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En Sicile et en Calabre cover

En Sicile et en Calabre

Chapter 12: XI
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About This Book

A series of day-by-day travel impressions through Sicily and Calabria mixing landscape and architectural description with social observation. The narrator journeys along coastal and inland routes, assessing cities, ancient monuments, and local customs; Palermo is found less majestic than expected while Monreale’s cloister draws detailed attention. Citrus orchards, dusty villages, cube-like dwellings, crowded markets, and persistent guides and porters recur as motifs. Episodes range from petty misadventures and blunt critiques of inns to quieter reflections on how memory and expectation shape the experience of travel, yielding practical notes, aesthetic appreciation, and cultural commentary.

 

De Nicastro à Castrovillari, par Cosenza, la route d’abord montagneuse, déserte et boisée, emprunte ensuite la profonde vallée du Crati. Elle devient du reste fort mauvaise. Dans la montagne, durant des kilomètres, nous ne rencontrons âme qui vive, hors un homme armé d’un fusil de chasse et suivi de son chien. Le chien se jette sous l’auto, et malgré les efforts du conducteur, se fait écraser. L’homme, furieux, brandit son arme, nous couche en joue, mais ne tire pas.

Après avoir tenté de déjeuner à Rogliano, où nous reculons devant l’horreur de la Trattoria, tapie au fond d’une ruelle qui ressemble à un égout, nous gagnons une petite ville plus importante dont je veux oublier le nom. A l’octroi, nous nous enquérons de la meilleure auberge ou du meilleur restaurant. A l’unanimité, avec des gestes de ravissement et des claquements de langue, les gabelous nous en indiquent un où nous trouverons, paraît-il, le déjeuner le plus succulent que nous puissions espérer à dix lieues à la ronde. Nous découvrons enfin ce lieu de délices qui se cache sous une voûte sombre. J’y pénètre en fourrier et n’y rencontre qu’un essaim de mouches. Je pousse une première, puis une deuxième porte qui s’ouvrent sur des couloirs de plus en plus malodorants et de plus en plus ténébreux ; enfin, devant la troisième, qui paraît être celle de la cuisine, car un grand feu rougeoie dans l’ombre, j’entrevois un gros homme accroupi qui se dresse avec calme sur ses courtes pattes, répare sans se hâter le désordre de sa toilette, et me demande tranquillement ce que je désire pour mon déjeuner. Je me retire en balbutiant, je rapporte euphémiquement l’aventure et nous décidons d’acheter n’importe quoi pour déjeuner n’importe où, en plein air, dans la montagne.