(Argot des souteneurs).
MICHÉ DE CARTON: Homme à qui une fille demande cinq louis et qui lui offre quarante sous.
On dit aussi: miché à la mie de pain (Argot des filles).
MICHETON: Petit miché qui rale sur le prix des faveurs des filles (Argot des souteneurs).
MIE DE PAIN: Moins que rien.
Les typos, par la grande habitude, savent, du premier coup d’œil, discerner un bon article d’un mauvais.
Le mauvais, c’est de la mie de pain (Argot d’imprimerie).
MIE DE PAIN: Pou.
On sait combien une mie de pain est désagréable sur la peau; le pou occasionne une démangeaison semblable (Argot des voleurs).
MIJOU (Faire le): Simuler une maladie (Argot des voleurs).
MILLED: Billet de mille francs (Argot des voleurs). N.
MILLERIE: Loterie que tiennent les camelots dans les fêtes publiques (Argot des camelots).
MINCE: Rien.
Mais, dans le peuple, cette expression sert à manifester l’étonnement.
—Ah! mince alors, elle en a une nichée dans la paillasse (Argot du peuple).
MINETTE: V. Descendre à la crèmerie.
MINISTRE DE L’INTÉRIEUR: Doigt.
Allusion à une coutume très en usage dans les couvents de jeunes filles (Argot du peuple).
MIOU: Enfant.
Allusion au miaou du jeune chat (Argot du peuple).
MIRADOU: V. Mirante.
MIRANTE: La glace (Argot des voleurs).
MIRETTES: Les yeux (Argot des voleurs).
MIROIR À PUTAINS: Joli garçon qui s’en croit beaucoup, une espèce de «Nicolas» de faubourg.
Cette expression était employée au temps de Scarron (Argot du peuple).
MIRQUIN: Bonnet.
—J’ai vu une gerce au raslue de Saint-Lago; elle était rudement gironde avec son melet mirquin; il y manquait un rayon de miel (Argot des voleurs). N.
MIRZALES: Boucles d’oreilles (Argot des voleurs).
MISE-BAS: Quand une équipe de compositeurs est mécontente pour une raison ou pour une autre, elle met bas, elle quitte le travail (Argot d’imprimerie).
MISÉREUX: Malheureux.
Homme qui est dans une profonde misère (Argot du peuple). N.
MISLOQUE: Théâtre (Argot des voleurs).
MISTOUFLES: Faire des misères, causer des désagréments à quelqu’un (Argot du peuple).
MITARD: Cachot (Argot des voleurs).
MI-TEMPS: Milieu.
A. Delvau écrit mitan, ce n’est pas exact (Argot du peuple).
MITRE: Cachot.
Allusion à la mitre de l’évêque, qui est un signe de dignité.
Être au cachot, pour un voleur, est un titre à la considération de ses pareils.
—Où donc est Barbe-à-Poux?
—Il est mitré pour huit jornes (Argot des voleurs).
MOINE: Qu’une épreuve typographique soit faite à la brosse ou à la machine, la partie qui ne prend pas l’encre se nomme un moine (Argot d’imprimerie).
MOISSONNEUR: Le commissaire de police.
En effet, il moissonne ceux qui sont amenés à son burlingue.
Mot à mot: il les fauche comme des blés mûrs... pour la prison (Argot des voleurs). V. Quart d’œil.
MOLARD: Cracher des mucosités qui filent comme du macaroni.
Graillonner salement.
Quand un large crachat s’étale sur un trottoir, on dit:
—Quel beau molard (Argot du peuple).
MOLETTE: La bouche.
Je ne vois pas bien qui a pu donner naissance à cette expression.
La molette sert à un éperon, elle sert aussi à couper la pâte pour une certaine espèce de gâteau; enfin, quoi qu’il en soit, ce mot est usuel (Argot des voleurs). N.
MOME: Petit.
On appelle aussi une femme la môme.
Il y en a de célèbres: la Môme-Fromage, la Môme-Goutte-de-Sperme, la Môme-Caca.
On dit aussi momaque (Argot du peuple). N.
MOME D’ALTÉQUE: Jeune homme beau et efféminé que l’on rencontre vêtu d’un ça ne te gêne pas dans le parc (veston), d’un pantalon collant gris clair, d’une cravate voyante à larges bouts, et maquillé la plupart du temps.
On le rencontre dans la galerie d’Orléans, au Palais-Royal, ou au passage Jouffroy.
Ce n’est pas l’omnibus qu’il attend.
On les nomme aussi chouard, en souvenir du fameux procès Germiny (Argot du peuple). N.
MOMIGNARD: Diminutif de môme.
Petit enfant (Argot des voleurs). V. Abéqueuse.
MOMINETTE: Absinte servie dans un petit verre mousseline.
Allusion à la petitesse, du verre, qui est un môme, en le comparant à un grand verre (Argot du peuple). N.
MONSEIGNEUR (Pince): Outil qui sert spécialement, à fracturer les portes; il est tout spécialement employé par les cambrioleurs.
Cet outil en acier mesure 45 centimètres de hauteur et 25 millimètres de circonférence.
Il est connu depuis le XVIIIe siècle.
C’était un des principaux instruments dont se servait le légendaire Cartouche (Argot des voleurs).
MONTANT: Pantalon.
Il monte en effet le long des jambes.
Le montant à pattes d’éléphant est, depuis des années, le signe distinctif des citoyens à trois ponts (Argot des souteneurs). V. Falzar. N.
MONTANTE: Échelle.
L’image est frappante. Quand, autrefois, l’échafaud était élevé de treize marches que le condamné devait gravir, on nommait les marches la montante du calvaire (Argot des voleurs). N.
MONTE EN L’AIR: Les cambrioleurs.
Ils sont ainsi nommés parce que ces voleurs opèrent généralement dans les chambres de domestiques situées aux étages supérieurs.
Ils montent en l’air (Argot des voleurs). N.
MONTER UN BATEAU: Faire croire à une affaire imaginaire; présenter à des niais un projet de mise en actions pour exploiter une fonderie de pavés ou une filature de pains de sucre.
Monter un bateau, synonyme de monter le coup (Argot du peuple). N.
MONTER LE VERRE EN FLEUR (Se): Se monter le coup à soi-même. S’illusionner sur toutes choses.
S’imaginer être aimé par désintéressement.
En un mot, croire que c’est arrivé.
—Mon miché qui s’est monté le verre en fleur que j’y allais de mon voyage, faut-y qu’il soit poire (Argot du peuple). N.
MONTER LE JOB (Se): Se monter le coup.
Croire que c’est arrivé ou vouloir le faire croire à un autre (Argot du peuple).
MONTER À L’ÉCHELLE: Être guillotiné.
Mot à mot: monter à l’échelle de l’échafaud. L. L.
Monter à l’échelle a une toute autre signification dans le peuple; cela veut dire: faire mettre quelqu’un en colère.
—Il a la tête près du bonnet, il s’enlève comme une soupe au lait.
On dit aussi:
—Il a un si sale caractère qu’il grimpe à tout bout de champ (Argot du peuple). N.
MONTER UN SCHTOSSE: Mentir.
Synonyme de monter le coup à quelqu’un.
Stoss en allemand veut dire coup.
Ce mot s’est francisé et court les ateliers.
—Pour faire le lundi et ne pas avoir son sac, on monte un schtosse au patron en lui disant que l’on va à l’enterrement de son père.
Il en est qui ont enterré leur père autant qu’il y a de jours dans l’année (Argot du peuple). N.
MONNAIE DE SINGE: Une monnaie qui n’a pas cours à la Banque de France, car les garçons de recette n’accepteraient pas des grimaces en paiement (Argot du peuple).
MONTRETOUT (Aller à): Quand les filles vont au dispensaire, tous les quinze jours, pour passer la visite sanitaire, elles montrent tout au docteur (Argot des filles).
MORACE: Cri.
—Si le pante morace et que les becs de gaz accourent, lingre le pour ne pas être paumé (Argot des voleurs). N.
MORBAC: Moutard désagréable.
Morbac, diminutif de morpion (Argot du peuple).
MORCEAU DE GRUYÈRE: Individu grêlé dont le visage est percé de trous comme une passoire.
Morceau de gruyère est une allusion aux innombrables trous dont ce fromage est percé (Argot du peuple). N.
MORDANTE: Lime.
On dit d’un individu fielleux, qui ne peut prononcer une parole sans dire une méchanceté, qu’il est mordant comme une râpe (Argot des voleurs).
MORFE: Repas.
Refaite du matin, déjeuner.
Refaite du jorne, dîner.
Refaite de sorgue, souper.
Refaite exprimé bien l’action de se refaire l’estomac.
Morfer est ici pour manger (Argot des voleurs).
MORFIALLER: Manger.
Vieux mot employé par Rabelais au Propos des Beuveurs.
Où diable les escarpes ont-ils été dénicher cette expression? (Argot des voleurs).
MORFILLER LE DARDANT (Se): Se faire du mauvais sang, se manger le cœur. A. D.
Morfiller veut bien dire manger, mais dardant signifie amour.
C’est morfiller le vermeil (sang) ou le palpitant (cœur) (Argot des voleurs).
MORLINGUE: Porte-monnaie.
D’aucuns disent morningue.
Il serait plus juste de dire morniflingue, puisque mornifle veut dire monnaie (Argot des voleurs). N.
MORNANTE: Bergerie (Argot des voleurs).
MORNIFFLE: Gifle.
—Je vais te plaquer une morniffle sur la hure si tu m’emmerdes longtemps (Argot du peuple). V. Giroflée à cinq feuilles.
MORNIFFLEUR: Fabricant de fausse monnaie, argent, or, ou billets de banque (Argot des voleurs).
MORNOS: La bouche.
Manger une bouchée, avaler une mornée (Argot des voleurs).
MORPION: Insecte qui occasionne des démangeaisons fort désagréables.
Par analogie, on dit de quelqu’un dont on se débarrasse difficilement:
—Il colle comme un morpion.
On dit également: mille pattes (Argot du peuple).
MORUE: Terme employé par les femmes des halles pour répondre aux raleuses qui leur offrent un prix dérisoire de leurs marchandises.
—Va donc, morue, faudrait-y pas te foutre du beurre avec et te le porter à ton poussier (Argot du peuple).
MOU COMME UNE CHIQUE: Homme de peu de consistance, sans volonté, qui travaille mollement.
Allusion au morceau de tabac que le chiqueur a mâché toute une journée: il est mou.
De là, mou comme une chique (Argot du peuple).
MOU POUR TON CHAT: Quand on regarde avec insistance une jolie fille et que cela ne lui plaît pas, elle répond:
—Ça, mon vieux, c’est pas du mou pour ton chat.
D’aucunes, plus expressives, disent:
—Tu peux regarder, c’est pas de la viande pour ton serin (Argot du peuple). N.
MOUCHARDE: La lune.
Elle se montre souvent fort mal à propos pour déranger messieurs les voleurs dans leurs expéditions nocturnes (Argot des voleurs). N.
MOUCHE: Laid, bête, ridicule.
—Elle est rien mouche, la môme à Poil-aux-pattes (Argot du peuple).
MOUCHES (Tuer les): On dit de quelqu’un qui a une haleine infecte:
—Il tue les mouches à quinze pas (Argot du peuple). V. Pot de chambre cassé dans l’estomac.
MOUCHER LE QUINQUET (Se faire): Recevoir une verte correction, une formidable volée (Argot du peuple).
MOUCHIQUE: Laid à faire peur.
Vient du mot russe mejiks (Argot du peuple). N.
MOUCHIQUE À LA SECTION: Mal noté dans son quartier.
Quartier est synonyme de section, depuis la division des arrondissements en sections pour les votes (Argot du peuple). N.
MOULE À GAUFRE: Individu dont le visage a été ravagé par la petite vérole.
Allusion au moule employé par les gaufriers (Argot du peuple). N.
MOULE À PETS: Homme qui se lâche facilement.
Dans le peuple on dit:
—Avec un vent pareil, il va pleuvoir de la merde.
On dit également:
—Si on chante comme ça à ton enterrement, il y aura plus de cochons que de curés (Argot du peuple). N.
MOULE EST CASSÉ (Le): Se dit d’un personnage exceptionnel, inimitable. L. L.
Cette expression n’est pas prise dans ce sens parmi le peuple; elle est employée pour dire d’une femme qui a passé l’âge, qui ne marque plus, qu’elle ne peut plus faire d’enfants: le moule est cassé (Argot du peuple). N.
MOULIN: Boutique du recéleur.
C’est pour cette raison, sans doute, que l’on nomme le recéleur, le meunier (Argot des voleurs). N.
MOULIN À MERDE: La bouche.
En mangeant, elle travaille pour Richer (Argot du peuple).
MOULIN À PAROLES: Femme bavarde qui ne tarit pas, qui parle avec volubilité.
Elle broie les paroles comme le moulin, le café (Argot du peuple).
MOULIN À VENT: Le derrière.
Dans la Chanson du Propriétaire on trouve:
(Argot du peuple). N.
MOUILLANTE: La soupe (Argot du peuple). V. Laffe.
MOUSCAILLE: La marchandise que l’on abandonne avec satisfaction dans les châlets de nécessité.
Mouscailler: faire ses besoins (Argot du peuple).
MOUSQUETAIRE GRIS: Pou.
Allusion à la couleur de cet horrible animal que pourtant certains adorent.
Un amateur marchande un pou à un chiffonnier; il lui offre d’un pou magnifique un prix dérisoire. L’éleveur le remet délicatement dans sa chemise en lui chantant le refrain célèbre:
(Argot du peuple). N.
MOUSSANTE: Bière (Argot du peuple).
MOUSSERIE: Fosse d’aisance des prisons (Argot des voleurs).
MOUSTIQUE DANS LA BOÎTE AU SEL: V. Asticot dans la noisette.
MOUTON: Dénonciateur qui vend ses complices.
Prisonnier qu’on place dans une cellule avec un autre prévenu pour le moutonner.
C’est-à-dire le faire avouer dans la conversation (Argot des voleurs).
MOUTON: Matelas.
Quand il est plus que plat, on dit: galette (Argot du peuple).
MOUVETTE: Indicateur qui fournit des indications à la police.
C’est généralement un camelot; il se meut d’un point à un autre, suivant les cas (Argot des voleurs). N.
MUETTE (Avoir une puce à la): Condamné qui a des remords.
On dit aussi: jouer à la muette (ne pas parler) (Argot du peuple).
MUFFÉE (En avoir une): S’être empiffré jusqu’à en étouffer.
Avoir une soulographie numéro un.
Muffée: n’en plus pouvoir (Argot du peuple). N.
MUFFLE: Communément, ce sont les maçons qu’on appelle ainsi.
La chanson dit:
En effet, il y a plusieurs genres de muffles:
Tout individu qui se conduit mal avec quelqu’un est un muffle.
Muffle est synonyme de goujat (Argot du peuple).
MURON: Sel.
Muronnière: la salière (Argot des voleurs).
MUSETTE (S’en faire jouer un air): Expression employée dans les maisons de rendez-vous pour désigner un certain travail très estimé des écoliers (Argot des filles).
MUSETTE (Couper la): Empêcher quelqu’un de parler.
On dit aussi: lui couper la chique (Argot du peuple).
MUSICIEN: V. Mouton.
N
NAZ: Nez.
On dit aussi nase.
C’est certainement une abréviation de naseau (Argot du peuple).
NE PAS ATTACHER SON CHIEN AVEC DES SAUCISSES: Avare.
C’est une expression très populaire, superlatif de chien, grippe-sous.
On ne peut rien dire plus d’un homme (Argot du peuple). N.
NE RIEN AVOIR DANS LE FUSIL: Avoir le ventre vide.
L’allusion est facile à saisir:
(Argot du peuple).
NEG AU PETIT CROCH: Chiffonnier.
Neg est une abréviation de négociant, et croch de crochet, outil indispensable aux chiffonniers (Argot du peuple).
NÈGRE: Heure de minuit, à laquelle l’obscurité est la plus profonde (Argot des voleurs).
NÉGRESSE: Puce.
Allusion de couleur (Argot du peuple).
NÉGRESSE: Bouteille.
—Allons-nous étouffer une négresse de ginglard à Argenteuil? (Argot du peuple).
NEP: Rastaquouère vendant aux imbéciles des décorations exotiques (Argot des voleurs).
NETTOYÉ: N’avoir plus rien, être absolument à sec.
Nettoyé, être à l’agonie, se sentir mourir.
—Le médecin m’a dit que j’étais nettoyé (Argot du peuple).
NEZ CULOTTÉ: Nez d’ivrogne.
Dans le peuple on dit:
—Si on lui pressait le piton il en sortirait du vin.
Le nez culotté a été célébré par Ch. Colmance:
Il y a des nez culottés qui coulent plus cher que s’ils étaient en or (Argot du peuple).
NEZ RETROUSSÉ: Nez à narines larges et ouvertes.
—Il va te pleuvoir dans le nez.
—Elle se pleure dans le nez quand elle a du chagrin (Argot du peuple).
NIB: Signifie rien.
Cette expression n’est pourtant pas toujours prise dans ce sens.
Quand on dit: nib de blaire, par exemple, pour qualifier un nez énorme, nib devient synonyme de mince qui veut dire beaucoup (Argot du peuple). N.
NIB DE BRAISE: Pas d’argent.
—Par un bourguignon pareil tu restes à la piaule, allons décanille.
—Nib de braise, les valades sont dégraissées (Argot des voleurs).
NICHE À SEINS: Corset.
Allusion à ce qu’il soutient les forts, augmente le volume des faibles, discipline les vagabonds et protège les égarés (Argot du peuple). N.
NICHONS: Les seins.
—Laissez-moi tâter vos jolis nichons.
—Combien qu’tu payes? (Argot du peuple).
NIÈRE: Homme quelconque, lui.
—Le gonce a rudement le trac pour son nière.
On dit aussi: mon nière bobéchon pour moi.
Bobéchon, ici, fait double emploi (Argot des voleurs).
NIF: Non (Argot des voleurs).
NIPPÉ: Bien habillé.
—J’avais plus rien, les requins m’avaient bazardée pour payer mon probloque, j’ai dégotté un miché qui m’a renippée, à présent je suis rupine je peux trimarder (Argot du peuple)
NIQUE DE MÈCHE: N’avoir pas de complice.
—J’ai fait mon coup de vogue sans nique de mèche (Argot des voleurs).
NIQUE DE MÈCHE: Refus d’un complice de partager le produit d’un vol.
—Nique de mèche, je ne fade pas le pognon (Argot des voleurs).
NIORTE: Viande (Argot des voleurs). V. Crigne.
NOCE DE TAILLEUR: (Faire une): Se promener le long des berges et faire des ronds dans l’eau avec des cailloux (Argot du peuple). N.
NOIX (En avoir): Avoir beaucoup de bijoux (Argot des voleurs).
NONNE (Faire): Faire la foule.
Rien de plus simple: les nonneurs (complices) se groupent autour de l’un d’eux, qui simule un mal subit, de préférence dans une rue barrée; les badauds s’amassent, le tireur peut à l’aise explorer les poches, et souvent la moisson est féconde.
Quand l’un d’eux est pris et qu’il se met à table, on dit qu’il mange sur ses nonneurs (complices) (Argot des voleurs).
NONNEURS: Complices de voleurs, plus particulièrement des pick-pockets (Argot des voleurs).
NORD: Tête.
Dans le peuple, on dit souvent de quelqu’un qui devient fou:
—Il perd le nord (Argot du peuple).
NOZIÈRES: Qui? (Argot des voleurs). N.
NOURISSEUR DE POUPARDS: Complice qui prépare les vols à accomplir.
Un bon nourrisseur de poupards est très recherché par les voleurs (Argot des voleurs).
NOUSAILLES: Nous.
Nosigues est beaucoup plus usité (Argot des voleurs).
NOUVELLE (La): Le bagne.
Abréviation de Nouvelle Calédonie.
Autrefois, quand les bagnes étaient à Brest et à Toulon, on disait le grand pré.
—Il est sapé à faucher le grand pré à perpète (Argot des voleurs).
NOYEUSE D’ÉTRONS: Mère de famille qui va au lavoir public laver le linge de ses enfants.
Allusion aux déjections des bébés qui souillent les couches (Argot du peuple).
NUAGE: La tournure, que portent les femmes; ainsi nommé parce qu’il cache la lune (Argot du peuple). N.
O
ŒIL À LA COQUE: Recevoir sur l’œil un formidable coup de poing qui le poche et en fait un œil au beurre noir.
La violence du coup fait extravaser le sang et le lendemain, l’œil est couvert par une large tache noire.
On appelle alors le blessé: tape à l’œil (Argot du peuple).
ŒIL EN COULISSE: Regarder quelqu’un amoureusement, tendrement, avoir l’air de lui dire:
—Veux-tu?
Faire le genou à sa voisine sous la table, est aussi significatif et beaucoup moins visible, surtout si le mari est là (Argot du peuple).
ŒIL QUI DIT MERDE À L’AUTRE: Deux yeux qui ne vivent pas en bonne intelligence, qui se regardent en chiens de faïence (Argot du peuple). V. Guigne à gauche.
ŒIL (Faire de l’): Les filles font de l’œil aux passants qu’elles veulent raccrocher:
dit la chanson du marlou (Argot des filles).
ŒIL (Faire l’): Avoir à crédit chez les fournisseurs.
Dans le peuple, quand on oublie de payer, le fournisseur refuse crédit; alors on dit que l’œil est crevé (Argot du peuple).
OGRESSE: La procureuse ou la proxénète, bouquetière ou marchande à la toilette; elle donne cent sous aux filles quand elle touche vingt francs, elle leur vend mille francs ce qui vaut cent francs.
Mot à mot: l’ogresse les mange toutes crues (Argot des filles).
OGRESSE: Femme friande de chair fraîche appartenant à son sexe (Argot des filles). V. Accouplées.
OIGNON (L’): Il s’appelle aussi trou de balle (Argot des souteneurs). V. Figne. N.
OIGNON: Montre énorme. Argot du peuple qui dit: ognon.
—Ton ognon marque-t-il l’heure et le linge? (Argot du peuple).
OISEAU: Hélas! quand il est envolé c’est pour longtemps et les regrets si amers qu’ils soient sont superflus.
Heureux encore s’il ne laisse pas un petit dans la cage.
—Elle a perdu son oiseau (Argot du peuple). N.
OLIVIER DE SAVETIER: Navet.
Comme ils sont économes pour la plupart, ils se servent de l’huile de navette qui se vend bon marché pour assaisonner leur salade.
C’est exactement la même chose que pour les pommes de terre; on dit des oranges de limousins (Argot du peuple).
OMNIBUS: Femme à tous.
On dit aussi: wagons et omnibusardes.
Fréquemment, ces omnibus là donnent une correspondance pour l’hôpital du Midi (Argot du peuple).
OMNIBUS À CONI: Voiture qui emporte le guillotiné du lieu d’exécution au cimetière (Argot des voleurs).
ONCLE: Le guichetier qui garde la première porte d’entrée d’une prison.
Je ne vois pas trop pourquoi on l’appelle mon oncle car il n’a guère de tendresse pour les visiteurs, à moins que ce ne soit un à peu près. Quand on va au clou, mon oncle prend soin des objets déposés (Argot des prisons).
ONGLES CROCHES (Les avoir): Ce sont généralement les Normands qui ont cette spécialité, car on dit très souvent d’un grippe-sous que l’on pourrait le jeter au plafond qu’il ne retomberait pas.
Avoir les ongles croches est synonyme de poser zéro et de retenir tout (Argot du peuple).
ORANGER DE SAVETIER: Pied de sarriette, que les savetiers placent dans leur échoppe à côté d’eux (Argot du peuple).
ORDINAIRE: La soupe et le bœuf que les ouvriers mangent le matin.
Comme presque toute l’année c’est la nourriture ordinaire, de là, le nom (Argot du peuple).
ORDINAIRE: Homme habitué à venir à heure et à jour fixe chez une fille.
C’est un protecteur intermittent (Argot des filles).
ORGUE: Homme.
Mon orgue, moi.
Ton orgue, toi.
Son orgue, lui.
Leur orgue, eux.
(Argot des voleurs).
ORGUE (Jouer de l’): Ronfler.
Il ronfle comme un tuyau d’orgue.
Il ronfle comme une toupie d’Allemagne.
Allusion au ronflement sonore que fait la toupie en tournant sur elle-même (Argot du peuple).
ORNICHON: Oie, volaille.
Les voleurs qui ont la spécialité de dévaliser les poulaillers dans les campagnes se nomment des nettoyeurs d’ornichons (Argot des voleurs). V. Angluce.
ORNIE DE BALLE: Dindon (Argot des voleurs).
ORPHELIN DE MURAILLE: Les étrons qui s’alignent le long des murs isolés.
Pourquoi orphelins?
Ils sont parfois en nombreuse société et beaucoup ne peuvent être pris pour des vagabonds étant munis de papiers (Argot du peuple).
ORPHELIN: Bout de cigare ou de cigare que le fumeur abandonne dédaigneusement.
Ils sont aussitôt recueillis par le ramasseur de mégots qui leur fait un sort (Argot du peuple).
ORPHELIN: Verre de vin à moitié bu que le buveur abandonne sur le comptoir du mastroquet.
Quand un consommateur boit seul sans trinquer, il étouffe un orphelin.
Dans les bars, il ne manque pas de Saint-Vincent-de-Paul pour les recueillir (Argot du peuple).
OSEILLE: La faire à l’oseille.
Jouer un tour désagréable à quelqu’un. A. D.
Il attribue ce mot à un cabotin habitué d’une petite gargote de la rue de Malte où mangeaient les artistes des théâtres du boulevard et du Temple.
Selon lui, ce mot date de 1861 environ.
Comme cette locution: la faire à l’oseille est très répandue, il est bon de rétablir son origine.
Le petit père Vinet, mort il y a deux ans dans un taudis de la rue de Tourtille, à Belleville, était vers 1840 un chansonnier en vogue.
Il avait été sauvage au Caveau des Aveugles, au Palais-Royal, avant le père Blondelet; il mangeait dans la gargote citée par Delvau.
La gargote était non rue de Malte, mais rue de la Tour. Un après-déjeuner, il composa une chanson intitulée: Vous me la faites à l’oseille. Bouvard, l’homme à la vessie la chantait encore en 1848, place de la Bastille.
Voici un couplet de cette chanson: