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Dictionnaire d'argot fin-de-siècle

Chapter 22: S
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About This Book

A compilation of late-nineteenth-century French slang presented as a lived, documentary dictionary, offering definitions, illustrative uses, and etymological commentary. The author records vocabulary from thieves, street women, ateliers, cabarets and popular performers, emphasizing immersion in the milieus that produce these words. A prefatory discussion explains how argot forms and shifts—by deformation, substitution, suffixation and metaphor—and gives examples of derived coinages and synonymic play. Entries move between concise glosses, illustrative phraseology and occasional poetic nicknames, aiming to capture the language’s social functions and its continual, inventive mobility.

C’est tout le portrait, d’son père,
Quel cochon d’enfant!

(Argot du peuple).

RISETTE: Surnom donné à une jeune fille rieuse et aimable qui a toujours le sourire sur les lèvres.

C’est un vieux boniment employé dans les foires:

—Entrez, mesdames et messieurs, vous verrez la femme colosse; cent kilos sur l’estomac et le sourire sur les lèvres.

Quand une amie est fâchée, qu’elle boude, on l’embrasse et on lui dit:

—Allons, fais une petite risette à papa, il revient d’Afrique.

Quand une femme vous fait des risettes, on peut y aller carrément (Argot du peuple). N.

RISQUER LE PAQUET: Synonyme de tout risquer, c’est-à-dire de tenter l’aventure.

—Tu n’oses pas! risque donc le paquet (Argot du peuple).

RIVANCHER: Aimer (Argot des voleurs).

RIVER SON CLOU: Quand un bavard intarissable ennuie quelqu’un par un discours filandreux, on lui rive son clou en lui disant carrément:

—Tais ta gueule ou je chie dedans.

Mot à mot: river le clou, c’est empêcher d’aller plus loin (Argot du peuple). N.

RIVETTE: Prostituée, du verbe rivancher, se livrer à l’amour. L. L.

Cette expression ne s’applique pas aux femmes (Argot des pédérastes). V. Passif.

ROBE DE CHAMBRE: Cercueil.

Ce n’est pas un vêtement bien ouaté; surtout quand c’est la bière des pauvres (Argot du peuple).

ROBIGNOLE: Mot employé comme superlatif d’admiration pour une chose extraordinaire «qui dépasse l’imagination.»

—Une évasion audacieuse, c’est robignol.

—La môme est robignol, elle gouale sans cesse.

Robignol, en ce cas, est pour joyeux, et joyeuse (Argot des voleurs).

ROCAMBOLE: Moins que rien.

—Finis-donc avec tes rocamboles, nous ne coupons pas dans le pont.

Rocambole, synonyme de blague, en souvenir de Ponson du Terrail et de son célèbre roman qui porte ce titre (Argot du peuple).

ROCHET: Évêque.

Allusion au rochet que porte ce dignitaire de l’église (Argot des voleurs).

RODEUSE: Fille publique qui n’a pas de poste fixe, qui fait son persil dans les terrains vagues.

On l’appelle ainsi pour cette raison (Argot des souteneurs).

ROGNOLER: Marronner.

Ne jamais trouver rien de bien (Argot du peuple). V. Ronchonner.

ROGNURE DE SOUFFRICE: Terme employé dans le peuple, pour qualifier une vieille fille publique.

L’usine Souffrice a le monopole de faire des graisses avec les rognures pourries des animaux noyés qui viennent s’échouer sur les bords de la Seine (Argot du peuple). N.

ROGUE: Se dit de quelqu’un qui a des allures hautaines, cassantes: il a l’air rogue.

On trouve cette expression en Normandie. Les marchandes de harengs vous disent: il est, rogué pour œuvé (Argot du peuple). N.

ROMAGNOL ou ROMAGNON: Trésor caché (Argot des voleurs).

ROMAINS: Individus qui moyennant un faible salaire, applaudissent les acteurs (Argot des coulisses).

ROMPEZ: Allez-vous en, foutez-moi le camp.

Allusion au commandement de rompez les rangs (Argot du peuple).

RONCHONNER: Père ronchon qui trouve à redire à tout.

Le colonel Ronchonot, est célèbre depuis quelques années (Argot du peuple).

ROND-DE-CUIR: Employé de bureau.

Allusion au rond de cuir ou de caoutchouc que les employés mettent sur leurs chaises pour économiser leur fond de culotte (Argot du peuple).

ROND COMME UNE BOULE: Être pochard à rouler par terre (Argot du peuple). N.

RONDINS: Les seins... quand ils sont ronds (Argot du peuple) V. Capitonnée.

RONDIN JAUNE: Pièce de vingt francs.

Allusion à la forme ronde (Argot des voleurs).

RONDOUILLARD: Plus que beau.

Dans le peuple on dit d’une femme qui possède des qualités surprenantes:

—Elle est rondouillarde.

Quand elle est boulotte, ronde, on dit également par allusion à la forme:

—Elle est rondouillarde (Argot du peuple). N.

RONFLAN: C’est ronflan, beau, bien, chouette, tapé (Argot du peuple). N.

RONFLER DU BOURRELET: Péter longuement.

Le Pétomane célèbre chantait du bourrelet (Argot du peuple).

ROSSARD: De rosse, dur, cruel (Argot du troupier).

ROSSIGNANTE: Flûte (Argot des voleurs).

ROSSIGNOL: Marchandises défraîchies ou hors de saison.

Dans les magasins, les commis qui écoulent les rossignols touchent une prime qui se nomme la guelte (Argot des bourgeois).

ROSSIGNOL: Fausse clef (Argot des voleurs).

ROSSIGNOL À GLAND: Un cochon.

Quand un individu a la manie, dans une société, de vouloir toujours chanter, et qu’il le fait comme une crécelle, on lui dit:

—Ah! ferme ta boîte, tu chantes comme un rossignol à gland (Argot du peuple). N.

ROTIN: Sou.

—Je suis à fond de cale, pas un rotin (Argot du peuple).

ROUBIGNOLE: Petite boule de liège dont les roubignoleurs se servent pour le jeu de cocange, jeu qui vole les paysans dans les foires (Argot des voleurs).

ROUBIGNOLLES: V. Sœurs.

ROUBION: Fille publique laide comme les sept péchés capitaux (Argot des souteneurs).

ROUBLARD: Les voleurs disent d’un homme affreusement laid qu’il est un roublard. A. D.

Ce n’est pas le vrai sens aujourd’hui.

Roublard veut dire matin, fin comme un renard.

Un homme qui sait habilement se tirer d’un mauvais pas est un roublard.

Roublard: homme qui cache soigneusement sa pensée, qui est pétri de roublardise (Argot du peuple). N.

ROUCHI: Homme sans conscience, pour qui le Code est un bréviaire.

Terme méprisant très en usage (Argot du peuple).

ROUCHIE: Femme avachie, usée.

Vient de mauvais cheval: rouchi.

Quand une fille est trop vieille, qu’elle a rendu trop de services à l’humanité souffrante, qu’elle ne rue plus dans les brancards, c’est une rouchie (Argot des souteneurs).

ROUE DE DERRIÈRE: Pièce de cinq francs en argent.

Quand on n’en possède qu’une, la voiture va cahin-caha, mais, quand il y en a plusieurs, on roule vivement (Argot du peuple).

ROUE (Être à la): Malin, roublard (Argot du peuple). N.

ROUFFLÉ: Battre un individu à coups de pieds et à coups de poings.

—Je vais te foutre une bath roufflé (Argot des voleurs).

ROUGET: Cuivre (Argot des voleurs).

ROULANCE: Quand une équipe de compositeurs typographes est mécontente, ses membres le manifestent en frappant tous à la fois la casse avec un outil quelconque; le bruit produit une sorte de roulement, de là, roulance (Argot d’imprimerie).

ROUILLARDE: Blouse.

On sait que la blouse est le vêtement favori des rouliers, de là l’expression rouillarde.

Les voleurs disent souillaude (Argot des voleurs). N.

ROULER SA BOSSE: Ouvrier trimardeur, qui n’a pas de domicile fixe, qui route sa bosse de ville en ville.

C’est un mendiant déguisé qui cherche de l’ouvrage et prie le bon Dieu de n’en pas trouver (Argot du peuple).

ROULER SA VIANDE DANS LE TORCHON: Se coucher.

On dit plus communément:

—Je vais remiser ma viande (Argot du peuple).

ROULEUSE: Fille publique.

Elle roule partout pour trouver pratique.

Elle roule ses clients de hasard, car elle promet mais ne tient jamais (Argot du peuple).

ROULOTTE: Voiture.

Les voleurs qui pratiquent le vol à la roulotte disent:

Grinchir une roulotte en salade (Argot des voleurs).

ROULOTTIERS: Vol à la roulotte.

Quand un camionneur décharge une livraison, le roulottier, vêtu comme un employé des messageries, prend un ballot; un complice est à quelques pas plus loin, avec une voiture à bras, toujours au détour d’une rue; il charge le ballot sur sa voiture, et en route (Argot des voleurs). V. Fusilleurs.

ROUPIE DE SINGE: Mauvais café qui a la couleur de la roupie qui pend au nez du priseur (Argot du peuple).

ROUPILLER: Dormir.

Quand on ne dort que quelques instants, on fait un petit roupillon.

—Il est tellement gouapeur qu’il roupille sur son ouvrage (Argot du peuple).

ROUSCAILLER: Voulait dire autrefois parler.

Les voleurs en ont fait le synonyme d’aimer, mais pas dans le sens platonique (Argot des voleurs).

ROUSSELETTE: Moins que rien (Argot des souteneurs). V. Camelotte.

ROUSSIN: Tous ceux qui appartiennent, de près ou de loin, à la police, sont des roussins.

Autrefois, les agents en bourgeois étaient vêtus de la redingote sombre, d’un ton roussâtre. De là est née l’expression:

—Voilà les rousses! (Argot des voleurs).

ROUSSINER: Faire arrêter par la police. L. L.

Roussiner veut dire péter mollement et puer fortement.

—Il roussine à faire roter un vidangeur (Argot du peuple). N.

ROUSPANT: Homme qui fournit des sujets aux tantes.

C’est le procureur des pédérastes (Argot des souteneurs).

ROUSTENPANNE: Moins que rien (Argot du peuple). N.

ROUSTIR: Prendre, s’approprier le bien d’autrui.

Être rousti: être pris (Argot des voleurs).

ROUSTISSURE: Mauvaise plaisanterie. A. D.

Roustissure, dont par corruption on a fait roustenpanne, veut dire moins que rien (Argot du peuple). V. Rousselette.

ROUSPÉTANCE (Faire de la). V. Rouspéter.

ROUSPÉTER: Récriminer, faire du pet, du bruit (Argot des voleurs).

ROYAUME DES TAUPES. V. Les pissenlits pousser par la racine.

RUBIS SUR L’ONGLE: Être régulier, payer recta ses dettes à l’échéance.

Boire son verre jusqu’à la dernière goutte.

—Il a séché son glacis rubis sur l’ongle (Argot du peuple). N.

RUER DANS LES BRANCARDS: Femme amoureuse qui, au moment psychologique, se démène furieusement, comme le cheval emballé.

La figure peut se passer de commentaires (Argot du peuple). N.

RUE AU PAIN (La): Le gosier.

Le pain y passe.

Mauvaise affaire quand la rue est barrée (Argot du peuple).

RUE DU BEC DÉPAVÉ: La bouche, quand elle n’a plus de dents.

Elle ne peut guère alimenter sa voisine, la rue au pain (Argot du peuple).

RUPIN: Homme riche, calé, cossu.

Au superlatif rupinskoff, alors c’est un homme pourri de chic.

Les souteneurs disent à leur marmite:

Lève donc le gonce, il est rupin, il doit être au sac (Argot des souteneurs).

RUTIÈRE: Voleuse ou fille publique, souvent les deux à la fois (Argot des voleurs).

RUTILANT, RUTILANTE: Il est rutilant (joyeux).

Elle est rutilante, resplendissante de fraîcheur et de beauté.

Une chose est rutilante (éclatante).

Ce mot est très français, mais il est employé par le peuple dans un tout autre sens que celui indiqué par les dictionnaires classiques (Argot du peuple). N.


S

SABIR: Bois, forêt.

Quelques-uns écrivent: sabri.

C’est la finale retournée (Argot des voleurs).

SABLER: Il est des voleurs qui se servent d’un os de mouton, arme dangereuse, pour estourbir le pante.

Cela laisse des traces très faciles à constater.

Un autre moyen a été imaginé.

On remplit de sable fin, ou de grès pulvérisé, un sac en peau, et on assomme le client avec.

Quand on le relève, on le déclare mort d’une congestion ou d’une attaque d’apoplexie (Argot des voleurs). N.

SABOT: Barque.

—Nous allons embarquer dans le sabot pour la Nouvelle, disent les voleurs.

Dans le peuple on dit d’un homme qu’un coup de canon ne réveillerait pas:

—Il dort comme un sabot.

Allusion à la toupie que les enfants nomment sabot, laquelle ronfle comme un tuyau d’orgue (Argot des voleurs et du peuple).

SABOTER: Ouvrage mal fait, gâché.

Allusion au sabotier, qui travaille son bois à grands coups de sabre pour l’équarrir.

Un ouvrage saboté est bien près d’être un loup (Argot du peuple).

SABOULER: Décrotter. A. D.

Sabouler veut dire chasser.

—Je l’ai saboulé de la piaule avec perte et fracas.

On saboule un ouvrier qui ne fait pas l’affaire (ne sait pas travailler) (Argot du peuple). N.

SABOULETTE: Table de toilette.

Elle supporte le savon et les brosses qui saboulent la crasse.

C’est ainsi que les voleurs nomment les lavabos communs qui leur servent dans les prisons (Argot des voleurs). N.

SABRE: Bâton.

Sabre: être gris. A. D.

C’est sas qu’il faudrait dire.

Être sas, être blindé, saoûl, est un vieux mot normand très fréquemment employé dans le peuple.

Quitte-nous le coude, t’es sas comme une bourrique (Argot du peuple).

SAC: L’affaire est dans le sac, elle est conclue.

Être pris en flagrant délit de vol, c’est avoir son affaire dans le sac.

Être laide ou jolie, c’est être ou n’être pas dans le sac.

Il y a une vieille chanson là-dessus:

Ell’ n’est pas mal
Pour foutre dans l’canal.
Elle est encore mieux
Pour foutr’ dans les lieux.

(Argot du peuple).

SAC (Avoir le): Posséder beaucoup d’argent.

—Il a un fort sac.

—Il est au sac.

Avoir un sac dans lequel il y a une mauvaise pierre, c’est être condamné par les médecins (Argot du peuple).

SAC À OS: Femme maigre.

On dit dans le peuple: —On peut lire son journal au travers.

Il y eut longtemps, il y a une trentaine d’années, une femme diaphane qui se faisait voir dans une baraque à la foire aux pains d’épices.

Le pitre pour exciter la foule à entrer, disait:

—Avec une chandelle, on peut lui compter les côtes (Argot du peuple).

SAC À MERDE: Le ventre.

L’image n’est pas propre, mais elle exprime bien le fait.

On se souvient de ce général du premier Empire à qui Napoléon avait recommandé le plus grand silence à un grand dîner.

Le général se tint coi, comme il l’avait promis, mais au dessert il ne put résister, il frappa sur le ventre de son voisin, un archiduc, en lui disant:

—Eh bien! mon vieux, maintenant que t’as bien mangé, y en a beaucoup là-dedans? (Argot du peuple).

SAC PLEIN (Avoir le): Être ivre. A. D.

Avoir le sac plein se dit d’une femme sur le point d’accoucher (Argot du peuple). N.

SAC À VIN: Ivrogne pour qui toutes les boissons sont bonnes.

Mot à mot: il engloutit tous les liquides dans son sac (Argot du peuple).

SACRISTAIN: Maître d’une maison de tolérance.

Mot à mot: il est le sacristain de l’abbaye dont sa femme est l’abbesse, puisque c’est elle qui, d’après le règlement, est la propriétaire du livre (Argot des souteneurs).

SAFRAN: Mari trompé, voue au jonquille comme on voue les enfants au bleu.

On dit aussi d’un mari dans ce cas:

—Il a la jaunisse toute l’année (Argot du peuple).

SAIGNER: Synonyme de buter.

Cette expression est généralement employée par les bouchers qui conservent dans la vie les habitudes de l’abattoir (Argot des bouchers).

SAIGNER: Emprunter de l’argent à quelqu’un.

Mot à mot: faire une saignée à son porte-monnaie ou à son coffre-fort.

Faire une saignée blanche: ce n’est pas un médecin qui est chargé de faire cette opération à moins que ce ne soit une doctoresse (Argot du peuple). N.

SAINT-DOMINGUE: Tabac.

Dans les prisons, par abréviation, on dit: Saint-Dome.

Saint-Domingue, allusion au pays où prospèrent les plantations de tabac (Argot des voleurs). N.

SAINT-FRUSQUIN: Lot d’objets ou de mobilier (Argot du peuple).

SAINT-LAGO: Abréviation de Saint-Lazare; les filles disent également Saint-Laz.

Quand elles sont dans cette prison, elles disent qu’elles sont à la campagne.

—Tiens, voilà six mois que l’on ne te voit plus?

—J’étais en villégiature, je sors de ma campagne.

On sait ce que cela veut dire (Argot des filles).

SAINT-PÈRE: Tabac à fumer (Argot des voleurs).

SAINT-VINCENT-DE-PAUL: Les ramasseurs de mégots.

Ils sont les Saint-Vincent-de-Paul des orphelins qui traînent devant les terrasses des cafés (Argot du peuple).

SAINTE-TOUCHE (Le jour de la): La paye de chaque semaine ou de fin du mois.

La Sainte Espérance est la veille de la Sainte-Touche.

C’est une sainte bien fêtée par les ouvriers (Argot du peuple).

SAINT-JEAN: Signal convenu entre les voleurs pour avertir un complice.

Ce signal consiste à lever l’index et le médium. On dit aussi d’un individu qui n’est pas à la hauteur pour faire quelque chose:

—Il est de la Saint-Jean (Argot du peuple). N.

SAISISSEMENT: Terme employé par les voleurs pour désigner les liens qui servent pour ligoter le condamné à mort au moment de la toilette.

Il y a de quoi en effet être saisi (Argot des voleurs).

SALÉE (La): La mer (Argot des voleurs).

SALÉ À LA BANQUE (En demander): Demander au metteur en pages ou au prote une avance sur la semaine.

Salé: travail payé d’avance.

Saler une note: additionner le numéro du cabinet avec la carte (Argot d’imprimerie).

SALIÈRES: Une femme qui a la poitrine creuse, a des salières, c’est-à-dire des trous en guise de seins.

On dit également qu’elle a les tétons dans le dos (Argot du peuple).

SALIVERNE: Gamelle ou écuelle qui sert dans les hôpitaux aux malades pour cracher.

Ils salivent dedans (Argot des voleurs).

SALLE À MANGER: La bouche.

Pour indiquer qu’un individu n’a pas de dents, on dit dans le peuple:

—Il n’a plus de tabourets dans la salle à manger (Argot du peuple).

SALSIFITS: Doigts.

Les voyous disent:

—Je vais te coller une poignée de salsifits sur la hure (Argot du peuple).

SANG DE NAVET: Homme sans courage, qui n’a pas de sang dans les veines.

On dit également:

—Il a les foies blancs (Argot du peuple). N.

SANS BLAGUE: C’est vrai, je ne mens pas (Argot du peuple).

SANS-FEUILLE: La potence (Argot des voleurs).

SANS-GÊNE: Indiscret, mal élevé.

Cracher par terre dans un salon, ôter ses bottes dans un wagon, se moucher avec ses doigts (Argot du peuple).

SAPÉ: Condamné.

Allusion au bûcheron qui, de sa cognée, sape un arbre (Argot des voleurs).

SAPEMENT: Jugement (Argot des voleurs). V. Sapé.

SAPEUR. V. As de pique.

SAPIN: Sentir le sapin.

Étre sur le point de mourir.

Sapin: cercueil.

Sapin: plancher (Argot du peuple et argot des voleurs).

SAQUÉ: On m’a dit de passer au bureau pour y régler mon compte.

L’expression vient des corporations où les ouvriers fournissent leurs outils; ils les mettent généralement dans un sac; quand ils quittent l’atelier, ils les remportent; ils reprennent leur sac; de là, saqué (Argot du peuple).

SARRAZIN: Les ouvriers typographes qui travaillent au-dessous du tarif réglé par la Société et qui sont souvent la proie du syndicat, lequel les considère misérablement (Argot d’imprimerie).

SARRAZINEUR: Ouvrier qui va d’un atelier à un autre, suivant sa fantaisie ou les exigences du travail (Argot d’imprimerie).

SATOU: Bâton (Argot des voleurs).

SAUMON: Homme riche.

—Emballons le saumon avec précaution; il y a du pèze (Argot des croque-morts).

SAUT DE COU: Foulard (Argot des voleurs).

SAUTE-AU-KRACK: Surnom donné aux filles publiques audacieuses (Argot des souteneurs).

SAUTE-MOUTON (Le coup du): Ce sont les remisiers pour dames (les tripoteuses du marché des pieds humides) qui le pratiquent.

La joueuse vend mille francs de rente. Le remisier pour dames exécute cet ordre; il vend immédiatement, mais il attend la fermeture de la Bourse pour en informer sa cliente. S’il y a baisse, comme il a vendu ferme, il encaisse tranquillement la différence; si la rente reste au même taux, il lui raconte qu’il y a écart de deux ou trois centimes; dans tous les cas elle est volée (Argot des boursiers). N.

SAUTE-RONDELLES: V. Fafioteur.

SAUTE-RUISSEAU: Petit clerc d’huissier ou de notaire qui porte à domicile les pièces de l’étude (Argot du peuple).

SAUTER À LA CAPAHUT: Tuer un complice pour ne pas lui donner sa part de vol.

C’est un fait assez rare, car chez les voleurs il existe une sorte de probité que l’on ne trouve pas chez certains qui se disent honnêtes gens (Argot des voleurs).

SAUTER LA CERVELLE (Se faire): V. Bataille des jésuites.

SAUTER À LA PERCHE: Avoir très faim.

En ce cas on est plus léger que de coutume et on peut sauter facilement.

Synonyme de: je m’enlève (Argot du peuple). N.

SAUTEUSE: Puce.

Elle saute, en effet, sans cesse (Argot du peuple).

SAUVAGE (S’habiller en): Être dans un costume primitif, n’avoir pas même la feuille de vigne si chère à M. Bérenger, le Caton moderne (Argot du peuple).

SAVOIR LIRE: Être au courant de toutes les ruses du métier.

Connaître tous les trucs pour voler (Argot des voleurs).

SAVOYARDE: Malle.

Allusion aux commissionnaires, tous savoyards pour la plupart, qui transportent les malles sur leur dos (Argot des voleurs).

SCHNOC: Quand on ne veut pas dire à un individu c-o-n pantoufle, on emploie cette expression qui est un terme de mépris: vieux schnoc (Argot du peuple). N.

SCHNOFFE (Deux ronds de): Deux sous de tabac à priser (Argot du peuple). N.

SCHPROMME: Faire du tapage dans un endroit public (Argot du peuple).

SCHTIGNER: Puer (Argot du peuple). N.

SCIE: Femme légitime.

Quand un ouvrier menuisier porte sa scie, les voyous lui disent:

—Tu trimballes ta légitime.

Scier quelqu’un: l’ennuyer, le raser (Argot du peuple).

SCION: V. Lingre.

SCIONNER: Tuer quelqu’un avec un couteau (Argot des voleurs).

SÉCHÉ: Au lendemain d’une forte soulographie, l’ivrogne est séché (Argot du peuple).

SECOUER LES PUCES: Stimuler un endormi, le secouer du péché de paresse (Argot du peuple).

SECOUER SON PANIER À CROTTES: Se dit dans le peuple d’une danseuse déhanchée qui fait le contraire de la danse du ventre, et remue les fesses agréablement (Argot du peuple).

SECOUSSE: Dans le peuple, on dit d’une jolie fille pour indiquer qu’on coucherait volontiers avec elle: elle vaut la secousse. C’est suffisamment clair (Argot du peuple). N.

SEIGNEUR À MUSIQUE: Assassin (Argot des voleurs).

SE METTRE À TABLE: Dénoncer, manger sur le dos d’un complice (Argot des voleurs). V. Mouton.

SE METTRE LA CORDE AU COU: Se marier.

Le peuple se souvient de la vieille chanson:

Pan, pan, mariez-vous,
Mettez-vous dans la misère;
Pan, pan, mariez-vous,
Mettez-vous la corde au cou.

(Argot du peuple).

S’EMBROCHINER: Se coller avec une femme.

Synonyme de s’acoquiner (Argot du peuple).

SENTIR MAUVAIS: Quand un voleur est sur le point d’être pris, quand on éveille un condamné à mort pour sauter le pas, quand on est embarqué dans une sale affaire, cela sent mauvais (Argot du peuple). N.

SENTIR LE LAPIN: Après avoir dansé toute une nuit, une femme sue des aisselles et d’ailleurs; elle sent le lapin.

On sait que lorsqu’on ouvre le ventre de cet animal, une odeur chaude et nauséabonde vous prend au nez et à la gorge (Argot du peuple).

S’EN FOUTRE COMME UN POISSON D’UNE POMME: Se moquer de tout et de tous.

Mettre l’opinion et le quand dira-t-on sous ses pieds (Argot du peuple).

S’EN FOUTRE COMME D’UNE GUIGNE: Se moquer de tout.

On dit également: Je m’en moque comme de ma première chemise.

C’est une nouvelle secte créée par les indifférents: les j’men foutistes (Argot du peuple). N.

SENTINELLES: Étrons déposés le long des murs par des passants pressés (Argot du peuple).

SENTIR LE ROUSSI: Synonyme de sentir mauvais (Argot du peuple). N.

SERINGUE: Machine à vapeur qui fonctionne mal; allusion au bruit du piston (Argot des ouvriers).

SERINER: Divulguer. L. L.

Seriner: Apprendre quelque chose à quelqu’un qui a la tête dure, en lui serinant sans cesse.

Vient d’un petit instrument qui n’a qu’un air: la serinette.

On serine un merle, un geai, un chanteur ignorant la musique, une leçon, un discours; en un mot seriner veut dire apprendre (Argot du peuple). N.

SERINETTE: Jouer un air de serinette à quelqu’un (Argot des voleurs). V. Maîtres chanteurs.

SERRÉ: V. Gerbé.

SERRER SA CEINTURE D’UN CRAN: Compression du ventre, afin d’empêcher les intestins de crier famine (Argot du peuple).

SERRER LA CUILLÈRE (Se): Poignée de main. Par abréviation, on dit: je te la serre, ou bien encore: serre-moi la pince (Argot du peuple).

SERRER LA VIS: Étrangler quelqu’un (Argot du peuple).

SERGOT: V. Bec de gaz.

SERPILLÈRE: Soutane du curé (Argot des voleurs).

SERPILLIÈRE: Tablier des carabins. (Argot des voleurs).

SERVIR DE BELLE: Dénoncer un complice faussement (Argot des voleurs).

SERVIR (Faire): Faire arrêter quelqu’un (Argot des voleurs).

SEZIÈRES: Lui (Argot des voleurs).

SIFFLER AU DISQUE: Demander de l’argent à quelqu’un; le solliciter d’ouvrir son porte-monnaie.

Allusion au mécanicien qui siffle au disque pour demander l’ouverture de la voie (Argot du peuple).

SIFFLET D’ÉBÈNE: V. Habit à queue de morue.

SIGNER DES ORTEILS: Le pendu, dans ses derniers tressaillements, agite les pieds (Argot du peuple).

SIGUE: Pièce de vingt francs (Argot des voleurs).

SIGUE (Un demi): Pièce de dix francs (Argot des voleurs).

SIME: Patrouille.

J’ai cherché en vain la raison de cette expression, elle n’a pu m’être expliquée, même par des récédivistes; comme elle est usuelle, je la donne (Argot des voleurs).

SIMONE (La): Vol à la tire-lire.

Ce vol est pratiqué par de faux vidangeurs. On nomme ces voleurs des simonneurs parce que ce truc fut inventé par un nommé Simon (Argot des voleurs).

SINGE: Patron.

Presque tous les corps de métiers, à l’exception des chapeliers, nomment leur patron un singe.

Singe, ouvrier compositeur.

Ce n’est pourtant pas dans un atelier de typographie qu’il faut chercher des grimaces (Argot du peuple).

SINGLEURS: Les doigts (Argot du peuple). V. Salsifits.

SINVE: Bonne tête, bon à fabriquer.

Synonyme de pante argoté.

Affranchir un sinve: rendre un imbécile, canaille et voleur.

Il n’y a souvent pas grande besogne à faire (Argot des voleurs).

SIROP DE MACCHABÉE:

Allusion aux gens qui se noient.

Ils sirotent bien malgré eux l’eau de la rivière (Argot des voleurs).

SKATING À MOUCHE: La tête.

Les mouches, quand l’homme est chauve, y patinent à leur aise (Argot du peuple). N.

SOIFFARD: Homme qui a toujours soif.

Dans le peuple, comme superlatif, on dit: Il boirait la mer et les poissons (Argot du peuple).

SOIFFER: Boire comme une éponge (Argot du peuple).

SOISSONNAIS: Des haricots (Argot des voleurs).

SOLDE: Quand un négociant veut liquider, il solde le restant de ses marchandises.

Elles sont généralement achetées par des juifs qui, à leur tour les soldent, partout, où ils peuvent en y joignant souvent des marchandises volées (Argot du peuple).

SOLIR: Vendre.

Ce mot a donné naissance à une expression des plus pittoresques. Pour dire que l’on achète sur parole, on emploie cette phrase:

Solir sur le verbe (Argot des voleurs).

SOLLICEUR DE ZIF: Commis-voyageur marron qui vend sur faux échantillons.

C’est une variété du goureur.

Zif veut dire marchandise imaginaire.

Le solliceur à la pogne est le frère du solliceur de zif (Argot des voleurs).

SONDEUR: Avocat. L. L.

Sondeur, sonder quelqu’un pour savoir ce qu’il a dans le ventre.

Allusion au sondage d’un terrain pour en reconnaître la nature (Argot du peuple). N.

SONNER: Quand un client fait du tapage dans une maison de tolérance, le garçon le jette à la porte, et s’il se rebiffe, il lui casse la tête sur l’angle du trottoir; la tête a sonné (Argot des souteneurs). N.

SONNETTES: Pièce de cent sous.

Allusion au tintement que produisent en se heurtant les pièces, dans la poche du pantalon (Argot du peuple).

SONNETTES: Grignenaudes de boue qui pendent aux poils des chiens. A. D.

Sonnette s’applique à toutes les grignenaudes qu’elles soient de boue ou d’autres matières.

Inutile d’insister (Argot du peuple).

SORBONNE: Tête.

Vieille expression; on lit en effet, dans la chanson du Canstel: