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Dictionnaire d'argot fin-de-siècle

Chapter 23: T
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About This Book

A compilation of late-nineteenth-century French slang presented as a lived, documentary dictionary, offering definitions, illustrative uses, and etymological commentary. The author records vocabulary from thieves, street women, ateliers, cabarets and popular performers, emphasizing immersion in the milieus that produce these words. A prefatory discussion explains how argot forms and shifts—by deformation, substitution, suffixation and metaphor—and gives examples of derived coinages and synonymic play. Entries move between concise glosses, illustrative phraseology and occasional poetic nicknames, aiming to capture the language’s social functions and its continual, inventive mobility.

Des réflexions m’trottaient dans la Sorbonne.

(Argot des voleurs).

SORGUE: La nuit (Argot des voleurs).

SORGUER: Dormir.

C’est une très vieille expression.

D’autres écrivent sorgne; c’est une erreur (Argot des voleurs).

SORGUER À LA PAIRE: Coucher à deux (Argot des voleurs).

SORGUEUR: Voleur de nuit (Argot des voleurs).

SORTE: Quand un camarade quitte son rang pour aller raconter à un copain une histoire de brigand inventée de toutes pièces, l’autre lui répond:

—Laisse-moi avec ta sorte.

Pour une mauvaise plaisanterie faite à un camarade, la réponse est la même.

L’expression sorte vient de ce que, lorsqu’il manque des caractères dans une casse, la sorte est absente.

Sortier, celui qui fait des sortes (Argot d’imprimerie).

SORLOTS: Souliers (Argot du peuple). V. Ripatons.

STRAPONTIN: Femme qui a l’estomac bien garni.

Elle possède un strapontin supérieurement rembourré—ce n’est pourtant pas une place pour s’asseoir.

On appelle aussi strapontin la tournure que les femmes mettent sous leurs jupons, pour paraître avoir un postérieur engageant (Argot du peuple). N.

SOUBASSEMENT: Les pieds.

Ils supportent le corps comme le soubassement d’un piédestal supporte la statue (Argot du peuple).

SOUFFLET (Le vol au): Ce genre de vol est très original, il est à la portée de tous et ne demande ni instrument ni apprentissage. Il s’agit simplement d’entrer dans un magasin au moment où une femme tire son porte-monnaie de sa poche pour solder une emplète, de se précipiter en lui flanquant un soufflet à en voir trente-six chandelles, en lui disant à voix haute:

—Ah! coquine, voilà où passe l’argent du ménage.

Pendant que la femme revient de sa surprise, le faux mari est loin (Argot des voleurs).

SOUFFLET: Le derrière.

Il ne fait guère bon être sous le vent qu’il produit (Argot du peuple).

SOUFFLEUR DE BOUDIN: Individu à visage boursouflé, joufflu.

Allusion au compagnon charcutier dont les joues gonflent quand il souffle dans le boyau.

Cette expression est également employée d’une autre manière, sous forme de proposition..... (Argot du peuple). N.

SOUFFRANTES PERLÉES: Allumettes (Argot des voleurs).

SOULOGRAPHE: Pochard qui prend trop souvent la barbe.

Soulographie (en avoir une belle): être pochard (Argot d’imprimerie).

SOULOIR: Un verre.

L’allusion est claire; plus le pochard boit de verres, plus il est saoul (Argot du peuple). N.

SOULOIR DES RATICHONS: Autel sur lequel le prêtre dit la messe.

La figure est fausse; c’est le ciboire qui contient le vin qui est le souloir (Argot des voleurs).

SOUPAPE: Casquette (Argot des souteneurs).

SOUPE À L’HERBE (En manger une): Aller gouaper dans les champs sans avoir le sou et s’allonger sur l’herbe pour dormir:

—Qui dort dîne (Argot du peuple). N.

SOUPE ET LE BŒUF: La femme dit cela du mari et, naturellement, le mari de sa femme.

Synonyme de pot-au-feu.

Cette expression a donné naissance à un dicton qui est très ancien:

—Toujours du bouilli, jamais de rôti (Argot du peuple). N.

SOUPÉ DE TA FIOLE: J’ai assez de ta figure (Argot du peuple). N.

SOUS PRESSE: Femme très occupée sur sa chaise longue à écouter le récit d’un explorateur (Argot des filles). N.

SOURICIÈRE (La): Est une annexe du Dépôt de la Préfecture de Police; les prévenus passent là avant de comparaître devant les chambres correctionnelles; ils y repassent après jugement pour monter en panier à salade et être dirigés sur les prisons où ils doivent subir leur peine.

La souricière est aussi appelée les trente-six carreaux, parce que chaque fenêtre a ce nombre de vitres.

Ou dit aussi: établir une souricière pour pincer les complices qui viennent au gîte (Argot des voleurs).

SOURICIÈRE: Cabaret connu de la police, tenu par un patron qui nonne sur l’orgue de ses clients dont la plupart sont des voleurs.

La pêche se fait là sans hameçon (Argot des voleurs).

SOURDOCHE: Lanterne sourde (Argot des voleurs).

SOUTENEUR: Individu qui vit des filles qui se livrent à la prostitution, fainéant, voleur et assassin si l’occasion se présente; on le trouve en haut comme en bas de l’échelle sociale (Argot du peuple).

SOUS-VENTRIÈRE: Écharpe.

—As-tu vu le quart-d’œil avec sa sous-ventrière, y la dégotte mal?

Allusion à la sous-ventrière du cheval (Argot du peuple).

STORES: Paupières qui s’abaissent et se relèvent à volonté (Argot des voleurs).

STUC: Part de vol.

Synonyme de fade, comme stuquer (partager) l’est de fader.

Stuquer est encore pris dans le sens d’étrenner: recevoir des coups.

—La gosse a stuqué (Argot du peuple). N.

SUBLIMER: Travailler alors que les autres dorment.

Il faut, en effet, être sublime de courage.

Cela ne se voit guère de nos jours, où huit heures de travail c’est encore de trop, ce qui n’empêche pas les poètes de chanter le sublime ouvrier (Argot du peuple).

SUCE-CANELLE: Ivrogne invétéré qui suce jusqu’à la dernière goutte.

Une vieille chanson que le pitre de Moreau, le tireur de cartes, récitait sur la place de la Bastille, vers 1848-1849, dit:

Si je meurs que l’on m’enterre
Dans la cave où est le vin,
Le nez contre la muraille
Et la tête sous le robin.
S’il en reste une goutte encore,
Ce sera pour me rafraîchir,
Et si le tonneau défonce,
J’en boirai à mon loisir.

(Argot du peuple).

SUCE-LARBIN: Bureau de placement (Argot des voleurs).

SUCER LA PRALINE: Il est absolument impossible d’expliquer cette expression (Argot des filles). V. Accouplées.

SUCER LA POMME (Se): S’embrasser.

Allusion au moutard qui suce une pomme avant de la manger (Argot du peuple). N.

SUCER UNE PÈCHE: Boire un coup (Argot du peuple).

SUÇON: Faire une consommation fantastique de sucres d’orge. L. L.

Suçon: en faire un sur l’épaule ou sur la gorge d’une jolie femme, ce n’est pas précisément sucer du sucre d’orge, c’est lui faire venir le sang à la peau. Ce qui a donné naissance à cette expression: ce n’est pas de l’amour, c’est de la rage, pour ceux qui embrassent de cette manière (Argot du peuple). N.

SUCRE DE POMME: Pince qui sert à fracturer les portes.

—Avant de cavaler assure-toi que ton sucre de pomme pourra pessigner la lourde (Argot des voleurs). N.

SUCRÉ: Se dit d’une femme mijaurée: elle fait sa sucrée.

Se croire plus sucré qu’un autre: s’imaginer lui être supérieur.

Il a été sucré pour salé.

Les joueurs ont adopté cette expression pour marquer les points avec des jetons: il faut sucrer monsieur (Argot du peuple). N.

SUIFFART: Grec habile à corriger le hasard, voleur cosmopolite qu’on rencontre dans tous les endroits où l’on joue.

Il est connu sous différents noms: graisseur, bédouin, philosophe (Argot des joueurs).

SUIVEUR: Homme tenace qui suit les femmes dans la rue; quand il tombe sur une vierge il la suit jusqu’à temps qu’il la perde (Argot du peuple). N.

SURBINE: Surveillance. Être en surbine: être surveillé.

Rompre sa surbine: quitter la ville où l’on était en surveillance pour aller dans une autre ville.

Autrefois on disait: rompre son banc; c’est vieux jeu (Argot des voleurs).

SURFINE: Sœur de charité (Argot des voleurs). N.

SURGERBER: Être condamné en appel (Argot des voleurs).

SURIN: Couteau.

Surin muet: canne plombée; elle surine sans bruit.

SURINER: Assassiner à coups de couteau.

Cette expression remplace celle de chouriner (Argot des voleurs).

SŒURS (Les deux): Nattes de cheveux que les femmes portent tressées sur leurs épaules.

Mes deux sœurs, pour: testicules (Argot des voyous).

SYDONIE: La tête de carton, ou le mannequin sur lesquels la modiste et la couturière essayent leurs chapeaux et leurs robes (Argot du peuple). N.

SYSTÈME: Portion servie aux prisonniers dans les maisons centrales (Argot des voleurs). V. Bonde.


T

TABAC: Misère.

—Je suis dans le tabac mistoufle (Argot du peuple).

TABAR: Manteau.

Cette expression est connue depuis le XVe siècle (Argot des voleurs).

TABLE RASE: Faire un nettoyage complet dans une maison, liquider un arriéré, renouveler un personnel après avoir fait table rase (Argot du peuple).

TAF: Individu qui a peur de son ombre.

Qui a le trac, qui serre les fesses à la moindre alerte (Argot du peuple).

TAFFEUR: Poltron.

—Il est tellement taffeur que l’on ne lui fourrerait pas une feuille de papier à cigarette entre les fesses (Argot du peuple). N.

TAILLER UNE PLUME: Il est des employés qui se servent encore de plumes d’oie; à la fin du mois, ils vont s’en faire tailler chez des spécialistes (Argot du peuple). N.

TALBIN: Billet.

Talbin d’altèque, billet de banque.

Un billet de faveur pour un théâtre quelconque, se nomme un talbin d’encarade.

Mot à mot: billet d’entrée.

Les voleurs disent aussi de l’ordre du Parquet, de l’ordre de les écrouer à Mazas ou au Dépôt:

Mince de biffeton d’encarade (Argot des voleurs). N.

TALBIN: Huissier.

Allusion ce à qu’il talbine un prévenu ou un témoin pour l’assigner en police correctionnelle.

Talbiner, synonyme d’assigner (Argot des voleurs) N.

TALONS COURTS (Avoir les): Fille ou femme qui succombe sans résistance.

L’image n’est pas exacte; ce fait ne se produit généralement que lorsqu’une femme porte des talons hauts; elle perd alors l’équilibre facilement (Argot du peuple).

TAMBOUILLE: Ragoût, fricot.

Faire la tambouille, faire sa cuisine. A. D.

Tambouille: battre.

—Je vais te foutre une tambouille que le tonnerre de Dieu en prendra les armes (Argot du peuple). N.

TAMPONNER: Donner ou recevoir un coup de tampon—un coup de poing.

Allusion au choc de deux trains qui se tamponnent (Argot du peuple). N.

TANNANT: Assommant, ennuyeux.

À Corbeil, on devait un dimanche jouer les Mousquetaires; la troupe y donnait des représentations depuis environ un mois.

L’actrice chargée des grands premiers rôles, était mauvaise à faire ronfler un bec de gaz. Au moment du lever du rideau, le régisseur dut faire une annonce. L’actrice avait dû partir précipitamment pour enterrer son père.

Il annonça son départ ainsi:

Madame X..., ne pourra jouer ce soir, elle est à Nantes pour les obsèques de son père.

Un loustic du parterre s’écria:

—Il y a longtemps qu’elle est tannante.

Ouf! (Argot du peuple). N.

TANNER LE CUIR: Battre quelqu’un.

Allusion au tanneur qui bat la peau pour la rendre souple (Argot du peuple).

TANTE: Pédéraste, homme à double face qui retourne volontiers la tête du côté du mur (Argot du peuple). N.

TANTE: Le Mont-de-Piété.

—Je porte ma toquante chez ma tante, mon oncle en aura soin (Argot du peuple).

TAP: Se disait autrefois des condamnés à être exposés publiquement et marqués au fer rouge.

Travaux forcés à temps, T. F. T.

Travaux forcés à perpétuité T. F. P.

Faire le tapin c’était être exposé (Argot des voleurs). N.

TAPANCE: Maîtresse ou femme légitime.

Les typographes nomment ainsi la femme parce qu’elle tape souvent à la poche ou... autrement.

La tapance du mec, c’est la femme du patron.

—Elle est rien râleuse la tapance du mec, elle boufferait des cadratins à la sauce blanche (Argot d’imprimerie). N.

TAPE (En recevoir une): Recevoir un coup ou le donner.

Voir ses espérances s’effondrer.

Recevoir une tape moralement (Argot du peuple).

TAPE À L’ŒIL: V. Œil au beurre noir.

TAPÉE: Foule, grande réunion de personnes. A. D.

Tapée veut dire beaucoup, il est vrai, mais ce n’est pas le sens que lui donne le peuple.

Tapée se dit d’une jolie femme:

—Elle est tapée.

Une phrase bien écrite ou bien dite:

—C’est tapé (Argot du peuple). N.

TAPER: Taper quelqu’un, lui emprunter de l’argent.

On lui refuse en lui disant également:

—Tu peux te taper.

Synonyme de: Tu peux te fouiller (Argot du peuple).

TAPER À TOUR DE BRAS: Cogner vigoureusement.

—J’ai beau taper ma femme à tour de bras, quand elle me fait un impair, elle me gobe tout de même (Argot du peuple).

TAPER DANS LE TAS: Prendre une femme au hasard.

Taper dans le tas: attaquer un ouvrage avec vigueur.

Taper dans le tas: frapper dans le tas d’une bande de rôdeurs qui vous attaquent (Argot du peuple).

TAPETTE: Pédéraste passif, il se fait taper dans le tas (Argot du peuple). N.

TAPETTE: Homme qui parle sans cesse.

—Il en a une rude tapette.

On dit aussi: forte platine (Argot du peuple).

TAPIQUER: Habiter (Argot dos voleurs).

TAPIS DE MALADES: Cantines des prisons (Argot des voleurs). V. Cargots.

TAQUINER LE GOUJON: Le pêcheur à la ligne taquine le goujon.

Il est en effet taquiné d’être pris à l’hameçon (Argot du peuple).

TAQUINER LE CARTON: Jouer aux cartes.

Je ne sais pas si les cartes sont taquinées d’être battues, mais le joueur l’est rudement quand il perd (Argot du peuple). N.

TARAUDÉE: En mécanique, tarauder un écrou ou un boulon, c’est faire un pas de vis.

On a appliqué cette expression pour dire que l’on bat quelqu’un.

—Je lui ai foutu une rude taraudée.

—Je vais te tarauder les côtes (Argot du peuple). N.

TAROQUAGE: Piquer les cartes d’un signe imperceptible.

Ce truc fut employé pour la première fois, par le fameux grec Garcia (Argot des grecs).

TAROQUE: La marque du linge.

Quand les voleurs ont dévalisé la voiture d’un papillon, ils détaroquent le linge pour le revendre aux meuniers (Argot des voleurs). N.

TARTINES: Souliers avachis et éculés.

—Ah! mon vieux, quelles sales tartines (Argot du peuple).

TARTIR: Vider ses intestins.

Quand la marchandise est molle, elle s’aplatit en rond, comme une tarte, dont, d’ailleurs, elle a la couleur.

Dans le peuple, on dit:

—Je viens de faire une tarte bourbonnaise.

Encore un emprunt à Rabelais (Argot des voleurs).

TAS (Être sur le): Être à l’ouvrage.

—Nous avons un tas de besogne pour beaucoup.

—J’ai un tas de choses à vous écrire, pour quantité.

—Ma marmite est sur le tas.

Pour indiquer qu’elle est couchée avec un miché (Argot du peuple et des souteneurs). N.

TASSO: Nez.

—Je vais te bouffer le tasso (Argot du peuple). V. Blaire.

TATA: Les enfants, les petites filles disent de l’une d’elles qui fait des manières:

—Elle fait sa tata.

Dans le monde des équivoques une tata, c’est le passif.

Il existe un chanson sur ce sujet:

C’est nous qui sommes les tatas

(Argot du peuple).

TÂTE-MINETTE: Sage-femme (Argot du peuple).

TÂTEUSE: Fausse clé.

Ce nom indique bien l’action; avec une fausse clé, si bien faite soit elle, il faut que le voleur tâte la serrure avant de l’ouvrir (Argot des voleurs).

TAUDION: Chambre malpropre, infecte.

—N’entrez pas dans mon taudion, un chat n’y trouverait pas ses petits.

—Sa chambre est un taudis.

On dit aussi un chenil (Argot du peuple).

TAULE ou TÔLE: La maison.

Les maîtres de maisons de tolérance sont appelés des tôliers.

C’est une allusion à la tôle qui barde les portes de ces maisons dans quelques villes de province, pour les défendre contre les tapageurs.

C’est tôle qui est le vrai mot (Argot des souteneurs). N.

TAUPER: Travailler. L. L.

Tauper veut dire accoster.

Quand les compagnons faisaient le tour de France, et que deux marchaient en sens inverse sur la grande route, ils s’interpellaient:

Tope, pays, quelle vocation?

—Serrurier.

—Passe au large.

S’ils étaient du même métier, ou de la même société, ils fraternisaient, autrement ils se battaient.

Cela s’écrit toper et non tauper. Toper veut aussi dire: conclure.

—Affaire faite, tope-là (Argot du peuple).

TENDEUR: Homme qui est toujours prêt à satisfaire une femme gourmande et passionnée (Argot du peuple).

TERRER: Tuer.

Mot à mot: préparer les gens pour la terre.

C’est cette expression qui a donné naissance au mot enfouissage pour les libre-penseurs qui ne passent pas par l’église (Argot des voleurs et du peuple). N.

TERREUR: Nom donné aux maquereaux dans les anciennes banlieues de Paris; il y a généralement une terreur par quartier (Argot des souteneurs).

TERRIÈRE: Raccrocheuse qui pousse son persil dans les terrains vagues (Argot des souteneurs).

TESIÈRE: Toi.

Il y a plusieurs variantes de ce mot: tesigue, tesigo et tésingard.

Tesière est l’expression la plus usitée.

—La Môme-Livarot a un béguin carabiné pour tesière (Argot des souteneurs).

TÉTASSES: Seins qui pendent jusque dans les bas de celles qui les possèdent (Argot du peuple). V. Calebasse.

TÊTE CARRÉE: V. Alboche.

TÊTE DE BOIS: Visage peu expressif.

Dans le peuple, on dit aussi: il a été sculpté dans un marron d’Inde, quand l’individu à qui cette expression s’adresse est laid à faire peur (Argot du peuple).

TÊTE DE CARTON: Visage sans expression.

Allusion à la poupée (Joséphine) des modistes (Argot du peuple).

TÊTE DE CHOUCROUTE: V. Alboche.

TÊTE DE PIOCHE: Individu à la tête dure qui ne veut rien apprendre.

Allusion à la dureté de l’acier trempé de la pioche (Argot du peuple). N.

TÉTER UNE GOUTTE: Faire téter une goutte, à quelqu’un: le battre.

Boire une goutte: se noyer.

Au régiment quand un soldat est atteint de la nostalgie, les camarades lui disent:

—Tu voudrais bien aller téter une goutte.

Téter une goutte, boire un verre sur le zinc (Argot du peuple). N.

TÊTES DE CLOUS: Caractères usés, qui n’en peuvent plus.

—Il est rien dégueulbif, le canard que nous composons avec des têtes de clous (Argot d’imprimerie).

TICHE: Bénéfices.

Synonyme de guelte.

Prime que les directeurs de magasins de nouveautés donnent aux commis qui parviennent à vendre de la marchandise avariée ou des rossignols.

Tiche, en ce cas, est de la même famille qu’affure (part de vol) (Argot des calicots).

TIERCE (La): Association de faux monnayeurs; comme ils sont généralement trois: le fabricateur, l’émetteur et un complice de réserve, de ce nombre, la tierce (Argot des voleurs).

TIFFES: Les cheveux.

Tiffe est une corruption de tignasse (Argot des voleurs). N.

TIGNER D’ESBROUFFE: V. Riffe.

TIMBRÉ: À moitié fou.

Avoir reçu un coup de marteau (Argot du peuple). V. Mailloché.

TINE: La foule.

Réunion de souteneurs et de voleurs.

Delvau dit dédaigneusement que cette expression est due à «quelques Vaugelas de la Roquette», que le vrai mot est tigne.

Pas le moins du monde; dans le peuple on dit:

Tigne-le, pour: le prendre par les cheveux.

Tigner est également synonyme de rechigner (Argot des voleurs). N.

TIOLÉE (En avoir une): Se dit dans le peuple d’une famille qui a de nombreux enfants:

Ils sont toute une tiolée.

C’est une corruption du mot tôle qui veut dire maison.

Il y en a plein la tôle (Argot du peuple). N.

TIRANTES: Jarretières. A. D.

Le mot est impropre; c’est serrantes.

En effet, la jarretière serre la jambe ou la cuisse suivant la façon dont elle est placée.

Il est vrai qu’elle tire le bas, mais c’est en le serrant (Argot des voleurs).

TIRANTS: Bas.

Tirants radoucis: bas de soie.

Tirants de tremilet: bas de fil.

Tirants de filsangue: bas de filoselle.

Tirants à la manque: bas déchirés.

Allusion aux mailles qui manquent (Argot des voleurs).

TIRE-JUS: Mouchoir.

Le mot n’est pas ragoûtant, mais il exprime bien le fait de tirer le jus des narines (Argot du peuple). N.

TIRELIRE: La tête.

Allusion à la bouche qui représente exactement l’ouverture par laquelle on introduit les pièces de monnaies dans une tirelire.

Tirelire veut aussi dire le contraire de la tête, mais celle-là ne contient que de la monnaie pour la compagnie Richer (Argot du peuple). N.

TIRELIRE: Toutes les filles publiques mettent l’argent que les michés leur donnent pour leurs gants, dans leurs bas.

Leurs bas sont des tirelires (Argot des souteneurs) N.

TIRE-MONDE (Madame). V. Guette au trou.

TIRER LE DIABLE PAR LA QUEUE: Il y en a (la moitié de Paris) qui passent leur temps à cette besogne, sans être jamais avancés un jour plus que l’autre.

La misère ne les lâche pas.

Ce pauvre diable, depuis le temps que l’on la lui tire, n’en devrait plus avoir (Argot du peuple).

TIRER UN BOUCHON: Voleur qui fait dix ans de prison (Argot des voleurs).

TIRER LA LANGUE: Courir à en perdre haleine.

Faire tirer la langue à un débiteur en lui promettant de l’argent.

Tirer la langue: avoir faim, attendre après quelque chose qui ne vient jamais (Argot du peuple). N.

TOC: Bijoux de mauvais aloi.

Personnage contrefait; se dit de tout ce qui n’est ni bien ni correct (Argot du peuple).

TOCASSE: Méchant.

On dit également tocasserie pour méchanceté.

Tocasserie est assurément une corruption de tracasserie (Argot des voleurs).

TOCASSON: Fille qui depuis des années est dans la circulation, qui veut conserver des airs de jeunesse et se refuse à dételer son vieux fiacre.

—Crois-tu que c’est pas dégoûtant, la mère Tocasson qui trime encore à 72 berges (Argot des filles).

TOILETTE (La): Avant le règne de M. Deibler, la toilette des condamnés à mort durait une grande demi-heure, une éternité; aujourd’hui, le mot est resté, mais pour la forme seulement, car on ne la leur fait plus.

Chaque semaine, les condamnés sont rasés et ont les cheveux coupés: on leur épargne ainsi une torture inutile.

Heindrich, l’avant-dernier bourreau, recommandait toujours à ses aides de se dépêcher pour ne pas laisser le condamné vieillir (Argot des voleurs).

TOLLARD: Bureau. A. D.

C’est une grave erreur. Tollard, dans les prisons centrales, veut dire: bourreau.

Bureau, c’est burlingue (Argot des voleurs). N.

TOMBER MALADE: Être arrêté, alors qu’on se croyait en sûreté.

Si l’arrestation a lieu à la rencontre, c’est-à-dire si on rencontre fortuitement l’agent qui vous recherchait, on dit: tomber le nez dessus (Argot du peuple). N.

TOMBER À PIC: On va se mettre à table, vous tombez à pic.

Mot à mot: Vous arrivez bien.

—J’étais dans la purée, ma tante vient de claquer à pic (Argot du peuple).

TOMBER PILE: Tomber sur le cul.

Les ouvriers typographes disent:

—Il est tombé sur le côté de deux (Argot du peuple).

TOMBER SUR LE DOS ET SE FAIRE UNE BOSSE AU VENTRE: Cela paraît être un fait extraordinaire; pourtant rien n’est plus commun.

C’est la secousse qui est cause de ce phénomène qui dure neuf mois (Argot du peuple).

TOMBEUR: Homme fort.

Lutteur qui tombe tous ses adversaires.

Tomber une femme: la séduire, la faire céder.

Dans les cercles, le croupier dit: cinq louis qui tombent (Argot du peuple).

TOQUANTE: Montre de peu de valeur.

Double sens: elle fait tic-toc et elle est en toc (Argot des voleurs).

TOQUARD: A. Delvau et M. Loredan Larchey écrivent tocard.

Ces écrivains, pas plus que moi, n’ont inventé l’expression; pour trouver la véritable orthographe, il était donc inutile de remonter à la source.

Je trouve dans une vieille chanson ceci:

Maint’nant tu t’toquardes de la frime,
Tes deux oranges tombent dans tes bas.
T’es des mois sans changer de lime,
Y’a même des mois qu’tu n’en a pas.

C’est donc toquard qui est le vrai mot (Argot du peuple).

TORCHER LE CUL DE MERDE (Se): Ce n’est pas le comble de la propreté, mais cette expression caractéristique dit bien le peu de cas que l’on fait de quelqu’un et combien on le méprise (Argot du peuple).

TORD BOYAUX: Mauvaise eau-de-vie.

Elle corrode l’estomac et tord littéralement les boyaux des malheureux abrutis qui recherchent cet horrible breuvage (Argot du peuple).

TORPILLE D’OCCASION: Fille publique.

Ainsi nommée parce qu’elle fait sauter la bourse des pantes (Argot des souteneurs).

TORTILLANTE: Le cep de vigne qui pousse en espalier devant les maisons dans les campagnes.

Allusion au bois qui se tortille de mille façons.

Claude Tilliera écrit dans un de ses pamphlets:

—Nos pères étaient faits de ce bois noueux et tortillé dont on fait les forts (Argot du peuple).

TORTILLARD: Fil de fer (Argot des voleurs).

TORTILLER: Manger.

—Il te tortille un morceau de lartif en une broquille.

Se tortiller pour ne pas vouloir dire la vérité: chercher des faux-fuyants.

—As-tu vu comme elle tortille des fesses en marchant?

—Il n’y a pas à tortiller du cul, il faut que tu avoues.

—Il ne faut pas tortiller, faut y passer (Argot du peuple).

TORTU: Le vin.

—Allons, mastroquet, sers-nous deux cholettes de tortu.

Cholette: chopine, tortu; le vin, en souvenir du bois tortu qui produit le raisin (Argot du peuple).

TORTORER: Manger (Argot des souteneurs).

TORTORENT: Gargote où l’on mange (Argot des souteneurs).

TOUILLER: Remuer.

Touille ton café pour faire fondre le sucre (Argot du peuple). N.

TOUPET (Avoir du): Avoir un aplomb formidable.

Se payer de toupet pour affronter quelqu’un.

On dit dans le peuple:

—Il a plus de toupet que de cheveux (Argot du peuple).

TOUR (LA): La Conciergerie et le Palais de justice.

Allusion à la tour de l’horloge.

À ce propos, une légende populaire veut que cette horloge ait sonné l’heure du signal pour le massacre de la Saint-Barthélémy (Argot du peuple).

TOUR POINTUE (La): Préfecture de police (Argot des voyous).

TOURBE (Être dans la). V. Purée.

TOURBE: La lie du peuple.

Populace, le plus bas qu’il soit possible de l’imaginer (Argot du peuple).

TOURLADE: Les forçats, autrefois, quand le bagne était à Toulon, appelaient cette ville Tourlade. Changement de finale (Argot des voleurs).

TOURNANTE: Clé.

Elle fait en effet tourner le pène dans la serrure (Argot des voleurs).

TOURNANTE: V. Anguille.

TOURNE-VIS: V. Hirondelle de potence.

TOURNE-VIS: Chapeau à cornes que portent les gendarmes.

Ce terme s’est généralisé, il est employé pour tous les chapeaux quelles que soient leurs formes (Argot du peuple).

TOURNER DE L’ŒIL: Mourir (Argot du peuple).

TOURNIGUE: V. Blaire.

TOURTOUSE: La corde.

Tourtouser: lier.

Tourtousier: le cordier (Argot des voleurs).

TOURTOUSINE: La ficelle.

Allusion à la torsion du chanvre par le cordier (Argot du peuple).

TRAC: Peur.

Tracquer: avoir peur.

—J’ai un trac à tout casser (Argot du peuple). V. Taf.

TRAIN 11 (Le): Les jambes.

Celui qui ne peut pas se payer de voiture, fiacre ou omnibus, prend le train 11.

Quand on joue au loto, celui qui appelle les numéros, quand il tire le numéro 11, crie:

—11, les deux jambes à ma tante (Argot du peuple).

TRAÎNÉE: Fille publique qui traîne partout à la recherche de clients.

Traînée est un gros terme de mépris employé par le peuple vis-à-vis d’une femme.

Traînée: synonyme de rouleuse (Argot du peuple).

TRAÎNEUSE: V. Rôdeuse.

TRAÎNEUSE: Robe.

Allusion à la traîne de la robe qui balaye les trottoirs.

Ou dit également: une balayeuse (Argot du peuple).

TRANCHE-LARD: Couteau.

Allusion au couteau du charcutier.

On dit aussi: un vingt-deux (Argot du peuple).

TRANCHE: Le visage.

Tranche est aussi un terme d’amitié et de familiarité:

—Tiens, comment vas-tu, ma vieille tranche? (Argot du peuple). N.

TRAVAILLER DANS LE BÂTIMENT: Voler avec effraction dans les maisons.

L’expression est pittoresque (Argot des voleurs).

TRAVIOLES: Avoir des inquiétudes. L. L.

Travioles: aller de travers, pochard qui festonne. Celui-là est loin d’avoir des inquiétudes, car il ne pense guère au lendemain.

Une jeune fille qui déraille et devient rosière de la Maternité, va de travioles, de travers dans la vie (Argot du peuple). N.

TRÈFLE: Tabac (Argot du peuple).

TRÉFOIN: Tabac.

Ce mot est très vieux; il est employé par Eugène Suë dans les Mystères de Paris.

—Pas de tréfoin à mettre dans ma chiffarde. (Argot des voleurs).

TREMBLOTTE: La fièvre.

Allusion au tremblement qu’elle produit.

On dit d’un homme qui a peur de la moindre des choses: il a la tremblotte.

C’est aussi un truc employé par les mendiants pour exciter la charité publique; ils font semblant de trembler.

Mot à mot: de grelotter (Argot du peuple). N.

TRÈPE: Ne veut pas dire la foule, comme le disent les dictionnaires d’argot; ce mot veut dire clientèle, d’après Loyssel.