Comme on le voit, il y a plus de cinquante ans que l’on connaît cette expression (Argot du peuple). N.
OS: Argent, or ou monnaie.
—J’ai de l’os à moelle dans ma poche (plusieurs pièces de cent sous) (Argot du peuple).
OSEILLE: Argent (Argot du peuple). V. Aubert.
OSEILLE (La faire à l’): Réussir un bon vol qui a été bien nourri.
Sûrement c’est la faire à l’oseille à celui qui a été dévalisé.
Les voleurs sont quelquefois facétieux (Argot des voleurs).
OSSELETS: Les cinq doigts.
Les gamins jouent un jeu qui se nomme osselet avec des os de pied de mouton (Argot du peuple). V. Apôtres.
OURLER LE BEC: Besogne terminée.
Quand un ouvrier graveur met sa signature au bas de sa planche ou de son bois, le bec est ourlé (Argot d’atelier).
OURS: Homme sombre, triste.
Dans les ateliers, on dit d’un ouvrier qui fuit ses camarades: c’est un ours.
En réalité, ours mal léché est synonyme de mufle (Argot du peuple).
OURS: Mauvais livre qui reste pour compte à l’éditeur.
Mauvais manuscrit de pièce qui dort dans les cartons du directeur.
En un mot, tout ce qui ne vaut rien, qui est raté, est un ours (Argot du peuple).
OURS (En poser un): Quitter sa casse pour raser un copain; la séance se prolongeant, les camarades crient:
—Mince d’ours (Argot d’imprimerie).
OURSER: Il est très difficile d’expliquer le sens brutal de ce mot autrement que comme ceci:
Mari qui remplit ses devoirs conjugaux comme un ours (Argot du peuple). N.
OUTIL: Vieille femme.
Objet de rebut qui ne peut servir à aucun usage.
Terme de mépris fréquemment employé:
—Sale outil (Argot du peuple).
OUTIL DE BESOIN: Femme ou fille.
Elles ne deviennent outil que par l’habitude de la cohabitation.
Un souteneur qui n’a pas de poigne pour défendre sa marmite est également un outil de besoin... jusqu’à temps qu’elle en trouve un autre (Argot du peuple).
OUVRIR SA SOUPAPE: Péter bruyamment.
Allusion à la soupape de la chaudière qui se soulève pour laisser échapper la vapeur quand la pression est trop haute.
On crie à celui qui s’oublie aussi fort:
—Ferme ta soupape, ça pue (Argot du peuple). N.
OUVRIR SA TABATIÈRE: Péter.
Par allusion à l’odeur, on dit: Quelle rude prise! On en prend plus avec son nez qu’avec une pelle (Argot du peuple). N.
P
PAF: Cette expression désigne l’objet qui distingue l’homme de la femme.
Ce sont les voyous qui ont inventé le mot.
Quand un tenancier d’une maison de tolérance se retire des affaires et qu’il se fait construire une maison à la campagne, s’il éprouve, par vanité, le besoin de mettre au fronton de sa maison un écusson, il peut y ajouter cette devise qui explique le mot paf:
Pene erexit domum (Argot du peuple). N.
PAF (Être): Être gris.
—Je me suis paffé hier soir que c’en est dégoûtant.
—Paf, ça y est.
Chose accomplie. Synonyme de: J’en ai mon pied. (Argot du peuple).
PAFFS: Souliers.
C’est à peu près le meilleur mot d’argot pour désigner le bruit que fait le marcheur ou frappant le sol du pied.
C’est une image: paff! paff! (Argot du peuple).
PAGNE: Lit.
Allusion au pagne qui entoure la taille des sauvages; les draps cachent également la nudité de l’homme et de la femme (Argot du peuple). N.
PAGNE: Provision.
(Argot des voleurs).
PAGNOTER (Se): Se coucher.
Malgré le double emploi, on dit dans le peuple:
—Je vais me pagnoter dans mon pieu avec mes dardants (Argot du peuple).
PAILLASSE: Femme.
Un homme se promène, sa femme au bras; il est rencontré par un ami:
—Tiens, tu déménages, Charlot?
—Pourquoi donc?
—Puisque t’as ta paillasse sous le bras (Argot du peuple). V. Boulet.
PAILLASSE À SOLDAT: Femme sur laquelle tout un régiment couche.
Mot à mot: qui sert de paillasse (Argot du peuple). N.
PAILLASSE: Pitre qui fait le boniment devant les baraques de saltimbanques.
Paillasses: les hommes politiques qui servent tous les gouvernements, pourvu qu’ils paient.
(Argot du peuple).
PAILLE (C’est une): Signe d’étonnement qui veut dire beaucoup, trop gros fardeau à porter:
C’est une paille que de porter ça là bas (Argot du peuple). N.
PAILLE AU CUL (Avoir la): Être mis à la réforme. L. L.
S’en aller la paille au cul, c’est quitter le régiment en ayant encore de la salle de police ou de la prison à faire.
Allusion à la paille sur laquelle couchent les prisonniers (Argot des troupiers). N.
PALABRE: Discours ennuyeux, prudhommesque. A. D.
Palabra, en langue espagnole, signifie parole, il est vrai, mais ce n’est pas le sens dans le langage populaire.
Palabre trembleuse: figure de bourgeois qui tremble à propos de rien, qui a peur de son ombre, qui se cache au moindre bruit.
Palabre signifie figure:
—Le biffard a tellement la frousse que sa palabre défargue (Argot du peuple). N.
PALAIS: Pièce de cinq francs.
Allusion à la forme plate du palais qui sert pour jouer au tonneau (Argot du peuple). V. Tune.
PALLAS: Discours.
—Tu ne vas pas bientôt nous lâcher le coude avec ton pallas à dormir debout.
—Viens-tu entendre le bénisseur, il va pallasser sur la tombe de son ami (Argot des voleurs).
PALLASSEUR: Individu qui parle d’abondance, longuement, sur tout ce qu’il ne sait pas.
—Gare aux inondations! le pallasseur a ouvert son robinet (Argot du peuple).
PALPEUR: Juge d’instruction.
Il palpe en effet les prisonniers pour les faire avouer.
Cette expression est plus jolie que l’ancienne: curieux (Argot des voleurs). N.
PALPITANT: Le cœur (Argot des voleurs). V. Grand ressort. N.
PAMPINE: Sœur de charité (Argot des voleurs).
PANAMISTE: Cette expression date de 1892.
Ce sont les dénonciations faites par M. Andrieux contre les 104 députés qui auraient touché des chèques à la caisse du Panama qui ont donné naissance à ce mot (Argot du peuple). N.
PANADE: Soupe de pain qui mijote lentement sur un feu doux.
Dans le peuple, être dans la panade, c’est être dans la misère.
Allusion à ce que la panade est généralement faite avec des croûtes de pain (Argot du peuple). N.
PANAIS: Pan de chemise.
Être en panais, être en chemise.
Dans le peuple, panais est employé comme négation.
—Veux-tu me prêter cent sous?
—Des panais, tu te fouterais de ma fiole (Argot du peuple). N.
PANIER: Lit.
—Mon petit homme, veux-tu venir avec moi faire une séance de panier, tu verras comme je suis aimable (Argot des filles).
PANIER À SALADE: Voiture cellulaire pour conduire les prisonniers des postes de police au Dépôt de la préfecture, ainsi nommée parce qu’autrefois cette voiture était à claire-voie (Argot des voleurs).
PANIER À DEUX ANSES: Avoir une femme à chaque bras (Argot du peuple).
PANIER PERCÉ: Homme qui n’a rien à lui.
Allusion au panier sans fond que jamais on ne peut emplir (Argot du peuple).
PANSU: Terme de mépris employé par le peuple pour qualifier un bourgeois qui fait un dieu de son ventre et qui a une panse arrondie.
Pansu: égoïste qui ne songe qu’à lui (Argot du peuple). N.
PANTIN: Paris.
Pantin: Argot du peuple.
Pantruche: Argot des voleurs.
PANTE: Imbécile qui se laisse facilement duper.
Inutile, je pense, de dire que pante vient de pantin: gens de Paris (Argot des voleurs).
PANTRE ARGOTÉ: Imbécile de la pire espèce, plus bête que ses pieds; être facile à tromper (Argot des voleurs).
PANTRE ARNAU: Mot à mot: individu qui renaude, qui marronne en s’apercevant qu’il vient d’être victime d’un vol (Argot des voleurs).
PANUCHE: Femme élégamment mise. L. L.
Panuche est la maîtresse d’une maison de tolérance (Argot des souteneurs). V. Maman-maca.
PAPILLON: Blanchisseur de campagne (Argot des voleurs).
PAPILLON: Vol à la marque.
Il se pratique dans les voitures de blanchisseuses qui viennent de la campagne et confient leurs voitures à la garde d’un enfant (Argot des voleurs).
PAQUET: Homme ou femme gros, court sur pattes, sans élégance, ressemblant à un paquet de chair (Argot du peuple).
PARANGONNER: Arranger au moyen d’interlignes des caractères de différents corps (Argot d’imprimerie).
PARAPHE (En détacher un): Donner un soufflet à quelqu’un.
On dit aussi:
—Je vais te poser un cachet.
Détacher un paraphe est rarement employé, c’est trop long; bègne vaut mieux (Argot du peuple).
PARC AUX HUÎTRES: Mouchoir.
L’allusion n’est pas tout ce qu’il y a de plus distingué, mais l’image est juste (Argot du peuple). N.
PARFAIT AMOUR DE CHIFFONNIER: Eau-de-vie vendue dans les assommoirs (Argot du peuple).
PARFUMEUR: Avocat.
Mot à mot: il couvre son client de fleurs (Argot du peuple). V. Blanchisseur.
PARISIEN À GROS BEC: Quand, dans les ateliers, un provincial fait de l’embarras, qu’il prend des airs casseurs, qu’il fait le crâne et dit: nous autres Parisiens, parce qu’il habite la capitale depuis six mois, on lui répond:
—Tu n’es qu’un Parisien à gros bec (Argot du peuple). N.
PARLOIR DES SINGES: Parloir des prisons.
Allusion aux trois grilles entre lesquelles sont enfermés les visiteurs et les prisonniers (Argot des voleurs).
PAROUFLE: La paroisse.
C’est un sale parouflard; pour sale paroissien (Argot des voleurs). N.
PARRAIN: Avocat.
Il sert en effet de parrain à l’accusé, il le tient sur les fonds baptismaux eu cour d’assises (Argot des voleurs). N.
PASCAILLER: Passer.
—Le gonce a pascaillé avant toi au carré des petites gerbes, il est enflaqué pour dix berges.
Pascailler veut dire également prendre le tour ou la place de quelqu’un.
—J’ai pascaillé la Môme Livarot au Rouquin (Argot des voleurs). N.
PAS CUIT: Un courtier demande à un libraire un livre ou une revue; s’ils ne sont pas parus, on lui répond laconiquement: pas cuit.
Mot à mot: ils sont encore au four (en confection) (Argot des libraires). N.
PAS SI CHER: Silence, parlez plus bas, on nous écoute.
Expression employée dans les prisons pour signaler l’arrivée d’un gardien qui punirait les causeurs.
Synonyme de: il pleut, employé dans les imprimeries quand le prote ou le patron entre à l’atelier (Argot des voleurs).
PAS MÈCHE: Impossible de réussir.
Mèche pour moyen.
—J’ai beau la chauffer, pas mèche d’y arriver (Argot du peuple).
PASSE (Être gerbé à la): Mauvaise affaire pour celui qui est dans ce cas-là.
Être gerbé à la passe, c’est être condamné à mort.
La passe, c’est la guillotine (Argot des voleurs).
PASSE (Faire une): Fille qui raccroche sur la voie publique et conduit ses clients de hasard au premier hôtel venu.
Elle ne fait que passer.
Faire une passe vient aussi de faire un passant (Argot des filles).
PASSE-BOURGEOISE: Femme mariée, habituée des maisons de rendez-vous et qui, par ses passes, aide à faire bouillir la marmite (Argot du peuple).
PASSER À LA PIPE: Quand un individu est arrêté et conduit dans un poste, les agents le battent.
On le passe à la pipe.
Mot à mot: il est fumé.
Synonyme de passer à tabac (Argot du peuple).
PASSER DE BELLE (Se): Né pas recevoir sa part d’un vol ou d’une affaire.
Il s’en passe de belles: homme qui vit, joyeusement.
Mot à mot: qui passe de belles journées.
Il s’en passe de belles pour exprimer que dans tel endroit il se passe de vilaines choses.
Il en fait de belles: commettre de mauvaises actions.
—Il en fait de belles ton vilain sujet, il crèvera sur l’échafaud (Argot du peuple et des voleurs). N.
PASSER DEVANT LE FOUR DU BOULANGER: Voilà une expression qui n’est pas banale et qui est très usitée.
Quand un gamin ou une gamine sont trop précoces, qu’ils ont l’esprit plus éveillé qu’il ne faudrait, on emploie ce mot.
Mais il est plus typique dans ce sens.
Quand une toute jeune fille a avalé son pépin et qu’elle pose quand même pour la vertu, on lui dit:
—Ne fais donc pas tant ta gueule, tu as passé devant le four du boulanger.
Mot à mot, elle a vu enfourner (Argot du peuple). N.
PASSER LE GOÛT DU PAIN: Étrangler un individu, lui faire passer le goût du pain (Argot du peuple).
PASSER DEVANT LA GLACE: Payer.
Allusion à la glace qui est toujours derrière le comptoir, chez le marchand de vin (Argot du peuple).
PASSER L’ARME À GAUCHE: Mourir (Argot du peuple).
PASSER L’ÉPONGE: Oublier, pardonner.
Mot à mot: laver le passé (Argot du peuple).
PASSER À TABAC: Cette expression est toute récente.
Quand un individu est arrêté et conduit dans un poste de police, il est souvent frappé par la police, de là: passer à tabac (Argot du peuple).
PASSÉ-SINGE: Roué. A. D.
Singe ne doit pas ici être pris dans le sens de patron; singe est l’animal de ce nom.
Passé-singe, passé maître dans l’art de faire des grimaces et de se contorsionner.
Synonyme de souplesse et d’agilité.
—Il est donc passé-singe qu’il a pu cromper la tante malgré l’oncle et les barbauttiers (Argot des voleurs). N.
PASSE VANTERNE: Échelle.
Mot à mot: passer par la fenêtre (Argot des voleurs).
PASSIFS: Souliers.
Il en est peu, en effet, qui résistent au mauvais temps, surtout depuis l’invention des semelles en cuir factice (Argot du peuple).
PASSIF: Homme pour homme, celui qui subit.
Habitué des latrines de la berge du Pont-Neuf, des bains de la rue de Penthièvre ou des pissotières des Champs-Élysées.
Dans le peuple on dit:
—Il va ramasser des marrons dans l’allée des Veuves.
L’allusion est claire (Argot du peuple).
PATAPOUF: Homme gros et court sur jambes, qui peut à peine souffler en marchant.
Dans le peuple on dit:
—Ce patapouf souffle comme un phoque (Argot du peuple).
PATELIN: Pays.
Corruption du vieux mot pasquelin, qui signifiait la même chose (Argot du peuple).
PATINER (Se): Se sauver.
—Je me patine parce que je suis en retard.
Allusion aux patineurs qui avancent rapidement.
Patiner veut aussi dire se dépêcher de terminer une besogne.
—Je me patine de finir ma pièce, autrement samedi pas de galette.
Patiner du chiffon rouge, se patiner de la langue: parler vite (Argot du peuple). N.
PATOUILLER: Manier.
—Vous n’avez pas bientôt fini de me patouiller avec vos sales pattes?
On patouille dans un coffre-fort.
On dit également patrifouiller.
—Ce cochon de quart d’œil a passé deux heures à patrifouiller dans mes frusques pour trouver de quoi me faire sapé, mais il est grinchi. C’était au moulin.
Patrifouiller est le superlatif de fouiller (Argot des voleurs). N.
PATRICOTAGE: Les danseurs patricotent des jambes.
On dit aussi:
—Il a patricoté dans la caisse.
Patricoter est ici pour tricoter (Argot du peuple). N.
PAUMER: Perdre.
—Tu fais une drôle de gueule.
—J’avais deux sigues d’affaire et j’en paume quatre, y a de quoi.
—Fallait pas jouer (Argot des voleurs). N.
PAUMÉ: Être pris, empoigné.
Les agents arrêtent un voleur en lui mettant généralement la paume de la main sur l’épaule.
L’allusion est claire.
Être empaumé: être fourré en prison (Argot des voleurs).
PAUMÉ MARRON: Paumé, pris, marron, l’être.
Je suis marron signifie être refait.
Un gogo est marron dans une affaire qui rate.
—On m’a pris ma place, je suis marron.
Synonyme de rester en panne (Argot des voleurs). N.
PAVE (On): Rue dans laquelle on ne peut passer à cause d’un créancier (Argot du peuple).
PAYER UN HOMME (Se): Moyen que possèdent toutes les femmes sans débourser d’argent.
Cette expression est généralement employée par les femmes à caprices.
—Elle se paye autant d’hommes qu’elle change de chemises (Argot des filles). N.
PEAU COURTE (Avoir la): Accident qui arrive à ceux qui mangent trop de haricots.
Mot à mot: péter (Argot du peuple).
PEAU DE LAPIN: Nom donné aux ouvrières cartonnières:
—Jamais mes peaux de lapins ne turbinent le lundi (Argot du peuple). N.
PÉDÉRASTE: Ce mot est trop connu pour avoir besoin de l’expliquer autrement que par ceci: homme qui commet volontairement des erreurs de grammaire et met au masculin ce qui devrait être au féminin (Argot du peuple).
PÉGOCE: Pou.
On dit aussi gau.
Abasourdir des gaux: tuer les poux qui morganent sur son cuir (Argot des voleurs).
PÈGRES: Voleurs.
Les pègres forment deux catégories: la haute et la basse pègre (Argot des voleurs).
PÉGRIOT: Petit voleur.
Diminutif de pègre.
Le pégriot est d’une très grande utilité pour les ratiboiseurs de boutanches, qui pratiquent le vol au radin (Argot des voleurs).
PEIGNER UN DIABLE QUI N’A PAS DE CHEVEUX: Réponse d’un débiteur malheureux à un créancier obstiné (Argot du peuple).
PEIGNE-CUL: Homme vil, bas, flatteur.
Mot à mot: homme de rien.
Terme de profond mépris, en usage dans les ateliers, pour qualifier un ouvrier qui donne toujours raison au patron (Argot du peuple).
PÉLAGO: La prison de Sainte-Pélagie.
Cette expression est une défiguration du mot Pélagie par l’emploi du suffixe go.
Ce fait se produit souvent en argot (Argot des voleurs).
PÉLO: Sou.
—Je suis dans une dèche carabinée, depuis une semaine je n’ai pas louché un pélo (Argot du peuple).
PELOTER LE CARME: On sait que les changeurs, pour attirer les regards, placent dans leurs vitrines des sébiles remplies d’or; les pauvres diables s’arrêtent à contempler ces richesses comme le savoyard mange son pain à l’odeur des cuisines du Café Anglais.
Ils pelotent le carme... moralement (Argot du peuple).
PELURE: Paletot ou veston.
—J’enquille ma pelure à manger le rôti (Argot du peuple).
PENDARDS: Seins qui pendent comme de vieilles vessies.
Cette expression est attribuée à Talleyrand.
Il assistait à la toilette d’une grande dame. Il regardait une femme de chambre lui lacer son corset; elle lui dit en minaudant:
—Vous regardez mes petits coquins?
—Vous pourriez dire vos grands pendards (Argot du peuple).
PENDU (Se payer un): On sait que les brocanteurs pendent à leur étalage les vêtements qu’ils ont à vendre.
Ils passent les manches dans un bâton, ce qui donne l’aspect des bras.
Vu d’un peu loin, on jurerait un pendu.
Se payer un pendu, c’est acheter ce vêtement (Argot du peuple).
PENDU GLACÉ: Le candélabre en forme de potence qui supporte le bec de gaz.
Les voleurs n’aiment pas beaucoup ces pendus-là.
—J’ai été paumé pour avoir barbotté un pante, sans ce chameau de pendu glacé, je me cavalais à la frime du sergot (Argot des voleurs). N.
PENDULARD: Voleur de pendules.
Les Allemands, en 1870, nous ont donné un joli échantillon de leur savoir faire dans ce genre de vol.
Ce sont les bonjouriers qui pratiquent ce vol, principalement dans les loges de concierges (Argot des voleurs). N.
PENDULE À PLUMES: Le coq qui chante chaque matin à heures fixes.
On dit également réveil-matin.
C’en est un très économique qui n’a pas besoin d’être remonté et qui a l’avantage de pouvoir être mangé quand il a cessé de plaire (Argot du peuple).
PÉNICHES: Souliers, lorsqu’ils sont d’une dimension démesurée (Argot du peuple).
PÉ-PÈTES: Sous.
—Ça commence à être rudement rasant, pas un pé-pète à la clé (Argot du peuple).
PÉPIN: Avoir un pépin, aimer quelqu’un.
Se dit aussi à la poule qui se joue au billard. Quand un joueur a derrière lui un adversaire maladroit, il est protégé par un pépin, il est couvert.
Pépin, par le même motif, signifie parapluie (Argot du peuple). N.
PERCHER: Loger au hasard, tantôt ici, tantôt là.
Allusion à l’oiseau qui perche tantôt sur une branche tantôt sur une autre (Argot du peuple).
PERDRE SES BAS: Oublier.
—Tu perds donc tes bas, que tu manques au rendez-vous que tu m’as donné?
—Prêtez-moi mille francs.
—Vous perdez donc vos bas, mon vieux?
Ici le sens est ironique.
On dit aussi:
—Tu fais dans tes bas.
Pour: Tu te moques de moi (Argot du peuple).
PÈRE PEINARD (En): Y aller doucement, sans se presser, sans se faire de bile.
Les agents arrivent en Père Peinard pour surprendre un voleur en flagrant délit (Argot du peuple). N.
PERLOT: Tabac—dérivé de semper. L. L.
Semper s’écrit Saint-Père dans toutes les prisons.
À la centrousse de Melun, on chante depuis des années:
(Argot des voleurs).
PERSIL: Faire le persil, aller au persil: raccrocher.
On n’est pas fixé sur l’origine et la valeur de cette expression. Francisque Michel la fait venir de pesciller; Delvau dit qu’elle a pour motif que les filles raccrochent dans les terrains vagues où pousse le persil; le peuple, qui ne connaît ni l’un ni l’autre, applique cette expression aussi bien aux filles de la rue qu’à celles du boulevard, parce que la fille trotte dans la boue et qu’elle a les pieds sales; or, depuis plus de cinquante ans, on dit d’une fille qui a les pieds malpropres:
—Elle a du persil dans les pieds; de là: faire son persil (Argot des souteneurs).
PERROQUET: Absinthe.
Allusion à la couleur verte de la liqueur, qui ressemble à celle du perroquet (Argot du peuple). V. Poileuse.
PERRUQUE: Vieille perruque, vieux serin, homme qui n’est pas fin-de-siècle.
Perruque (En faire une): Vendre des matériaux qui appartiennent à autrui (Argot des entrepreneurs).
PESCILLER D’ESBROUFFE: Prendre d’autorité.
Le voleur à l’esbrouffe pescille de cette façon le portefeuille ou le porte-monnaie du bourgeois (Argot des voleurs). V. Vol à l’esbrouffe.
PESSIGNER ou PESSIGUER: Ouvrir.
—J’ai une carouble qui pessigne toutes les lourdes sans fric-frac (Argot des voleurs).
PESTAILLES: Agents de la sûreté ou sergents de ville.
Pour les voleurs, ce sont des pestes; ils ont ajouté la finale de railles, l’ancien mot, et n’en ont fait qu’un (Argot des voleurs). N.
PET: Signal convenu pour prévenir ses complices qu’il y a du danger.
—Pet, pet, v’là les pestailles.
On dit également:
—Au bastringue du Pou Volant, il y aura du pet ce soir (Argot des voleurs).
PET À VINGT ONGLES: Enfant nouveau-né (Argot du peuple).
PÉTARD: Sou.
C’est une corruption du mot patard, expression employée par François Villon.
En Suisse, il y a des siècles, patard était une monnaie divisionnaire; en terme de mépris, on disait: un patard de vache (Argot du peuple). N.
PÉTARD: Le derrière.
—Crois-tu qu’elle est bien en viande? Quel riche pétard! On en mangerait une tranche.
L’allusion se devine; souvent il tire des feux d’artifice (Argot du peuple). N.
PÉTARDIER, PÉTARDIÈRE: Faire du tapage, du bruit.
—Ah! tu sais, il ne faut pas l’emmener quand il a le nez sale, c’est un pétardier (Argot du peuple).
PÉTASE: Chapeau ridicule comme en portent les paysans les jours de fête.
Ce chapeau se transmet de père en fils, tant pis si la tête est plus ou moins forte.
Il en est qui datent du siècle dernier (Argot du peuple).
PÉTASSE: Vieille femme avachie qui perd ses vestiges en marchant.
Putain et soularde (Argot des souteneurs).
PÈTE-SEC (Monsieur): Individu qui ne rit jamais et paraît toujours en colère.
Surnom donné au régiment aux officiers dont la rigueur est proverbiale (Argot du peuple).
PÉTER: Se plaindre.
—Ah! mon vieil aminche, comme ta frime est toquarde, tu as les douilles savonnées, d’où que tu sors?
—De la boîte aux cailloux. À cause d’un mec qui a pété au moissonneur, j’ai passé à la planche à pain.
Péter, mot à mot: faire du pet, se plaindre à la justice (Argot des voleurs). N.
PÉTER LA SOUS-VENTRIÈRE (S’en faire): Terme ironique employé pour dire à quelqu’un qui vous fait une demande saugrenue:
—Tu t’en ferais péter la sous-ventrière.
Synonyme de: Tu n’en voudrais pas.
Avoir mangé à s’en faire péter la sous-ventrière (Argot du peuple). N.
PÉTER PLUS HAUT QUE LE CUL: Faire de l’embarras, de l’esbroufe, vouloir prouver que l’on est riche lorsque l’on n’a pas le sou.
Homme ou femme qui s’habille élégamment en se privant sur la nourriture:
—Ils veulent péter plus haut qu’ils n’ont le cul.
C’est le cas des filles de boutique et des commis de magasins.
Dans le peuple, par ironie, on les appelle:
Tout sur le dos, rien dans l’estomac (Argot du peuple). N.
PÉTEUR: Dénonciateur.
Comme pour dénoncer il faut parler, le mot péteur doit être pris dans le sens de péter du bec (Argot des voleurs).
PETIT MONDE: Lentille.
On dit aussi par allusion de forme et presque de couleur: punaise (Argot des voleurs).
PÉTILLARDS: Diamants.
Pétiller est dit pour briller. C’en est le superlatif.
—Les durailles de la gonzesse sont pétillants aux pendus glacés (Argot des voleurs). N.
PETIT SALÉ: Petit enfant.
—Tu ne vas pas faire taire ton salé; fous-y donc sa gamelle pour qu’il ne chialle plus (Argot du peuple).
PETITE FILLE: Demi-bouteille.
—Viens-tu boire une bouteille?
—Non, une petite-fille suffira (Argot du peuple).
PÉTROLE: Mauvaise eau-de-vie servie dans les assommoirs.
Elle brûle l’estomac (Argot du peuple). N.
PÉTROUSQUIN: La partie du corps sur laquelle on tombe le plus souvent. A. D.
Pétrousquin, paysan.
Malgré la croyance populaire, le paysan n’est pas aussi cul qu’il le paraît.
Ce n’est donc pas de là, que vient l’expression.
Pétrousquin, ne viendrait-il pas de Pétrus, avec une finale ajoutée (Argot du peuple).
PETSOUILLE: Cette expression est suffisamment claire.
Elle désigne un jardinier habitué à travailler la terre; elle est un terme de mépris lorsqu’elle est employée vis-à-vis d’un bourgeois (Argot du peuple).
PÈRE LA TUILE (Le): Dieu.
Il n’est pourtant jamais tombé sur personne.
Cette expression est en usage dans le monde des prisons.
—As-tu entendu le ratichon balancer sa jasante au Père la Tuile? (Argot des voleurs).
PÈZE ou PÈSE: Argent.
L’expression est due à Frédérick-Lemaître.
Il jouait avec Clarisse Miroy à la Porte-Saint-Martin sous la direction Harel. Ce dernier n’aimait pas payer; un soir qu’il était en retard avec les appointements du grand artiste, celui-ci ne voulut pas entrer en scène avant d’être réglé. Il envoya Clarisse à la caisse; elle en revint peu après avec un énorme sac de pièces de cent sous. Elle le tendit à Frédérick.
—Tiens, pèse?
Depuis ce temps, on dit dans le peuple:
—As-tu du pèse? (Argot du peuple).
PHILÉMON-BAUCIS: Quand deux bourgeois jouent aux dominos, et que l’un d’eux se débarrasse du double-six, il s’écrie en riant:
—Filez mon beau six (Argot des bourgeois).
PIANO DU PAUVRE (Le): Des haricots.
Allusion au bruit du lendemain (Argot du peuple).
PIAU: Cette expression est employée dans les ateliers de composition en réponse à une question indiscrète ou ridicule. Piau, c’est tout dire.
Quand on ne veut pas répondre, on se contente de dire:
—Il est derrière le poêle chez Cosson. C’est tout.
Si l’insistance est trop grande, on dit:
—Va donc chier dans le cassetin aux apostrophes.
Cette dernière expression est également employée quand un camarade devient riche:
—Il a chié dans le cassetin aux apostrophes.
En ce cas, elle ne sert pas souvent, car nos camarades, les typos, nous ressemblent, le travail ne les enrichit guère (Argot d’imprimerie). N.
PIAULE: La maison.
—Y a pas, faut rappliquer à la piaule de la dabe, sans ça pas de boulottage à la clé.
Pourquoi piaule?
Delvau dit que c’est une allusion aux nombreux enfants qui piaillent dans la maison. Ne serait-ce pas plutôt à cause du pieu (lit) dont par déformation on a fait piaule?
C’est plus que probable (Argot du peuple).
PICHENET: Petit vin aigre que l’on boit à Argenteuil (Argot du peuple).
PICOREUR: Voleur de grands chemins.
Le picorage est le vol commis au hasard sur le passant qui est picoré, ou dans les fermes isolées.
Le voleur picore comme la poule, dans les armoires; il y trouve plus de butin que sur le fumier (Argot des voleurs).
PIED DE BICHE: Pince (Argot des voleurs). V. Monseigneur.
PIEDS FUNICULÉS (Avoir les): Refuser de marcher.
Allusion au funiculaire de Belleville qui marche quand il veut (Argot du peuple). N.
PIERRE À AFFÛTER: Le pain.
En le coupant, cela n’affûte pourtant pas le couteau, mais c’est une allusion au va et vient du couteau sur la pierre à repasser, quand le rémouleur lui donne le fil, ou quand le boucher l’aiguise sur son fusil (Argot du peuple).
PIERREUSE: Fille publique qui bat son quart dans les terrains vagues, où il se trouve plus de cailloux que d’herbe (Argot des souteneurs).
PIEU: Le lit.
Se fourrer au pieu.
Se coller dans le pieu.
Allusion à ce que l’on s’y enfonce comme le pieu s’enfonce dans la terre (Argot du peuple).
PIÈCE DE DIX SOUS: Monnaie affectionnée par les pédérastes.
Ils la préfèrent particulièrement quand elle est neuve (Argot du peuple). N.
PIGE: Année.
Synonyme de berge (Argot des voleurs).
PIGE: Expression employée dans les imprimeries pour constater quel est celui des compositeurs qui lève le plus de lignes à l’heure (Argot des imprimeurs).
PIGE: Employé par les enfants quand ils jouent aux billes; à l’aide d’une paille ou d’un petit morceau de bois, ils mesurent la distance de la bille la plus près du but pour trancher le différend (Argot du peuple).
PIGEON: Homme facile à plumer.
Patiner un pigeon, c’est plumer un individu qui a un béguin pour une fille.
—Je tiens mon pigeon, il laissera sa dernière plume dans mon alcove (Argot des filles).
PIGNOCHER: Terme employé dans les ateliers de peintres pour désigner un artiste qui peint à petits coups de pinceau.
Il pignoche sa toile.
Meissonier était le roi des pignocheurs (Argot des artistes).
PIGNOUF: Un miché qui pose un lapin à une fille est un pignouf (Argot des filles).
PILE (En recevoir une): Être battu à plate couture (Argot du peuple).
PILE (Une): Cent francs (Argot des voleurs).
PILER DU POIVRE: Individu qui a des chaussures neuves qui lui font mal; il marche sur la pointe des pieds.
Il pile du poivre.
On dit également:
—Il est dans la prison de Saint-Crépin.
Quand une personne est absente et que l’on médit d’elle, on pile du poivre sur son compte.
On connaît cette anecdote de Tortoni:
Il y avait une vingtaine de journalistes réunis. Chaque fois que l’un s’en allait, aussitôt il était arrangé de belle façon, et ainsi de suite jusqu’au dernier.
Celui-là, en partant, se dit: au moins on ne pilera pas de poivre sur mon compte; je reste seul.
Le garçon l’accompagna et dit en fermant la porte:—Quel crétin que ce coco-là, il se croit l’égal de Victor Hugo et il est plus bête que trente-six cochons.
Le garçon pilait du poivre.
Faire piler du poivre à quelqu’un: lui casser la tête sur le pavé (Argot du peuple). N.
PILIER DE CABARET: Soulard qui ne quitte pas le mastroquet.
C’est, en effet, une des colonnes de la boutique.
Les ménagères emploient souvent cette expression quand leur mari rentre par trop imbibé (Argot du peuple).
PILIER DE COUR D’ASSISES: Récidiviste qui a subi plusieurs condamnations.
Cheval de retour (Argot du peuple).
PINCEAU: Balai.
—Quel riche coup de pinceau (Argot du peuple).
PINCE-CUL: Bal de bas étage où l’on pelote la marchandise avant de l’emmener bacher (Argot des souteneurs).
PINCÉ: Être pincé, être pris.
Être pincé: être amoureux.
—Je suis pincé pour Nana. Je n’en dors plus.
En pincer pour quelqu’un, c’est avoir un ardent désir (Argot du peuple). N.
PINCER DE LA GUITARE: Toutes les fenêtres des cellules des prisonniers sont garnies de barreaux de fer.
Ils pincent de la guitare avec les barreaux.
Allusion aux cordes de la guitare (Argot des voleurs).
PINCE-LOQUES: Aiguille.
L’aiguille, en effet, sert à repriser les loques, à les raccommoder. Elle rapproche les trous, elle les pince (Argot des voleurs).
PINCER DES FRÉTILLANTES: Danser.
L’image est jolie, les jambes frétillent.
Quand la Goulue pince des frétillantes dans un cavalier seul distingué, elle pince le pas du hareng saur en détresse (Argot du peuple).
PINCETTES: Jambes, quand elles sont minces.
—Tu fais sécher les bas sur des pincettes (Argot du peuple).
PINGAUD (Il est): Il est joli, bien élevé.
—Ah! Madame, le joli enfant que vous avez là.
—Fais voir à Madame que tu es pingaud; souhaite-lui le bonjour.
—Est-ce que je la connais, c’te vache-là.
—Oh! c’est y Dieu possible, un enfant que j’ai porté neuf mois dans mon sein...
—Fous-moi le cul dans ta hotte, tu me porteras trois mois de plus; ça fera un an (Argot du peuple).
PINGRE: Avare qui rapine sur tout.
Le roi des pingres était un nommé Crétin, un des plus riches propriétaires de Lyon; il déchirait les marges blanches des affiches apposées sur les murs, pour en faire des quittances pour toucher ses loyers.
Quand il pleuvait, il lâchait ses poules dans les champs; elles lui rapportaient à leurs pattes la terre du voisin! (Argot du peuple).
PIOCHER: Travailler dur et ferme.
—Je pioche mon examen.
Piocher est synonyme de fouiller.
Allusion à l’ouvrier qui fouille la terre en la piochant (Argot du peuple).
PIONCER: Dormir à poings fermés (Argot du peuple).
PIPE (Tête de): La tête.
Allusion à ce que la plupart de nos grands hommes ont eu l’honneur d’être moulés en terre de pipe et fumés par le peuple, culottés quelquefois.
Il existe une chanson sur ce sujet: