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Dissociations

Chapter 55: L’ABOLITIONNISME
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About This Book

A collection of concise, aphoristic essays that practice deliberate dissociation of ideas and sentiments, testing common pairings such as art and morality. The author offers cultural and philosophical reflections on subjects including religion as a social remedy, the psychology of jealousy, the persistence of astrology, and the social effects of age and uniform. Tone ranges from polemical to wryly observant, favoring paradox, anecdote, and sharp generalization over systematic argument. The result is a fragmented, provocative sequence that invites readers to separate familiar concepts and reconsider the assumptions that keep them conjoined.

L’ABOLITIONNISME

L’abolitionnisme est une invention anglo-saxonne, scandinave, un peu allemande aussi peut-être, en tout cas protestante. Mais elle n’en est pas plus mauvaise pour cela. Que veulent abolir les abolitionnistes ? Tout simplement la dernière forme de l’esclavage, qui est, sous couleur de réglementer la prostitution, l’assujettissement de la femme à diverses lois qui ne sont faites que pour elles et qui souvent disposent de sa liberté. L’abolitionnisme est spécialement dirigé contre les maisons closes. Dans la France étatiste, ce mouvement n’a encore eu aucun succès. Cependant, épisode assez peu connu, il paraît qu’une commission fut formée à ce sujet par M. Combes. Elle avait même pris contre la réglementation les mesures les plus radicales (le contraire serait bien étonnant), mais la réforme est demeurée purement verbale (c’est assez l’ordinaire). La vérité est que cela n’intéresse personne, ni les uns parce que de telles questions leur répugnent ou leur font peur, ni les autres parce que la garantie de l’État leur semble salutaire, ni enfin les femmes soumises qui trouvent dans les règlements mêmes une certaine sécurité et dans les maisons closes un refuge assuré. Restent les philosophes et les féministes qui, pour des motifs qui ne diffèrent pas essentiellement, voudraient qu’on respectât la liberté des femmes comme on respecte la liberté des hommes en ce qui touche les rapports des deux sexes. Ils considèrent les règlements de police sexuelle comme un anachronisme. Beaucoup de médecins les considèrent également comme une vexation inutile. Il est du moins certain que les prostituées insoumises étant infiniment plus nombreuses que les autres, il n’y a aucune raison valable pour maintenir à l’égard de quelques-unes une réglementation à laquelle la plupart échappent. Un magistrat anglais répondait à un témoin qui se plaignait d’une prostituée : « En Angleterre, il n’y a pas de prostituées. Il n’y a que des Anglaises libres. » Nous sommes loin de concevoir ainsi la dignité humaine et la dignité nationale.