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En Sicile et en Calabre cover

En Sicile et en Calabre

Chapter 5: IV
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About This Book

A series of day-by-day travel impressions through Sicily and Calabria mixing landscape and architectural description with social observation. The narrator journeys along coastal and inland routes, assessing cities, ancient monuments, and local customs; Palermo is found less majestic than expected while Monreale’s cloister draws detailed attention. Citrus orchards, dusty villages, cube-like dwellings, crowded markets, and persistent guides and porters recur as motifs. Episodes range from petty misadventures and blunt critiques of inns to quieter reflections on how memory and expectation shape the experience of travel, yielding practical notes, aesthetic appreciation, and cultural commentary.

 

De Sélinonte, en passant par Sciacca, nous allons à Girgenti, où nous arrivons dans l’après-midi ; Girgenti, l’Agrigente des Romains, la ville de Phalaris et d’Empédocle, est, comme on sait, la grande cité des temples. Elle en compte sept ou huit, dont quatre en assez bon état. Ils sont plus ou moins alignés sur le même plateau nu et désert, à quelque distance de la ville actuelle ; et quand on vient de voir le magnifique solitaire de Ségeste et les fantastiques débris de Sélinonte, la première impression n’est guère satisfaisante. Il y en a trop. Ils n’ont pas l’air sérieux. Ils semblent figurer dans une exposition universelle. On dirait qu’on les a brutalement arrachées à leur milieu, à leur atmosphère millénaire, au profit d’une exhibition mercantile et temporaire. Puis, à les voir en si grand nombre, on remarque que trop exactement ils se ressemblent tous ; et la remarque prend une force plus fâcheuse quand aux monuments de Girgenti on ajoute leurs trois répliques de Paestum. Ils sont très beaux mais paraissent interchangeables comme on dit aujourd’hui en mécanique. Ils ont l’air d’être fabriqués en séries sur un invariable gabarit. Leur architecture est évidemment le suprême triomphe de la logique, de la simplicité, de l’équilibre, mais à se répéter sans cesse, dans tout le monde grec, ce triomphe finit par devenir un peu monotone et par révéler une certaine indigence. Et quand, cet art très pur parce qu’il n’ose rien, parce qu’il se contente de quelques lignes qu’il retrace à satiété, on le compare à l’incroyable, à la folle hardiesse, à l’inépuisable diversité de notre moyen âge, où pas une cathédrale ne se permet de ressembler à une autre, on se demande si cette malheureuse architecture gothique, si décriée à cause de ses voûtes mal équilibrées, de ses arcs-boutants et de ses contreforts qui réparent de leur mieux les généreuses erreurs d’une imagination ardente, n’a pas été trop injustement sacrifiée sur l’autel sec et nu du sanctuaire païen.