WeRead Powered by ReaderPub
Dissociations cover

Dissociations

Chapter 77: PARIS FUTUR
Open in WeRead

About This Book

A collection of concise, aphoristic essays that practice deliberate dissociation of ideas and sentiments, testing common pairings such as art and morality. The author offers cultural and philosophical reflections on subjects including religion as a social remedy, the psychology of jealousy, the persistence of astrology, and the social effects of age and uniform. Tone ranges from polemical to wryly observant, favoring paradox, anecdote, and sharp generalization over systematic argument. The result is a fragmented, provocative sequence that invites readers to separate familiar concepts and reconsider the assumptions that keep them conjoined.

PARIS FUTUR

Je n’aime pas beaucoup qu’on se préoccupe à l’excès du futur. Notre manière de le voir n’est pas la manière qui plaira le mieux aux générations à venir, dont l’idéal sera sans doute assez différent du nôtre. C’est pourquoi, j’entre avec une certaine réserve dans les plans de M. Delanney touchant le Paris de l’an 1980. Il sera peut-être plus grand, peut-être moins grand que le Paris actuel. La facilité de demeurer aux champs et de rester tout de même en communication constante avec la civilisation s’opposera peut-être à la tendance au rassemblement des hommes sur un même point. Mais, si c’est cette dernière tendance qui l’emporte, je crois qu’il serait sage de laisser aux hommes de demain le soin d’organiser à leur gré la cité agrandie. M. Delanney semble surtout préoccupé de ménager dans la banlieue, telle que destinée à une plus ou moins prochaine incorporation, des parcs, des jardins, des espaces libres, en un mot. Les trois quarts de cette région étant encore à bâtir, le souci semblera un peu prématuré. Le jardin public est une heureuse conception, mais ce n’est qu’un pis aller : combien plus heureuse est la conception du jardin privé ! Peut-être que l’édilité future reposera sur ce principe que la construction des maisons ne sera autorisée que sur un tiers ou sur un quart de la place disponible, je n’ose dire davantage. Les villes seront conçues en forme de parcs où s’élèveront de place en place des maisons pas trop hautes, ce qui sera charmant et très sain. Des villes américaines sont déjà ainsi comprises. Le jardin public sera la ville au lieu d’être dans la ville. Peut-être même les maisons n’auront-elles plus qu’un seul, rarement deux étages. Les rues ou allées auront cent mètres de large. C’est le moins, d’ailleurs que puissent demander les aéroplanes. Au reste, ne faisons pas de mal à l’avenir, mais ne lui faisons pas de bien, non plus : c’est lui qui choisira.