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Dissociations

Chapter 22: VOLEURS ET VOLÉS
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About This Book

A collection of concise, aphoristic essays that practice deliberate dissociation of ideas and sentiments, testing common pairings such as art and morality. The author offers cultural and philosophical reflections on subjects including religion as a social remedy, the psychology of jealousy, the persistence of astrology, and the social effects of age and uniform. Tone ranges from polemical to wryly observant, favoring paradox, anecdote, and sharp generalization over systematic argument. The result is a fragmented, provocative sequence that invites readers to separate familiar concepts and reconsider the assumptions that keep them conjoined.

VOLEURS ET VOLÉS

Les honnêtes gens ne pensent jamais aux voleurs, mais les voleurs pensent sans cesse aux honnêtes gens : de là leur supériorité pratique. Sans doute, il est bien embêtant de toujours se méfier de ses voisins, mais il est bien plus embêtant encore de se trouver privé de son portefeuille ou même de sa montre. Je crois que ceux qui veillent à la sécurité des personnes et de leurs biens seront de mon avis : les volés sont presque toujours des gens imprudents. Tels, ces voyageurs, qui sont généralement des voyageuses, marquant leur place avec un élégant sac de voyage contenant leurs bijoux, et allant ensuite faire un tour sur le quai ou au buffet. Le voleur est partout, voilà ce qu’on devrait se dire. Plus sûrement que vous il a l’œil sur votre valise et plus elle est élégante, plus elle l’intéresse. Le voleur n’est pas un homme sanguinaire, ni même un homme querelleur ni qui cherche les contestations ; au contraire, il veut passer inaperçu et souvent il y réussit. Je parle du voleur de trains de luxe, puisque ces remarques ont été suggérées par une petite aventure récente dont ont parlé les journaux. Comme la volée était une actrice, elle a trouvé des confidents de son malheur, qui est arrivé comme je le dis, parce qu’elle ne se croyait entourée que d’honnêtes gens comme elle. Autre catégorie de gens pour lesquels je n’ai pas non plus une très grande pitié, ce sont ceux qui partent en voyage laissant une villa isolée sous la surveillance de la seule providence. Ils sont fort étonnés de trouver en rentrant les tiroirs vides, et moi je le suis que toutes les villas, laissées dans ces conditions, n’aient pas le même sort. Soyez sûrs que les cambrioleurs enrichis prennent quelques précautions contre leurs pareils, et que les dévaliseurs de trains de luxe ne laissent pas traîner leurs valises dans les couloirs.