Retentisse de toutes parts!
FREDON, FREDONNER. En chassant l'air de la bouche, avec un roulement pressé de la langue, et un petit frémissement des lèvres, on produit le bruit sourd ou le chant confus que ces mots expriment. Guichard a rencontré assez heureusement, quand il les a dérivés du fritinnire des Latins, excellente Onomatopée qui a la même racine, et qui avait été faite pour représenter le murmure des hirondelles.
FRELON. Du bourdonnement des ailes de cet insecte, on a fait son nom français. Les Latins ont dit crabro, et les Espagnols tabarro, qui sont d'autres Onomatopées.
FRÉMIR, FRÉMISSEMENT. On ne peut se tromper sur le son radical de ces mots, qui se reproduit dans tant d'occasions, soit qu'il se forme de l'agitation rapide des lèvres dans le frémissement de la fièvre et dans celui de la peur, soit qu'il paraisse émaner des feuillages émus, des herbes fouettées par le vent, des eaux qui murmurent sur les cailloux.
Frisson, Frissonnement, qui sont des frémissemens d'une espèce particulière,
Frayeur, Effroi, sentiment qui excite le frisson,
Froid, sensation physique dont l'effet est le même, sont autant d'expressions qui se rapportent à cette racine, et sur lesquelles je ne reviendrai pas ailleurs.
FRETILLER. Pour exprimer un mouvement très-vif et très-rapide, comme celui d'un petit poisson suspendu à la ligne, et pour représenter le bruit dont il est accompagné.
Fretin, c'est le nom qu'on donne au petit poisson qui fretille.
Fut pris par un pêcheur au bord d'une rivière.
Et ailleurs:
D'un financier, et n'avait en son coin
Que de petits poissons; tous les gros étaient loin.
Il prend donc les menus, puis leur parle à l'oreille;
Et puis il feint à la pareille
D'écouter leur réponse; on demeura surpris,
Cela suspendit les esprits.
Le rieur alors d'un ton sage
Dit qu'il craignait qu'un sien ami
Pour les grandes Indes parti
N'eût depuis un an fait naufrage.
Il s'en informait donc à ce menu fretin;
Mais tous lui répondaient qu'ils n'étaient point d'un âge
A savoir, au vrai, son destin;
Les gros en sauraient davantage.
FRIRE. Du pétillement de l'huile bouillante quand on y plonge un corps froid pour le faire frire.
Cette Onomatopée se retrouve dans toutes les Langues.
Observez que le grec frugo, frughios (torreo, torridus), dont le son a tant d'analogie avec celui sur lequel ce mot est formé, a fourni le nom de l'Afrique et de la Phrygie, pays de feu. Je dois cette remarque à M. de Cambry, dont l'immense érudition a enrichi la science des Langues de tant d'heureuses découvertes.
FRISER. Pour rouler les cheveux, on les presse avec un fer chaud qui les dessèche et qui les crispe. C'est du petit bruit avec lequel ils se retournent sur eux-mêmes, qu'on a fait le mot friser.
Friser se prend aussi pour, effleurer un objet, pour, en passer si près que le bruit du frottement se fait légèrement entendre.
FROISSEMENT, FROISSER. Belles expressions qui représentent ordinairement le cri d'une étoffe ferme que l'on presse avec quelque force; mais qu'on a étendues à d'autres significations, et qui peuvent s'appliquer plus ou moins à toutes sortes de ruptures et de brisemens.
Il est certain qu'elles ont été formées d'après le son naturel, et je n'en atteste que les Auteurs même qui ont cherché ailleurs leur étymologie. Ils remarquent qu'on dit froisser du damas et du satin. On ne le dirait pas d'une étoffe douce et légère qui cède sans bruit sous la main. On la chiffonne, on ne la froisse pas. Froisser est donc un mot imitatif, une véritable Onomatopée.
On dit vulgairement le froufrou d'une robe de satin, d'un vêtement de taffetas, et ce mot factice est la racine de ceux-ci.
FRÔLER, pour, friser, effleurer un corps.
Frôler une robe de taffetas, c'est la faire crier en passant. Frôlement, pour représenter ce bruit, est un mot pittoresque et vrai, mais hasardé.
Freler, qui est de cette famille, s'emploie dans la Langue du peuple, en parlant d'une matière de peu de consistance, comme les cheveux et la barbe, ou le poil, la laine et les plumes des animaux, qui, à peine frôlés ou effleurés par le feu, se retirent en rendant un son faible et rapide dont ce verbe paraît formé.
FRONDE. Une corde qui sert à lancer les pierres avec violence, à les faire déchirer l'air avec bruit et de manière à ce qu'elles en tirent un frémissement long, retentissant et sonore, dont on peut exprimer l'effet par le mot qui fait le sujet de cet article.
Les Grecs ont dit sphendoné, les Latins funda, les Italiens fromba, fronda et frondola. L'e muet qui termine sourdement cette Onomatopée dans notre Langue, et qui figure la désinence d'un bruit mourant, la rend préférable à toutes les autres. J'en excepte cependant l'énergique sling des Anglais, qui est le terme le plus pittoresque que l'on ait attaché à cette idée.
Dans le pays de Léon, fromm exprime le bruit que fait une pierre jetée avec une fronde. Fromm a-ra ar-maen, la pierre bruit. C'est le rombo des Italiens, et le bromos des Grecs.
FROTTEMENT, FROTTER. Le son radical de ces mots est propre, comme on peut le voir, à tous les froissemens, à tous les frémissemens de la nature; il convient également pour exprimer l'action que ces termes figurent, et il rappelle très-bien le bruit dont elle est ordinairement accompagnée.
FROUER. Un soufflement tremblotant de la chouette a servi de type à cette Onomatopée, qui est d'usage parmi les chasseurs pour indiquer l'action de siffler à la pipée, ce qui se fait communément en plaçant entre les lèvres une feuille ployée qui étouffe le son, et qui le module.
G
GALOP, GALOPER. Nicod conjecture très-plausiblement que ces mots sont faits par Onomatopée du bruit des chevaux qui galopent; mais je ne saurais convenir avec lui et avec certains Etymologistes qui ont partagé son opinion, que le mot haquenée ait été immédiatement formé sur une racine naturelle de la même espèce. Le haca des Castillans, et le faca des Aragonais dont on le fait dériver, descendent probablement comme lui du latin equus, qui a produit equina, et en vieux français haquet et haquenée. Coquillard a dit:
Et pansez le petit haquet,
Et lui faites bien sa litière.
C'est aussi l'opinion de Ménage.
GARGARISER, GARGARISME. Cette Onomatopée est purement grecque, gargarizo, gargarismos. Elle est formée du bruit d'un remède liquide dont on se lave la bouche et l'entrée du gosier. Les Grecs disaient aussi, dans un sens assez analogue, gargalisein, et gargalismos, titillare, titillatio.
Elle est d'ailleurs commune à la plupart des Langues. En hebreu, garghera signifiait le gosier; il se dit gargareon en grec, et gorzaillen en celto-breton: la même initiale caractérise encore assez universellement, et avec peu de modifications, les noms qu'on a donnés à cette partie, soit chez les Latins qui l'appellent jugulum, soit chez les Italiens qui l'appellent golla, soit chez les Allemands qui l'appellent khéle ou ghéle, soit chez les Espagnols qui l'ont appelée garganta. Rabelais n'a fait que transporter en espagnol le nom de son grandgousier, pour en faire celui de Gargantua, qu'il s'amuse à expliquer autrement par un quolibet. Le nom même de gargamelle se prend pour la gorge ou le gosier, dans la Langue du peuple, et Hauteroche l'a employé à cet usage.
On disait autrefois esgargaté de crier, d'un homme qui avait une extinction de voix.
* GARGOUILLE. «Gargouille, dit Nicod, est ce petit canal de pierre ou d'autre chose, issant en forme de couleuure ou d'autre beste, hors d'oeuvre, au dessous des couuertures des églises, et tels autres bastimens pour jetter au loing l'eaüe pluviale qui en descend. Le nom est par Onomatopée du gargouillis, et bruit que l'eaüe fait courant par telles gargouilles».
Marot a pris ce mot pour grosses bouteilles desquelles le vin s'écoule avec abondance, à la manière de l'eau qui tombe des gargouilles, et avec un bruit pareil:
M'y amena, accompagné d'andouilles,
De gros jambons, de verres, de gargouilles.
GAZOUILLEMENT, GAZOUILLER. Ces mots sont tirés du chant des oiseaux, dont ils expriment assez bien l'harmonieux babillage, qui est le susurrus, le garritus, le lene murmur des Latins. Mais employés jusqu'à satiété par nos Poètes pastoraux, et cousus depuis deux siècles, aux plus misérables bouts-rimés de la Langue, ils ont perdu toute leur grace et toute leur fraîcheur, et sont tombés dans la classe des lieux communs les plus fastidieux. Il y a certaines de ces expressions et de ces tournures qui, inventées d'abord par une riche imagination, et prostituées depuis à tous les usages, sont devenues aussi fades et aussi importantes qu'elles étaient autrefois vives et ingénieuses2. Avançons une idée vraie qui n'a que l'apparence d'un paradoxe. Un méchant écrivain porte plus de dommage à la Langue dans laquelle il écrit que le plus beau génie ne lui fait d'honneur. C'est la harpie qui souille tout ce qu'elle touche, et dans ses mains tout se fane et se décolore.
GEAI. En grec, karakaxa, en Latin ancien garrulus, et de là garrire, en latin barbare gaius, en espagnol gayo, cayo, en catalan gaitg, gralla, en italien ghiandaja, en allemand jack, en polonais soika, en suédois not-skrika, en anglais jay, ia, ia, en français dans différens lieux et dans différens temps jay, gay, jayon, gayon, jaques, jaquot, jacuta, girard, richard, gautereau.
«Leur cri ordinaire est très-désagréable, dit M. de Buffon, et ils le font entendre souvent. Ils ont aussi de la disposition à contrefaire celui de plusieurs oiseaux qui ne chantent pas mieux, tels que la cresserelle et le chat-huant. S'ils aperçoivent dans le bois un renard ou quelqu'autre animal de rapine, ils jettent un certain cri très-perçant, comme pour s'appeler les uns les autres, et on les voit en peu de temps rassemblés en force, et se croyant en état d'en imposer par le nombre, ou du moins par le bruit. Cet instinct qu'ont les geais de se rappeler, de se réunir à la voix de l'un d'eux, et leur violente antipathie contre la chouette, offrent plus d'un moyen pour les attirer dans les piéges, et il ne se passe guères de pipée sans qu'on en prenne plusieurs; car étant plus pétulans que la pie, il s'en faut bien qu'ils soient aussi défians et aussi rusés. Ils n'ont pas non plus le cri naturel si varié, quoiqu'ils paraissent n'avoir pas moins de flexibilité dans le gosier, ni moins de disposition à imiter tous les sons, tous les bruits, tous les cris d'animaux qu'ils entendent habituellement, et même la parole humaine. Le mot richard est celui, dit-on, qu'ils articulent le plus facilement».
Ce mot se retrouve parmi les nombreuses Onomatopées dont le cri du geai fournit la racine, et de la variété desquelles l'instinct imitatif de cet animal nous donne le motif.
GLAPIR, GLAPISSEMENT. Mots formés d'un bruit aigu, perçant, comme les aigres éclats de la voix d'un animal qui n'est pas adulte, ou le fausset d'une voix discordante et d'un mauvais instrument. En grec klaggé, et de là clangor.
Glatir et Glatissement, ont signifié la même chose. En Picardie, glay se dit pour un grand bruit ou pour un grand concours de voix.
Glas ou Glais, c'est le tintement glapissant d'une cloche qu'on sonne pour un Ecclésiastique qui vient de mourir.
GLISSER. Du bruit d'un corps qui parcourt rapidement la surface d'un corps glissant.
Glace, est un mot formé du même son naturel, parce que la glace offre une surface unie, lisse et glissante. En breton clezr, la glace, et clezra, glacer, dont glisser peut bien être fait.
* GLOUGLOTTER. On a inventé ce mot pour exprimer le chant du coq d'Inde, et cette innovation paraît d'autant plus naturelle, que les Langues anciennes ne pouvaient fournir de terme qui présentât la même idée. Je ne vois pas cependant qu'il ait été mis en usage par aucun Ecrivain considéré.
GLOUGLOU. Mot factice qui se tolère aisément dans une chanson bachique, et qui imite à merveille le bruit d'une liqueur qui s'écoule par un canal étroit.
Madame Deshoulières a dit en parlant du vin:
Il n'en est point qui ne cède aisément
Au doux glouglou que fait une bouteille.
On se rappelle le couplet de Sganarelle dans le Médecin malgré lui:
Bouteille jolie,
Qu'ils sont doux
Vos petits glougloux.
Mais mon sort ferait bien des jaloux,
Si vous étiez toujours remplie!
Ah bouteille ma mie,
Pourquoi, vous videz-vous?
Bilbit amphora, dit Dumarsais; c'est la petite bouteille qui fait glouglou.
GLOUTON, GLOUTONNERIE. Un signe presque certain que tel mot est tiré d'un son naturel, c'est sa reproduction dans un grand nombre de Langues. Ainsi, glouton qui s'est dit glous en vieux français, s'est dit glwth en celtique, glout et gloiet en breton, gluto dans la basse latinité, ghiottone en italien, et gluttonous en anglais.
Ces Onomatopées sont formées d'après le bruit que font les alimens, avidement engloutis par un homme affamé, et de là
Engloutir, qui est d'une acception plus noble et plus étendue.
GORET. C'est un nom du cochon, fait de son grognement. Gronder, se dit gorren en Langue flamande.
Le cochon s'est d'ailleurs appelé en grec khoïros, en georgien gorri, en latin gorretus, en italien verro. Sur ce dernier mot et sur notre mot veyrat, on se rappellera que l'initiale g s'est souvent confondue avec le v dans les Langues, et que cette différence ne peut constater deux espèces d'étymologie.
En vieux français, la truie se nommait gorrière.
L'auteur du Monde primitif prétend que du cri du cochon, animal naturellement bruyant, les Celtes avaient fait gawri, qui se prenait pour clamare. Je ne sais comment il a pu tomber dans cette erreur, à moins qu'il n'y ait été induit par une faute d'impression ou une mauvaise écriture, et qu'il n'ait cru lire gawri dans le mot garmi ou sgarmi, dont c'est en effet le sens, et dont garrire paraît dériver. Les gawris ou gawrics étaient dans la religion des Celtes des esprits follets, des espèces de Dusii qui dansaient autour des monumens. Ce mot est formé de gawr, géant, et du diminutif ic3. Cela est fort étranger à l'idée que nous attachons au mot goret.
Le terme celtique qui signifie cochon, est une Onomatopée prise de son grognement, oc'h, ou bien ouc'h, en observant que le c'h est aspiré, et se prononce d'une manière gutturale. Et de là, coc'h, stercus, dont le mot français cochon est incontestablement tiré.
GOULOT. Du glouglou de la bouteille, c'est-à-dire, du bruit que fait le vin en traversant son goulot, on a fait ce dernier mot qui est fort peu en usage.
Regnier a dit goulet dans sa plaisante description des meubles d'une courtisane;
Un balet, pour brusler en allant au sabat,
Une vieille lanterne, un tabouret de paille
Qui s'étoit sur trois pieds sauvé de la bataille,
Un barril défoncé, deux bouteilles sur cu
Qui disoyent sans goulet: nous avons trop vescu.
La bouteille s'appelle en hébreu bacbuc, qui est une autre Onomatopée du bruit qu'elle fait quand on la vide. C'est de là que la prêtresse de la dive bouteille a pris son nom dans Rabelais.
GOUTTE. Ce mot est formé du son naturel, du bruit que produit un liquide qui tombe goutte à goutte.
Perce le plus dur rocher.
GRAILLEMENT, GRAILLER. Graillement se dit du son d'un cor usé, rompu, enroué, dont on se sert pour rappeler les chiens. C'est une nuance de râlement, ou plutôt, c'est râlement dont on a mouillé l'l, et qu'on a précédé d'un son guttural et criard, pour exprimer l'aigreur de l'airain fêlé.
GRATTER. Du bruit des griffes ou des ongles contre les corps dont ils attaquent la superficie. Egratigner en est le diminutif.
GRÊLE, GRÊLER. Un bruit sec, un peu aigre, un peu retentissant qui accompagne la chute de la grêle, a déterminé son nom. Il faudrait pour en douter n'avoir jamais entendu la grêle frapper le verre en glissant, ou rouler sur l'ardoise qui résonne, en la faisant rebondir.
En latin, c'est grando, grandine en italien, granizo en espagnol, grizill en celtique, où de la racine grill se forment, en général, les noms des choses bruyantes.
Gresil, qui se dit d'une petite grêle, fort menue et fort dure, est immédiatement tiré de ce dernier mot.
GRELOT. Petite boule creuse en métal où l'on enferme quelques corps durs, et qui fait l'office de sonnette quand on l'agite.
C'est le crotalum des Latins, mais ce n'en est point une contraction, comme on l'a dit. Grelot est un mot factice de la même construction et de la même racine que le Drelin du Malade imaginaire.
Grelotter, qui est l'action de heurter les dents quand on éprouve un grand froid, en a été trivialement formé, parce que ce choc imite celui des petits corps que contient le grelot.
GRENOUILLE. Du râlement désagréable et prolongé de cet ovipare, les Latins ont fait rana, ranula, et même ranunculus, qui est employé par Cicéron. Ces mots sont devenus le type de la plupart de ses noms modernes, et entr'autres de celui que nous avons adopté, quoiqu'il en paraisse d'abord plus éloigné qu'aucun autre. Le batracos des Grecs a eu moins de dérivés.
Il ne faut pas omettre que dans quelques-unes de nos provinces les mots rane, raine et rainette se prennent populairement pour grenouille. Or, si l'on pouvait douter que rana fût formé par le procédé imitatif, j'ajouterais une remarque qui me paraît démonstrative; c'est que dans ces mêmes provinces où rainette signifie grenouille, ce mot a un homonyme aussi étranger que lui à notre Langue, et qui se dit de l'instrument qu'on appelle plus régulièrement cresselle. Entre l'une et l'autre de ces expressions, et les bruits dont elles sont tirées, la conformité est si frappante, que je ne crois pas qu'il y ait une identité d'étymologie plus claire et plus authentique.
GRESILLEMENT, GRESILLER. On entend par gresillement le pétillement d'un reste de parties grasses, qui se trouvent dans la peau, le vélin, le parchemin que l'on brûle, et le froncement, le racornissement un peu bruyans qui l'accompagnent. Ces mots me paraissent trop bas pour devoir être employés sans nécessité.
GRIFFE. De griffe, qui est pris de l'éraillement d'un corps plus ou moins solide, et particulièrement d'une étoffe sous les ongles pointus et recourbés d'un animal, on a composé,
Agriffer saisir quelque chose avec les griffes,
Griffer, déchirer d'un coup de griffe,
Griffade, blessure que les oiseaux onglés font avec leurs serres,
Griffon, oiseau de proie fabuleux,
Griffonner, écrire mal, dessiner grossièrement,
Griffonnage, écriture incorrecte et illisible,
* Griffonnement, terme qui n'est point français, mais qui est d'usage parmi les Artistes, pour signifier une esquisse à la plume, ou même un genre de gravure mis en réputation par Rembrandt et Romain Dehooge, et dont les traits confus et bizarres, mais chauds et hardis, ont l'air d'être formés à coups de griffes,
Griffe, outil de serrurier ou de tourneur, qui a la forme d'une griffe, ou plutôt qui en a l'usage.
Cette Onomatopée est commune à beaucoup de Langues. On lit ce portrait de Cerbère au sixième chant de l'Enfer du Dante:
Con tre gole caninamente latra
Sovra la gente, che quivi è sommersa.
Gli occhi a vermigli, e la barba unta, e atra,
El ventre largo, e unghiate le mani.
Graffia gli spirti, gli scuoja, ed isquatra.
GRIGNOTER. Ce mot se dit bassement de l'action de ronger lentement et avec quelque effort un aliment dur. De là,
Grignon, morceau de pain sec et très-cuit, qui crie sous la dent.
Il est rare de voir employer grignoter à propos de mets doux et pulpeux, comme dans cet exemple qui est tiré de M. de Parny:
Jaillit avec un doux murmure,
Et son eau bienfaisante et pure
Te désaltère sans danger.
La faim te presse et te fatigue?
De ton figuier mange le fruit,
Et ne va pas durant la nuit
Du voisin grignoter la figue.
Cet exemple pourrait prouver aussi que le talent a le privilége de tout ennoblir, mais je ne crois pas que personne se hasarde à en renouveler l'essai sur cette expression, assez justement dédaignée.
Gruger, qui se prend dans le même sens, en est un augmentatif.
GRILLON. Du petit tintement argentin qui caractérise cet insecte, et que les Entomologistes croient provenir de deux membranes, tendues en forme de tymbales, qu'il frappe vivement et presque sans relâche.
Le grillon s'est nommé grillos en grec, grillus en latin, en espagnol et en italien grillo, en allemand grille, et en anglais criket.
Les Méthodistes français ont transporté ce dernier nom imitatif à une autre espèce de coléoptères qui a beaucoup de rapports avec la sauterelle, mais qui ne se fait remarquer par aucun bruit naturel que cette Onomatopée puisse désigner.
GRINCEMENT, GRINCER. Du frottement convulsif et bruyant des dents, qui se fait entendre dans la douleur, la colère, la rage et le désespoir.
Les Allemands ont greinen, et les Italiens digrignare.
Le trismos des Grecs, qui a tant d'analogie avec notre mot crissement, est une belle Onomatopée. Ils disaient aussi grusein, pour, pousser des cris de douleur, des cris accompagnés de grincemens.
Dans la belle description du Jugement dernier, qui se lit dans une des tragédies de Schiller, les réprouvés sont peints grinçant leurs dents, et les faisant bruire comme des dents de fer.
L'Evangile désigne en ces mots l'enfer et les tourmens des damnés. Ibi erit fletus et stridor dentium. Là seront les pleurs et les grincemens de dents.
GRIVE. M. de Buffon, en peignant le plumage de cet oiseau, dit que ce mot grivelé qu'on emploie ordinairement pour donner une idée de la variété de ses nuances, est visiblement formé du mot grive, qui l'est lui-même du cri de la plupart des oiseaux de ce genre.
Ménage aperçoit l'Onomatopée dans le mot grive, et cependant il aime mieux la faire venir de son dérivé grivelé. L'opinion de M. de Buffon n'en est pas moins incontestable.
GROGNEMENT, GROGNER, GROGNEUR. Ces expressions sont faites du cri du pourceau, et ont des équivalents de même construction dans la plupart des idiomes connus.
En grec grullé, grullismos; et le porc, grullos; en latin grunnitus, grunnire.
* Grognard, Grognon, ne se disent point, quoique usités familièrement par des Écrivains recommandables. Jean-Jacques Rousseau, en racontant une espiéglerie qu'il fit dans son enfance à une nommée madame Clot, ajoute que ce souvenir le fait encore rire, parce que cette voisine, bonne femme au demeurant, était bien la vieille la plus grognon qu'il eût connue de sa vie.
GROMMELER. Ce mot a rapport à l'action de gronder sourdement et entre les dents. Il est fait d'un certain grognement des chiens hargneux.
Grumeler, s'est pris dans le même sens en vieux langage, comme dans ces vers de la farce de Gringore:
Je veux bien qu'un chacun le note
Je mauldis, anathématise;
Mais sous l'habit pour ma devise
Porte l'habit de mere sote,
Bien scay qu'on dit que je radote,
Et que suis folle en ma vieillesse;
Mais grumeler vueil à ma porte
Mon fils le prince en telle sorte
Qu'il diminue sa foiblesse.
GRONDEMENT, GRONDER, GRONDERIE, GRONDEUR. La racine de ces mots est prise dans un murmure plus noble que celle des précédens, et on les admet dans un style plus élevé.
Le substantif gronderie ayant été créé pour un usage figuré, j'ai cru pouvoir hasarder grondement qui me paraît indispensable pour représenter le bruit de la foudre, et celui d'une mer lointaine.
GROIN. Du cri ordinaire du porc.
Voltaire regrette qu'on ait perdu le vieux verbe grouiner, qui exprimait le même bruit.
GRUAU. Du bruit d'un grain que le moulin rompt et concasse.
GRUE. Cet oiseau, dont le nom est formé d'après son cri, est le ghéranos des Grecs, et le grus des Latins. Les Italiens l'appellent gru et grua, les Espagnols grulla et gruz, les Allemands krane et kranich, les Anglais crane, les Anglo-Saxons crane ou croene, les Suisses krie, les Suédois trana, les Danois trane, les Illyriens gerzab; en Gallois, c'est garan, et en Celtique, gru. Bochart pense que c'est l'agur de Jérémie; et la ressemblance de ce nom avec presque tous les noms de la grue, semble confirmer cette idée, quoiqu'il soit exprimé autrement dans la Vulgate.
L'excellent traducteur Legros a partagé l'opinion de Bochart. «La cicogne, dit-il, connaît dans le ciel quand son temps est venu. La tourterelle, l'hirondelle et la grue savent discerner la saison de leur passage, mais mon peuple n'a point connu le temps du jugement du Seigneur».
Une observation pleine d'intérêt, et qui prouve que les articulations de la voix de la grue ont toujours passé pour avoir quelques rapports avec celle de la voix humaine, c'est que les Commentateurs pensent que si certains Poètes ont appelé cet oiseau l'oiseau de Palamède, cela vient de ce qu'outre l'ordre de bataille et le mot du guet, Palamède en avait appris quatre lettres grecques.
* GRULLER. M. Court de Gébelin prend cette mauvaise expression dans deux sens sous lesquels il la trouve également imitative. Dans le premier, elle signifie trembler de froid; dans le second, ébranler un arbre pour en faire tomber les fruits. Il est vrai que le peuple l'emploie ainsi, mais elle n'était pas digne d'être francisée. Sous le premier de ces rapports, elle n'est que l'augmentatif ou la contraction du verbe grelotter; sous le second, elle n'est que le verbe crouler, corrompu.
Crolement ou Grolement, se dit aussi très bassement d'un tremblement spasmodique de la tête, qui a lieu chez les vieillards et chez ceux qui sont sujets aux affections nerveuses. Ce terme me semble fait du même verbe gruller sous sa seconde acception, parce que ce tremblement ressemble à celui d'un arbre agité, dont la tige vibre long-temps.
GUÊPE. Du latin vespa, écrit, selon ses premières racines, avec la voyelle ou initiale, remplacée successivement, comme cela se remarque dans les Langues, par la dento-labiale v, et la gutturale g, si sujettes à se confondre. Le son typique était l'Onomatopée du vol bruyant de la guêpe.
* GUIORER. Terme inusité qui est fait du cri naturel de la souris.
Davies rapporte gwichio, strepere. Selon quelques Savans, gwicha s'est dit en Langue celtique pour, se plaindre à la manière des petits oiseaux. Gwigoura, c'est faire un petit bruit comme une porte qui roule sur des gonds rouillés. Ces bruits ont rapport à celui que ce mot représente, et sont exprimés d'une manière assez semblable.
H
HACHE. On a cherché fort loin l'étymologie de ce mot. Elle est dans le son naturel, dans l'aspiration forte et profonde, dans l'ahan pénible qui marque les efforts d'un bucheron.
L'initiale h, si nulle dans la plupart des mots, est singulièrement caractéristique lorsqu'elle est aspirée, et les Onomatopées qui expriment les divers accidens de la respiration de l'homme, lui sont, presque toutes, redevables de leur énergie.
* HAHALIS. De hahé, cri de chasse, dont on se sert pour arrêter les chiens qui prennent le change ou qui s'emportent trop, ou bien de l'éclat tumultueux de la voix des chasseurs, et des retentissemens de l'écho, on a composé cette expression, d'ailleurs peu connue et restreinte dans son usage, à l'acception pour laquelle elle a été inventée.
HALETER. Je ne m'attacherai point à démontrer que le mot haleine et certains autres qui en dépendent, sont faits par Onomatopée de l'émission de l'air dans l'acte de la respiration. Cela me paraît bien établi, et je n'aurais point rejeté ces expressions, s'il n'avait pas été de mon projet de réunir seulement celles qui conservent un caractère d'imitation évident, sans m'occuper de celles qui l'ont perdu, et dans lesquelles le son radical se cache parmi des sons étrangers.
Le mot qui fait le sujet de cet article, est sensiblement formé du bruit d'une respiration pressée, entre-coupée et violente. L'anhelare, et mieux encore le diminutif anhelitare des Latins, ont le même type.
HAPPER. Saisir quelque chose avidement, et avec une forte aspiration qui marque l'impatience ou le desir.
Il y a de certaines terres et de certains métaux qui happent la langue dès qu'on l'applique sur leur surface, et, par exemple, l'argille et toutes les agrégations alumineuses. Cet effet est produit par une absorption rapide de la salive qui met en contact plus parfait la peau de la langue et la terre qu'elle essaye. Ce mot semble spécialement fait pour représenter la sensation tenace et subite dont je parle, quoique la rapidité monosyllabique de sa racine le rende d'ailleurs très-pittoresque dans grand nombre d'occasions.
HARPE. Je conjecture que ce mot est fait par Onomatopée du son des cordes de la harpe, rassemblées en grand nombre sous les doigts, et ébranlées simultanément.
Quoi qu'il en soit, le nom de la harpe a très-peu varié dans les Langues modernes. Les Anglo-Saxons l'ont appelée hearpa, les Allemands herp et harf, les Anglais arp, et les Italiens arpa.
Harper, est un vieux terme encore employé par Molière et par Sarrazin, pour, prendre, saisir, dérober. Il semble que le peuple, dont toutes les expressions présentent d'ordinaire des images vives et singulières, s'est emparé de cette racine pour l'appliquer aux actions qui exigent un grand développement de la main, comme dans les exemples auxquels je renvoie. L'arpax des Grecs dont le rapax des Latins est le parfait équivalent, à une petite transposition près, et tous les mots qui en dérivent, n'ont pas dû être autrement construits, quel que soit l'instrument ou l'objet qui en a fourni le son radical.
On disait harpaille en vieux langage, d'une troupe de brigands et de maraudeurs, comme dans ces vers tirés des Vigiles de Charles VII.
Appartenant à feu Tremouille,
Avoit grande harpaille et vermine,
Ne n'y demeuroit coq ne poule.
On a vu à ce sujet, dans la préface de cet ouvrage, ce que j'ai dit de la lettre h, considérée comme signe figuré d'une rapacité avide et impatiente4. Ces applications particulières sont à l'appui de mon opinion.
Raper, Rapt, sont faits de harper par métathèse.
HENNIR, HENNISSEMENT. Mots formés du cri des chevaux, et qu'on ne peut prononcer sans se rappeler ces beaux vers de M. Delille:
S'il entend ou le cor, ou le cri des cavales,
De son sérail nombreux hennissantes rivales,
Du rempart épineux qui borde le vallon,
Indocile, inquiet, le fougueux étalon
S'échappe, et libre enfin, bondissant et superbe,
Tantôt d'un pied léger à peine effleure l'herbe,
Tantôt demande aux vents les objets de ses feux,
Tantôt vers la fraîcheur d'un bain voluptueux,
Fier, relevant ses crins que le zéphir déploie,
Vole, et frémit d'orgueil, de jeunesse et de joie.
Les Latins avaient cette Onomatopée. On lit dans Virgile au troisième livre des Géorgiques:
Conjugis adventu pernix Saturnus, et altum
Pelion hinnitu fugiens implevit acuto.
En superbe coursier se transforma soudain,
Et secouant dans l'air sa crinière flottante,
De ses hennissemens effraya son amante.
C'est le c'hwirina des Bretons. Davies écrit chwyrnu. Il traduit le mot Rhinge qui y a rapport, par stridulus, ou sonus stridens.
L'ingénieux auteur du roman de Gulliver a tiré du même son radical le nom factice de houyhinms, pour désigner un peuple de chevaux.
HEURT, HEURTER. Du choc rude et brusque de deux corps durs.
HISSER. Hausser une vergue, la faire monter au haut du mât, au commandement de hisse, hisse.
Ces mots sont pris du bruit de la vergue quand on la relève, et du frémissement de la voile quand on la froisse.
HOQUET. Du bruit d'une inspiration subite, courte et convulsive.
Les Latins ont dit singultus, les Anglais hicket et hiccough, les Flamands hick, les Celtes hak, et hic ou ig, rapportés par Lepelletier et Davies.
Un Etymologiste cherche l'origine de ce mot dans l'hébreu enka, qui veut dire sanglot. Il est probable que ces différentes expressions sont de la même racine.
HORREUR. Horror. Ce mot est une Onomatopée qui représente l'impression que produisent sur nous les objets épouvantables. De là,
Horrible, ce qui fait horreur,
Abhorrer, avoir en horreur.
HUÉE, HUER. Huée se dit d'une clameur de désapprobation qui s'élève dans les assemblées nombreuses, et dont ce mot est formé très-imitativement.
On employait autrefois hus, hüe, et huyer dans le même sens.
HULOTTE. En latin et en italien ulula, en allemand huhu, en anglais howlet.
Ces noms de la hulotte lui viennent de son cri sinistre. Le bubo des Latins, dont nous avons fait peu imitativement le mot hibou, procède de la même analogie.
* Hululer, est un verbe que des Ecrivains en petit nombre ont cru pouvoir tirer du gémissement de la hulotte, pour une foule d'acceptions auxquelles le verbe hurler paraît moins propre. Cette Onomatopée singulièrement précieuse n'a pas été dédaignée dans la Langue latine, et enrichirait la nôtre.
HUMER. Avaler quelque chose avec une aspiration forte et tout d'une haleine.
Le vieux mot super, qui a la même valeur, ne se dit plus qu'en quelques provinces. On peut conjecturer que le mot soupe était fait de la même racine, et cela d'autant plus probablement, que, suivant Ménage, super signifie humer du bouillon.
HUPPE, ou PUPU. Les deux noms de cet oiseau sont l'effet d'une controverse assez oiseuse parmi les Etymologistes. On se demande si le premier lui a été donné en raison de la huppe élégante dont sa tête est ornée, ou s'il est une simple traduction un peu contractée de l'upupa des Latins, qui était dérivé du cri ordinaire de l'animal. On est aussi embarrassé sur le second, que les uns regardent comme l'expression de ce cri, et les autres comme une dénomination odieuse par laquelle nos aïeux désignaient la huppe, à cause de la saleté qu'on lui reproche. Quant à moi, je suis porté à croire que Belon s'est trompé en faisant venir le nom de la huppe de cette touffe de plumes qui la caractérise, et je partage l'opinion de Ménage qui regarde au contraire le mot huppe dans cette dernière signification, comme dérivé du nom de l'oiseau qui l'est lui-même de son cri.
Aristophane s'est amusé à imiter la voix de la huppe dans ces mots factices: epopoë, popopo, popoè, jo, io, ito, ito, ito, ito.
Cette Onomotapée se retrouve chez tous les peuples; c'est l'epops des Grecs, le bubbola des Italiens, le popa des Portugais, le hoppe des Flamands, le hoop et le hoopof des Anglais, le popp des Suédois, etc. Nous avons dit pupeput, pepu et pipu.
HURLEMENT, HURLER. Heureuses Onomatopées du cri des loups et des chiens effrayés.