allusion de forme (Argot du peuple).


H

HABIT À QUEUE DE MORUE: Habit de soirée.

Les pans ressemblent, en effet, à une queue de morue (Argot du peuple).

HABIT À QUEUE DE PIE: Même signification (Même argot).

HABILLÉ DE SOIE: Cochon ou sanglier.

Allusion à la peau dont les soies servent aux cordonniers pour préparer leur fil (Argot du peuple).

HARICOT VERT: Voleur en grande réputation dans le monde des prisons (Argot des voleurs).

HARPE: Barreau de prison.

Les voleurs disent plus communément d’un prisonnier qui s’ennuie:

—Il pince de la guitare à travers ses barreaux (Argot des voleurs).

HAUTOCHER: Monter à une certaine hauteur.

—J’ai hautoché jusqu’au sixième (Argot des voleurs).

HERBE À LA VACHE: L’as de trèfle (Argot du peuple).

HERBE SAINTE: L’absinthe (Argot du peuple).

HIBOU: Voleur solitaire qui ne travaille que la nuit (Argot des voleurs). V. Attristé.

HIRONDELLES: Les moustaches.

Les voleurs emploient généralement l’expression plus caractéristique d’ombreuses (Argot des voleurs.)

HIRONDELLES D’HIVER: Les ramoneurs et les marchands de marrons.

Quand les hirondelles partent pour un climat plus doux, on les voit arriver (Argot du peuple).

HIRONDELLES DE POTENCE: Les gendarmes (Argot des voleurs).

HIRONDELLES DU PONT-NEUF: Messieurs les Giverneurs viennent l’été coucher sous le pont; ils y font fréquemment de bonnes ripailles avec les produits des vols de la journée (Argot du peuple).

HOMELETTE: Homme tout petit.

La ménagère n’a pas mis la quantité d’œufs nécessaire (Argot du peuple). N.

HOSTO: Prison (Argot des voleurs).

HOTEL DES QUATRE COLONNES (L’): Salle commune du Dépôt de la préfecture de police où sont enfermés les prévenus, voleurs, souteneurs et vagabonds.

La raison de ce nom est que quatre colonnes supportent les voûtes de cette salle (Argot des voleurs). N.

HUGREMENT: Beaucoup.

Corruption de l’expression bougrement, qui signifie beaucoup (Argot du peuple).

HUMILIÉ (L’): Le dos.

On dit d’un homme qui s’humilie: il baisse le dos (Argot des voleurs). N.

HURE: La tête (Argot du peuple). V. Tronche.

HUS-MUS: Grand merci (Argot des voleurs).

HUSSARDS DE LA VEUVE: Les gendarmes ou la garde républicaine qui entourent l’échafaud les matins où l’on exécute un condamné à mort (Argot des voleurs).


I

ICIGO: Ici.

On dit aussi icicaille.

Icicaille est un vieux mot français; on le trouve en effet dans une édition du Jargon, imprimée à Troyes, de 1686 à 1711.

Icicaille est le théâtre
Du petit Dardant.

On avait attribué cet opuscule à Cartouche, le célèbre voleur, mais M. Marcel Schwob détruit cette légende.

Il faut croire que les voleurs ont le respect de la tradition, puisque le mot icicaille est encore en usage (Argot des voleurs).

IL PLEUT: Quand un étranger pénètre dans un atelier de compositeurs-typographes, les ouvriers crient: il pleut pour avertir.

Il pleut veut dire: silence.

Ce mot est en usage chez les forains; quand un pitre allonge par trop son boniment, le patron lui dit:

Écoute s’il pleut (silence).

Il pleut est également un terme ironique, une façon de répondre négativement à une demande:

Prête-moi cent sous.

Il pleut.

(Argot du peuple). N.

IMPAIR: Commettre un impair: se couper dans un interrogatoire et dire ce qu’il ne faudrait pas.

Faire un impair à quelqu’un, c’est lui manquer de respect.

Impair: commettre une faute, se tromper dans l’appréciation de la valeur d’une affaire.

Aller un peu trop de l’avant, c’est commettre un impair (Argot du peuple). N.

INCONOBRÉ: Inconnu ou étranger.

On dit aussi: inconnu au bataillon (Argot des voleurs).

INSÉPARABLE: Cigare à sept centimes et demi.

Petites perruches.

Femmes qui s’aiment (Argot du peuple). V. Accouplée.

INSINUANT: Pharmacien.

Malgré l’invention du docteur Eguisier, qui permet avec le petit appareil que l’on sait, d’opérer seul, le mot insinuant est resté pour caractériser le pharmacien, descendant de l’apothicaire Flutencul, qui insinuait la canule de la seringue dans le derrière du malade (Argot du peuple).

INSOUMISE: Fille en carte qui s’affranchit volontairement de la visite sanitaire imposée par le règlement.

Les insoumises sont très nombreuses à Paris et forment la majeure partie du personnel de la prostitution (Argot des filles). N.

INSPECTER LES PAVÉS: Fille qui raccroche à la flan (au hasard).

Elle espère voir surgir des clients (Argot des filles). N.

INSPIRÉ: Le front (Argot des voleurs). N.

INTERMITTENTE: Femme qui fréquente par intervalle irrégulier, suivant les besoins de son ménage, les maisons de rendez-vous; elle est toujours servie comme nouvelle aux étrangers (Argot des filles). N.

ISOLÉE: Fille publique qui travaille seule dans les rues, loin de son quartier, et qui n’a pas de souteneur.

L’isolée fait les bureaux d’omnibus, les jardins publics, les églises et les cimetières. (Argot des filles). N.

ITALO: Abréviation d’Italien (Argot du peuple).

INVALO: Invalide.

Il est à remarquer que l’argot moderne a une tendance à transformer la finale de la plupart des expressions: sergent, sergot; mendiant, mendigot; Saint-Lazare, Saint-Lago, etc.

Ce procédé est des plus simples; il suffit de couper le mot et d’y ajouter le suffixe o: invalide, invalo (Argot du peuple). N.


J

JABOT: La gorge.

Allusion au jabot du dindon.

Dans l’argot des voleurs, on dit aussi étal, sans doute par analogie avec l’étal du boucher, sur lequel il passe toutes sortes de viandes (Argot des voleurs). N.

JABOT (S’arroser le): Boire.

—Toute la tine s’arrose le jabot (Argot des voleurs). N.

JACQUES: Sou (Argot du peuple). V. Fricadier.

Jacques: mollets (Argot du peuple). V. Jacquots.

JACQUELINE: Grisette.

—J’ai été promener ma petite jacqueline (Argot du peuple). N.

JACQUOT: Niais, bavard importun. A. D.

Jacquot: mollet (Argot du peuple). N.

JACOBIN: Pince à l’usage des cambrioleurs (Argot des voleurs). V. Monseigneur. N.

JACTE: Crie (Argot des voleurs).

JACTER: Parler, crier.