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Dissociations

Chapter 68: LES EXPLOITÉES
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About This Book

A collection of concise, aphoristic essays that practice deliberate dissociation of ideas and sentiments, testing common pairings such as art and morality. The author offers cultural and philosophical reflections on subjects including religion as a social remedy, the psychology of jealousy, the persistence of astrology, and the social effects of age and uniform. Tone ranges from polemical to wryly observant, favoring paradox, anecdote, and sharp generalization over systematic argument. The result is a fragmented, provocative sequence that invites readers to separate familiar concepts and reconsider the assumptions that keep them conjoined.

LES EXPLOITÉES

C’est le nom qu’elles se donnent et on peut le trouver de bon augure. Quand on est exploité et qu’on le sait, c’est signe que la révolte n’est pas loin. Révolte non pas seulement contre quelques patrons, révolte contre nous tous qui exigeons de tels salaires pour nous vêtir à bon marché, pour manifester à bon marché notre joie ou notre patriotisme. Il s’agit des ouvrières en chambre qui gagnent soixante centimes par jour à façonner les drapeaux dont précisément aujourd’hui même beaucoup de fenêtres sont pavoisées. Si elles préfèrent (mais à quoi bon choisir) se livrer à la confection des corsages de lingerie, ce sera le même prix, mais beaucoup de travaux analogues rapportent moins encore, cinquante centimes pour dix et quelquefois douze heures de peine ! Et les traités d’histoire vous diront que le christianisme a aboli l’esclavage et que, dernier progrès, la Révolution a aboli le servage ! N’en croyez rien et surtout ne croyez pas que l’esclavage romain fut aussi dur que celui que nous imposons aux malheureuses qui ne peuvent se résigner à la prostitution ou qui n’ont pas le facies exigé pour ce métier. Soixante centimes par jour pour se loger, se nourrir et s’habiller à Paris ! Mon chat, qui est logé pour rien, qui n’a pas besoin de robe, de souliers ni de chapeau, dépense cela chez le boucher. Il est vrai qu’il est très difficile et qu’il ne lui faut rien moins que du foie de bœuf. A la rigueur, celles qui confectionnent les abat-jours pourraient s’en offrir un morceau de temps en temps puisque la journée de collage et de découpage leur rapporte jusqu’à un franc. Les uns disent : c’est triste ; les autres disent : c’est infâme. Il faut que les exploitées elles-mêmes disent : il faut que cela finisse. Aidons-les, mais comment ?