Dont la beauté trouble mes sens,
Se tient debout, silencieuse,
Au bord des flots retentissants.
Mêlent à leur azur amer,
Qu'étoile une humide paillette,
Les teintes glauques de la mer.
Une grâce triste sourit;
Les pleurs mouillent les étincelles
Et la lumière s'attendrit;
Qui rasent le flot aplani,
Palpitent, ailes inquiètes,
Sur leur azur indéfini.
Où dort plus d'un trésor coulé,
On y découvre à travers l'onde
La coupe du roi de Thulé.
Brille parmi le goémon,
L'autre perle de Cléopâtre
Près de l'anneau de Salomon.
Dans la ballade de Schiller,
Sans qu'un plongeur l'ait ramassée,
Y jette encor son reflet clair.
Vers l'abîme de ce regard,
Comme au sein des eaux la sirène
Attirait Harald Harfagar.
D'un irrésistible désir,
Au milieu du gouffre s'élance
Vers l'ombre impossible à saisir.
La sirène amoureusement
Fait ondoyer sa blancheur bleue
Sous l'émail vert du flot dormant.
Aux soupirs de la passion;
Le vent, dans sa conque marine,
Murmure une incantation.
Mes bras d'onde t'enlaceront;
Les flots, perdant leur saveur âcre,
Sur ta bouche, en miel couleront.
La mer qui ne peut s'apaiser,
Nous boirons l'oubli des tempêtes
Dans la coupe de mon baiser.»
De ce regard céruléen,
Et mon cœur, sous l'onde perfide,
Se noie et consomme l'hymen.
RONDALLA
Colombe aux regards de faucon,
Tu me hais, mais c'est mon caprice,
De me planter sous ton balcon.
Pinçant les nerfs, tapant le bois,
Faire luire à ton carreau morne
Ta lampe et ton front à la fois.
De bourdonner aux alentours.
Ta rue est à moi:—je la barre
Pour y chanter seul mes amours,
Au premier racleur de jambon
Qui devant la chambre où tu veilles
Braille un couplet mauvais ou bon.
Allons, qui veut de l'incarnat?
A son jabot qui veut du rouge
Pour faire un bouton de grenat?
Car il est fait pour se montrer;
Le temps est noir, gare la pluie!
Poltrons, hâtez-vous de rentrer.
L'avant-bras couvert du manteau,
Que sur vos faces de gavaches
J'écrive des croix au couteau!
De pied ferme je les attends.
A ta gloire il faut que je fende
Les naseaux de ces capitans.
Et pourrait salir tes pieds blancs,
Corps du Christ! je veux faire une arche
Avec les côtes des galants.
Dis, je tuerai qui tu voudras:
J'attaquerai Satan lui-même,
Si pour linceul j'ai tes deux draps.
Tu dois pourtant ouïr ma voix;
Comme un taureau blessé je beugle,
Des chiens excitant les abois!
Un clou pour accrocher mon cœur.
A quoi sert que je le remporte
Fou de rage, mort de langueur?
NOSTALGIES D'OBÉLISQUES
I
L'OBÉLISQUE DE PARIS
Obélisque dépareillé;
Neige, givre, bruine et pluie
Glacent mon flanc déjà rouillé;
Aux fournaises d'un ciel de feu,
Prend des pâleurs de nostalgie
Dans cet air qui n'est jamais bleu.
Et les pylônes de Luxor,
Près de mon frère aux teintes roses
Que ne suis-je debout encor,
Mon pyramidion vermeil,
Et de mon ombre, sur le sable,
Écrivant les pas du soleil!
Où l'éternité s'ébréchait,
Roula fauché comme un brin d'herbe,
Et Paris s'en fit un hochet.
Gardienne des énormités,
Se dresse entre un faux temple antique
Et la chambre des députés.
Monolithe au sens aboli,
On a mis mon secret, qui pèse
Le poids de cinq mille ans d'oubli.
Où s'abattaient dans leur essor
L'ibis rose et le gypaëte
Au blanc plumage, aux serres d'or.
Fleuve immonde fait de ruisseaux,
Salit mon pied, que dans ses crues
Baisait le Nil, père des eaux,
Coiffé de lotus et de joncs,
Versant de son urne qui penche
Des crocodiles pour goujons!
Des grands pharaons d'autrefois
Rasaient mon bloc heurté du fiacre
Emportant le dernier des rois.
Le pschent au front, les prêtres saints
Promenaient la bari mystique
Aux emblèmes dorés et peints;
Entre deux fontaines campé,
Je vois passer la courtisane
Se renversant dans son coupé.
La procession des bourgeois,
Les Solons qui vont à la chambre,
Et les Arthurs qui vont au bois.
Fera ce peuple impie et fou,
Qui se couche sans bandelettes
Dans des cercueils que ferme un clou,
A l'abri des corruptions,
Dortoirs où, par siècles rangées,
Plongent les générations!
Et des secrets sacerdotaux,
Où les sphinx s'aiguisent les griffes
Sur les angles des piédestaux,
Où l'épervier couve son nid,
Je te pleure, ô ma vieille Égypte,
Avec des larmes de granit!
II
L'OBÉLISQUE DE LUXOR
De ce grand palais dévasté,
Dans la solitude éternelle,
En face de l'immensité.
Stérile, muet, infini,
Le désert sous le soleil morne,
Déroule son linceul jauni.
Le ciel, autre désert d'azur,
Où jamais ne flotte une nue,
S'étale implacablement pur.
D'une pellicule de plomb,
Luit, ridé par l'hippopotame,
Sous un jour mat tombant d'aplomb;
Sur le sable en feu des îlots,
Demi-cuits dans leurs carapaces,
Se pâment avec des sanglots.
L'ibis, le bec dans son jabot,
Déchiffre au bout de quelque stèle
Le cartouche sacré de Thot.
Et, traçant des cercles dans l'air,
L'épervier affamé piaule,
Noire virgule du ciel clair.
Sont couverts par le bâillement
Des sphinx, lassés de l'attitude
Qu'ils gardent immuablement.
Et du soleil toujours brillant,
Nul ennui ne t'est comparable,
Spleen lumineux de l'Orient!
A la satiété des rois
Tombant vaincus sur leur terrasse,
Et tu m'écrases de ton poids.
Une larme à l'œil sec des cieux,
Et le temps fatigué s'appuie
Sur les palais silencieux.
La face de l'éternité;
L'Égypte, en ce monde où tout change,
Trône sur l'immobilité.
Quand l'ennui me prend par accès,
J'ai les fellahs et les momies
Contemporaines de Rhamsès;
Un vieux colosse sans profil
Et les canges à voile blanche
Montant ou descendant le Nil.
Dans ce grand Paris transporté,
Auprès de lui, pour me distraire,
Sur une place être planté!
S'arrêter un peuple vivant,
Hiératiques écritures,
Que l'idée épelle en rêvant.
Sur la poudre de son granit
Jettent leurs brumes irisées;
II est vermeil, il rajeunit!
Comme moi cependant il sort,
Mais je reste à ma place ancienne;
II est vivant et je suis mort!
VIEUX DE LA VIEILLE
15 DÉCEMBRE
J'errais le long du boulevard:
II faisait un temps de décembre,
Vent froid, fine pluie et brouillard;
Échappés du sombre séjour,
Sous la bruine et dans la fange,
Passer des spectres en plein jour.
Par un clair de lune allemand,
Dans les vieilles tours en décombres,
Reviennent ordinairement;
Avec leur robe humide au bord,
Et sous les nénuphars emportent
Leur valseur de fatigue mort;
Dans la ballade de Zedlitz,
Où l'Empereur, ombre entrevue,
Compte les ombres d'Austerlitz.
A deux pas des Variétés,
Sans brume ou linceul qui les gaze,
Des spectres mouillés et crottés!
Son crâne de mousse verdi,
A Paris, boulevard Montmartre,
Mob se montrant en plein midi!
Trois fantômes de vieux grognards,
En uniformes de l'ex-garde,
Avec deux ombres de hussards!
Où, dessinés par un rayon,
Les morts, que Raffet déifie,
Passent, criant: Napoléon!
Le son du nocturne tambour,
Mais bien quelques vieux de la vieille
Qui célébraient le grand retour.
L'un a maigri, l'autre a grossi;
L'habit jadis fait à leur taille,
Est trop grand ou trop rétréci.
Saints haillons, qu'étoile une croix,
Dans leur ridicule héroïque
Plus beaux que des manteaux de rois!
Sur leur kolbach fauve et pelé;
Près des trous de balle, la mite
A rongé leur dolman criblé;
Fait mille plis sur leur fémur;
Leur sabre rouillé, lourde charge,
Creuse le sol et bat le mur;
Avec grand'peine boutonné,
Fait un poussah, dont on rit presque,
Du vieux héros tout chevronné.
Saluez plutôt chapeau bas
Ces Achilles d'une Iliade
Qu'Homère n'inventerait pas.
Sur leur front par vingt cieux bronzé,
La cicatrice continue
Le sillon que l'âge a creusé.
Dit l'Égypte aux soleils brûlants;
Et les neiges de la Russie
Poudrent encor leurs cheveux blancs.
Du froid de la Bérésina;
Et s'ils boitent, c'est que la route
Est longue du Caire à Wilna;
Les drapeaux étaient leurs seuls draps;
Et si leur manche ne va guère,
C'est qu'un boulet a pris leur bras.
Qu'en riant le gamin poursuit;
Ils furent le jour dont nous sommes
Le soir et peut-être la nuit.
Lancier rouge et grenadier bleu,
Au pied de la colonne, ils viennent
Comme à l'autel de leur seul dieu.
Reconnaissants des maux subis,
Ils sentent le cœur de la France
Battre sous leurs pauvres habits.
En voyant ce saint carnaval,
Cette mascarade d'empire,
Passer comme un matin de bal;
Dans le ciel qu'emplit son essor,
Du fond d'une gloire enflammée,
Étend sur eux ses ailes d'or!
TRISTESSE EN MER
Et les blancs coursiers de la mer,
Cabrés sur les vagues, secouent
Leurs crins échevelés dans l'air.
Éteint les fournaises du soir,
Et le steam-boat crachant la suie
Rabat son long panache noir.
Je vais au pays du charbon,
Du brouillard et du suicide;
—Pour se tuer le temps est bon.
Dans le gouffre amer qui blanchit;
Le vaisseau danse, l'eau tournoie,
Le vent de plus en plus fraîchit.
L'Océan gonfle, en soupirant,
Sa poitrine désespérée,
Comme un ami qui me comprend.
Espoirs lassés, illusions
Du socle idéal descendues,
Un saut dans les moites sillons!
Qui revenez toujours, pressant
Vos blessures cicatrisées
Pour leur faire pleurer du sang!
Regrets aux mortelles pâleurs
Dans un cœur rouge ayant sept glaives,
Comme la Mère des douleurs.
Quelques instants avec le flot
Qui sur lui ferme sa volute
Et l'engloutit dans un sanglot.
Trésors misérables et chers,
Sombrez, et dans votre naufrage
Je vais vous suivre au fond des mers!
Bercé par le flot qui bruit,
Sur l'humide oreiller du sable
Je dormirai bien cette nuit!
Sur le pont assise à l'écart,
Une femme jeune et charmante
Lève vers moi son long regard.
La Sympathie aux bras ouverts
Parle et sourit, sœur ou maîtresse.
Salut, yeux bleus! bonsoir, flots verts!
Et les blancs coursiers de la mer,
Cabrés sur les vagues, secouent
Leurs crins échevelés dans l'air.
A UNE ROBE ROSE
Qui te déshabille si bien,
Faisant jaillir ta gorge en globe,
Montrant tout nu ton bras païen!
Frais comme un cœur de rose-thé,
Son tissu, caresse vermeille,
Voltige autour de ta beauté.
Glissent des frissons argentés,
Et l'étoffe à la chair renvoie
Ses éclairs roses reflétés.
Qui semble faite de ta chair,
Trame vivante qui mélange
Avec ta peau son rose clair?
A la coquille de Vénus,
Au bouton de sein près d'éclore,
Que sont pris ces tons inconnus?
Dans les roses de ta pudeur?
Non; vingt fois modelée et peinte,
Ta forme connaît sa splendeur.
Réalité que l'art rêva,
Comme la princesse Borghèse
Tu poserais pour Canova.
De mes désirs inapaisés,
Mettant au corps dont tu les sèvres
Une tunique de baisers.
LE MONDE EST MÉCHANT
Avec son sourire moqueur
II dit qu'à ton côté palpite
Une montre en place de cœur.
Et s'abaisse comme la mer,
Aux bouillonnements de la séve
Circulant sous ta jeune chair.
Il dit que tes yeux vifs sont morts
Et se meuvent dans leur orbite
A temps égaux et par ressorts.
Tremble à tes cils, mouvant rideau,
Comme une perle de rosée
Qui n'est pas prise au verre d'eau.
Il dit que tu n'as pas d'esprit,
Et que les vers qu'on te récite
Sont pour toi comme du sanscrit.
Fleur s'ouvrant et se refermant,
Le rire, intelligente abeille,
Se pose à chaque trait charmant.
Et que tu hais tous ces gens-là.
Quitte-moi;—comme ils diront vite:
Quel cœur et quel esprit elle a!
INÈS DE LAS SIERRAS
A LA PETRA CAMARA
Trois officiers cherchant un soir
Une venta dans la campagne,
Ne trouvèrent qu'un vieux manoir;
Aux plafonds que le temps ploya,
Aux vitraux rayés par la griffe
Des chauves-souris de Goya,
Aux couloirs livrant leur secret,
Architectures effondrées
Où Piranèse se perdrait.
Une collection d'aïeux
Dans leurs cadres montant la garde,
Un cri répond aux chants joyeux;
Par la lune bizarrement
Entrecoupé de clairs et d'ombres,
Débusque un fantôme charmant;
Une femme accourt en dansant,
Dans les bandes noires et blanches
Apparaissant, disparaissant.
Cambrant les reins, penchant le cou,
Elle s'arrête sur la porte,
Sinistre et belle à rendre fou.
Au froid humide des tombeaux,
Fait luire, d'un rayon frappée,
Quelques paillons sur ses lambeaux;
A chaque soubresaut nerveux,
Sa rose, jaunie et fanée,
S'effeuille dans ses noirs cheveux.
A celle d'un coup de poignard,
Forme une couture vermeille
Sur sa gorge d'un ton blafard;
Au nez des soupeurs pleins d'effroi
Entre-choquent les castagnettes,
Comme des dents claquant de froid.
La cachucha sur un vieil air,
D'une grâce si provocante,
Qu'on la suivrait même en enfer.
Comme des ailes d'oiseau noir,
Et sa bouche arquée a des moues
A mettre un saint au désespoir.
Elle soulève le volant,
Sa jambe, sous le bas de soie,
Prend des lueurs de marbre blanc.
Et sa main, d'un geste coquet,
Comme on fait des fleurs d'un parterre.
Groupe les désirs en bouquet.
Un rêve, une réalité,
Qui scintille comme une flamme
Dans un tourbillon de beauté?
C'est l'Espagne du temps passé,
Aux frissons du tambour de basque
S'élançant de son lit glacé,
Dans un suprême boléro,
Montrant sous sa jupe argentée
La divisa prise au taureau.
C'est le coup de grâce donné
A la génération morte
Par chaque siècle nouveau-né.
Où Paris entier l'admira,
Lorsque dans son linceul de gaze
Parut la Petra Camara,
Fermant ses yeux morts de langueur,
Et comme Inès l'assassinée
Dansant, un poignard dans le cœur!
ODELETTE ANACRÉONTIQUE
Ne fais pas fuir par trop d'ardeur
Mon amour, colombe inquiète,
Au ciel rose de la pudeur.
S'effraye et part au moindre bruit;
Ma passion est chose ailée
Et s'envole quand on la suit.
Sous la charmille pose-toi;
Tu verras bientôt de son arbre
L'oiseau descendre sans effroi.
Avec des souffles de fraîcheur,
Une palpitation d'ailes
Dans un tourbillon de blancheur.
Sur ton épaule s'abattra,
Et son bec à pointe rosée
De ton baiser s'enivrera.
FUMÉE
Une chaumière au dos bossu;
Le toit penche, le mur s'effrite,
Le seuil de la porte est moussu.
Mais du taudis, comme au temps froid
La tiède haleine d'une bouche,
La respiration se voit.
Tournant son mince filet bleu,
De l'âme en ce bouge enfermée
Porte des nouvelles à Dieu.
APOLLONIE
Écho grec du sacré vallon,
Qui, dans sa robuste harmonie,
Te baptise sœur d'Apollon.
Ce nom splendide et souverain,
Beau comme l'amour et la gloire,
Prend des résonnances d'airain.
Au fond de leur lac allemand,
Et seule la Pythie à Delphes
Pourrait le porter dignement,
Elle s'assoit au trépied d'or,
Et dans sa pose fatidique
Attend le dieu qui tarde encor.
L'AVEUGLE
Hagard comme au jour un hibou,
Sur son flageolet, d'un air morne,
Tâtonne en se trompant de trou,
Qu'il fausse imperturbablement;
Son chien le conduit par la ville,
Spectre diurne à l'œil dormant.
Sombre, il entend le monde obscur
Et la vie invisible bruire
Comme un torrent derrière un mur!
Hantent cet opaque cerveau!
Et quels illisibles grimoires
L'idée écrit en ce caveau!
Un prisonnier à demi fou,
Pendant sa nuit qui s'éternise,
Grave des mots avec un clou.
Quand la mort souffle le flambeau,
L'âme habituée aux ténèbres
Y verra clair dans le tombeau!
LIED
Comme la jeunesse et l'amour;
Pucelle encore, à peine elle ose
Payer le Printemps de retour.
Et le cœur de désir troublé,
Avec l'Été tout brun de hâle
Elle se cache dans le blé.
Elle offre à l'Automne son sein,
Et, roulant sur la peau tigrée,
Fait jaillir le sang du raisin.
Par les frimas poudrée à blanc,
Dans ses rêves elle réveille
L'Hiver auprès d'elle ronflant.
FANTAISIES D'HIVER
I
Sur un pupitre de glaçons,
L'Hiver exécute son thème
Dans le quatuor des saisons.
Des airs vieillots et chevrotants;
Son pied glacé bat la mesure
Et la semelle en même temps;
Perdait sa farine en tremblant,
Il fait envoler de sa nuque
La neige qui la poudre à blanc.
II
Le cygne s'est pris en nageant,
Et les arbres, comme aux féeries,
Sont en filigrane d'argent.
Sous la charmille aux blancs réseaux;
Et sur la neige on voit se suivre
Les pas étoilés des oiseaux.
Vénus coudoyait Phocion,
L'Hiver a posé pour statue
La Frileuse de Clodion.
III
En martre, hermine et menu-vair,
Et les déesses, frileux marbres,
Ont pris aussi l'habit d'hiver.
Est en pelisse à capuchon;
Flore, que la brise malmène,
Plonge ses mains dans son manchon.
De Coysevox et de Coustou,
Trouvant leurs écharpes légères,
Ont des boas autour du cou.
IV
Le Nord pose ses manteaux lourds,
Comme sur une Athénienne
Un Scythe étendrait sa peau d'ours.
Dont Palmyre habille l'Hiver,
Le faste russe des fourrures
Que parfume le vétyver.
Quand, au milieu des Amours nus,
Des poils roux d'une bête fauve
Sort le torse blanc de Vénus.
V
Défiant les regards jaloux,
Si vous sortez par cette neige,
Redoutez vos pieds andalous;
L'empreinte de ce pied mignon
Qui, sur le tapis blanc qu'il foule,
Signe, à chaque pas, votre nom.
Peut parvenir au nid caché
Où, de froid la joue encor rose,
A l'Amour s'enlace Psyché.