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Dictionnaire d'argot fin-de-siècle

Chapter 24: U
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About This Book

A compilation of late-nineteenth-century French slang presented as a lived, documentary dictionary, offering definitions, illustrative uses, and etymological commentary. The author records vocabulary from thieves, street women, ateliers, cabarets and popular performers, emphasizing immersion in the milieus that produce these words. A prefatory discussion explains how argot forms and shifts—by deformation, substitution, suffixation and metaphor—and gives examples of derived coinages and synonymic play. Entries move between concise glosses, illustrative phraseology and occasional poetic nicknames, aiming to capture the language’s social functions and its continual, inventive mobility.

Faut pas blaguer, le trèpe est bath
Dans ce taudion, i s’trouve des rupins
Si queuq’s gonciers traînent la savate
J’en ai r’bourré qu’ont d’scarpins.

(Argot des voleurs).

TRESSER DES CHAUSSONS DE LISIÈRES: Occupation des prisonniers dans les maisons centrales.

—À tresser des chaussons de lisières pendant dix berges, j’ai affuré quatre sigues! (Argot des voleurs).

TRICHARD: Tricheur.

Voler au jeu (Argot du peuple).

TRICHER: V. Gêné.

TRIFOUILLÉE: Remuer, chercher en bousculant tout. A. D.

Trifouillée, c’est trois fois fouiller, mais le peuple ne donne pas ce sens à cette expression.

Trifouillée veut dire battre.

—Je vais te coller une trifouillée en cinq sec (Argot du peuple). N.

TRIMARD: Chemin.

Grand trimard: grande route (Argot des voleurs).

TRIMARDER: Voyager.

Quand un apprenti a appris son état, pour se former, il fait son tour de France.

Il trimarde, mais en travaillant.

Mot à mot: parcourir les grandes routes.

Ceux qui trimardent ne sont autre chose que des vagabonds; ils ont une profession, mais ne travaillent jamais. Cette profession leur sert pour mendier.

Le truc est des plus simples:

Le trimardeur, supposons le compositeur typographe, entre dans un atelier avec la quasi-certitude qu’il ne sera pas embauché, c’est ce qu’il souhaite. Il demande mèche; on lui répond qu’il n’y a pas de place vacante, alors il lâche son boniment:

—Il vient de loin, de Paris; il a été malade en chemin, il est dans la plus affreuse misère, il sollicite la permission de faire la quête. Le patron donne, les compagnons donnent aussi; il savent bien que c’est un fainéant, mais les typos ont bon cœur, ils préfèrent être volés dix fois que d’en refuser une à une misère véritable.

Avec ce métier, les trimardeurs sont les gens les plus heureux du monde (Argot d’imprimerie). N.

TRIMARDEUSE: Fille publique qui fait le trottoir.

L’asphalte n’est pas la grande route, on l’appelle néanmoins le trimard parce que la fille y trime (Argot des souteneurs).

TRIMANCHER: Marcher.

Même signification que trimarder (Argot du peuple).

TRIMBALLEUR DE REFROIDIS: Le cocher qui conduit les corbillards.

—Ce qui m’emmerde, quand je serai refroidi, c’est d’être trimballé par l’omnibus à coni (Argot des voleurs).

TRIMER: Aller et venir inutilement, se morfondre. A. D.

De trimer on a fait trimard, raccrocher, c’est-à-dire travailler, c’est le vrai sens du mot.

—Je trime d’un bout de l’année à l’autre pour élever mes gosses, et je n’en suis pas plus avancé.

Trimer veut dire travailler péniblement (Argot du peuple). N.

TRINQUER: Boire en choquant son verre.

Trinquer: recevoir une volée (Argot du peuple).

TRIPAILLE: Enfant (Argot des voleurs). V. Loupiau. N.

TRIPATROUILLAGE: Tripoter dans les poches de quelqu’un.

Tripoter dans une caisse ou un tiroir.

—Vous n’allez pas bientôt finir de me tripatouiller, vous allez me chiffonner, (Argot du peuple). N.

TRIPES: Tétons déformés, élastiques comme un morceau de caoutchouc.

Allusion au morceau de tripe que les tripiers nomment le bonnet: c’est la panse (Argot du peuple).

TRIPOTÉE: (En donner ou en recevoir une).

—Il a reçu une rude tripotée.

On dit aussi tripotée pour beaucoup.

—J’ai une tripotée d’enfants qui me font perdre la tête (Argot du peuple).

TRIPOTEURS: Individu qui tripote une femme.

Boursier qui tripote, à la Bourse, des affaires malpropres et louches.

On dit aussi patricoter (Argot du peuple). N.

TRIQUE: Surveillance.

Casser sa trique, rompre sa surveillance.

Triquer (Être): être condamné à la surveillance.

Allusion ancienne, quand autrefois les condamnés étaient pendant cinq ou dix ans sous la trique des argousins (Argot des voleurs).

TROGNE: Le visage.

Quand un individu a la trogne couperosée, dans le peuple, on lui lance cette plaisanterie:

—C’est ta femme qui boit, et c’est toi qui a le nez rouge.

Avoir une trogne de vin de Bourgogne, c’est une trogne d’ivrogne (Argot du peuple).

TROGNON: Expression de tendresse, comme mon petit chat, mon petit lapin bleu.

Qu’il est joli, qu’il est mignon,
Qu’il est gentil mon p’tit trognon.

(Argot du peuple).

TROLLER: Porter. A. D.

Troller veut dire marcher.

—On te voit troller partout, tu ne travailles donc pas?

Il existe au faubourg Antoine des ouvriers ébénistes en chambre qui confectionnent des meubles pour leur compte.

Ils trollent pour les vendre depuis la rue de la Muette jusqu’à la Bastille, généralement le samedi; ce jour-là, le trottoir se nomme la trolle (Argot des ébénistes). N.

TROMBILLE: Bête, quelle que soit sa race (Argot des voleurs).

TROMBOLLER: Aimer autrement que platoniquement.

—Je vais tromboller ma gonzesse (Argot des souteneurs).

TROMPE-LA-MORT: Individu condamné par les médecins, qui n’en meurt pas plus vite pour cela.

—Il trompe la mort qui le guette.

On dit également:

—Il a repris du poil de la bête.

Cette expression: trompe la mort, date de 1848.

Un ouvrier forgeron, arrêté sur une barricade, lors de l’insurrection de Juin, fut conduit, avec un groupe de combattants, à la tombée de la nuit, au Champ de Mars, où se faisaient en masse les exécutions sommaires. On fusillait les malheureux rang par rang.

Il était au second rang; par une présence d’esprit incroyable, à ce moment suprême, il tomba en même temps que le premier rang; on n’y fit pas attention.

Vers onze heures du soir, l’exécution terminée, des tombereaux vinrent enlever les cadavres pour les transporter au cimetière Montmartre et les jeter dans la fosse commune.

On ne les recouvrait pas de terre, afin que les familles puissent les reconnaître le lendemain.

L’ouvrier avait eu la malchance d’être jeté au fond du tombereau; il était inondé du sang qui coulait sur lui.

Pendant le trajet, après des efforts inouïs, il parvint à se hisser au-dessus des cadavres; il sauta à bas de la lugubre voiture sans être aperçu, et alla se cacher chez un ami.

Le calme revenu, il rentra à l’atelier. Stupéfaction générale. Les camarades, qui connaissaient l’aventure, lui crièrent:

—Tiens! voilà Trompe la mort.

Il l’avait rudement trompée, car il ne mourut qu’en 1888, à l’âge de quatre-vingts ans.

Trompe la mort (Argot du peuple).

TRONCHE: Tête (Argot des voleurs).

TRONCHE DE REFROIDI: Fromage de Hollande, connu plus généralement sous le nom de tête de mort (Argot des voleurs).

TRONCHER: Le vocable s’explique suffisamment par ceci:

—Bibi a tronché la môme, elle a avalé le pépin (Argot du peuple).

TRÔNE (Être sur le): Être assis sur la lunette des chiottes.

Quand ça va bien, sûrement, on est plus heureux qu’un roi assis sur le trône (Argot du peuple).

TROP CUIT: Femme ayant des cheveux rouges.

—Elle a été trop longtemps enfournée, elle est trop cuite (Argot du peuple). N.

TROP TÔT VELÉ: Enfant venu avant terme.

Allusion au veau mort-né.

Avorton chétif et malingre (Argot du peuple).

TROTTEUSE: Montre qui marque les minutes.

Trotteuse: fille publique infatigable qui trotte du soir au matin pour raccrocher (Argot des souteneurs).

TROTTIN: Apprenti modiste que l’on rencontre arpentant les rues de Paris, portant une petite boîte qui contient un chapeau.

C’est le gavroche femelle des ateliers de modistes.

Le mot n’est pas nouveau. Scarron dit quelque part:

Ensuite il appelle un trottin.

(Argot du peuple).

TROTTINETTES: Bottines (Argot des voleurs).

TROTTOIR: S’entend de deux façons.

Faire le trottoir, raccrocher.

Il n’est pas nécessaire pour faire le trottoir d’être sur le trottoir.

Le trottoir est partout où la femme lève l’homme.

Pendant l’Exposition de 1889, le trottoir de ces dames était le pont de l’Alma.

À ce sujet, on avait fait ce calembourg:

—Les putains préfèrent le pont pour voir le velum (Argot des filles). N.

TROU DE BALLE: Le derrière.

On dit aussi: la lumière (Argot du peuple).

TROUFFION: Petit troupier (Argot du peuple). N.

TROUILLE: Domestique malpropre, femme du peuple rougeaude et avachie. A. D.

Trouille ne se prend pas en ce sens; cela veut dire: tu n’as pas peur.

Trouille est synonyme de hardiesse.

—Tu n’as pas la trouille d’entreprendre une tâche aussi difficile (Argot du peuple). N.

TROUILLOTER DE LA HURLETTE: Puer de la bouche (Argot du peuple). N.

TROUVER MAUVAISE (La): Quand, par un verglas abominable, on se casse la figure, elle est mauvaise.

Quand votre femme vous pond un gosse tous les ans, elle est mauvaise.

Quand on a acheté cent mille francs de Panama, elle est mauvaise.

En un mot on trouve mauvais tout ce qui vous arrive de désagréable dans la vie (Argot du peuple). N.

TROUVEUR OU PART À DEUX. V. Ramastiqueur.

TROUVEURS-FAUX VENDEURS: Genre de vol pratiqué aux environs des gares de chemins de fer.

Il consiste à feindre de trouver une bague en cuivre placée à l’avance par un complice dans un endroit désigné, et à la vendre comme de l’or à un naïf qui débarque (Argot des voleurs). V. Ramastiqueurs. N.

TRUC: Connaître le truc, être malin.

Avoir du truc, avoir les moyens de réussir.

Truc: machine de théâtre employée dans les féeries pour un changement de décors à vue.

Truc: moyen secret que possède un individu de faire quelque chose (Argot des camelots et des saltimbanques).

TRUCHE: Est une manière spéciale de voler.

Le voleur qui la pratique est un trucheur (Argot des voleurs).

TRUFFE: Nez, lorsqu’il est gros en forme de groin.

Allusion au cochon qui s’en sert pour chercher des truffes.

Le peuple dit aussi: piton (Argot du peuple).

TRUFFÉ: Crétin, niais, imbécile.

Synonyme d’andouille.

On dit dans le peuple:

—Il est truffé de bêtise, il arrive de son patelin, il n’est pas dessalé (il n’est pas dégrossi).

On dit également:

—Il est truffé d’argent.

Truffé, pour: beaucoup (Argot du peuple).

TRUFFE DE SAVETIER: Des marrons.

Le marron remplace la truffe chez le savetier, comme la pomme de terre remplace l’orange pour le Limousin (Argot du peuple).

TRUMEAU: Comédie ou vaudeville Louis XV. A. D.

Trumeau signifie vieille femme.

On dit dans le peuple:

—Sale trumeau, ta gueule est bonne à foutre dans les lieux pour faire chier les gens de peur (Argot du peuple). N.

TRUQUAGE: Se dit d’un meuble, d’un tableau ou d’un objet d’art qui a subi un truquage pour lui donner l’apparence de la vétusté ou le style d’une époque.

Il y a des truquages célèbres qui ont trompé les plus grands amateurs.

Un des plus souvent mystifiés est M. de Rosthschild.

Tout le monde a présent à la mémoire le fameux bouclier acheté 100,000 fr., comme datant du XVe siècle, lequel avait été déniché à Rome chez un brocanteur.

Ce bouclier avait été fabriqué de toutes pièces dans une cave de la rue Bourg-Labbé, et ne valait pas cent sous (Argot des artistes peintres). N.

TRUQUEUR: Le truqueur est un filou qui va de village en village et de foire en foire, avec un petit jeu de hasard qu’il exploite habilement.

Ce jeu est généralement un chandelier fait avec les débris d’un vieux chapeau; il met un sou sur le chandelier qui est placé dans une assiette. Il s’agit, au moyen d’une longue baguette d’osier, de faire tomber le chandelier et que le sou reste dans l’assiette.

Cela n’arrive jamais, à moins de connaître le truc.

Il y a une masse de truqueurs, surtout en cette fin-de-siècle où tout est truc pour gagner sa vie. (Argot du peuple). N.

TUBE: Chapeau haut de forme.

On dit aussi: tuyau de poêle (Argot du peuple).

TUBE: Le gosier.

Dans le peuple, on dit de celui qui a le ventre creux:

—Il n’a rien à se mettre dans le tube.

Boire un bon coup, c’est se rincer le tube.

—Il est quatre heures, je vais me coller un peu de fripe dans le tube.

Mot à mot: je vais manger (Argot du peuple).

TUER LE VER: boire la goutte, le matin, ou un verre de vin blanc.

Quand on suppose que le ver est solitaire (dur à tuer), les ouvriers boivent plusieurs tournées, alors ce n’est pas le ver qui est tué, mais bien le buveur.

Les voleurs disent également qu’ils ont tué le ver lorsqu’ils ont des remords.

Ils ne le tuent pas souvent (Argot du peuple et des voleurs).

TUILE: Malheur qui arrive à quelqu’un.

—J’ai perdu mon porte-monnaie, quelle tuile!

Quand il arrive inopinément une douzaine de personnes à dîner, lorsqu’il n’y en a que pour deux, la ménagère dit:

—Quelle tuile nous tombe sur la tête (Argot du peuple).

TUNE: Pièce de 5 francs en argent (Argot du peuple). V. Brème de fonds.

TUNE: Bicêtre, l’ancien refuge naturel des sujets du roi de Thunes. A. D.

Ce n’est pas le mot tune qui est vrai.

C’est tunobe.

La prison de la Force, démolie en 1850, était ainsi appelée par les prisonniers.

Dans les autres dictionnaires d’argot, on ne trouve que tuneçon, expression qui ne veut rien dire (Argot des voleurs). N.

TUNER: Mendier.

Tuneur: mendiant.

Il est pourtant rare qu’on donne une tune à un mendiant.

Tuner, c’est l’apocope du mot importuner (Argot des voleurs). N.

TURBIN: Tout travail, quel qu’il soit.

Turbiner, c’est durement travailler.

Aller au turbin, c’est aller à l’atelier.

Turbineur: celui qui travaille.

Turbineur: qui met en mouvement la turbine, de là, turbin, turbiner (Argot du peuple).

TURNE: Poussier, taudis, logement malpropre et insalubre, sans air ni lumière.

—Si tu restes éternellement dans ta turne, tu ne trouveras jamais rien à briffer.

—Comment peux-tu rester dans une pareille turne! (Argot du peuple).

TU-TU: Petit paquet de mousseline chargé de cacher ce que le maillot collant indique trop—pour le père la Pudeur—alias M. Bérenger-Caton.

La vieille chanson dit:

‧     ‧     ‧     ‧     ‧     ‧     ‧     ‧     ‧  
Son maillot en s’déchirant
A laissé voir son... événement
Ça d’vait la gêner su’ l’moment.

Ça ne gêne pas la Môme Fromage ni Grille d’Egout, moi non plus (Argot du peuple).

TU T’EN FERAIS MOURIR: Réponse ironique à une question saugrenue.

—Payes-tu à déjeuner? prêtez-moi cent francs; avance-moi mon mois; viens coucher avec moi?

Tu t’en ferais mourir.

Mot à mot: Tu ne voudrais pas (Argot du peuple). N.

TUYAU: Le gosier.

Le tuyau est bouché, pas mèche de boulotter (Argot du peuple).

TUYAUX: Renseignements confidentiels.

Cette expression est en usage dans le monde qui fréquente les champs de courses.

Un bookmaker qui a un cheval chargé de paris fait donner par un émissaire un faux tuyau sur une rosse; les imbéciles s’empressent de prendre ce cheval, qui n’arrive jamais (Argot des bookmakers). N.

TUYAU DE POÊLE: Chapeau haut de forme.

Allusion juste, car il a la forme et la couleur d’un tuyau (Argot du peuple).

TYPE: Individu quelconque.

—J’ai un type qui me cramponne.

Avoir un bon type, avoir un bon enfant qui se laisse faire (Argot des filles). N.

TYPOTE: Femme employée depuis peu d’années dans les ateliers de composition.

C’est un compagnon au même titre que les ouvriers typographes; néanmoins, quand les typotes sont nombreuses, on se croirait plus volontiers dans une volière du Jardin d’Acclimatation que dans un atelier de composition.

Généralement, la typote est plus habile à soigner un pot-au-feu et à raccommoder ses bas qu’à lever la lettre.

Enfin, il est dit qu’il faut que la femme lève quelque chose (Argot d’imprimerie). N.


U

UN DE PLUS: Homme qui a des malheurs conjugaux.

Encore un de plus dans la grande confrérie.

—Mon vieux, tu en fais un de plus.

—Il vaut mieux être cocu qu’aveugle; on peut voir ses confrères (Argot du peuple).

URFE: Homme chic.

—J’ai levé un miché qui est rien urfe.

Une chose urfe est une belle chose, supérieure (Argot des filles). N.

URGE: Expression de convention entre les filles qui fréquentent les restaurants de nuit et certains bals, publics pour coter un homme.

Un homme qui ne donne que trois urges est un miché de carton, celui qui donne six urges est pour le moins un prince russe (Argot des filles).

URLE: Parloir de prison. L. L.

Ce n’est pas urle qui est en usage, c’est urloir.

En effet, les visiteurs sont forcés, à cause des grilles qui les séparent des détenus, de hurler pour se faire entendre et converser (Argot des voleurs). V. Parloir des singes. N.

URSULE: Vieille fille qui a doublé le cap de la cinquantaine et a par conséquent coiffé deux fois Ste-Catherine.

Comme sa patronne Ursule, martyr à Cologne, elle est martyr d’une virginité rentrée et martyrise les autres par son caractère acariâtre (Argot du peuple). N.

UT: Quand les compagnons typographes portent la santé d’un des leurs, ils disent: ut.

Ut tibi prosit: que cela te profite (Argot d’imprimerie).


V

VACHE: Expression fréquemment employée dans le peuple pour qualifier une femme qui se livre au premier venu.

Dans le peuple, quand on a dit d’une femme: c’est une vache, il est impossible de rien dire de plus.

Quand un homme épouse une femme enceinte, on lui dit:

—Tu prends la vache et le veau (Argot du peuple).

VACHE: Homme mou, bon à rien.

Vache, quand il dénonce ses camarades ou travaille au rabais.

—Tu n’es qu’un cochon, tu passes ta vie à faire des vacheries (Argot du peuple).

VACHE: Sergent de ville ou agent de la sûreté.

Dans les prisons, malgré les règlements et la surveillance active pour les faire observer, les détenus écrivent leurs pensées sur les murs.

Les plus communes sont celles-ci:

—Mort aux vaches.

—Quand je serai désenflaqué, gare à la vache qui m’a fait chouette et qui m’a fait tirer un bouchon (Argot des voleurs). N.

VACHE À LAIT: Homme riche, qui a le louis facile et que les tapeurs trayent jusqu’à extinction.

Vache à lait: gogo qui souscrit à toutes les émissions véreuses sans se lasser jamais.

Pour le souteneur, la marmite est une bonne vache à lait.

Une affaire qui rend bien, qui rapporte beaucoup, sans risques et sans efforts, est une vache à lait.

Allusion à la vache laitière qui est une fortune inépuisable (Argot du peuple).

VACHER: Individu grossier en paroles ou en gestes.

—Il est grossier comme du pain d’orge, on dirait qu’il a été élevé derrière le cul des vaches.

Allusion aux vachers qui jurent toute la journée. (Argot du peuple).

VACHERIES: Saletés, cochonneries faites à quelqu’un.

Prendre la femme d’un camarade et surtout la lui rendre, c’est une vacherie.

Emprunter les effets d’un ami, les coller chez ma tante et ensuite laver la reconnaissance, c’est lui faire une vacherie (Argot du peuple). N.

VACHERIES: On nomme ainsi les brasseries où les consommateurs sont servis par des femmes.

Le mot est juste, car elles sont de véritables vaches, pas à lait, par exemple (Argot du peuple). N.

VADE: Foule, rassemblement.

Synonyme de trépe.

Le camelot fait un vade pendant que des complices fabriquent les profondes des badauds (Argot des voleurs).

VA CHERCHER UN DÉMÊLOIR: Se dit de quelqu’un qui parle d’une façon embrouillée; on ne peut démêler ce qu’il veut dire (Argot du peuple).

VA T’ASSEOIR SUR LE BOUCHON: Quand un individu vous rase, on lui dit d’aller s’asseoir; s’il insiste, on l’envoie s’asseoir sur le bouchon (Argot du peuple).

VA-TE-LAVER (Un): Soufflet.

On emploie aussi cette expression pour envoyer promener un gêneur (Argot du peuple).

VADROUILLE: Cette expression dans la marine signifie: brosse à plancher.

Elle s’applique aux filles qui traînent dans les ports de mer (Argot des souteneurs).

VADROUILLE: Faire une vadrouille, en pousser une.

Vadrouiller: se déranger de ses habitudes, rôder dans des milieux auxquels on n’est pas habitué (Argot du peuple).

VAGUE (En pousser une): Synonyme d’arracheur de chiendent, aller au hasard, vaguement, avec l’intention de voler n’importe qui ou n’importe quoi (Argot des voleurs).

VAGUE: Les filles qui raccrochent donnent un coup de vague, elles font leurs affaires.

Vaguer, promener au hasard, est une corruption du mot français vaquer (Argot des souteneurs).

VAISSELLE DE POCHE:

C’est une vaisselle que les ouvriers aiment bien à casser, surtout les jours de Sainte-Flemme (Argot du peuple).

VALADE: La poche.

—J’avais caré deux sigues dans une valade de mon falzar, ma scie les a dénichés, je vais crapser de la pépie pendant tout le marqué (Argot des voleurs).

VALANT: Pince à usage des cambrioleurs (Argot des voleurs). V. Monseigneur. N.

VALSER: Battre quelqu’un.

—Je vais te faire valser sans musique.

Ce qui arrive souvent le samedi de paye, quand le mari rentre au logis plus qu’éméché: il fait faire un tour de valse à sa ménagère si elle ronchonne (Argot du peuple).

VALTREUSE: Valise.

C’est un simple changement de finale (Argot du peuple).

VALTREUSIER: Voleur de valise.

Ce vol est pratiqué sur une grande échelle dans les salles d’attente des gares de chemins de fer.

Il est des plus simples:

Le valtreusier a une valise à la main qui paraît gonflée; pour compléter son apparence de voyageur, il porte une couverture de voyage. Il se promène ayant l’air indifférent, mais en réalité il guigne un voyageur assis à côté d’une valise respectable. Sans affectation, il s’assied à ses côtés et engage la conversation. Au moment de prendre un billet, le voyageur se dirige vers le guichet et laisse sa valise à la garde de son compagnon; aussitôt celui-ci se lève, change de valise et s’en va tranquillement. Neuf fois sur dix, le volé ne s’aperçoit de la substitution qu’à son arrivée à destination: la valise ne contient en fait de linge que des cailloux (Argot des voleurs).

VANNAGE: Tendre un piège, amorcer un individu par des promesses alléchantes pour le duper plus facilement.

M. Loredan Larchey dit que c’est une comparaison de l’escroc au meunier qui lâche un peu d’eau de sa vanne pour faire tourner le moulin (Argot des voleurs).

VANNE: Mot cher aux camelots.

Ils disent faire un vanne lorsqu’ils vendent un journal qui annonce une fausse nouvelle à sensation (Argot des camelots). N.

VANNÉ: Avoir trop fait la noce et l’amour.

Vanné: n’avoir plus rien dans le ventre, synonyme de vidé.

Vanné par excès de travail (Argot du peuple). N.

VANTERNE: Lanterne.

Vanterne sans loches. A. D.

M. Lorédan Larchey, d’après H. Monnier, dit que le vanternier, au lieu d’entrer par la lourde, préfère s’introduire par la fenêtre.

Vanterne n’a jamais été une lanterne, pas plus que vanterne n’est une fenêtre. V. Venterne.

VASEUX: Paysan.

Il est vaseux parce qu’il vit dans la vase quand il pleut (Argot du peuple). N.

VEAU: Toute jeune fille qui n’a pas grand chemin à faire pour devenir vache.

Il existe à ce sujet une vieille chanson qu’il serait impossible de citer en entier:

Un jour, à la barrière,
Un veau,
Un veau,
Tortillant du derrière.
Fort beau,
Fort beau.
Je la .... sur parole.

Neuf jours plus tard, le camarade était au Midi (Argot du peuple).

VEAU: Femme de barrière, rôdeuse de caserne (Argot des voyous).

VEINARD: Homme qui a de la chance.

Il a de la veine, tout lui réussi.

Il a trouvé une bonne veine, tout lui réussira.

Il existe un vieux proverbe à ce sujet:

—Qui voit ses veines, voit ses peines. (Argot du peuple). N.

VEINARDE: Fille qui a la main heureuse et tombe sur des michés qui se fendent généreusement (Argot des filles).

VÉLO: Postillon.

Vient de véloce, poste aux chevaux.

Nos vélocipédistes modernes qui portent une cravache et des éperons pour ressembler à quelqu’un, ignorent certainement ce vocable ancien (Argot des voleurs).

VÉLOCIPÉDISTE: Imbécile à deux roues (Argot du peuple).

VENTERNE: La fenêtre (Argot des voleurs).

VENTERNIER (Le): Le venternier est une variété du cambrioleur, avec cette différence toutefois qu’au lieu d’entrer par la lourde, il entre par la venterne.

Le venternier opère généralement dans les chambres situées aux étages supérieurs; il grimpe sur les toits et entre dans les chambres par les fenêtres à tabatières.

Ces voleurs sont nombreux (Argot des voleurs).

VENTOUSE: V. Venterne.

VERGNE: Pays ou ville.

Vidocq dit:

—J’ai roulé de vergne en vergne pour apprendre à goupiner.

A. Delvau dit:

Deux plombes crossent à la vergne (deux heures sonnent à la ville) (Argot des voleurs).

VER-RONGEUR: Un fiacre. Lorsqu’on le fait attendre longtemps à la porte d’une maison, l’heure s’écoule; au moment de le payer, il ronge le porte-monnaie (Argot du peuple).

VERMINE: Avocat.

Les voleurs ont raison, les avocats sont des vermines qui rongent encore plus que les huissiers (Argot des voleurs).

VERTE (La): L’absinthe.

Quatre heures, c’est l’heure de la verte.

Allusion de couleur (Argot du peuple).

VERVER: Pleurer (Argot des voleurs).

VESSE: Peur.

Lâcher une vesse: péter sournoisement.

Vesser: un pet mou (Argot du peuple).

VESSIE: Femme avariée, grasse à lard.

Allusion aux vessies de graisse que l’on vend à la foire au jambon.

Il existe une chanson à ce sujet, elle n’est pas des plus propres.

La voici comme document: