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Dictionnaire du patois du pays de Bray

Chapter 8: DICTIONNAIRE
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About This Book

The work collects and explains the regional patois of a small rural area in Normandy, offering a glossary of local words and expressions with definitions, variant spellings, etymological notes, and examples of usage. An extended introduction surveys the linguistic history of the area, tracing influences from ancient inhabitants through Latin and Germanic elements and situating the dialect within local geography. The compiler emphasizes firsthand attestations and delineates the survey boundaries, supplies philological observations and cross-references to related dialects, and records rural vocabulary, idioms, and customary terms that illuminate everyday speech and traditional life.



Liberté, égalité, fraternité


Jacques.—Ah! Boujou, Mousieu Esprit...

Le citoyen Esprit.—Ne m'appelle donc pas Monsieur; ce titre aristocratique est aboli et remplacé par le mot égalitaire de citoyen.

Jacques.—Ah! chest cha; j'comprends pas, mais chest tout d'même.

Le citoyen Esprit.—Tu es si bête!

Jacques.—Ah! par exemple, cha pourrait ben être vrai; car tout l'monde me l'dit. Mais en attendant, j'voudrais ben saver qué qu'veulent dire chés trois mots Libertai, Égalitai, Fraternitai, quo vait tout partout; o dirait que l'zimprimeux n'peuvent plus rien écrire sans mette chés mots-là.

Le citoyen Esprit.—Tu ne comprends pas cela?

Jacques.—Ma foi, non.

Le citoyen Esprit.—Liberté!!! mot divin qui fait battre tous les cœurs, quand on le prononce...

Jacques.—Ah! bah! l'mien des cœurs n'bat pas du tout.

Le citoyen Esprit.—C'est une manière de parler.

Jacques.—Chest-à-dire qu'cha n'signifie rien.

Le citoyen Esprit.—C'est-à-dire que tu es un imbécille.

Jacques.—Os me l'avez déjà dit, Mousieu citoyen.

Le citoyen Esprit.—Comment pourrais-tu en effet comprendre la liberté, toi qui as été toute ta vie esclave et malheureux.

Jacques.—Ma foi, pas core trop.

Le citoyen Esprit.—Écoute, Jacques, et tâche de comprendre.

Jacques.—J'vo z'écoute des yeux et des oreilles.

Le citoyen Esprit.—Par le mot liberté, on entend que chacun est libre de faire ce qui lui plaît.

Jacques.—Tout c'qui li plaît?

Le citoyen Esprit.—Tout!

Jacques.—Absolument tout?

Le citoyen Esprit.—Oui.

Jacques.—Y a ti longtemps, cha?

Le citoyen Esprit.—Depuis le 24 février, l'an 59 de la liberté.

Jacques.—Et moi qui ne l'savait point core! Faut que j'sais rudement béte!

Le citoyen Esprit.—Je ne dis pas non.

Jacques.—Mais, comment qu'man maîte n'me l'a pas dit?

Le citoyen Esprit.—Nigaud, est-ce qu'il n'est pas intéressé à te laisser dans l'ignorance?

Jacques.—Chest vrai! ben asteu, chest ben fini; quand y m'dira d'batte du blai, j'battrai d'l'aveine; quand y m'dira d'vaner de l'orge, j'ferai des guerbées; quand y m'dira de monter l'grain au grenier, j'irai m'mette à table; puis plutot j'li dirai que j'veux ête maîte chacun note semaine... Asteu, j'voudrais bien saver quoique chest qu'l'égalitai.

Le citoyen Esprit.—Cela signifie qu'il n'y a aucune différence entre les hommes, et qu'ils sont tous égaux.

Jacques.—Mais chest pas vrai, cha.

Le citoyen Esprit.—Comment, ce n'est pas vrai?

Jacques.—Non! Est-ce que j'sis l'égal de man maîte?

Le citoyen Esprit.—Sans doute.

Jacques.—Ah! cha mais!... comment s'y prendre? Man maîte qu'a six pouces plus qu'mai.

Le citoyen Esprit.—On le rognera.

Jacques.—Par queu bout?

Le citoyen Esprit.—Par la tête.

Jacques.—Diable! mais... puis, Nicolas, li qu'est trois pouces plus p'tit qu'mai; est-ce qu'on me rognera itou par la tête?

Le citoyen Esprit.—Mon pauvre Jacques, tu ne comprends donc rien; quand on dit que nous sommes égaux, on veut dire que nous avons tous les mêmes droits et les mêmes avantages.

Jacques.—Chest-à-dire que j'pourrais mette l'zhabits de man maîte, manger san dinner, monter sur san bidet?

Le citoyen Esprit.—Certes, tous les biens sont communs.

Jacques.—Mais les propriétaires?

Le citoyen Esprit.—Il n'y a plus de propriétaires: la propriété, c'est le vol.

Jacques.—Tiens! je l'aurais jamais cru.... Man maîte qui passe pour si honnête homme dans le pays! Mais y va me renvéyer, pétète, quand j'l'y demanderai l'exécution d'l'égalitai.

Le citoyen Esprit.—Ne crains rien.

Jacques.—Pourquoi?

Le citoyen Esprit.—Parce qu'il ne saurait trouver un autre domestique aussi bête que toi.

Jacques.—Chest ben possible... Puis c'té fraternitai, elle, qué qu'chest?

Le citoyen Esprit.—Cela veut dire que nous sommes tous frères.

Jacques.—Ah! cha, du coup, chest une bêtise; car, quand ma mère, qui n'vient plus d'pis qu'al est morte, venait m'ver, a m'embrachait toujou; puis a disait: Boujou, man fieu! Mais a n'embrachait pas man maîte; au contraire, a faisait une révérence, puis disait: Boujou, maîte Pierre! mais a n'y disait jamais: Boujou man fieu, ni boujou man frère! Cha fait ben ver qu'a n'était pas sa sœur et qu'il n'est pas man frère.

Le citoyen Esprit.—Il ne s'agit ici ni de père ni de mère.

Jacques.—Chest vrai, y sont morts tous deux.

Le citoyen Esprit.—Tu ne comprends pas. Il n'y a plus ni père ni mère pour personne; nous sommes tous enfants de la nature.

Jacques.—De la nature? Connais pas! J'avais toujou cru qu'j'étais l'fieu d'ma mère qu'est morte, pauve fame.

Le citoyen Esprit.—Pauvre Jacques! quel dommage qu'on ait paralysé l'action des clubs! je t'aurais fait admettre pour t'initier aux grands principes....

Jacques.—Pardon! excuse! Mousieu citoyen, maîte Pierre m'crie pour manger la soupe.

Le citoyen Esprit.—Mais j'aurais un petit service à te demander.

Jacques.—Jé pas l'temps; cha sera pour une aute fais.

Un Flaneur Brayon.

Nous terminerons cette introduction par quelques proverbes et dictons populaires, auxquels nous joindrons un court exposé des croyances et usages du pays.




PROVERBES ET DICTONS.



Amis comme chiens et chats. Ennemis.

Adroit de sa main comme un cochon de sa queue. Maladroit.

Se laisser manger la laine sur le dos. Trop bon.

La semaine des trois jeudis. Jamais.

Il vaux mieux tuer le diable que le diable vous tue.

Caillou qui roule n'amasse pas mousse.

Mais que les poules pissent. Jamais.

Engendré d'un coq et d'une oie. Sot et malin.

Ouvrir les yeux comme un chat qui c... dans du son. Ouvrir de grands yeux.

Brouillard en mars, gelée en mai.

Laid comme le diable.

Toute la pouquette sent le hareng. Toute la famille a les mêmes vices.

En attendant les souliers d'un mort, on va longtemps nu-pieds.

N'y voir que du brouillard. Ne rien comprendre à une chose.

Un coup de langue est pire qu'un coup de lance.

La première mouche qui le piquera sera un taon. La dernière faute paiera pour les autres.

Ne pas valoir les quatre fers d'un chien. N'avoir aucune valeur.

N'entendre ni à hu, ni à dia. N'avoir aucune intelligence.

Brebis qui bêle perd sa goulée. On ne peut parler et manger en même temps.

Au plus fort la pouque. En parlant de deux personnes qui se disputent un objet.

Qui demande un hiver avant Noël, en demande deux.

Faire la caloge du veau avant qu'il soit venu. Former de vains projets sur un événement éventuel.

Il ne faut pas tant de beurre pour faire un quarteron. Pas de paroles inutiles.

Aller ou venir pour des prunes. Pour rien.

Si le soleil luit quand il pleut, on dit que le diable bat sa femme.

Quand on se sent morveux, on se mouche. En parlant d'une personne qui prend pour elle-même un blâme donné sans application particulière.

Gratter quelqu'un par où il a manjure. Lui proposer une chose qui le flatte.

Faute de poisson, on mange des moules. Quand on n'a pas ce qu'on désire, il faut se contenter de ce qu'on a.

On n'est pas louis d'or. Ou ne plaît pas à tout le monde.

Quand on quitte le maréchal, il faut payer les vieux fers. Lorsqu'on change de fournisseur, il faut payer ce qu'on lui doit.

Quitter brûler ce qui ne cuit pas pour soi. Ne s'occuper que de ce qui profite.

Quand il pleut sur l'un, il grêle sur l'autre. En parlant de deux personnes qui ont les mêmes intérêts.

Rebattre le feurre de ses glanes. Perdre le fil de son discours et faire des redites.

Il a mis une cheville à son trou. Réponse ou repartie trouvée à propos.

Malin comme Gribouille qui se jette à l'eau de peur de se mouiller.

Être de la famille de Riquiqui. Être parent de tout le monde.

S'il y a pondu, il n'y a pas couvé. Il n'a pas été longtemps parti.

Vaut mieux faire envie que pitié.

Février emplit les fossés, mars les vide.

Il vaut mieux laisser son enfant morveux que de lui arracher le nez. Mieux vaut conserver un objet avec ses défauts que de le briser en cherchant à le réparer.

Ils sont comme saint Roch et son chien. Inséparables.

Ton nez branle. Tu mens. Il paraît que ce dicton n'est pas neuf et qu'on disait du temps d'Érasme: Nasus tuus arguit mihi te mentiri, votre nez me dit que vous mentez.

On ne peut guère manier de beurre, sans qu'il en reste dans les doigts. En parlant des régisseurs et autres qui ne rendent pas fidèle compte de leur administration.

Chaque grain a sa paille. Chacun a ses défauts.

Manger son pain chaud, boire son cidre doux, brûler son bois vert, c'est mettre la maison au désert.

Ne point mettre une chose dans l'oreille d'un chat. Donner un avis qui sera suivi.

Chacun son métier, les moutons seront bien gardés.

Faire de la bouillie pour les chats. Faire une chose inutile ou mal exécutée.

Les nourrices auront bon temps, les enfants se jouent. En parlant des grandes personnes qui s'amusent à des jeux d'enfant.

Heureux comme un coq en pâte. Nous pensons qu'il faudrait dire: Comme un coq empâté.

C'est comme à la maison du bon Dieu, l'on n'y boit, n'y mange. Allusion aux personnes qui n'offrent rien à ceux qui font visite; ce qui est rare dans le pays de Bray.

On a tiré à son baptême. Il n'a pas inventé la poudre.

On ne tire pas de farine d'un sac à charbon. On n'espère pas de bonnes actions de la part d'un méchant.

C'est du bois à faire des vielles. Il se ploie de toutes façons. Par allusion à ceux qui disent oui et non sur la même question, pour plaire à l'un et ne pas déplaire à l'autre.

Faire des contes à mourir debout. Impossibilités.

Rien ne dure plus longtemps qu'un pot cassé. En parlant de personnes souffrantes qui vont jusqu'à la vieillesse.

Il n'y a pas moyen de moyenner. Il faut en convenir.

On vous donne des noix à casser, quand on n'a plus de dents. Faire des douceurs, quand on ne peut plus en profiter.

C'est lui, en chair et en os, comme saint Amadou. Lui-même.

Plus malin que lui n'est pas bête.

Sourd comme une boîse. Très-sourd.

Aller son petit bonhomme de chemin. Faire ses affaires, sans s'inquiéter du qu'en dira-t-on.

Ce n'est pas par là que le pot court. Ce n'est pas là que se trouve le mal.

Courir comme un poulain délicoté.

Être du côté que le plat pend. Être bien placé.

Sec comme du bois.

Les paroles sont des femelles; les écrits sont des mâles. Les uns sont plus sûrs que les autres: Verba volant, scripta manent.

Les rouges (à cheveux roux) sont tout bons ou tout mauvais.

Entêté comme une mule.

Babiller comme une pie borgne. A tort et à travers.

Ne pas plus bouger qu'un 0 en chiffre.

Noir comme une taupe.

Partir dans le royaume des taupes. Mourir.

Aller à taupes-jouque. Mourir.

Avoir la compagnie d'un pelé et trois tondus. Société sans considération.

Ne craindre ne Dieu, ne Vierge Marie. N'avoir aucune crainte.

Bête comme un pot. Très-sot.

Un quien regarde bien un évêque. Un inférieur peut regarder son supérieur.

Père aux écus. Homme riche.

Avoir les yeux plus grands que le ventre. Gourmand qui ne peut manger tout ce qu'il a demandé.

Les conseilleux

Ne sont pas les payeux.


Faites du bien à un vilain,

Il vous c... dans la main.


A la Saint-Romain,

On prend les mouches à la main.


A la Saint-Denis,

Bécasse en tous pays.


A la Saint-Denis,

Perdreaux sont perdrix.


S'il fait beau,

Prends ton manteau;

S'il pleut,

Prends-le, si tu veux.


Pluie du matin

N'arrête pas le pélerin.


Jamais le mois d'avril

Ne s'en va sans épi,

Et le mois de mai

Sans épi de blai.


Aujourd'hui saint Thomas,

Cuis ton pain, lave tes draps,

Dans trois jours Noël t'auras.


A la Saint-Luc,

Ne sème plus, ou sème plus dru.


A saint Luquet,

Sème toujours jusqu'à ce que tu aies fait.


Brouillard en decours,

De la pluie sous trois jours.


Brouillard en croissant,

C'est du beau temps.


A la sainte Cateline, (25 nov.)

Tout bois prend racine.


Petits enfants,

Petits tourments.


Il ne faut qu'un coup

Pour tuer un loup.


Vaut mieux aller au moulin

Qu'au médecin.


Pour filer,

Faut mouiller.


Avril le doux,

Quand il s'y met, c'est le pire de tous.


Année de hennetons,

Année de grenaison.


L'hiver n'est pas bâtard,

Quand il ne vient pas d'heure, il vient tard.


A la Chandeleur (2 fév.),

L'hiver finit ou prend vigueur.


Un essaim du mois de mai

Vaut une vache du pays de Bray.




USAGES ET CROYANCES.


ABEILLES.

Sur le deuil des abeilles, voyez Mouches à miel, dans le Dictionnaire. Les abeilles offrent bien assez d'intérêt à l'observateur, sans leur prêter un instinct dont elles ne jouissent point.

On dit que les abeilles qui essaiment le jour du Saint-Sacrement forment, dans la ruche, un travail en forme d'ostensoir, c'est-à-dire que les rayons aboutissent au centre de la ruche, au lieu d'être transversaux. Nous ne nions pas ce genre de travail; mais, jusqu'à preuve contraire, nous croyons que tous les essaims qui sortent en ce jour ne travaillent pas de la même manière, et qu'on peut observer ce genre de travail dans les ruches d'essaims sortis en d'autres jours.

CARREAU.

Dans la campagne, les bonnes femmes désignent sous ce nom tout embarras gastrique, toute maladie chronique, toute affection maladive dont la guérison se fait attendre. Dans leur pensée, aucun âge n'en est exempt; nous nous rappelons avoir entendu dire d'une personne octogénaire, qu'elle était morte du carriau, parce qu'on ne l'avait pas fait toucher. Voyez, dans le Dictionnaire, le mot Carriau.

CHARDON (Jeu du).

Parfois les moissonneurs laissent un gros chardon debout; ils placent quelques petits rubans dans ses feuilles; et, au moment de faire scier la dernière poignée, ils présentent au maître de maison une faucille dont le manche est orné de lisets, en le priant de commencer le jeu, c'est-à-dire de se placer à une distance convenable et de lancer la faucille sur le chardon pour le couper. Ordinairement le cultivateur place une pièce d'argent au pied du chardon; c'est le prix de la victoire.

CHEVAUX.

Lorsqu'on conduit les chevaux à l'eau, on a l'habitude de siffler pour les engager à boire. Par un contraste assez singulier, il est aussi d'usage de siffler pour les engager à p......

CHOUETTES.

Le cri de la chouette, aux environs d'une habitation, est considéré comme un signe de mortalité.

CIERGES.

Si les cierges placés à l'autel brûlent mal, quand on fait célébrer la messe pour un malade, on est persuadé qu'il ne guérira pas.

DERNIÈRE POIGNÉE (La).

Dans les communes où l'on n'offre pas de glane au commencement de la moisson (voir plus bas), les moissonneurs font scier la dernière poignée. Voyez ce mot dans le Dictionnaire.

EAU BÉNITE.

Le Samedi saint, en certaines communes, l'instituteur se présente à chaque maison de la paroisse, il trempe une branche de buis dans un petit vase plein d'eau bénite, qu'il porte avec lui, et il asperge l'habitation. Ensuite, il offre du pain à chanter qu'il a fait bénir, et reçoit des œufs qu'il vend à son profit. (Voir notre Essai sur le canton de Neufchâtel, page 114.)

Quand il pleut le dimanche avant l'eau bénite, on est persuadé que c'est signe qu'il pleuvra pendant toute la semaine.

On prétend que l'enfant qui étrenne les fonts, c'est-à-dire celui qui est baptisé le premier après la bénédiction des fonts, meurt dans l'année.

FLANS (Les).

C'est ainsi qu'on désigne encore, en certaines communes, le jour de la fête patronale. Ainsi, on dit: Les Flans de Bures, pour indiquer la fête de Saint-Agnan, patron de cette paroisse. Cette habitude vient de l'ancien usage, encore en vigueur, de préparer des flans ou tartes pour ce jour.

GLANE (La).

Le premier jour de la moisson, on forme une glane d'épis choisis, artistement disposés et ornés de fleurs et de rubans de soie. Les moissonneurs se réunissent en corps pour aller offrir cette glane à la maîtresse de maison; celui ou celle qui la présente débite un petit compliment; après quoi on arrose la fête avec quelques pots de gros cidre.

NOEL (Les douze jours de).

On prétend que la température des douze jours de Noël, c'est-à-dire des jours qui se trouvent à partir du 25 décembre jusqu'au 5 janvier, indique le temps de chacun des douze mois de l'année suivante. Ainsi, le temps du 25 décembre indique le temps qu'il fera en janvier; le temps du 26, celui du mois de février, etc.

RAMEAUX.

Bien des gens sont convaincus que les blés dépériront pendant quarante jours, s'il pleut le jour des Rameaux.

ROIS.

La veille des Rois, les enfants parcourent les rues avec des lanternes de papier de diverses couleurs, attachées au bout d'un bâton, et crient de toute leur force:

Boujou les Rois,

Jusqu'à douze mois!

Boujou la Reine,

Jusqu'à six s'maines!

Boujou l'crapou,

Jusqu'au mois d'août!

Le lendemain, jour des Rois, ils recommencent la même procession et les mêmes chants, en remplaçant le mot boujou par celui d'adieu.

SAINT-JEAN (Feux de).

En certaines communes, on fait un feu de joie la veille de la fête de saint Jean-Baptiste. Chaque habitant apporte un bâton pour l'entretien du feu; des danses ont lieu pendant une partie de la nuit, et l'on n'oublie jamais d'emporter avec soi quelques charbons comme préservatifs de la foudre et de l'incendie (Voir notre Essai sur le canton de Londinières, page 242). Il nous semble voir là clairement un souvenir des feux qui signalaient, chez les anciens Slaves, la fête du dieu Koupalo (24 juin), et autour desquels dansaient hommes, femmes, enfants et vieillards (Encyclopédie du XIXe siècle, vol. XXIV, p. 559). Koupalo était le dieu des productions de la terre. Avant la révolution de 1793, ces sortes de feux avaient lieu même à Paris: «La veille de Saint-Jean, les échevins faisaient élever, sur la place de l'Hôtel-de-Ville, un immense bûcher auquel le roi mettait solennellement le feu. En 1471, Louis XI, à l'exemple de ses prédécesseurs, communiqua lui-même la flamme à cet amas de matières combustibles dont l'incendie éclairait toute la ville. Les chroniques contemporaines nous ont conservé les détails de cette cérémonie.

«Au milieu de la place de Grève s'élevait un arbre de 90 pieds de hauteur, hérissé de traverses auxquelles on attachait 800 bourrées et 300 cotrets; 15 voies de bois et une immense quantité de bottes de paille en formaient la base. Le tout était surmonté d'un tonneau et d'une roue. Des guirlandes de fleurs décoraient ce colossal appareil, dans lequel il faut voir l'idée première de nos feux d'artifice officiels. Des bouquets volumineux étaient distribués au roi, aux personnes de sa suite, aux magistrats et aux notables. Une compagnie d'archers de la ville, composée de 200 hommes d'armes, maintenaient l'ordre conjointement avec 100 arbalétriers et 100 arquebusiers. Avant de mettre le feu, on plaçait dans le bûcher les célèbres doubles pétards dits de la Saint-Jean, les grosses fusées et tous les produits pyrotechniques connus à cette époque; on suspendait ensuite à l'arbre un grand panier renfermant deux douzaines de chats et un renard.

«Les registres de comptabilité de l'Hôtel-de-Ville contiennent, au sujet de ce dernier article, la mention suivante:

A Lucas Pommereux, l'un des commissaires des quais de la ville, cent sous parisis pour avoir fourni, durant trois années, tous les chats qu'il fallait audit feu, comme de coutume; mêmement pour avoir fourni, il y a un an, où le roi assista, un renard, pour donner plaisir à Sa Majesté, et pour avoir fourni un grand sac de toile où étaient lesdits chats.

«Lorsque le feu était apaisé, le roi montait à l'Hôtel-de-Ville, où l'attendait une somptueuse collation. La foule se précipitait sur les débris du bûcher et se disputait les tisons, dont la possession était un gage de bonheur et de réussite en toutes choses pendant une année entière.

«Louis XIV n'assista qu'une seule fois à cette cérémonie, et Louis XV refusa de s'y montrer. Le feu de la Saint-Jean ne fut plus alors considéré que comme une tradition populaire, et les vestiges en furent effacés par l'orage de la Révolution.» (Journal de Rouen, 18 février 1852.)

SAINT-BENOIT.

Quand il pleut le jour de saint Benoit (11 juillet), on est convaincu que la pluie durera quarante jours. Il faut peut-être voir l'explication de cette croyance dans la légende du saint. Un jour, étant allé visiter sa sœur, sainte Scholastique, celle-ci voulut le retenir au moment de partir; mais, comme il se refusait à rester, elle pria Dieu qui suscita une si grande tempeste de tonnerre, d'esclairs et de pluye, que saint Benoit ne put sortir de la maison (Fleurs des vies des Saints, par Ribadeneira, tome I, page 493, édit. in-4º.

SAINT-MARC.

S'il pleut le jour de saint Marc, c'est signe qu'il n'y aura point de merises. Voici ce qui a pu donner lieu à ce dicton: A cette époque, 25 avril, les merisiers sont en fleurs, et la pluie, si elle se prolongeait, pourrait les empêcher de nouer.

SAINTE-MONIQUE.

La pluie, le jour de sainte Monique, 4 mai, présage qu'il n'y aura point de pommes. C'est l'époque de la fleuraison des pommiers.

SAINT-PIERRE (Feu de).

On fait aussi des feux la veille de la fête de saint Pierre. Vers le coucher du soleil, le clergé de la paroisse se rend en procession au lieu où le bois a été disposé, le prêtre y met le feu et prononce une bénédiction; après quoi la procession retourne à l'église. Les habitants se partagent ensuite les tisons qu'ils conservent dans l'espoir d'être préservés des accidents de l'incendie (Voir notre Essai sur le canton de Neufchâtel, page 148). Nous trouvons encore, dans cet usage, une trace des feux nocturnes que les Romains allumaient pour célébrer certains anniversaires, tels que les Palilies, fête fort ancienne à laquelle Romulus rattacha la célébration annuelle de la mémoire de la fondation de Rome. Cette fête, instituée en l'honneur de la déesse Pales, se célébrait le 23 avril (Encyclopédie théologique, tome XXVIe, 3me des Religions, page 1056).

SAINT-SAUVEUR (Pélérinage de).

Les pélerinages de saint Sauveur ont lieu le jour de la Trinité et pendant l'octave, et se font à l'intention des animaux malades, surtout des chevaux. Assez souvent, on touche un morceau de pain à la statue du Sauveur, et l'on réserve ce pain pour le donner aux bestiaux pendant leurs maladies. (Voir notre Essai sur le canton de Blangy, page 164 et suiv.)

TABLIER.

Si, en sortant de chez soi, la première personne qu'on rencontre est une femme sans tablier, on est persuadé qu'on éprouvera quelque désagrément dans la journée. Au reste, les femmes du pays de Bray sortent rarement sans cette partie de leur toilette.

TARTE (La).

Quand les moissonneurs finissant à couper le blé, ils se réunissent et crient à tue-tête: A la tarte! à la tarte! à la tarte! Cet usage vient de ce que, antérieurement, on avait l'habitude de manger des tartes à pareil jour. Aujourd'hui on se contente de vider quelques bouteilles à large panse, et la tarte se mange à la parcie (Voyez ce mot dans le Dictionnaire).

TERRE-SAINTE.

Si l'on remue la terre sainte, c'est-à-dire si l'on creuse une tombe le dimanche, on prétend qu'il mourra une personne pendant la semaine.

TREIZE (Le nombre).

Le nombre 13 est généralement considéré comme néfaste. Par exemple, si treize enfants font leur première communion le même jour, on assure qu'il en mourra un dans la même année. Il est plus d'une personne qui ne voudrait pas être treizième à table. Mais, en tous cas, ce qui est le plus à redouter pour celui qui se trouve le treizième en cette circonstance, c'est, avons lu quelque part, lorsqu'il n'y a à diner que pour douze.

TRIGLYDOTE (Le).

C'est le petit oiseau qu'on appelle improprement roitelet; le peuple le nomme petite poulette au bon Dieu, et ne veut pas qu'on le tue. On prétend que chaque nichée se réunit dans le nid, la veille des Rois, avec les père et mère; aussi se garde-t-on bien de détruire ce petit nid, ordinairement placé au bas des couvertures en paille.

VACHERS (Chanson des).

Les petits vachers ont l'habitude de s'adresser de loin des espèces de dialogues, qu'ils chantent et terminent toujours par ces mots: Lariala! lariala! lariala! lalonlariala! Il nous semble reconnaître dans ces paroles une invitation adressée aux autres gardeurs de vaches: Là! ris il y a là!... Là! allons là! ris il y a là! En effet, ces paroles sont ordinairement le prélude d'une réunion dans laquelle on mange des poires et des pommes; après quoi on fait la partie de bilboquet, au milieu des ris et joyeux discours.

VENDREDI.

On considère généralement le vendredi comme un jour néfaste, et beaucoup de personnes ne voudraient pas entreprendre un travail en ce jour. Serait-ce qu'on regarde ce jour comme malheureux, en mémoire de la mort de Jésus-Christ?

VENT (Fiançailles et mariage du).

On dit que le vent se fiance le jour de saint Denis (9 octobre), et se marie le jour de la Toussaint. On ajoute que, pendant l'hiver suivant, il souffle souvent du point où il se trouvait le jour de ses fiançailles et de son mariage.




DICTIONNAIRE

DU

PATOIS DU PAYS DE BRAY.



REMARQUES.


Nos lecteurs ne trouveront point dans cette publication les mots devenus d'un usage général; et, quoique l'Académie ne leur accorde pas le droit de naturalisation dans son Dictionnaire, nous avons pensé qu'il suffisait qu'ils fussent admis par les bons lexicographes pour être autorisé à ne point les classer parmi les mots du patois brayon.

Nous avons cru devoir insérer quelques locutions vicieuses en usage non-seulement dans le pays de Bray, mais encore dans toute la Normandie.

En rédigeant notre travail, nous avons surtout consulté le Dictionnaire du patois normand, par MM. Édélstand et Alfred Duméril, Caen, 1849; le Glossaire du patois picard, par M. l'abbé Jules Corblet, Amiens, 1851, et le précieux manuscrit de M. Auguste Le Prevost, qui a recueilli les mots du patois des environs de Rouen et de Bernay. Les mots du patois brayon usités en Basse-Normandie sont indiqués par les initiales B.-N.; nous indiquons ceux qui sont employés en Picardie par un P, et ceux de la Haute-Normandie par les lettres H.-N.

Enfin, nous avons, autant que possible, écrit le patois brayon comme on le prononce; mais il existe un grand nombre d'expressions dont la prononciation ne saurait être rendue sans altérer profondément le sens des mots.


DICTIONNAIRE

DU

PATOIS DU PAYS DE BRAY.

A

A, elle, s'emploie assez généralement devant une consonne. Ex.: A m'a dit de partir. P.

A, aux. Ex.: Dites à charretiers de dételer.

ABAVENT, contrevent, qui abat le vent. B.-N.

ABITER, toucher. Ex.: N'abitez pas là. H.-N.

ABLO, somme qu'il fallait ajouter aux anciennes pièces de monnaie pour compléter leur valeur diminuée par la circulation. Aux pièces de six sous, on ajoutait un sou; aux pièces de douze sous, deux sous; aux pièces de vingt-quatre sous, quatre sous; aux écus de trois livres, cinq sous; aux écus de six livres, quatre sous; aux louis de vingt-quatre livres, treize sous, etc.

ABOIRE, aboyer.

ABOLI, abattu, triste. P.

ABOULER, pousser comme une boule, Ex.: Aboule-moi ton argent. P.

ABRE, arbre.

ABRIAS, grand paillasson dont se servent les moissonneurs, et à l'ombre duquel ils prennent leurs repas.

ABRIER, abriter. Les uns font venir ce mot du vieil allemand ad-bi-rihan, les autres du latin arbor. Nous ferons dériver tout simplement ce mot de abri, comme le verbe abriter. B.-N., H.-N., P.

ABRUVER, abreuver. P.

ABYMER, gâter, salir, déchirer un objet. H.-N., P.

ACANT, ACANTÉ, en compagnie, à côté de. Ex.: J'irai au marché acant ou acanté vous. B.-N.

ACANTER, incliner, pencher un vase.

ACCIPER, prendre, recevoir; du latin accipere.

ACCORDS, conventions qui précèdent le mariage. Ex.: On fait demain les accords de Paul et de Julie. B.-N.

ACHEVALER (s'), se mettre à califourchon sur. P.

ACHOPÉ, entêté. H.-N.

ACHOPER (s'), s'entêter à une chose. P.

ACONNAITRE (se faire). Se faire connaître à une personne. H.-N.

ACONDUIRE (se faire), se faire conduire à. H.-N.

ACCOUTUMANCHE, ACCOUTUMANCE, habitude. P.

ACTIONNER, presser. Se dit particulièrement du ministère d'un huissier qui assigne une personne à comparaître devant un juge, un tribunal. P.

ACRE. L'acre se compose de 160 perches, à l'exception de celui de Blangy qui n'en a que 147. Mais l'on distingue différentes espèces de perches; ce qui donne une grande différence dans la contenance des divers acres. Voici ceux qui sont en usage dans le pays de Bray. Saint-Saens: perche de 18 pieds 4 pouces et de 20 pieds 2 pouces, ce qui donne deux sortes d'acres dans le même canton, l'un de 56 ares 73 centiares, et l'autre de 68-66. Gournay: perche de 20 pieds 2 pouces, comme Saint-Saens en partie. Londinières: perche de 21 pieds 1 pouce, de 21 p. 6 p. 1/2 et de 22 pieds, formant trois sortes d'acres: 1o 75 ares 05 centiares; 2o 78-35; 3o 81-72. Cette dernière mesure est la plus générale; elle est en usage à Argueil, Aumale, La Feuillie, La Ferté, Gaillefontaine, Neufchâtel, etc. Bazinval et quelques communes voisines; perche de 23 pieds, donnant à l'acre une mesure de 89 ares 31 centiares. (Manuel métrique, par P. Périaux, pag. 110 et suiv.)

ACULER, égarer. H.-N.

ADIRER, égarer.

ADIRER (s'), aller à un lieu voulant aller vers un autre; du latin adire, aller à.

ADLAISI, inoccupé. Ex.: Voilà trois jours qu'il est adlaisi. C'est le at leisure des Anglais, à loisir.

ADOUCHIR, adoucir. P.

AD PATRES (envoyer), donner la mort. P.

ADRÈCHE, adresse. P.

ADRET, adroit.

ADVINER, deviner. P.

AFFIQUETS, parures de femme. P.

AFFAIRE de (avoir une bonne), avoir une grande quantité de.

AFFAIRE (être à son), connaître son commerce, le faire avantageusement. H.-N.

AFFAITEMENT, assaisonnement. H.-N.

AFFAITER, assaisonner. Ex.: Voulez-vous affaiter la salade. H.-N.

AFFLATER, flatter, caresser avec la main. P.

AFFLIGÉ, contrefait, estropié. P.

AFFRIOLER, affriander. P.

AFFOURÉE, fourrage destiné à un repas des vaches ou des moutons. Ex.: Allez donner une affourée aux vaches. B.-N.

AFFOURER, donner une affourée. Ne se dit pas en parlant des chevaux. B.-N.

AFFUBER, envelopper. Ex.: Cette liqueur m'affube le cœur.

AFFULER (s'), mettre son bonnet. P.

AFFULURE, coiffure de femme. P.

AFFUTIAUX, parures. P. Objets divers nécessaires pour former un tout ou travailler à un objet. B.-N.

AGA! tiens! vois donc. Selon M. du Méril, vient du saxon agarder. B.-N.

AGACHE, pie. P.

AGACHER, agacer, irriter. Se dit aussi du cri des oiseaux au moment qu'on enlève leur couvée.

AGALÊTRER, exciter, irriter, Ex.: Si tu agalêtres le chien, tu te feras mordre.

AGE (en), majeur. P.

AGE (homme d'), homme âgé. P.

AGERS, distribution, places. Ex.: Je connais les agers de la maison. En Picardie, on dit eziers.

AGONIR DE SOTTISES, accabler d'injures. P. B.-N. H.-N.

AGRAPPINS, espèce de grappins qu'on s'ajuste aux jambes pour monter aux arbres et les ébrancher.

AGRIPPER, prendre en secret. H.-N.

AGRIPPER (s'), s'accrocher. Ex.: En tombant, il s'est agrippé à une branche. H.-N.

AGUIGNETTES, étrennes du premier jour de l'an. On regarde assez généralement ce mot comme une corruption du cri: au gui l'an neuf! que poussent les enfants, en certaines contrées, pour annoncer le nouvel an et demander des étrennes. On croit reconnaître dans cet usage un souvenir de l'ancienne coutume des Bardes qui annonçaient la nouvelle année en distribuant le gui sacré coupé par les druïdes (Voir notre Essai sur le canton de Londinières, page 107).

AHI! Expression qui sert à exciter les animaux à avancer ou à reculer. B.-N.

AHOQUER, accrocher. B.-N.

AHURI, stupéfait, abasourdi. P. H.-N.

AHURIR, frapper d'étonnement. P.

AIAUX, narcisses des prés. P.

AIN, AINE, un, une.

AIR (avoir l'), ressembler. Ex.: Cet homme a l'air de ton père. H.-N.

AIR (faux), ressemblance légère. Ex.: Il a un faux air de ton oncle. H.-N.

AJET, achat.

AJUSTER. Employé comme synonyme de joindre, rassembler. P.

AL'. Employé pour à la. Ex.: Il ira al saint Jean. P.

AL', elle, elles.

ALENCONTRE, contre. P.

ALLER (s'en), se dit d'un liquide qui s'échappe d'un vase en bouillant. B.-N.

A LES, aux.

ALLEZ! Exclamation d'indifférence. Ex.: Vous pouvez vous moquer de moi, allez! je ne me fâcherai pas.

ALLONGE, pièce de bois qui unit les deux trains d'un chariot. P.

ALLURE (cheval d'), amble. B.-N.

ALLURES, démarches suspectes.

ALOSER, donner trop d'éloges à une personne ou à une chose. Ce mot, qui était usité dès le XIe siècle, viendrait-il de laus, louange?

ALUMÈTE, ALLUMELLE, lame de couteau sans manche.

AM', à ma. Ex.: Je chante am' manière. Devant une voyelle, on mettrait:

AM'N', à ma, à mon. Ex.: Pensez am'n'affaire.

A-MAIN (en), outil dont il est aisé de se servir. Ex.: Cette faucille est bien en a-main.

AMELETTE, omelette. P. H.-N.

A MÊME (être), occupé à faire une chose. Ex.: Je suis à même de faire ma barbe. H.-N.

A MÊME (prendre), prendre une portion de quelque chose. Ex.: Prends des pois à même du plat... Bois à même de la bouteille. H.-N.

AMÈRE, espèce de pommes à cidre.

AMÈTRER, mettre les cailloux par monceaux d'un mètre cube.

A-MI, parmi, au milieu de. Ex.: Il est à-mi les champs.

AMI (bon), amant.

AMIGNARDER, caresser.

AMIGNOTER, amadouer, caresser. P.

A-MITAN, à moitié.

AMITOUFLER (s'), s'envelopper la tête et la figure pour se préserver du froid, Vient probablement du latin amictus, couvert. P.

AMITIEUX, caressant.

AMONT, au haut de: Ex.: Amont la côte.

AMONT (vent d'), vent d'en haut, qui élève ou amonte les nuages. H.-N.

AMONTER, monter, gravir une côte. H.-N.

AMOUCHELER, amonceler.

AMOUILLANTE (vache), vache dont la mamelle commence à s'emplir de lait, et qui ne tardera pas à vêler. B.-N.

AMOUROUQUES, camomille des champs. En Picardie et aux environs de Bayeux, on dit amourette; près de Bernay, c'est amourioques. H.-N.

AMUNITION (fusil, pain d'), de munition. H.-N.

AMUSER (s'). Se dit d'un homme qui a des relations coupables avec une femme. H.-N.

ANDIER, chenet orné d'une hampe et d'un crochet mobile, qui sert à placer la broche pour faire rôtir les volailles ou autres pièces.

ANE (oreilles d'), centaurée noire. On appelait aussi de ce nom un bonnet de papier, orné de longues oreilles, que les anciens maîtres d'école plaçaient sur la tête des écoliers rebelles.

ANGE, espèce. Ex.: Donnez-moi de l'ange de vos petits pois.

ANGER DE, fournir. Ex.: Angez-moi d'un bon couteau.

ANGOLAT (chat), angora.

ANICROCHES, entraves.

ANNE, aune.

ANTENOIS (moutons), âgés de moins d'un an.

ANTOMI, engourdi. Se dit aussi substantivement d'un squelette humain.

ANNELÉE. On désigne sous ce nom chaque volée qu'on sonne pour les défunts.

ANNELER, agneler.

ANUIT, aujourd'hui. Mot conservé de l'ancien usage des Celtes qui comptaient par nuits et non par jours (Voir notre Essai sur le canton de Londinières, p. 106). Les Anglais se servent encore de l'expression fortnight (contraction de fourteen nights, quatorze nuits) pour signifier quinze jours; ils disent aussi sennight pour indiquer une semaine ou huit jours. P. H.-N. B.-N.

ANUITER (s'), s'attarder, se laisser surprendre en voyage par la nuit. P.

APATELLE, nourriture que les oiseaux portent à leurs petits. P.

APATELER, porter l'apâtelle. P.

APPOIYAS, longues fourches de bois qui servent à soutenir les branches des pommiers trop chargés de fruits.

APOIYER, appuyer.

A POINT (venir), arriver au moment convenable pour être utile. P.

APOS (faire), s'ennuyer, regretter. Ex.: Il me fait apôs de mon fils depuis qu'il est au collége.

APOTUME, apostème. P.

APOTUMER, abcéder.

APPAREILLER, mettre par couple. P.

APPOLON, sorte de camisole de femme. P.

APPOLER, appuyer, pousser, presser contre.

APPRINS (mal), mal élevé.

A QUAND? Locution interrogative. Ex.: A quand notre réunion?

ARABE (terre), arable. P.

ARCAIL (fil d'), fil d'archal.

ARÉ! voyez! B.-N.

ARÊQUE, arête de poisson.

ARÊQUE DU DOS, épine dorsale.

ARGOT, ergot.

ARIAS, contrariétés. Ex.: Il y a eu des arias pour son mariage.

ARIÈRE (en), en cachette. P.

ARMANA, almanach.

AROUSER, arroser. P.

ARRANGEMENT (personne d'), avec laquelle il est aisé de s'arranger.

ARRASER, passer près de. Ex.: Sa voiture a arrasé le mur.

ARSOUILLE, fille qui a des habitudes de débauche et de malpropreté. P. B.-N.

ARTER, arrêter. P.

ARUER, lancer, jeter vers quelqu'un. Ex.: Arue-moi ton couteau.

AS', à sa. Ex.: J'ai mangé as' table; mais devant une voyelle, c'est:

AS'N', à sa, à son. Ex.: Il est parti as'n' ouvrage.

AS-COURANTE, as-courant, jeu de cartes.

ASSASSIN, assassinat. B.-N.

ASSASSINEUX, assassin. P.

ASSAVOIR (faire), faire savoir. P.

ASSIÉTER (s'), s'asseoir.

ASSIR (s'), s'asseoir. P.

ASSOMILLER (s'), s'endormir.

ASSOTER (s'), s'éprendre d'amour pour une personne qui ne le mérite pas. P.

ASSOUFFI, rassasié. P.

ASTEURE, à présent, à cette heure. P.

ASTICOTER, taquiner, chicaner. P. B.-N.

ASTIQUER. On dit astiquer à une porte pour signifier la secouer longtemps, chercher à l'ouvrir sans pouvoir réussir. M. E. du Méril fait venir ce mot de staga, mot islandais qui signifie revenir trop souvent à la charge. B.-N.

AT', à ta, devant une consonne. Ex.: Il est parti at' maison; devant une voyelle, on se sert de:

AT'N', à ta, à ton. Ex.: Il a été at'n' école. P.

ATAME, entamure, premier morceau d'un pain.

ATOUT, coup, blessure. P. H.-N. B.-N.

ATTAQUE, attache. P.

ATTAQUER, attacher. P. Un Picard devait être pendu, quand on lui proposa sa grâce, à condition d'épouser une femme de mauvaise vie qu'on lui présenta. Il allait s'y décider, quand il s'aperçut qu'elle boitait: Elle cloke, dit-il au bourreau, attake! attake! (Glossaire du patois picard, par M. l'abbé Corblet, page 329).

ATTELÉE, temps pendant lequel les chevaux travaillent sans rentrer à l'écurie. P.

ATTELURE, certain nombre de chevaux de trait qui travaillent ensemble. Ex.: J'ai une belle attelure de six chevaux.

ATTENTIONNÉ, qui a des attentions pour plaire à une personne.

ATTISÉE (bonne), grande quantité de bois mise au feu. P.

ATTOUCHER, toucher. Ex.: N'attouchez pas là. H.-N.

ATTRAPER (s'), se blesser contre un objet quelconque. H.-N.

ATTRAVER, apporter. Ne se dit que des choses qu'on apporte en certaine quantité et qui exigent plusieurs courses. Ex.: Vous aurez soin d'attraver de l'eau pour les moutons et du fourrage pour les chevaux.

ATTUIRE, tutoyer. P.

AUBÉ, aubier.

AUCUNS (d'), quelques-uns.

AUMONDE, aumône. Voici la formule la plus ordinaire des mendiants: Un' p'tit' aumonde, si vo plaît, pour l'amour du bon Dieu et de la sainte Vierge.

AUTEUX, aouteron, qui travaille à recueillir la moisson.

AUTE, autre.

AUTOUR DE (être), être occupé à.

AVA, AVAL (veut d'), vent qui rapproche les nuages de la terre, les précipite ad vallem, et annonce la pluie. H.-N.

AVALLON, gorgée de boisson. P.

AVANT, profond. P.

AVANTAGER (s'), se donner des éloges.

AVANTEUR, profondeur.

AVEINDRE, atteindre, tirer une chose d'un lieu. P.

AVEINE, avoine.

AVEINERI, champ où l'on a récolté de l'avoine.

AVENANT, poli, qui a de bonnes manières.

AVENANT (à l'), en proportion.

AVENIR, convenir. Ex.: Il ne lui avient guère de faire le monsieur. H.-N.

AVENTS (les), les quatre semaines qui précèdent la fête de Noël.

AVER, avoir.

AVEU, avec. P.

AVISER, regarder. Pourquoi me regardez-vous ainsi, disait un jour un monsieur à un paysan?—Eh! repartit celui-ci, un chien avise bien un évêque. P.

AVOCAT-SOUS-L'ORME, chicaneur, homme qui aime à donner son avis dans les contestations et les procès. Cette dénomination vient de ce que les plaids seigneuriaux se tenaient autrefois sous de grands ormes. M. Léopold Delisle en cite plusieurs exemples, pour le XIIIe et le XIVe siècle, dans son intéressant ouvrage sur l'état de l'agriculture en Normandie, au moyen-âge (Etudes sur la condition de la classe agricole, p. 357 et 738).

AVOUER, user. Ex.: Elle m'a avoué deux morceaux de savon. H.-N.

AVRONE, aurone.

AYOU? où. H.-N.

B

BABET, Élisabeth.

BABINES, lèvres. Ex.: Essuie-toi les babines. H.-N.

BABOUIN. V. Babines. H.-N.

BACHIN, bassin. P.

BACHINET, bassinet, espèce de renoncule.

BACHINET (cracher au), donner de l'argent en plusieurs fols pour la réussite d'une affaire ou d'une dépense.

BACHINER, bassiner. P.

BACHINOIRE, bassinoire.

BACU, petite volée à laquelle on attache les traits de chaque cheval et qui lui bac le derrière quand il marche.

BADRÉE, espèce de bouillie qu'on place sur une pâtisserie commune. Voy. Tarte. P.

BAGAROT, petit garçon de ferme chargé de menus ouvrages, tels que tirer la boisson à chaque repas, nettoyer les étables, apporter la nourriture des bestiaux, etc.

BAGNOLE, petite charrette en mauvais état. H.-N.

BAGNER, baigner, mouiller. P.

BAGOU, affluence de paroles inutiles, bavardage. P.

BAGUENAUDER, s'amuser à des riens. P.

BAJOUES, chair qui se trouve à côté des mâchoires du porc. Se dit aussi, en mauvaise part, des personnes qui ont les joues grosses et pendantes.

BAILLER, donner. P.

BALANDER (se), se balancer.

BALER, être chargé de, pencher. Ex.: Les pommiers balent de pommes. P.

BALIER, balayer.

BALIETTE, petit balai. P.

BALIURES, balayures.

BALLOTER, ne point offrir d'une marchandise le prix qu'elle vaut réellement.

BALLOTEUX, qui ballote.

BAMBOCHEUX, ivrogne.

BANCAR, fléau servant à peser.

BANNETTE, berceau en osier pour les enfants nouveaux nés.

BANS (commander des), faire à l'église des publications de bans.

BARAGOIN, langage étranger.

BABBOT, place de peu d'étendue, où il y a de l'eau et de la boue.

BARBOTÉ (enfant), qui a la figure sale.

BARBOTER, parler entre ses dents. Se dit aussi d'un enfant qui joue dans un barbot. P.

BARBOUQUET, bouton aux lèvres. H.-N.

BARBOUQUET (faire un), remplacer la bride d'un cheval au moyen de sa longe qu'on lui passe dans la bouche, et dont on lui entoure la mâchoire inférieure.

BARE, barrière.

BARETTE, petite barrière.

BARRAGE, clôture faite au moyen de pieux et de longues pièces de bois.

BARRURE. Voy. Barrage.

BAS D'ESTAMIER, fabricant de bas. On appelait autrefois bas d'estame de gros bas de laine tricotés. H.-N.

BASENCULÉ (homme), de petite taille. H.-N.

BASSET (homme), de petite taille. P.

BASSIÈRES, cidre qui reste avec la lie au fond des tonneaux. H.-N.

BASSURE, vallée. P.

BATACLAN (emporter son), c'est-à-dire ce qu'on possède. S'entend ordinairement de celui qui a peu de meubles.

BASTANT, E, personne agile et vigoureuse. Ce mot viendrait-il de benè astare?

BATE! bah! tant pis!

BATISTÈRE, acte de baptême extrait des registres.

BATTE, seconde pièce du fléau qui sert à battre le blé. Voy. Maintient.

BATTEMARE, bergeronnette, oiseau qu'on nomme aussi hoch-queue ou hoche-cul, à cause du mouvement continuel de sa queue.

BATTEUX, battoir de lessiveuse, batteur de blé.

BATTIÈRE, aire de grange où l'on bat le grain.

BAVERESSE, bavarde. H.-N.

BAVERETTE, pièce carrée qui se trouvait au haut du tablier et s'attachait sur la poitrine avec des épingles. Elle n'est plus en usage. H.-N. B.-N.

BAVOLETS, rubans et autres enjolivements de la coiffure des femmes. B.-N.

BAYER, regarder niaisement.

BAYETTE, baguette. H.-N.

BAYOTTE (vache), rouge et blanche.

BÉBAIS, moutons (terme enfantin).

BÉBÊTE, animal, bête (terme enfantin).

BEC (donner un), baiser.

BÉCACHE, bécasse. P.

BÉCAR, pou.

BÉCOT, baiser.

BÉCOTER, donner des baisers.

BECVÉCHER, faire des gerbes en mettant des épis des deux bouts, quand les grains sont courts. En parlant de la miséricorde d'une stalle sur laquelle deux hommes sont représentés la tête de l'un aux pieds de l'autre. H. Langlois dit qu'ils sont groupés à béchevet. (Stalles de la cathédrale de Rouen, page 144).

BÉDAN (pommes de), espèce tardive de pommes à cidre. H.-N.

BEDIÈRE, mauvais lit; de l'anglais bed. B.-N.

BEDON, bédaine, ventre. H.-N.

BEDONNÉE (s'en donner une), manger avec excès.

BÉGAS, imbécile.

BÉGUER, bégayer. P.

BÉGU, BÉGUE, personne dont la mâchoire inférieure s'avance plus que la supérieure.

BÉ HASARD, probablement, peut-être.

BÈKE! expression dont on se sert pour détourner les enfants de toucher à une chose sale. P.

BEL ET BIEN, sérieusement.

BELLE HEURE (à), très-tard. P.

BELLENÉE, contenu d'un banneau.

BELLOT, BELLOTTE, gentil, gentille. P.

BELZAMINE, balsamine.

BENAIS, homme simple.

BÉNIAU, banneau.

BENELÉE, ce que contient un banneau. Ex.: Une benelée de fumier.

BER, berceau.

BERBIS, brebis. P.

BERCAILLES, moutons maigres et de mauvaise qualité.

BERDAILLER, crier fort et sans raison.

BERDELLES, bretelles. H.-N.

BERLAFE, coupure.

BERLAN, brelan.

BERLANDER, flâner, négliger son travail pour courir par les rues.

BERLINGUER, vaciller en parlant de la vue.

BERLUQUE, petit objet, atome, petit fragment. P.

BERNEUX, petit enfant qui ne connaît pas encore les règles de la propreté.

BERNIQUE! interjection négative. P. Un curé annonçait ainsi à ses paroissiens la clôture de la pâque: «Mes frères, dimanche prochain nous chanterons le Te Deum pour ceux qui ont pâqué; pour ceux qui n'ont point pâqué, ça fera bernique.

BÉROUETTE, brouette.

BERQUERIE, bergerie.

BERQUIER, berger.

BERS, ridelles d'un chariot.

BÉSER, se dit des vaches qui courent quand les mouches les importunent trop.

BÉSOT, petit oiseau qui éclot le dernier de la nichée; il est ordinairement plus petit que les autres. Se dit aussi du dernier enfant d'une famille.

BÉ SUR, certainement.

BÉTAS, sot.

BÉTE (mettre des harengs tête), placer la tête des uns sur la queue des autres.

BÉTISES, obscénités.

BÉTON, bête; jeune veau.

BÉTONNER, dire des bétises.

BÉTOT, bientôt.

BIAU, beau. P.

BIAUTÉ, beauté. P.

BIBERON, bec d'un vase. P.

BIBI, petite plate, égratignure, bouton à la peau.

BIDET, BIDETTE, cheval ou jument de selle.

BIÈVRE, harle. P.

BIGNE, petite bosse à la tête par suite d'un coup ou d'une chute. H.-N.

BILAUDES, gros et longs bâtons de bois servant à divers usages, tels que cercles, barrages, etc.

BILLARD, boiteux, qui marche la pointe des pieds en dedans.

BISC-EN-COIN (de), de biais, d'un coin à l'autre. B.-N.

BISQUE, mauvaise jument.

BISQUER, être contrarié.

BISSON, buisson.

BISSOSNIÈRE (faire l'école), se cacher dans les buissons pour se jouer et ne point aller à l'école.

BITAMBOUT (tout de), d'un bout à l'autre.

BITER, toucher.

BLAGUE, hâblerie.

BLAGUER, hâbler.

BLAGUEUX, qui blague.

BLAI, blé.

BLAI (bis), méteil.

BLAIRER, regarder.

BLAIRI, champ où l'on a récolté du blé.

BLANCS (six), deux sous et demi. Le blanc valait cinq deniers. Ce fut sous Henri II qu'on fit des pièces de six blancs nommés gros de Nesle.

BLANC-BEC, jeune homme qui n'a pas encore de barbe.

BLASER, panser une plaie avec un liquide quelconque.

BLÈQUE (pomme en poire), blette, fruit trop mur, à demi-pourri.

BLIN, mouton mâle non châtré. On appelait autrefois les agneaux des belins. B.-N.

BLINDER, action de jeter des palets pour voir lequel des joueurs sera le plus près du but et jouera le premier.

BLINGUER. Voy. Blinder.

BLO, pièce de bois qu'on place sous une autre pour l'éloigner de terre.

BLOQUER, mettre une maçonnerie sous les poutres principales d'une nouvelle construction en bois, en attendant qu'on fasse le reste.

BLOUGUE, boucle.

BLOUGER, boucler.

BLOUSER (se), se tromper ou se mettre dans l'embarras. P.

BLUQUE, Voy. Berluque.

BOBOS, sabots (terme enfantin).

BOCHE, bosse. P.