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Dissociations

Chapter 70: LES MOINEAUX
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About This Book

A collection of concise, aphoristic essays that practice deliberate dissociation of ideas and sentiments, testing common pairings such as art and morality. The author offers cultural and philosophical reflections on subjects including religion as a social remedy, the psychology of jealousy, the persistence of astrology, and the social effects of age and uniform. Tone ranges from polemical to wryly observant, favoring paradox, anecdote, and sharp generalization over systematic argument. The result is a fragmented, provocative sequence that invites readers to separate familiar concepts and reconsider the assumptions that keep them conjoined.

LES MOINEAUX

Le conseil général de la Meuse a décrété récemment que le moineau est un animal nuisible, oh ! nuisible à l’agriculture seulement, et c’est peut-être vrai. Mais cela ne l’est peut-être pas. En d’autres termes, le moineau qui mange certainement des graines, mange certainement aussi des insectes et des chenilles. La séparation entre les deux régimes alimentaires est beaucoup moins rigide qu’on ne le croit généralement. Il en est des animaux, en particulier des oiseaux, un peu comme de nous-mêmes. On mange ce que l’on peut, bien plus souvent que l’on ne mange ce que l’on veut. Comparons-les plus étroitement à des mendiants ou à des pillards, à des maraudeurs qui savent très bien qu’ils ont faim mais qui ne savent pas avec quoi le hasard leur permettra de calmer leur faim. Ce sera particulièrement vrai pour le moineau. Habitué à vivre autour des maisons, des cultures, des vergers, il mange indifféremment de presque tous les produits des champs et ces produits sont en même temps que graines et fruits, larves et insectes, les uns renfermant les autres. Il est à peu près chimérique de vouloir classer les oiseaux en utiles et en nuisibles à l’agriculture. Celui qui mange cette année toutes vos cerises est aussi celui qui a mangé les larves qui sans cela se développeraient au printemps suivant en redoutables insectes dévastateurs. Il y a là un cycle très complexe de causes et d’effets. Tout se tient dans la nature. Ce n’est jamais impunément que l’on détruit un de ses rouages. Les cultivateurs de la Meuse en feront l’expérience.