WeRead Powered by ReaderPub
Dictionnaire d'argot fin-de-siècle cover

Dictionnaire d'argot fin-de-siècle

Chapter 30: PETIT SUPPLÉMENT
Open in WeRead

About This Book

A compilation of late-nineteenth-century French slang presented as a lived, documentary dictionary, offering definitions, illustrative uses, and etymological commentary. The author records vocabulary from thieves, street women, ateliers, cabarets and popular performers, emphasizing immersion in the milieus that produce these words. A prefatory discussion explains how argot forms and shifts—by deformation, substitution, suffixation and metaphor—and gives examples of derived coinages and synonymic play. Entries move between concise glosses, illustrative phraseology and occasional poetic nicknames, aiming to capture the language’s social functions and its continual, inventive mobility.

Catau, catau, catau,
Vessie, pourriture et charogne,
Catau, catau, catau,
Vessie, pourriture et chameau.

(Argot du peuple).

VESTE: Remporter une veste.

Avoir compté sur un succès et faire un four complet.

Se dit d’une pièce mal accueillie au théâtre, d’une opération ratée, en un mot de tout insuccès (Argot du peuple).

VESTIGES: Légumes que mangent les prisonniers.

Dans le peuple, on dit d’un passif qui pratique depuis longtemps:

—Tu perds tes légumes.

Dans les prisons:

—Tu perds tes vestiges. Cette explication suffit (Argot des voleurs).

VEUVE (La): La guillotine (Argot des voleurs).

VEUVE POIGNET (En soirée chez la): V. Bataille des Jésuites.

VI: Voici ce que dit Mathurin Régnier:

Le violet tant estimé
Entre vos couleurs singulières.
Vous ne l’avez jamais aimé
Que pour les deux lettres premières.

À la prison de St-Lazare, une fille atteinte d’une maladie épouvantable, était incarcérée à l’Infirmerie. La sœur l’exhortait à changer de vie; elle lui citait des exemples de conversions absolument édifiantes. La malade, impatientée, lui répondit:

—Ma sœur, il est trop tard pour changer de vie, il fallait me dire cela quinze jours plutôt; je ne serais pas ici (Argot du peuple). N.

VIANDE: Chair.

A. Delvau trouve que cette expression est froissante pour l’orgueil humain.

Pourquoi donc?

Est-ce que la chair humaine n’est pas de la viande au même titre que celle de n’importe quel animal?

Quand une femme a une belle carnation, rose, fraîche, c’est un hommage que lui rend le langage populaire eu disant:

—Ah! la belle viande, on en mangerait.

C’est assez rare en cette fin-de-siècle, pour que ce mot soit accepté comme une louange et non comme une grossièreté (Argot du peuple).

VIAUPER: Oublier fréquemment le chemin de l’atelier pour viauper chez les marchands de vins.

—Que fait ta fille?

—Ah! ne m’en parle pas; elle viaupe avec Pierre et Paul.

Mot à mot: viauper faire la vie.

Faire la vie à quelqu’un, c’est lui faire une scène désagréable.

Lui rendre la vie dure, c’est le tourmenter, lui refuser à manger, être cruel (Argot du peuple).

VIDANGE: Accouchement.

—Ma femme est en vidange.

Mot à mot: elle se vide.

Elle est en vidange, car il faut qu’il se passe quelques semaines avant de la remplir à nouveau (Argot du peuple). N.

VICE (En avoir): Roué qui la connaît dans les coins.

—On ne me la fera pas, j’ai trop de vice.

Cela est la cause d’un mauvais calembourg par à peu près:

—Les serruriers sont les ouvriers les plus malins du monde, parce qu’ils ne manquent jamais de vis (Argot du peuple).

VICELOT: Gavroche qui a tous les vices en germe; il est trop jeune pour qu’ils soient développés.

Dans les ateliers, on dit du gosse:

—Il est si vicelot qu’il en remontrerait à père et mère (Argot du peuple).

VICTOIRE: Chemise.

Ce mot n’est pas employé, comme le dit A. Delvau, pour consacrer le souvenir d’une marchande qui fournissait les chiffonniers.

Victoire! J’ai enfin pu gagner de quoi m’acheter une limace pour balancer celle que je porte depuis six mois (Argot des chiffonniers).

VIDER SA POCHE À FIEL: Soulager son cœur, dire tout ce que l’on pense sans ménager ses expressions (Argot du peuple). N.

VIDER SON PANIER À CROTTES: Satisfaire un besoin. Il est aussi agréable de vider son panier que de l’emplir (Argot du peuple).

VIDER SON PETIT PORTEUR D’EAU: Expression employée dans les couvents par les jeunes filles, pour dire qu’elles ont un petit besoin à satisfaire (Argot du peuple). N.

VIDER UN HOMME: Il y a plusieurs manières de le vider.

On lui vide son porte-monnaie.

Ou le vide en le surmenant.

Une maîtresse amoureuse le vide, et quand il rentre au domicile conjugal, sa femme peut le fouiller... et elle aussi (Argot du peuple). N.

VIDOURSER: Terme employé dans les ateliers pour qualifier un peintre qui ne se préoccupe, en peignant son tableau, ni du ton ni de la perspective.

Il le vidourse, il le lime, il le lèche.

Allusion à la fameuse expression:

Il est poli comme un vi d’ours.

De là: vidourser (Argot des artistes). N.

VIE DE PATACHON: Mettre les petits plats dans les grands.

—Mener la vie à grandes guides.

Faire une vie de bâtons de chaises.

Mot à mot: faire une vie de chien, comme si la vie n’avait pas de lendemain (Argot du peuple). N.

VIE DE POLICHINELLE (Faire une): Avoir une conduite déréglée, se saouler, courir la gueuse, se battre; en un mot, mener une vie désordonnée.

On sait que le polichinelle du guignol lyonnais est le type parfait du bambocheur (Argot du peuple). N.

VIEILLE PEAU: Expression méprisante employée dans le peuple, même vis-à-vis d’une personne jeune.

On dit d’un vieillard qui se donne des allures juvéniles:

—C’est un jeune homme dans une vieille peau.

Vieille peau signifie aussi: vieille putain (Argot du peuple).

VIGNES (Être dans les vignes du Seigneur): Être pochard.

Dans le peuple, on dit d’un homme qui est toujours entre deux vins:

—Il ne peut plus boire; il est saoul avec un pet de vigneron.

L’expression: être dans les vignes, est très vieille et usitée en Bourgogne (Argot du peuple).

VILAIN MERLE: Homme laid.

—Tu vas te marier avec ce vilain merle-là; tu pourras chanter au roi des oiseaux: tu auras un beau merle au cul.

Vilain merle: méchant homme, bilieux, fielleux, qui veut du mal à tout le monde (Argot du peuple).

VINASSE: Mauvais vin fabriqué avec du bois de campêche.

Se dit communément quand le marchand de vin a eu la main trop lourde pour mouiller le vin (Argot du peuple).

VINGT-DEUX: Couteau.

Jouer la vingt-deux, donner des coups de couteau.

Vingt-deux: les deux cocottes.

Vingt-deux: quand le compagnon placé le plus près de la porte voit entrer le prote dans l’atelier de composition, il crie:

Vingt-deux!

Synonyme d’attention.

Quand c’est le patron, il crie:

Quarante-quatre!

En raison de l’importance du singe, le chiffre est doublé (Argot d’imprimerie). N.

VIOCH: Vieillard.

Vieux galantin qui se croit toujours jeune, qui se maquille comme une vieille roue de carrosse pour faire croire que le bon Dieu l’a oublié et qu’il n’a pas neigé sur sa chevelure... quand il a des cheveux (Argot des filles). N.

VIOCHARD: Fauteuil.

Allusion au fauteuil dans lequel s’accroupissent les vieillards devant un bon feu, en attendant que la carline vienne frapper à la porte (Argot des voleurs). N.

VIOLON: Cellule du poste de police.

Vieux jeu de mots qui date du temps où c’était l’archer qui vous conduisait au violon (Argot du peuple).

VIOLON (Le sentir): Un individu sans le sou, sans domicile, vagabond, sent le violon (Argot du peuple).

VIRGULE: Béranger explique ce mot:

Ah! prions Dieu pour ceux qui n’en ont guère,
Ah! prions Dieu pour ceux qui n’en ont pas.

Virgule: allusion à la forme; ce n’est ni guère, ni pas, c’est un peu, comme on dit dans le peuple:

—Pas de quoi faire déjeuner le chat.

(Argot du peuple). N.

VIRGULE: Dans presque tous les lieux d’aisances des maisons populeuses et des ateliers, il y a au mur des virgules qui sont autant de signatures des cochons qui y passent.

Ce qui a inspiré à un rimeur d’occasion:

Vous qui venez ici soulager vos entrailles,
Léchez plutôt vos doigts que de salir les murailles.

(Argot du peuple). N.

VIS: Serrer la vis à quelqu’un, c’est l’étrangler.

Opération qui n’a rien d’agréable à subir au point de vue physique.

Au point de vue moral non plus, car serrer la vis à un individu, c’est l’étrangler au point de vue de l’existence.

Être dur, injuste, ne rien jamais trouver de bien de ce que fait un individu, c’est lui serrer la vis (Argot du peuple).

VISAGE SANS NEZ: Le derrière.

C’est un visage qui n’est pas désagréable à voir, surtout lorsqu’il est blanc, jeune, dodu et ferme.

Voiture était de cet avis:

. . . . Ce visage gracieux
Qui peut faire pâlir le nôtre,
Contre moi n’ayant point d’appas,
Vous m’en avez fait voir un autre
Duquel je ne me gardois pas.

Ce visage a l’avantage sur l’autre de ne pas faire de grimaces (Argot du peuple).

VISAGE DE BOIS: Se casser le nez contre une porte fermée.

Éprouver une déception à laquelle on ne s’attendait pas.

Aller dîner on ville et ne trouver personne: visage de bois.

On dit également: rester en figure (Argot du peuple).

VISCOPE: Casquette à longue visière, comme en portent les gens faibles de la vue.

Un képi de troupier se nomme également une viscope.

On dit aussi un abat-jour (Argot du peuple).

VISE AU TRÈFLE: Infirmier.

L’allusion est amusante (Argot du peuple).

VITELOTTE: Nez.

Quand un individu a bu beaucoup dans sa vie, son nez devient rouge et tuberculeux.

Allusion à la pomme de terre que l’on nomme vitelotte, ou plutôt que l’on nommait, car elle a disparu entièrement, au grand désespoir des amateurs de gibelotte.

Elle était la sauce du lapin (Argot du peuple). N.

VITRES: Les yeux.

Vitre: le lorgnon; il aide à voir (Argot du peuple).

VITRIERS: Les chasseurs de Vincennes.—Ils portèrent d’abord des sacs en cuir verni reluisant au soleil comme la pièce de verre que les vitriers portent sur leur dos. L. L.

Ce n’est pas cette cause qui a donné à ces soldats le nom de vitriers.

En 1848, aux journées de Juin, les gardes mobiles et les chasseurs de Vincennes furent lancés aux endroits les plus périlleux dans les faubourgs, notamment faubourg du Temple. Ils prirent toutes les barricades avec un entrain extraordinaire, mais sans cruauté inutile, la plupart de ces soldats étant des enfants de Paris.

Au lieu de tirer sur les insurgés, ils s’amusèrent à casser les carreaux sur tout leur passage.

Depuis le boulevard du Temple jusqu’à la Courtille, il ne resta pas une seule vitre aux fenêtres.

On fit une chanson à ce sujet; elle est restée très populaire:

Encore un carreau d’ cassé,
V’là l’vitrier qui passe.
Encore un carreau d’ cassé,
V’là vitrier passé.

(Argot du peuple). N.

VOILÀ LE MARCHAND DE SABLE: Dans le peuple, quand un enfant s’endort à table, on dit:

—Voilà le marchand de sable qui passe (Argot du peuple).

VOIR LA LUNE: Quand une femme a vu cet astre, sa fleur d’oranger n’existe plus.

On dit, et c’est plus juste:

—Elle a vu la comète.

Inutile d’insister (Argot du peuple).

VOIR LES PISSENLITS POUSSER PAR LA RACINE: Être sous terre.

Dans le peuple, on dit également:

Aller dans le royaume des taupes (Argot du peuple).

VOIR LA FEUILLE À L’ENVERS: Pour la voir, il ne faut certes pas être sur le ventre.

Il existe plusieurs chansons qui célèbrent les joies de voir la feuille à l’envers:

Sitôt, par un doux badinage,
Il la jeta sur le gazon.
—Ne fais pas, dit-il, la sauvage,
Jouis de la belle saison.
Pour toi, le tendre amour m’engage,
Et pour toi je porte ses fers.
Ne faut-il pas, dans le jeune âge,
Voir un peu la feuille à l’envers?

(Restif de la Bretonne, Les Jolies Crieuses.)

Un autre auteur a écrit sur le même sujet:

‧     ‧     ‧     ‧     ‧     ‧     ‧     ‧     ‧
Oh! la drôle de chanson
Que chantaient Blaise et Toinon.

(Argot du peuple).

VOIR SOPHIE: Cette très désagréable Sophie ne rend visite aux femmes qu’à chaque fin de mois.

Elle vient sans être annoncée (Argot des filles).

VOLANT: Manteau.

Allusion à ce qu’il vole à tous les vents (Argot des voleurs).

VOLÉ: Trompé dans ses espérances.

—Je comptais toucher un grosse somme, rien, je suis volé.

—Je rencontre une femme qui me paraissait dodue, avoir de l’œil, de la dent, des seins et des mollets. Quand le soir, pour nous coucher elle se déshabille, elle met un œil de verre et son ratelier sur la table de nuit, elle retire sa réchauffante, des tétons en caoutchouc garnissaient son corset, elle portait dix gilets de flanelle et six paires de bas.

Ce n’était plus qu’une planche, j’étais volé (Argot du peuple). N.

VOLÉE (En recevoir ou en donner une): Battre ou être battu.

Recevoir une volée de bois verts: être fortement grondé.

Être éreinté par un article de journal (Argot du peuple).

VOLEUR AU CROQUANT: Voleur qui dévalise les paysans.

Ce sont les grinchisseurs de cambrousse. (Argot des voleurs).

VOLIGE: Femme d’une maigreur telle qu’il est impossible de la toucher sans se couper.

Allusion à la planche nommée volige qui est la plus mince connue en menuiserie (Argot du peuple).

VOUS N’AVEZ RIEN? Dans le peuple on nomme ainsi les employés d’octroi qui inspectent les passants aux barrières, parce que leur phrase consacrée est celle-ci:

Vous n’avez rien à déclarer?

—Si, leur répond quelquefois un passant facétieux, je déclare que j’ai bien déjeuné (Argot du peuple).

VOUSAILLE: Vous (Argot des voleurs).

VOYAGE (Le): Les saltimbanques qui font le tour de France dans leur roulotte voyagent constamment.

On dit de ceux qui connaissent parfaitement leur topographie:

—Ils se connaissent en voyage. (Argot des saltimbanques).

VOYAGEUR: l’engayeur qui bat comtois, qui fait le compère à la porte des baraques de lutteurs se nomme le voyageur (Argot des saltimbanques).

VOYAGEURS: Pou, puce, punaise ou morpion.

Ces insectes désagréables voyagent sur le corps du pauvre bougre qui en est affligé (Argot du peuple).

VOYEURS: Il existe des voyeurs pour hommes et pour femmes.

Ce sont des trous imperceptibles pratiqués dans une tapisserie, qui permettent aux spectateurs de voir sans être vus.

Il y a des maisons de rendez-vous célèbres, où les blasés payent cinq louis pour repaître leurs yeux d’un spectacle ignoble, où toutes les lubricités les plus ordurières s’étalent (Argot des filles). N.

VOYOU: Le voyou n’est pas à comparer à l’ancien titi, au gamin, au gavroche.

C’est une petite crapule qui a en lui les germes de toutes les passions, de tous les vices et de tous les crimes imaginables.

Le gamin de Paris est gouailleur, spirituel, courageux, susceptible de dévouement, il est flâneur, c’est vrai, mais sa flânerie est innocente.

Le voyou a un langage à part; comme le moineau franc, il a les instincts pillards, il est sans cœur, n’aime rien et convoite tout (Argot du peuple).

VOYOUTE: La femelle du voyou; seulement, en plus, elle est putain à l’âge où l’on va encore à l’école.

À douze ans, la voyoute est déjà une petite marmite qui gagne du pognon à son voyou-souteneur (Argot du peuple).

VRILLE: Femme pour femme.

Pourquoi vrille?

Elle ne perce rien (Argot des souteneurs).

VRILLEURS: Les vrilleurs sont des voleurs de nuit qui dévalisent les boutiques des bijoutiers.

Ce vol nécessite une audace extraordinaire.

Avec l’avant-courrier (mèche), ils percent la devanture en tôle de plusieurs trous en carré; avec une scie fine introduite dans l’un des trous, ils scient la tôle et pratiquent une ouverture assez large pour y passer le bras.

À l’aide d’un diamant, ils coupent la glace en carré également, pour que les débris ne fassent pas de bruit en tombant; préalablement, ils appliquent sur la partie coupée un fort tampon de mastic, après quoi, à l’aide d’une tringle d’acier, ils attirent à eux tous les bijoux qu’ils peuvent.

Ils en est qui raflent tout un étalage en quelques minutes (Argot des voleurs). N.


W

WAGON: Chez certains marchands de vin, il y a des buveurs attitrés qui ont des verres qui contiennent une chopine et même un litre de vin.

Celui qui ne l’avale pas d’un coup—pas le verre, le vin—perd la tournée.

On nomme également ce verre un omnibus (Argot du peuple). N.

WAGON: Vieille femme, usée, avachie.

Vieille raccrocheuse de bas étage.

Wagon de troisième classe, parce qu’il n’y en a pas de quatrième.

On dit aussi vieux compartiment (il y a dix places).

On peut entrer chez elle avec une voiture à bras (Argot du peuple).

WATERLOO: Quand une affaire ne réussit pas, qu’elle rate en un mot, celui qui l’a entreprise ou conçue éprouve une défaite.

Allusion à la fameuse bataille du 18 juin 1815.

Il en est qui se consolent facilement et s’écrient comme Cambronne,

—Merde! (Argot du peuple).


X

X: Inconnu, secret; sert à désigner un polytechnicien, ou une personne qui a des dispositions pour les mathématiques:

‧     ‧     ‧     ‧     ‧     ‧     ‧     ‧     ‧     ‧
Sur l’affreux chevalet des x et des y

a dit Victor Hugo (Argot des gens de lettres).

X: Ce mystérieux X a fait parler de lui pendant six mois à propos de l’affaire du Panama.

X, l’inconnu, c’est tout le monde et ce n’est personne (Argot du peuple).


Y

Y ALLER DE SON VOYAGE: Quand quelqu’un vous raconte une histoire à dormir debout et que l’on l’écoute attentivement, on y va de son voyage.

Y aller de son voyage est pris, dans le peuple, dans un sens tout différend:

—...Ma femme y va encore de son voyage (Argot du peuple). N.

Y TOMBERA DU BOUDIN GRILLÉ.

Vieille formule qui veut dire c’est impossible.

Elle est due à Achille, un acteur du petit Lazzari.

Un acteur du théâtre des Folies-Dramatiques se vantait d’avoir un talent énorme.

—Quand il dégottera Frédérick Lemaître, dit Achille, y tombera du boudin grillé.

C’est-à-dire jamais (Argot du peuple). N.

YEUX SUR LE PLAT: Quand un individu fait des yeux blancs, que la prunelle remonte dans l’orbite, on dit: il fait des yeux sur le plat.

C’est un jeu de mots fort juste (Argot du peuple).

YOUPIN: Juif.

Cette expression depuis peu remplace dans le peuple celle de youtre.

C’est le superlatif du mépris:

—Tu n’es qu’un sale youpin (Argot du peuple).

YOUTRE: Juif.

Dans le peuple on ne dit pas youtre, mais youte.

Vient du mot allemand jude (Argot du peuple). V. Baptisé au sécateur. N.

YOUTRERIE (La): La Synagogue quand tous les juifs y sont réunis.

Youtrerie est synonyme de ladrerie, d’avarice, d’apreté.

Ce mot peint bien les estimables rogneurs de pièces de six liards (Argot du peuple).


Z

ZÉPHIR: Quand un troupier indiscipliné est envoyé en Afrique, aux compagnies de discipline, pour casser des cailloux sur les routes, il devient, de par son incorporation, un zéphir.

Quand il fait un vent doux, on dit:

—Quel doux zéphir.

Quand un malpropre lâche une tubéreuse, c’est un sale zéphir pour celui qui est sous le vent (Argot du peuple).

ZEZETTE: Une petite absinthe.

Dans les cantines de lavoir, les blanchisseuses qui ne crachent pas dessus s’offrent à quatre heures une petite zezette de trois sous (Argot des blanchisseuses). N.

ZIF: Marchandises imaginaires qu’un commerçant fait figurer sur son catalogue pour avoir l’air d’être bien assorti (Argot des bourgeois).

ZIG ou ZIGUE: Un homme est un bon ou un mauvais camarade.

C’est un bon zig ou un mauvais zig. (Argot du peuple).

ZIG À LA REBIFFE: Voleur bon enfant qui revient au bout de quelques jours à la prison.

Il rebiffe, il récidive (Argot des voleurs).

ZINC: Argent monnayé.

—J’ai du zinc dans ma profonde, nous pouvons aller de l’avant (Argot du peuple).

ZINC: Le comptoir du mastroquet.

Allusion au plomb qui couvre le comptoir.

Boire sur le zinc, c’est boire debout.

—Viens-tu licher un glacis sur le zinc, j’ai dix ronds d’affure (Argot du peuple).

ZINC (Avoir du): On ne dit plus chic, à ce qu’il paraît. C’est rococo. C’est bourgeois. Et quand une femme a du genre et de l’élégance, on dit qu’elle a du zinc. A. D.

Avoir du zinc ne vient pas du tout de là.

Les fonctionnaires, officiers de paix, commissaires de police et préfets portent des habits brodés d’argent; les préfets surtout en ont sur toutes les coutures; les jours de cérémonie, ils sortent leur zinc.

—As-tu vu le dabe des renifleurs, mince de zinc sur le rable (Argot du peuple). N.

ZINC DES RATICHONS: L’autel du prêtre.

En effet, pour célébrer la messe, il boit un coup de pive (Argot des voleurs).

ZIOTER: Regarder.

—Qu’a-t-il donc, le mec? Il ne fait que me zioter (Argot du peuple). N.

ZOZOTTE: Argent.

—Pas moyen de trimballer ma bidoche, j’ai pas de zozotte.

Zozotte a aussi une autre signification dans le même argot:

—As-tu bien passé la première nuit de tes noces?

—Mon cochon était tellement poivre qu’il a pioncé comme une marmotte toute la nuit.

—Alors, pas de zozotte? (Argot des blanchisseuses). N.

ZUT: C’est fini, je prends congé. J’en ai assez.

Que mes lecteurs ne prennent pas ce mot dans un mauvais sens. Je voudrais qu’ils le traduisent de cette manière:

—Au revoir!


PETIT SUPPLÉMENT

Au fur et à mesure de la composition du dictionnaire, de nouvelles expressions m’ont été adressées par d’aimables correspondants, il a été impossible de les placer à leur lettre respective; pour être aussi complet que possible, on les trouvera par lettre alphabétique dans ce Petit Supplément, où le lecteur pourra facilement se reconnaître.

A

ACŒURER: Y aller de bon cœur.

Assommer un individu, l’accommoder à la sauce pavé, le frapper avec entrain (Argot des voleurs).

ACHETOIRES: Monnaie.

Cette expression est très usitée dans le peuple.

Le père ne travaille pas, tout est au mont-de-piété, pas de feu dans le poêle, l’enfant pleure:

—Maman, maman, j’ai froid, j’ai faim.

—Mon pauvre petit, je n’ai pas d’achetoires (Argot du peuple).

ACCESSOIRES: Objets de théâtre.

Dans le peuple, on donne à ce mot un tout autre sens: accessoires, les testicules (Argot du peuple). N.

AFFAIRE: Pour les voleurs, tous genres de vols sont des affaires (Argot des voleurs).

AFFE: La vie.

Les voleurs vivant dans des transes continuelles, comme le mourant, ils ont des affres.

Affres en français signifie angoisses (Argot des voleurs). V. Affe (Dict.).

AGACER UN POLICHINELLE SUR LE ZINC: On nomme polichinelle un verre d’eau-de-vie, environ un cinquième de litre, que certains pochards abrutis boivent sur le zinc.

Il en est qui agacent jusqu’à cinq polichinelles dans une matinée (Argot du peuple). N.

APPUYER: Abaisser un décor, le faire descendre des frises sur la scène. A. D.

Appuyer est pris dans un autre sens:

—Je vais m’appuyer six heures de chemin.

—Je vais m’appuyer ce vieux birbe sur l’estomac, quelle corvée!

—Je vais m’appuyer une chopine (Argot du peuple). N.

ARTONNER: Tromper la police.

C’est l’insaisissable Arton à qui revient l’honneur de ce mot.

—Depuis six marqués, j’artonne l’arnaque (Argot des voleurs). N.

AVOIR LE FIL: Un couteau qui coupe bien a le fil.

Un individu malin, rusé, possède le fil.

—Y a pas moyen de lui mettre à ce gonce là, il a le fil.

Avoir le fil, être au courant de toutes choses et être constamment en éveil (Argot du peuple). N.

AVOIR L’ÉTRENNE: S’offrir une chose neuve.

Elle me dit: Mon vieux,
Pâme-toi si tu veux,
Tu n’en auras pas l’étrenne.

Faire étrenner un camarade: lui flanquer une bonne volée (Argot du peuple). N.

AVOIR MANGÉ SES PIEDS: Puer de la bouche (Argot du peuple).

B

BAISSER UNE ESPACE QUI LÈVE: Dans les ateliers de typographie, quand un camarade envoie chercher un litre par l’apprenti, il le met sous son rang—le prote n’aime pas que l’on boive pendant le travail;—il verse une rasade, et fait dire au copain qu’il veut régaler:

—Viens donc baisser une espace qui lève.

Synonyme de lever le coude (Argot d’imprimerie). N.

BALAYÉ: On balaye une foule à coups de canon.

On balaye des ouvriers qui ne font pas l’affaire du patron.

On balaye la femme quand elle devient par trop gênante.

Balayé: synonyme de nettoyage (Argot du peuple). N.

BARBE À POUX: Barbe de capucin, barbe en broussaille, longue, sale et crasseuse, dans laquelle jamais le peigne ne pénètre; les poux peuvent y nicher à l’aise sans crainte d’être dérangés (Argot du peuple). N.

BAROMÈTRE: La médaille des députés.

Pour le coiffeur ou l’ouvrier chapelier qui quitte son rasoir ou balance son tablier par un caprice du suffrage universel, la médaille qu’il a dans sa poche marque le beau fixe pendant quatre ans.

Elle est pour lui le baromètre du bonheur (Argot du peuple). N.

BATTRE LA BRELOQUE: Les tapins, au régiment, battent la breloque pour annoncer l’heure de la soupe.

Une pendule détraquée qui marche comme les montres marseillaises, lesquelles abattent l’heure en quarante-cinq minutes, bat la breloque.

Avoir le coco fêlé, ne plus savoir ce que l’on fait, avoir des moments d’absence, c’est battre la breloque.

On dit également: battre la campagne (Argot du peuple).

BÉRENGÉRISME: En être atteint, c’est une maladie bien désagréable.

Le Père la Pudeur qui fonctionne au bal de l’Élysée-Montmartre bérengérise les danseuses qui lèvent la jambe à hauteur de l’œil, sans pantalon:

—Veux-tu cacher ton prospectus? dit le vieil empêcheur de danser en rond.

—Ça m’est recommandé par mon médecin de lui faire prendre l’air, répond la Môme Cervelas (Argot du peuple). N.

BÉQUET: Le passiffleur met des béquets, des pièces, aux vieux souliers; il en existe qui arrivent à une perfection si grande qu’il est impossible de découvrir la pièce (Argot du peuple).

BÉQUET: Terme d’imprimerie.

Petits paquets de composition pour ajouter ou compléter un grand paquet.

En corrigeant un article, on ajoute des petits béquets à droite et à gauche pour le corser (Argot d’imprimerie).

BIBARDER: Vieillir.

—C’est extraordinaire comme les chagrins te font bibarder.

Bibarder veut aussi dire boire.

Bibardons-nous une tasse? (Argot du peuple).

BIEN DE LA MAISON (Es-tu): Expression employée au jeu de manille.

Dans la partie à quatre, les joueurs sont deux à deux; ils se questionnent à voix haute pour savoir comment diriger leur jeu:

Es-tu bien de la maison? As-tu beaucoup d’atout? (Argot du peuple). N.

BINAISE: Abréviation du mot combinaison.

Binaise: tirer un plan pour faire quelque chose.

—Faisons une binaise pour nous offrir un kilo (Argot d’imprimerie). N.

BŒUF (Avoir un mâle): Être fort en colère.

Superlatif de bouffer son bœuf (Argot d’imprimerie).

BOUCHON: Bourse.

Allusion à l’argent qu’elle contient, qui sert à boucher des trous.

Pour payer une dette, on dit: boucher un trou (Argot du peuple).

BOUIF: Mauvais ouvrier.

On disait cela primitivement des ouvriers cordonniers, mais depuis, cette expression s’est étendue à tous les corps de métiers.

Un mauvais écrivain ou un mauvais acteur, c’est un bouif (Argot du peuple).

BOULANGER (Le): Le diable (Argot des voleurs).

BOULANGER QUI MET LES ÂMES AU FOUR (Le): Le diable qui fait cuire les gens en enfer (Argot des voleurs).

BOULE DE SUIF: Homme ou femme gras à lard (Argot des voleurs).

BOULOTTER DE LA CALIJATTE: Cette expression très pittoresque a une saveur toute particulière; elle est connue depuis peu.

Boulotter: manger; calijatte: secret.

Mot à mot: manger du secret.

On sait que la cellule est la terreur du plus grand nombre des détenus, mais elle est un paradis relatif quand il n’est pas au secret.

Être au secret est un supplice épouvantable. On comprend que les plus endurcis voleurs redoutent cette torture; cela explique qu’ils sont parfois empêchés de commettre un acte criminel ou qu’ils avouent tout ce qu’on leur demande pour éviter de boulotter de la calijatte pendant de longues semaines (Argot des voleurs). N.

BOUQUET: Quand un nourrisseur de poupard a bien préparé une affaire, et que le vol a été fructueux, il reçoit une prime de ses complices, quelquefois quarante pour cent; cela se nomme recevoir un bouquet (Argot des voleurs).

BOURDON: Quand le metteur en page ne s’aperçoit pas qu’un mot a été oublié en composant un article, ce dernier devient incompréhensible.

S’il s’en aperçoit et qu’il faille remanier le paquet, c’est enlever le bourdon (Argot d’imprimerie).

BRANCARD: Un vieil adage dit que les femmes c’est comme les souliers: quand c’est vieux, ça boit.

Toutes ne boivent pas; il en est qui, trop vieilles pour continuer leur profession, instruisent les jeunes et leur apprennent les secrets du métier.

Mot à mot: brancard, aller traîner les apprenties putains sur le trimard (Argot des filles).

BRICOLE À CHEVEUX: Le peigne ou l’épingle qui fixe le chignon d’une femme (Argot des voleurs). N.

BRISER: S’en aller.

—Mon vieux, il est l’heure de la mouise, je me la brise au galop.

Quand une commandite d’ouvriers compositeurs a achevé son travail, le metteur en page frappe sur sa casse avec un taquoir.

Ce signal veut dire: c’est fini, brisez (Argot d’imprimerie).

BRODEUSE: Homme et femme à la fois.

De la famille des pédérastes (Argot du peuple).

BRÛLER LA CHANDELLE PAR LES DEUX BOUTS: Individu qui dépense sans compter, qui jette son argent par les fenêtres.

—Tu brûles la chandelle par les deux bouts (Argot du peuple). N.

BUSTINGUE: Garni.

Il en existe un célèbre dans la rue de Flandre, à la Villette. C’est là que descendent les saltimbanques et les phénomènes qui viennent se faire engager.

On nomme bustingue tous les garnis où logent les ambulants (Argot des voleurs).

C

ÇA NE VA QUE D’UNE FESSE: Chose qui va mal.

Besogne accomplie avec répugnance.

Être très malade (Argot du peuple). N.

CABARET DES SIX-FESSES: Auberge tenue par trois femmes (Argot du peuple). N.

CACHET DE LA RÉPUBLIQUE: C’est un coup de pied canaille.

Quand deux hommes se battent, le plus fort, d’un coup de talon, écrase la figure de son adversaire.

Il lui pose le cachet (Argot du peuple).

CAILLÉ: Poisson quelle que soit sa nature.

Il est caillé, il a des écailles (Argot des voleurs).

CALLOT: Teigneux.

Vient de calabre, teigne (Argot des voleurs).

CAMBROU: Domestique mâle.

Il garde la cambrouse (Argot des voleurs).

CAMELOTTE EN POGNE: Voler un objet quelconque dans la main de quelqu’un (Argot des voleurs).

CANULE: Petit instrument placé au bout d’une seringue, d’un irrigateur.

Canule: Être ennuyeux.

—Ah! lâche-nous, voilà une heure que tu nous canules (Argot du peuple).

CANELLE: La ville de Caen.

—Il y a un bath chopin à faire à Canelle, en es-tu? (Argot des voleurs).

CAPOU: Écrivain public (Argot des voleurs).

CARCAN À STRAPONTIN: Vieille fille publique.

De carcan: vieux cheval (Argot des filles).

CARIBENER: Vol à la care.

Le voleur qui a cette spécialité se nomme un caribeneur (Argot des voleurs).

CARLINE (La): La mort.

Ce mot est usité dans les bagnes pour désigner cette vilaine personne.

Allusion au personnage de Carlin dont le visage est couvert d’un masque noir (Argot des voleurs).

CARRELEUR DE SOULIERS: Ouvrier lorrain qui vient tous les étés parcourir nos campagnes avec sa hotte sur le dos.

Il raccommode les souliers.

Ce nom lui vient de ce qu’il crie: carreleur de souliers.

Ce à quoi les gamins répondent:

Gare l’aut’ soulier! (Argot du peuple).

CAROTTE FILANDREUSE: Carotte tirée de longueur, mais peu claire comme explications.

Allusion à une vieille carotte pleine de filaments, qui ne se digère pas facilement.

—Ça ne prend pas, ta carotte est filandreuse (Argot du peuple). N.

CAZIN: Partie de billard qui se joue avec une quille au milieu du tapis (Argot du peuple). N.

CAZINER: Jouer au cazin, faire toucher par la bande les billes, en jouant avec la rouge (Argot du peuple).

CHAT (Mon petit): Terme d’amitié employé souvent vis-à-vis d’une jeune fille.

Chat... (Argot du peuple). V. Tâte-minette. N.

CHATOUILLE (Une): Une chansonnette.

Vieux terme de goguette:

—Allons, dégoise-nous ta petite chatouille (Argot du peuple). N.

CHENAILLER: Faire des reproches à quelqu’un.

C’est une façon polie pour ne pas dire engueuler.

—Je ne t’ai pourtant rien fait pour que tu soies toujours à me chenailler (Argot du peuple). N.

CHÉQUARDS: Les députés, ou, du moins, les Cent-Quatre à qui on reprocha si vivement d’avoir reçu des chèques du baron de Reinach et du fameux Arton (Argot du peuple). N.

CHEVALIER DE LA ROSETTE: Homme qui aime son sexe (Argot du peuple). N.

CHIFFARDE: La pipe.

—Pas mèche de fumer ma chiffarde, pas de saint-père (Argot du peuple).

CIBOULOT: La tête.

Perdre le ciboulot: perdre la tête.

Se faire sauter le ciboulot: se brûler la cervelle.

—Son ciboulot est vidé (Argot du peuple). N.

CLAIR COMME DE L’EAU DE BOUDIN: Affaire obscure, embrouillée.

Mot à mot: affaire ténébreuse.

Allusion à la noirceur de l’eau qui sert aux charcutiers pour faire cuire le boudin (Argot du peuple). N.

COUP DOUBLE: Deux jumeaux.

Ce mot peut se passer d’explications (Argot du peuple). N.

D

DARONNE DU DARDANT: La déesse Vénus.

Daronne, Mère; dardant, amour.

Mot à mot: la mère des amours (Argot des voleurs).

DARONNE DU GRAND AURE: La Sainte Vierge.

Je n’ai pu trouver nulle part la signification du mot aure (Argot des voleurs).

DÉBRICABRAQUÉ: Un bric-à-brac monte sa boutique de bric et de broque, ric-à-rac (petit à petit).

On construit une pièce avec différents morceaux, un béquet par-ci, un béquet par-là. Si elle ne plaît pas au directeur, il faut que l’auteur la retape, qu’il la débricabraque.

Mot à mot: qu’il la démolisse pour la rebricabraquer (Argot du peuple). N.

DÉCADENER: Quand le gendarme ôte le cabriolet d’un prisonnier, il le décadène.

Mot à mot: il le déchaîne.

On dit également dédurailler (Argot des voleurs).

DÉFILER SON CHAPELET: Quand deux commères se disputent, c’est un déluge de paroles et d’épithètes interminable.

—As-tu vu comme je lui ai défilé mon chapelet?

Allusion au chapelet qu’une dévote fait tourner toute sa vie dans ses mains sans en trouver la fin (Argot du peuple). N.

DÉGUI: Abréviation de déguisement (Argot des voleurs).

F

FAGOT AFFRANCHI: Forçat libéré.

Mot à mot: il est affranchi de ses fers (Argot des voleurs).

FAGOT À PERTE DE VUE: Condamné aux travaux forcés à perpétuité.

Par abréviation on dit: gerbé à perpète (Argot des voleurs).

FAIRE: Les bouchers font un animal à l’abattoir.

Faire: tuer, voler.

Faire quelqu’un: le lever.

Faire: synonyme de fabriquer (Argot du peuple et des voleurs).

FAIRE LA TORTUE: Ne rien manger.

Jeuner volontairement ou par la force des choses (Argot des voleurs). N.

FEMME DE CARÊME: Femme outrageusement maigre.

Un hareng saur en jupons (Argot du peuple). N.

FERME TA GUEULE OU JE SAUTE DEDANS: On dit cela à un individu qui baille à se démantibuler la mâchoire, ou qui braille à vous assourdir (Argot du peuple). N.

FIN-DE-SIÈCLE: Cette expression nouvelle veut dire bien des choses.

Un chapeau excentrique est fin-de-siècle.

Une chanteuse comme Yvette, une danseuse comme la Goulue, un livre ou une pièce où les expressions sont ce qu’il y a de plus réaliste, tout cela est fin-de-siècle (Argots divers). N.

FLAMSIK: Flamand.

C’est une corruption du mot flahut (Argot des voleurs).

FLANCHE: Affaire.

—Si tu veux, mon vieil aminche, nous avons un rude flanche en vue?

—Je le connais ton flanche à la manque (Argot des voleurs).

FLAQUET: Le gousset du pantalon, ou la poche du gilet.

C’est là généralement où on met son argent.

Flac, sac ou argent, de là flaquet (Argot des voleurs).

FLEUR DE CONNERIE: Suprême imbécile, crème de crétin.

Mot à mot: le roi des gaffeurs (Argot du peuple). N.

FLOUE: La foule.

Quand la foule est nombreuse, les voleurs peuvent travailler à leur aise (Argot des voleurs).

FONCÉE: Une mariée est en blanc le matin, le soir elle change de costume, les loustics disent qu’elle est en foncée (Argot du peuple). N.

FONDANTS: Des bonbons pustuleux qui suintent sans cesse.

On dit: il a des bonbons fondants (Argot du peuple). N.

FOUINARD: Individu qui fouine partout, qui fourre son nez dans les affaires des autres.

Fouinard date de la pièce de Lesurques; c’était l’acteur Alexandre qui jouait le rôle de ce personnage (Argot du peuple).

FOURLINE: Vient de fourloureur. Ce mot signifie à la fois voleur et assassin (Argot des voleurs).

FRICOTEUR: Agent d’affaires, synonyme de tripoteur.

Au régiment, les troupiers qui coupent aux exercices, aux corvées, en un mot au service, sont des fricoteurs (Argot du peuple).

H

HUILE DANS LA LAMPE (N’avoir plus d’): Mourir.

Allusion à la lampe qui s’éteint faute d’huile (Argot du peuple). N.

HÔTEL-DIDEROT: La prison de Mazas.

On dit également Mazas-les-Bains (Argot du peuple). N.

M

MALHEUREUX (Être): C’est l’état de pauvreté, en français.

En typographie, cette expression a une autre signification.

Dans une équipe, chacun, à tour de rôle, a son tour de malheureux, la liste en est affichée dans l’atelier de composition.

Les malheureux restent après les autres pour corriger, faire les morasses et serrer les formes (Argot d’imprimerie). N.

MANCHE (Avoir son): Être formidablement en colère.

Un compositeur typographe qui a de la mauvaise copie (la mienne par exemple) qu’il ne peut lire, a son manche contre l’auteur.

Heureusement que ce n’est pas celui du balai.

Synonyme d’avoir sa chèvre (Argot d’imprimerie). N.

MESSIÈRES: Victimes.

Ce mot est très vieux; il a été employé par Eugène Suë, à propos du personnage du Maître d’école, à qui la Chouette dit:

—Ma vieille fourline, attention, v’là les messières (Argot des voleurs).

MON LINGE EST LAVÉ: Quand deux individus se battent, celui qui est vaincu dit qu’il a son linge lavé.

Être arrêté a la même signification (Argot des voleurs).

MOULIN À CAFÉ: Le tribunal correctionnel.

Allusion à la vitesse avec laquelle les juges expédient les affaires.

Les prévenus sont condamnés à la vapeur (Argot du palais). N.

MOUILLER SES BIBELOTS: Pisser dans son pantalon (Argot du peuple).

MOTS À QUEUE: C’est une plaisanterie d’atelier fort amusante.

C’est un homme de l’artichaud Colas.

On en a fait des à-peu-près tout aussi drôles sur les heures.

Il est une heure, (teneur) de livres.

Deux heures, (deux sœurs) de charité.

Trois heures (toiseur) vérificateur.

Quatre heures, (cardeur) de matelas.

Cinq heures, (zingueur) plombier.

Six heures, (ciseleur) sur métaux.

Sept heures (cette heure) est la mienne.

Huit heures, (huîtres) d’Ostende.

Neuf heures, (neveu) de son oncle.

Dix heures, (diseur) de bonne aventure.

Onze heures, (on se) réunira à la maison mortuaire pour midi (Argot des ateliers).

N

N’EN JETEZ PLUS, LA COUR EST PLEINE: De 1848 à 1860, il exista un homme mystérieux qui chantait dans les cours; son élégance et sa distinction l’avait fait surnommer le marquis.

Avec une voix très agréable, il chantait le répertoire de Désaugiers.

Aussitôt qu’il arrivait, les sous commençaient à pleuvoir drus comme grêle, il s’arrêtait avant d’entamer une nouvelle chanson et criait:

N’en jetez plus, la cour est pleine.

L’expression est restée comme synonyme de: j’en ai assez (Argot du peuple). N.

NOIRE COMME LE CUL DU DIABLE: Se dit d’une femme brune, presque moricaude.

On dit également de quelqu’un qui a la conscience chargée de nombreux méfaits;

Son âme est noire comme le cul du diable.

Se dit aussi d’une affaire embrouillée, dans laquelle personne ne voit goutte (Argot du peuple).

P

PATTE DE VELOURS (Faire): Avoir envie de dire des injures à quelqu’un et au contraire lui faire risette.

Avoir envie d’égratigner et au contraire caresser.

Allusion au chat qui rentre ses griffes quand il est content:

—Il fait patte de velours (Argot du peuple). N.

PHILOSOPHES: Des souliers.

Ils sont bien forcés d’accepter le temps comme il est, boue ou neige, et le pied qui les chausse.

On appelle également philosophes des grecs qui opèrent seuls dans les cercles et dans les tripots.

Le philosophe d’allumage est celui qui prépare les pontes, qui en ce cas deviennent des pantes (Argot du peuple). N.