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Dissociations

Chapter 12: L’ANIMAL FOU
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About This Book

A collection of concise, aphoristic essays that practice deliberate dissociation of ideas and sentiments, testing common pairings such as art and morality. The author offers cultural and philosophical reflections on subjects including religion as a social remedy, the psychology of jealousy, the persistence of astrology, and the social effects of age and uniform. Tone ranges from polemical to wryly observant, favoring paradox, anecdote, and sharp generalization over systematic argument. The result is a fragmented, provocative sequence that invites readers to separate familiar concepts and reconsider the assumptions that keep them conjoined.

L’ANIMAL FOU

On a discuté ces temps derniers la question de savoir si un animal pouvait devenir fou. Théoriquement, ce n’est pas douteux. La folie est une maladie du cerveau et même une maladie de l’organisme réagissant sur le cerveau. Or, l’animal qui a un cerveau peut avoir mal à ce cerveau, donc peut être atteint des mêmes troubles cérébraux que l’homme lui-même. Toutefois, l’animal étant dépourvu d’imagination, cette folie doit prendre chez lui des caractères très différents de ceux que prend la folie humaine, et surtout ils doivent être moins accentués. Il y aura toujours moins loin de la folie à la lucidité animale que de la folie à la lucidité humaine ; mais s’il y a idiotie, elle aura très bien les mêmes caractères. On dit que l’idiotie et certaines formes de démence font de l’homme des brutes, mais ce qui caractérise la bute animale et normale, c’est précisément l’ordre et l’activité dans l’ordre. L’animal n’a pas beaucoup d’actes différents à sa disposition, mais il s’acquitte merveilleusement de ceux qui sont en son pouvoir et cela précisément parce qu’il n’a pas d’imagination. Dire qu’un homme est une brute, ce serait lui faire le compliment le plus délicat, car une brute est incapable de ne pas faire son devoir. Voyez comme les animaux s’en acquittent merveilleusement. Chez eux, le devoir se confond avec la fonction, tandis que chez l’homme, le devoir est presque toujours contradictoire à la fonction, donc sujet à mille erreurs. L’animal fou perd donc à la fois la notion de ses devoirs et la notion de ses fonctions. La folie se réduit donc chez lui à l’idiotie. L’animal idiot et l’homme idiot sont parfaitement identiques et l’homme normal est peut-être un animal fou, tout simplement.