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Dissociations

Chapter 71: NATIONALISME
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About This Book

A collection of concise, aphoristic essays that practice deliberate dissociation of ideas and sentiments, testing common pairings such as art and morality. The author offers cultural and philosophical reflections on subjects including religion as a social remedy, the psychology of jealousy, the persistence of astrology, and the social effects of age and uniform. Tone ranges from polemical to wryly observant, favoring paradox, anecdote, and sharp generalization over systematic argument. The result is a fragmented, provocative sequence that invites readers to separate familiar concepts and reconsider the assumptions that keep them conjoined.

NATIONALISME

Il est naturel qu’une nation soit nationaliste, qu’elle se préfère aux autres nations, qu’elle se fasse l’illusion de leur être supérieure en vertus sociales, en intelligence, en manières. C’est pour elle une condition de vie. Cela correspond pour les individus à l’estime de soi et quand il s’agit de toutes petites nations, elles trouvent encore, sans que les plus grandes soient portées à en rire, des motifs de fierté et d’allégresse. Le nationalisme est un sentiment qui ne devrait être individuel que dans la mesure où l’individu se sent solidaire du sentiment national. Malheureusement il n’en est pas ainsi. Il se trouve toujours quelques citoyens pour ériger en vertu un sentiment qui est si naturel qu’il en est invincible, et comme la vertu, principalement la vertu factice, est contagieuse, un parti politique se forme bientôt, qui s’arroge la prétention d’être plus nationaliste que les nationaux vulgaires, d’être pour ainsi dire sur-nationaliste. Cependant, il faut justifier ce titre insolent et c’est alors que commence la surenchère. Chacun s’ingénie. On ne se demande plus si une chose est bonne : elle est étrangère, donc proscrivons-la ; si cet ouvrier possède bien son métier, si ce commerçant est honnête et ingénieux : ils sont étrangers, qu’ils s’en aillent. Pour le moment, et nous sommes sans doute au faîte, la croisade se lève contre les pauvres filles qui viennent en France pour être institutrices : elles sont étrangères, elles ne peuvent être que des démons. Il y a quelque temps, c’était aux étudiants étrangers que l’on s’en prenait : plutôt les banquettes vides dans nos facultés que ce flot empoisonné d’étrangers ! Cela est fort triste et un peu bête, en un pays si mal peuplé. La France est-elle en train de retourner à l’état d’esprit paysan pour qui tout être non indigène est un intrus et un ennemi ? Cette manière de marcher au rebours de la civilisation est affligeante.