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En Sicile et en Calabre cover

En Sicile et en Calabre

Chapter 9: VIII
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About This Book

A series of day-by-day travel impressions through Sicily and Calabria mixing landscape and architectural description with social observation. The narrator journeys along coastal and inland routes, assessing cities, ancient monuments, and local customs; Palermo is found less majestic than expected while Monreale’s cloister draws detailed attention. Citrus orchards, dusty villages, cube-like dwellings, crowded markets, and persistent guides and porters recur as motifs. Episodes range from petty misadventures and blunt critiques of inns to quieter reflections on how memory and expectation shape the experience of travel, yielding practical notes, aesthetic appreciation, and cultural commentary.

 

Nous avons maintenant fait le tour de la Sicile, la côte nord, de Messine à Palerme exceptée, qui de l’aveu de tous n’offre aucun intérêt. Nous l’avons, en outre, de Palerme à Sélinonte et Sciacca, traversée dans sa largeur et fait à l’intérieur, de Terranova, par Chiaramonte et Palazzolo, vers Syracuse, de nombreux crochets : il est donc probable, à moins que son centre ne recèle des merveilles dont ne parle aucun guide, que nous en avons une idée suffisante.

« Sicelides Musae ! » O Muses de Sicile ! idylles de Théocrite et rêves de Virgile, antres, forêts opaques, pâtres au front bouclé, sources claires, chèvres, brebis, pipeaux et bords mallarméens de calmes marécages, où êtes-vous ? L’île est à peu près nue, aride et déboisée. On roule durant des heures, par des chemins affreux, sans apercevoir une maison, un coin d’ombre, un ruisseau, un troupeau ou un arbre. La terre ondulée déroule monotonement ses mauvaises herbes printanières que l’été va bientôt calciner, ses champs de féverolles, de trèfle incarnat et de topinambours, que coupent çà et là quelques buissons de cactus ou d’agaves. Dès que la plaine s’élève de deux ou trois cents mètres au-dessus du niveau de la mer, surgit l’âpre rocher sans une touffe d’herbe, ou le morne désert de pierrailles. Hormis les alentours des grandes villes où sont les beaux vergers de citronniers et quelques jardins agréables, pas un bois, pas un boqueteau, pas une maison de campagne. Peu d’eau et de l’eau sans gentillesse ; sur tout notre parcours, je n’ai pas vu sourdre une source, sourire un petit lac ; je n’ai pas entendu murmurer un torrent, pleurer une cascade. Seuls, quelques maigres ruisseaux rampent péniblement dans les bas-fonds dénudés.

Les routes sont presque impraticables. Quand elles ne sont pas tout fondrières, elles ressemblent aux routes de France qu’on vient de recharger et qui attendent le rouleau compresseur. En moins de huit jours, elles dévorent un train de pneus. A intervalles réguliers, des deux côtés de ces chemins sans ombre, se rangent de longs villages ou de plus longues petites villes, identiquement sordides, où vient s’entasser, vers le soir, dans les masures que j’ai déjà décrites, de dix kilomètres à la ronde, toute la population rurale. Elle vit là, non point dans la tristesse ou la misère, car la misère est plus apparente que réelle, et, pour qui veut travailler, les salaires sont assez élevés, mais dans la saleté et l’ignorance satisfaites, l’incurie bruyante et la paresse volubile.