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Énigmes et découvertes bibliographiques

Chapter 42: VARIA.
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About This Book

Recueil d'essais et de notes bibliographiques consacrés à des énigmes de provenance, d'attribution et de lecture des textes anciens, ainsi qu'à des découvertes faites dans les bibliothèques et chez des collectionneurs. L'auteur enquête sur charades et cryptogrammes manuscrits, discute d'attributions contestées, relate ventes, transformations de goûts de bibliophiles et propose interprétations textuelles et locales pour résoudre des problèmes de paternité d'œuvres. Les articles mêlent analyses philologiques, hypothèses déductives et anecdotes sur reliures, manuscrits et catalogues, en présentant méthodes pratiques et réflexions sur la passion de collectionner les livres.

LES
DÉLICES DE VERBOQUET.


Le recueil de Verboquet, que les bibliographes classent parmi les facéties, est un des ouvrages de cette catégorie les plus rares et les plus recherchés par les bibliophiles. On le voit figurer aujourd’hui dans les bonnes collections d’amateurs, mais il manquait dans la plupart des célèbres bibliothèques du dix-huitième siècle; il était alors presque inconnu, sinon dédaigné, et les exemplaires qui avaient pu rester intacts entre les mains du peuple, pour lequel le livre avait été compilé et imprimé, échappaient encore à la curiosité des bibliophiles.

Ce livre a eu pourtant un grand nombre d’éditions, depuis celles de 1623, qui paraissent être les premières. Voici la liste des éditions que nous trouvons citées dans les catalogues et qui ne sont pas toutes mentionnées dans le Manuel du libraire:

Les Délices de Verboquet le Généreux. Imprimé en 1623, in-12. Catal. de Dufay et de comte d’Hoym. Il y a des exemplaires qui portent: Se vend au logis de l’auteur.

Les Délices joyeux et récréatifs, par Verboquet le Généreux, livre très-utile et nécessaire pour réjouir les esprits mélancoliques. Rouen, Besoigne, 1625, in-12 de 258 pages et la table.

Les Délices joyeux et récréatifs, avec quelques apophthegmes, nouvellement traduits d’espagnol en françois, par Verboquet le Généreux. Rouen, Jacques Besongne, 1626, in-12.

Les Délices ou Discours joyeux, récréatifs, avec les plus belles rencontres et les propos tenus par tous les bons cabarets de France, par Verboquet le Généreux. Paris, de l’imprimerie de Jean Martin et de Jean de Bordeaux, 1630, 2 tom. en 1 vol. in-12.

La seconde partie est intitulée: Les Subtiles et Facétieuses Rencontres de I.-B., disciple du généreux Verboquet, par luy pratiquées pendant son voyage, tant par mer que par terre. Paris, 1630. Cette seconde partie a été depuis réimprimée avec la première, quoiqu’elle ne soit probablement pas du même auteur.

Les Délices ou Discours Joyeux, etc. Lyon, Pierre Bailly, 1640, 2 part. en 1 vol. in-12 de 258 pages et la table, et de 71 pages. Il y a des exemplaires, sous la même date, avec le nom de Nicolas Gay.

—Les mêmes. Troyes, Nicolas Oudot, 1672, in-12.

—Les mêmes. Troyes, veuve Oudot et J. Oudot fils, sans date, pet. in-8.

Nous serions fort embarrassé de deviner quel est ce Verboquet le Généreux, qui contait si bien dans les bons cabarets de France et qui devait résider à Rouen, puisque son livre fut imprimé d’abord dans cette ville et qu’il se vendait chez l’auteur. Mais, après avoir lu ce petit livre pour la première fois, nous avons été beaucoup moins curieux de découvrir le véritable nom du compilateur qui s’était caché sous le pseudonyme de Verboquet. Il faut bien le dire, quoiqu’on trouve au verso du titre un quatrain de l’Autheur à son livre, cet auteur, quel qu’il soit, n’a eu que la peine de s’approprier les contes les plus gras et les plus gaillards, qu’il a choisis dans les conteurs du seizième siècle et surtout dans Bonaventure des Periers.

Aucun bibliographe ne s’était encore avisé de faire cette belle découverte, et les bibliophiles ne songeaient guère à chercher les meilleures histoires de Verboquet dans les Nouvelles Récréations et joyeux devis de Bonaventure des Periers. Faut-il supposer que Jacques Pelletier, à qui on attribue une partie de ces joyeux devis, ait lui-même repris son bien et formé un recueil des contes qui lui appartenaient? Dans cette hypothèse, le manuscrit de Jacques Pelletier aurait été imprimé, longtemps après sa mort, par un ami de la joie, par un comédien, un bateleur de campagne, qui ne soupçonnait pas l’origine des contes qu’il publiait sous le nom de Verboquet. Ce nom de Verboquet rappelle assez le pseudonyme de Philippe d’Alcripe, sieur de Neri en Verbos, l’auteur déguisé de la Nouvelle Fabrique des excellents traits de vérité.

Nous n’avons pas l’intention de remonter à la source de tous les contes plaisants que contiennent les Délices de Verboquet; mais, pour prouver que nous n’accusons pas à la légère le plagiaire effronté de Bonaventure des Periers, nous indiquerons quelques-un des contes que Verboquet le Généreux a copiés le plus fidèlement du monde.

D’un mary de Picardie, qui retira sa femme de l’amour par une remonstrance qu’il luy fit. Voy. les Nouv. Récréat. et joyeux devis, édit. de La Monnoye, 1735, in-12, t. I, p. 93.

De la vefve qui avoit une requeste à présenter et la bailla au conseiller laïc à la présenter. Voy. tom. II, p. 86.

D’une jeune fille qui ne vouloit point un mary, parce qu’il avoit mangé la dot de sa femme. Voy. II, p. 89.

De l’invention d’un mary pour se venger de sa femme. Voy. t. III, p. 109.

Du basse-contre de S. Hilaire de Poictiers, qui accompara les chanoines à leurs potages. Voy. t. I, p. 47.

De l’enfant de Paris, nouvellement marié, et de Beaufort qui trouve moyen de jouir de sa femme, nonobstant sa soigneuse garde. Voy. t. I, p. 185.

De Madame la Fourrière qui logea le gentilhomme au large. Voy. t. II, p. 1.

Il est probable, cependant, que plusieurs des contes de Verboquet sont de son cru, et nous lui laisserons volontiers pour sa part les plus libres et les plus grossiers. Il est permis aussi de supposer que, s’il les débitait en public du haut de ses tréteaux, il les assaisonnait à sa manière, en y ajoutant des grimaces et des gestes capables d’en relever encore le haut goût.

Quant aux Subtiles et facétieuses Rencontres de J. B., disciple du généreux Verboquet, qui ont été pendant longtemps inséparables des Délices, il faudrait en faire honneur à un autre auteur ou compilateur, qui a rassemblé, sous ce titre, des anecdotes et des bons mots plus ou moins innocents. C’était une brochure qu’on vendait dans les foires et les marchés, pour quelques sous, et cette brochure a été cent fois plus répandue que le volume des Délices. On la réimprima sans cesse jusqu’en 1715. A cette époque, un censeur, qui se nomme Passart dans ses approbations, mais qui n’est autre que l’abbé Cherrier, l’auteur du Polissonniana, avait été désigné par le lieutenant de police pour examiner les livres populaires qui sortaient des presses de Paris, de Troyes, de Rouen et de Lyon. Le censeur supprima ce qu’il avait «trouvé de mauvais» dans ce recueil, et motiva ainsi une Approbation du chancelier, en date du 28 octobre 1715. Depuis lors, toutes les réimpressions qui furent faites à Troyes ont reproduit le texte épuré par ordre du ministre de la justice.

M. Charles Nisard n’a pas oublié Verboquet, dans sa curieuse Histoire des livres populaires, ou De la littérature du colportage (Paris, Amyot, 1854, in-8, t. I, p. 280-81); mais il a été bien sévère et même bien cruel pour le Disciple de ce généreux Verboquet: «On ne sait pas, dit-il, quel était ce Verboquet; on suppose qu’un comédien de province se cachait sous ce pseudonyme, pensant qu’on irait bien l’y découvrir, comme on découvre, au parfum qu’elle exhale, la violette cachée dans les herbes. Malheureusement, rien n’est plus inodore, rien n’est plus incolore que ces facétieuses rencontres; rien n’est moins salé, plus plat ni plus niais. C’est à faire dormir debout. Il est vraiment inconcevable que ce recueil ait eu de la célébrité.» M. Charles Nisard ne parle, bien entendu, que du Disciple; quant au maître, à Verboquet, dont les Délices n’avaient pas été réimprimés depuis deux siècles, il n’a pas eu à s’en occuper dans son ouvrage sur les livres modernes du colportage; mais s’il eût ouvert le petit volume du généreux conteur, il y aurait reconnu çà et là la touche fine et spirituelle et le style gaulois de Bonaventure des Periers.


L’ABUS
DES
NUDITEZ DE GORGE.


En tête de la première édition de ce curieux traité, l’Imprimeur le présente, dans l’Avis au lecteur, comme «l’effet du zèle et de la piété d’un gentilhomme françois, qui, passant par la Flandre, et voyant que la plupart des femmes y ont la gorge et les épaules nues et approchent en cet estat du tribunal de la Pénitence et même de la sainte Table,» fut tellement scandalisé, qu’il promit d’envoyer dans ce pays, à son retour en France, un écrit où il ferait voir l’abus et le déréglement de cette coutume. Or, l’imprimeur de la première édition: De l’Abus des nuditez de gorge (Bruxelles, 1675, in-12), est François Foppens, qui avait alors des relations fréquentes avec les écrivains français, et qui se chargeait de publier les ouvrages qu’ils n’eussent pas osé faire circuler d’abord en France. La Belgique fut, pendant le dix-septième siècle, une sorte de terrain neutre de la littérature et de la librairie françaises.

Il est donc certain que l’auteur de ce petit livre était un Français, sinon un gentilhomme. Ce n’est pas à dire que ce fut Jacques Boileau, docteur en Sorbonne, grand vicaire et official de l’église de Sens, frère puîné du grand satirique Boileau-Despréaux. Jacques Boileau, qui a publié une Histoire des Flagellants, une Histoire de la Confession auriculaire, un Traité des Attouchements impudiques, choisissait de préférence les sujets scabreux et difficiles; mais, ordinairement, il écrivait en latin, quoiqu’il fût très-capable d’écrire en fort bon français. On lui demanda, un jour, pourquoi cette persistance à user de la langue latine: «C’est, répondit-il, de peur que les évêques ne me lisent: ils me persécuteraient.» Ainsi, rien ne prouve que Jacques Boileau soit réellement l’auteur de l’Abus des nuditez de gorge, traité écrit en excellent français, mais dont nous ne connaissons pas de texte latin, manuscrit ou imprimé.

On a essayé de chercher un autre auteur à qui pouvoir attribuer ce petit ouvrage, réimprimé à Paris en 1677 (jouxte la copie imprimée à Bruxelles, à Paris, chez J. de Laize de Bresche, in-12), et augmentée, dans cette édition, de l’Ordonnance de MM. les Vicaires généraux de l’archevesché de Toulouse, le siége vacquant, contre la nudité des bras, des épaules et de la gorge, et l’indécence des habits des femmes et des filles, en date du 13 mars 1670. On a cru découvrir, sous ce pseudonyme d’un gentilhomme français, un ecclésiastique moins connu que l’abbé Boileau, le sieur de Neuilly, curé de Beauvais, que l’histoire littéraire ne mentionne nulle part. Enfin, M. le marquis du Roure a remarqué, dans un exemplaire de l’ouvrage en question, ce nom signé à la main au-dessous du titre: de la Bellenguerais. «Si l’auteur n’est point l’abbé Boileau, dit-il dans son Analectabiblion, ne serait-ce pas ce gentilhomme? Sub judice lis est.» Le savant Barbier, dans son Dictionnaire des anonymes, s’en est tenu à Jacques Boileau: tenons-nous-y à son exemple, jusqu’à plus ample informé.

Constatons seulement qu’au moment même où le traité de l’Abus des nuditez de gorge paraissait à Bruxelles, un moraliste, de la même espèce, qui s’est caché sous le pseudonyme de Timothée Philalèthe, faisait paraître à Liége, chez Guillaume-Henri Stréel, un opuscule théologique de la même famille, intitulé: Traité singulier de la modestie des habits des filles et femmes chrestiennes (1675, in-12).

Le traité de l’Abus des nuditez de gorge, dont il existe une troisième édition, imprimée à Paris en 1680, fut composé par un homme qui savait écrire, qui vivait au milieu du grand monde, et qui aborde en face, avec une délicatesse presque galante, le sujet épineux qu’il a choisi entre tous. Cet anonyme, assez peu austère, malgré les semblants de rigorisme qu’il se donne, avait à cœur, on le voit, de se faire lire par les dames. Il reproduit sans doute la plupart des admonitions religieuses que Pierre Juvernay avait adressées aux pécheresses de la mode, trente ans auparavant, dans un fameux Discours particulier contre les femmes desbraillées de ce temps, mais il s’exprime toujours avec convenance et politesse; quelquefois on croit entendre Tartufe disant à Dorine:

Ah! mon Dieu, je vous prie,
Avant que de parler, prenez-moi ce mouchoir!
..... Couvrez ce sein que je ne saurois voir.
Par de pareils objets les âmes sont blessées,
Et cela fait venir de coupables pensées.

La comédie de Molière fut publiée à Paris, à la fin de 1673, une année avant la publication de l’Abus des nuditez de gorge. Il faut reconnaître qu’à cette époque, comme du temps de Pierre Juvernay, la mode n’autorisait que trop les plaintes et les reproches des moralistes, en France aussi bien qu’en Belgique: les femmes étaient toujours aussi débraillées que Pierre Juvernay les avait vues, en se signant, comme s’il eût vu le diable. C’était seulement à la cour et dans les assemblées de la belle aristocratie, que l’immodestie des habits avait de quoi blesser les regards innocents et scandaliser les consciences timides; mais les ecclésiastiques mondains, les prélats illustres, les abbés musqués, qui fréquentaient cette société élégante et polie, ne prenaient pas garde à ces audacieuses nudités, que le peuple laissait avec mépris aux grandes dames, et qu’il poursuivait parfois de ses huées chez les bourgeoises. Le savant Thomas Dempterus, passant, un jour, dans les rues de Paris, avec sa femme «qui montroit à nu la plus belle gorge et les plus blanches épaules du monde,» se vit entouré par la populace, qui les insulta en leur jetant de la boue, et qui leur aurait fait un mauvais parti, s’ils ne se fussent réfugiés dans une maison. Bayle, après avoir raconté le fait, ajoute: «Une beauté ainsi étalée, dans un pays où cela n’étoit point en pratique, attiroit cette multitude de badauds.»

Le peuple, il est vrai, était moins scrupuleux dans les Pays-Bas, où les bourgeoises, et même les femmes du commun, découvraient leur gorge, sans être exposées à faire émeute sur leur passage. On peut supposer que le petit livre du Gentilhomme français n’eut aucune action comminatoire sur la mode des nudités de gorge, mode des plus anciennes, qui pourra bien durer jusqu’à la fin du monde.


LES DEUX MUSES
DU
SIEUR DE SUBLIGNY.


M. le comte de Laborde, dans l’inappréciable recueil qu’il a simplement intitulé Notes, et qui n’a été imprimé qu’à un très-petit nombre d’exemplaires, pour faire suite à son bel ouvrage du Palais Mazarin (Paris, A. Franck, 1846, gr. in-8), s’est occupé le premier des gazettes en vers du dix-septième siècle, depuis celle de Loret jusqu’à celle de Subligny; personne, avant lui, pas même le savant auteur du Manuel du libraire, n’avait traité ce curieux sujet. Mais, comme il n’a pas connu la Muse de la cour de Subligny, et qu’il n’a pas eu entre les mains un exemplaire complet du même poëte gazetier, je vais essayer de remplir une lacune qui existe dans son beau travail bibliographique.

Il faudrait, ce me semble, distinguer les gazettes en vers, par leurs différents formats; ce fut Loret qui adopta d’abord le format in-folio pour les lettres en vers hebdomadaires de sa Muse historique. Ses continuateurs, Robinet, Mayolas, etc., restèrent fidèles au même format. Scarron inaugura le format in-4o, en publiant, simultanément avec Loret, les Épîtres en vers burlesques, qui furent continuées par d’autres rimeurs, sous les titres de: Muse héroï-comique et de Muse royale. Plus tard, après un silence de quelques années, Subligny voulut reprendre la publication des gazettes en vers dans le format in-4o, sous le titre de Muse de la cour; mais il attribuait sans doute à son format le peu de succès qu’il avait obtenu, car il essaya de populariser sa Muse dauphine dans le format in-12. Les gazettes en vers n’étaient faites que pour l’aristocratie et ne pouvaient prétendre à une vogue populaire; aussi, le format in-12 fut-il le tombeau de ces gazettes, qui étaient nées in-folio, qui avaient vécu in-4o, et qui mouraient in-12.

On ne sait rien de Subligny, si ce n’est qu’il avait été avocat au Parlement et qu’il était devenu comédien. On ignore même quel est le théâtre où il avait paru. Il resta l’ami de Molière, qui lui joua deux ou trois pièces sur le théâtre du Palais-Royal, entre autres la Folle Querelle, comédie satirique contre Racine et son Andromaque. Racine, vivement blessé des épigrammes qu’on lui avait décochées dans cette comédie, s’obstina toujours à croire que Subligny n’était que le prête-nom de Molière. Au reste, comme l’auteur de la Folle Querelle signait ses ouvrages: T. P. de Subligny, on peut supposer que ce nom de Subligny était un sobriquet de comédie.

Mais nous n’avons pas à nous occuper des ouvrages de Subligny: ni de son recueil d’histoires françaises galantes et comiques, réunies sous le titre de la Fausse Clélie, dont la première édition, de 1672, est introuvable; ni de sa traduction des Lettres portugaises, qu’il avait accommodées, d’après les originaux de Mariane Alcaforada, à la prière du sieur de Guilleragues; ni du roman des Aventures ou Mémoires de la vie de Henriette-Sylvie de Molière, que son amie la comtesse de la Suze se laissait volontiers attribuer. Il ne s’agit ici que de Subligny gazetier en vers, ou plutôt de ses deux gazettes qui parurent périodiquement, à Paris, depuis le 15 novembre 1665 jusqu’au 5 avril 1667.

De Subligny s’appliqua d’abord, en 1665, à calquer la Muse historique de Loret, pour le genre, et la Muse burlesque de Scarron, pour le format, en publiant la Muse de la cour, gazette en vers libres, qui paraissait toutes les semaines par cahiers de huit pages. Chacun des premiers cahiers se termine par un extrait du privilége du roi accordé à Alexandre Lesselin, imprimeur-libraire, demeurant à Paris, au coin de la rue Dauphine, devant le Pont-Neuf, pour réimprimer, vendre et débiter, par tous les lieux du royaume, les Épistres en vers sur toute sorte de sujets nouveaux, tant en feuilles volantes que recueil, sous le titre de Muse de la cour. L’auteur des Épîtres n’est pas nommé dans le privilége.

Il ne parut que neuf cahiers in-4, formant ensemble 92 pages, sans titre général, du 15 novembre 1665 au 25 janvier 1666. Cette partie de l’ouvrage de Subligny doit être fort rare; nous ne l’avons trouvée dans aucun catalogue. La première semaine est dédiée aux Courtisans; la seconde, à monseigneur le Dauphin; la troisième, au duc de Valois; la quatrième, à Mademoiselle; la cinquième, au duc d’Orléans; la sixième, à monseigneur le Prince; la septième, à monseigneur le Duc; la huitième, à mademoiselle Boreel, fille de l’ambassadeur de Hollande; la neuvième, à madame de Bartillat; la dixième, au cardinal Orsini, et la onzième «à monseigneur de La Mothe-Houdancourt, archevêque d’Auch, commandeur des ordres du Roy et grand aumônier de feu la Reyne mère, contenant ce qui s’est passé à la mort de cette grande reyne.» De Subligny, comme on le voit, cherchait un Mécène; il le trouva, dans l’intervalle du 25 janvier au 17 mai 1666, car il obtint la permission de dédier ses feuilles hebdomadaires au Dauphin, qui n’avait pas encore cinq ans!

L’imprimeur-libraire Alexandre Lesselin fit renouveler son privilége, en date du 14 avril 1666, pour établir qu’il aurait le droit de publier la Muse de cour, dédiée à monseigneur le Dauphin; mais l’auteur ne fut pas encore nommé dans ce privilége. Ce fut seulement à partir de la quatrième semaine, qu’il signa de son nom toutes les feuilles de sa gazette en vers. Le premier numéro, daté du 27 mai 1666, n’est qu’une dédicace au Dauphin; le dernier de la publication in-4, daté du 24 décembre 1666, complète un volume de 252 pages, auquel le libraire ajouta plus tard ce titre: La Muse de cour, dédiée à monseigneur le Dauphin, par le sieur D. S. (Paris, Al. Lesselin, 1666, in-4). Ce volume doit être d’une grande rareté, car nous ne l’avons vu cité nulle part.

De Subligny n’était pas satisfait de son libraire, avec lequel il n’avait traité que pour les feuilles volantes de l’année 1666: dès le mois d’octobre de cette année, il se mettait en mesure de confier sa publication à un nouveau libraire et de faire réimprimer, dans un autre format et avec son nom, le recueil des numéros parus et à paraître, du 27 mai au 24 décembre 1666. Dans ce privilége nouveau, qui lui fut accordé en son nom seul, à la date du 11 octobre, il est dit que: «Nostre cher et bien amé le sieur de Subligny nous a fait remonstrer qu’il a composé certaines Lettres en vers libres, adressées à nostre très-cher et très-amé fils le Dauphin, desquelles il est sollicité de faire un recueil, pour les donner ensemble au public sous le titre de la Muse dauphine, nous suppliant de luy accorder nos lettres sur ce nécessaires: A ces causes, désirant traiter favorablement ledit exposant, sur la relation qui nous a esté faite de son mérite et de sa capacité, et afin qu’il soit responsable des choses qu’il mettra dans lesdites Lettres en vers, nous luy avons permis, etc.» En vertu de ce privilége du roi, qui supprimait le précédent accordé à l’imprimeur-libraire Alexandre Lesselin, de Subligny transporta son droit à Claude Barbin, marchand libraire, «pour en jouir, suivant l’accord fait entre eux.»

Au moment même où Alexandre Lesselin réunissait en recueil, avec titre général, les 31 numéros publiés par lui jusqu’au 24 décembre, Claude Barbin les faisait réimprimer sous ce titre: Muse dauphine, adressée à monseigneur le Dauphin, par le sieur de Subligny (Paris, chez Cl. Barbin, au Palais, sur le second perron de la Sainte-Chapelle, 1667, in-12, de 6 feuillets préliminaires pour le titre, la dédicace à mademoiselle de Toussi, l’avis du libraire et l’errata, et de 206 pages; plus, le privilége et deux feuillets). Dans cette seconde édition, l’auteur avait fait un petit nombre de changements à son ouvrage, en corrigeant quelques vers et en supprimant çà et là différentes nouvelles qu’on peut supposer avoir déplu, outre plusieurs passages relatifs au mode de publication par cahiers, qui étaient distribués tous les jeudis sous une couverture plus ou moins luxueuse. Un de ces passages supprimés nous apprend, par exemple, que la Muse de la cour, du jeudi 19 août, avait dû paraître habillée en broderie, c’est-à-dire couverte sans doute d’un papier doré à fleurs et à ramages. Voici des vers qu’on ne trouve que dans l’in-4, à la fin du numéro de la douzième semaine:

Vous ne me dites pas que vous venez icy,
Exprès pour m’oster le soucy
De m’habiller en broderie
Et pour vous en railler après.
Mais, mon petit Finet, je découvre vos traits,
Et pour jeudy prochain je seray mieux vestuë
Que vous m’ayez encore vuë.

Quant aux nouvelles qui ont été retranchées dans la réimpression in-12, elles sont peu nombreuses et peu importantes; on en jugera par celle-ci, qui terminait, avec deux autres également supprimées, le cahier du jeudi 9 septembre:

Le Roy de Portugal n’est pas plus à son aise;
Sa cour le voit le plus souvent
Escouter d’où viendra le vent,
En attendant toujours sa Reyne portugaise.
Ah! qu’il est fascheux tout à fait,
Pour un Roy, de la tant attendre!
Encore pour un Roy si tendre,
Qui sans doute a veu son portrait!

Une suppression plus considérable et plus compréhensible, c’est celle d’un supplément au cahier du 30 septembre, intitulé: Suite burlesque de la Muse de la Cour, du lendemain du jeudy 30 septembre 1666 de la XIXe semaine, à monseigneur le Dauphin, contenant des particularitez du grand embrasement de la ville de Londres. Ce supplément ne formait que quatre pages, imprimées à deux colonnes et chiffrées 153-156. C’était, en quelque sorte, une imitation des extraordinaires de la Gazette et du Mercure galant. On pourrait presque supposer que de Subligny n’était pas l’auteur de cette Suite burlesque et qu’il en désapprouva fort l’invasion dans sa Muse de la cour; de là sans doute sa brouille avec Alexandre Lesselin, qui se permettait de lui donner un collaborateur, à son insu et malgré lui: c’est, en effet, dans les premiers jours du mois d’octobre, que de Subligny sollicita un privilége du roi en son propre nom et le céda, après l’avoir obtenu, au libraire Claude Barbin.

La réimpression in-12 ne contient rien de nouveau, à l’exception de la dédicace à mademoiselle de Toussi, fille de la maréchale de la Mothe-Houdancourt, née Louise de Prie, qui était gouvernante du Dauphin et qui avait pris sous sa protection la Muse de la cour. Cette dédicace, signée T. P. de Subligny, ne nous dit rien sur l’auteur, ni sur sa gazette en vers: c’est un entassement d’éloges hyperboliques à l’adresse de madame la Gouvernante et de sa fille. Dans l’Avis au lecteur, le libraire, ou plutôt l’auteur, sous le nom de son libraire, apprend au public que la Muse de la cour avait fait du chemin dans le monde, et que le roi la considérait assez, «pour lui donner une audience favorable toutes les semaines,» et que, si elle avait dû changer de nom, «tel a esté le plaisir du Roy.» Le libraire annonçait, en outre, que ce petit recueil, destiné à la ville de Paris, comme l’édition in-4o l’avait été au Louvre, pourrait être augmenté, tous les jeudis, de deux feuilles, qui seraient vendues ensemble et séparément, «tant pour la commodité de ceux qui veulent porter ces ouvrages, que pour les envoyer avec plus de facilité dans les païs estrangers.» Chaque année formerait ainsi un volume: «Je ne doute pas que ce nouveau Mercure ne soit bien reçu.» Le Mercure galant n’ayant commencé à paraître qu’en 1672, il ne peut être question ici que des périodiques publiés en Hollande sous le titre de Mercure.

Claude Barbin ne tint pas sa promesse, ou, du moins, il renonça, dès que le volume fut mis en vente, à la continuation hebdomadaire qu’il annonçait. C’est un autre libraire, Pierre Lemonnier, imprimeur, comme l’était le premier éditeur, que de Subligny chargea de faire paraître, tous les jeudis, un cahier de la Muse dauphine, composé de douze pages pet. in-12, à partir du jeudi 3 février 1667. Cette publication n’alla pas au-delà de la neuvième semaine, c’est-à-dire du jeudi 7 avril, et ces neuf cahiers, comprenant seulement 120 pages, furent mis en vente avec ce titre: La Muse dauphine, par le sieur de Subligny (Paris, chez Pierre Lemonnier, rue des Mathurins, au Feu divin, 1667). Cette suite, bientôt interrompue, de la Muse dauphine, est tellement rare, qu’on pourrait supposer que l’auteur lui-même l’a fait disparaître. Il suffit de parcourir les neuf cahiers de 1667, pour s’expliquer les motifs qui ont motivé le retrait du privilége accordé à de Subligny. Ce poëte-comédien, privé de toute espèce de sens moral, ne se faisait aucun scrupule d’insérer des nouvelles scandaleuses, racontées en style égrillard, dans une publication dédiée au Dauphin. On jugera du ton peu convenable de ces nouvelles, d’après ce récit d’une aventure de carnaval, arrivée chez une demoiselle Bourgon, qui avait donné le bal dans l’île Saint-Louis.

Parmy les masques à grand train,
Qui ouvrent le bal chez elle,
Une très prompte damoiselle,
Qui devoit épouser sans faute au lendemain
(Notez que cela rend l’histoire encor plus belle),
Ne put attendre si longtemps:
A quartier, viste et sans chandelle,
Elle rendit, dit-on, un des masques content,
Et, sur quelques serments qu’on luy seroit fidèle,
Fit présent d’une montre et de quelques rubans.
Jusques aux rubans, bagatelle!
Mais cette montre étoit, par malheur, un présent
Du futur époux de la belle,
Et la chance à luy même arrivoit justement.
Le pauvre cavalier en avoit bien dans l’aisle!
Ils s’épousèrent toutefois.
Elle n’en fut pas moins haute et puissante dame,
A cela près, que quelquefois
Il en enrage dans son âme.
Admirons cependant comme on change à Paris:
On voyoit rarement enrager des marys
D’avoir dépucelé leur femme!

On ne s’étonnera donc pas que la gouvernante du Dauphin ait retiré son patronnage à de Subligny, et que la Muse dauphine ait cessé de paraître. Claude Barbin avait cédé toute l’édition de l’année 1666 à son confrère Thomas Jolly, qui fit réimprimer des titres à son nom. Mais les exemplaires à l’adresse de ce libraire ne contiennent ni l’Avis du libraire au lecteur, ni la dédicace à mademoiselle de Toussi. On s’explique pourquoi la maréchale de la Mothe-Houdancourt ne voulut pas que ce recueil, plein d’anecdotes assez lestes, continuât à se vendre au Palais, dans la salle des Merciers, sous les auspices d’une de ses filles.

La collection complète de la Muse de la cour et de la Muse dauphine n’existe probablement que dans la Bibliothèque de l’Arsenal, car les catalogues que nous avons consultés ne nous ont offert que la réimpression de la Muse dauphine, faite pour Barbin en 1667. Viollet-le-Duc, qui avait un exemplaire de cette réimpression, ne connaissait ni la Muse de la cour de 1665, ni la continuation pour l’année 1667: «La Muse dauphine, dit-il dans sa Bibliothèque poétique, est une suite à la gazette de Loret; elle commence le jeudi 3 juin 1666 et se continue sans interruption jusqu’au 24 décembre de la même année. Subligny, comme Loret, donne, avec les nouvelles politiques, des bruits de ville, etc. Il est certes beaucoup meilleur écrivain que son prédécesseur, il a même de l’esprit; mais qu’il est loin de la naïveté et du naturel de ce bon Loret!»

M. le comte de Laborde, qui a fait des recherches si patientes sur les gazettes en vers du dix-septième siècle, n’a pas connu l’existence de la Muse de la cour, publiée en 1665, ni des neuf numéros de la Muse dauphine publiés en 1667. M. Louis Moland, qui s’est attaché, dans son édition des Œuvres complètes de Molière, à reproduire tous les témoignages contemporains relatifs aux comédies de l’auteur du Tartufe, et notamment ceux que les gazettes en vers pouvaient lui fournir, n’a pas eu sous les yeux la Muse de la cour, de 1665, car il eût recueilli, dans sa notice préliminaire sur l’Amour médecin, un passage intéressant, qu’on lit dans le numéro de la troisième semaine. Le voici:

On devroit défendre à Molière
D’avoir désormais de l’esprit;
Car, s’il ne cesse pas de plaire,
S’il compose toujours de sa belle manière,
De plaisir ou d’horreur tout le monde périt.
Ses MÉDECINS ont fait une fort belle affaire.
Un gentilhomme, qui les vit,
Entra contre leur corps en si grande colère,
Que, quelques jours après, estant malade au lit,
Lorsqu’il les fallut voir, il n’en voulut rien faire.
Son confesseur vint et luy dit:
«Monsieur, vous vous perdez! Rien n’est si nécessaire.»
On en fait venir trois. Le malade s’aigrit,
Et croyant qu’à leur ordinaire,
Au lieu de consulter, ils vont faire débit
De mules, de chevaux, d’habits, de bonne chère,
Comme au théâtre de Molière,
Il pousse un soupir de dépit,
Et ce fut le dernier qu’il fit.

M. le comte de Laborde remarque, avec raison, dans la Muse dauphine de Subligny, un ton plus littéraire et une tournure plus poétique que dans les autres Muses qui l’avaient précédée; mais les gazettes en vers avaient fait leur temps, et Subligny, malgré son esprit, fut obligé de quitter la place aux gazettes en prose. Peut-être devait-il s’accuser lui-même d’avoir manqué de tact et de savoir-vivre dans ses feuilles hebdomadaires, qui s’adressaient spécialement à la famille royale et aux personnes de cour. On pardonnait à Loret ses platitudes souvent grossières, en faveur de sa naïveté; on pardonnait tout à Scarron, en raison des priviléges du genre burlesque. Les temps étaient changés, la cour devenait plus délicate et plus hautaine, sinon plus austère, et les grosses bouffonneries de Scarron lui eussent été aussi intolérables que les naïfs bavardages de Loret. Les malices de Subligny n’avaient pas chance d’être plus goûtées, et pourtant Ch. Robinet, sous le nom de J. Laurent ou Laurens, persista jusqu’en 1678 à se faire le continuateur pâle et insipide de la Muse historique.


LE POLISSONNIANA
DE
L’ABBÉ CHERRIER.


Ce petit livre, que son titre seul avait fait proscrire des bibliothèques dans le siècle dernier (on ne le trouve guère que dans deux ou trois catalogues, notamment dans celui de Falconnet), ne méritait pas, à coup sûr, sa mauvaise réputation. Nous l’avons, Dieu merci, innocenté depuis vingt-cinq à trente ans, et les plus honnêtes bibliophiles n’ont pas dédaigné de l’admettre dans leurs collections.

Leber fut le premier à le réhabiliter, en lui accordant cette note honorable dans le Catalogue raisonné des livres imprimés, des manuscrits et des estampes, qu’il avait recueillis avec amour (Paris, Techener, 1839, in-8, t. I, no 2434): «Le plus plein, le plus court et, partant, le meilleur de tous les recueils de quolibets. C’est, d’ailleurs, un des moins communs et peut-être le plus innocent de la famille. Trompé par le titre, l’amateur de drôleries y chercherait bien inutilement ce qu’il aurait cru y trouver en l’achetant. On l’attribue à l’abbé Cherrier.»

Charles Nodier n’avait pas manqué de lui donner place dans sa dernière Collection de livres; mais il ne vécut point assez longtemps pour nous dire ce qu’il en pensait, dans la Description raisonnée de cette jolie Collection (Paris, Techener, 1844, in-8, no 948). G. Duplessis suppléa au regrettable silence du collectionneur, en écrivant cette note: «Il faut être bien hardi pour donner un pareil titre à son livre; il faudrait être bien spirituel pour se faire pardonner cette hardiesse. L’auteur de celui-ci a-t-il rempli cette seconde condition? J’affirmerai, du moins, qu’il a fait quelques efforts à cet égard, et j’ajouterai qu’il n’a pas toujours été aussi hardi que son titre.»

Viollet-le-Duc n’éprouva donc aucun embarras à exprimer une opinion conforme à celle de Nodier et de Leber, lorsqu’il eut fait figurer le Polissonniana dans la seconde partie de sa Bibliothèque poétique (Paris, J. Flot, 1847, in-8, p. 197): «Le volume, dit-il, tient tout ce que promet le titre, et, de plus, des calembours en grande quantité. Alors on appelait cela des espèces de bons mots, des allusions, des équivoques; le nom n’était pas encore trouvé, mais bien la chose, témoins les Jeux de l’inconnu.

«Ce recueil, sauf l’obscénité en moins, est fait à l’imitation du Moyen de parvenir. Ce sont des espèces de dialogues, ou plutôt des défis, entre plusieurs amis, à qui fera le plus de pointes, à qui dira le plus de billevesées, de bêtises, tranchons le mot; mais il y en a de bien bonnes, d’excellentes, et on trouve réuni, dans ce livre, à peu près tout ce qui a été dit de mieux en ce genre. Le volume, du reste, est fort rare et attribué à Cl. Cherrier, abbé et censeur de la police, mort en 1738.»

Changez le titre du livre, et vous avez un ana presque irréprochable au point de vue de la morale et de la décence. C’est le chef-d’œuvre de la bouffonnerie et de la grosse bêtise; c’est, en quelque sorte, le répertoire de la gaieté naïve du peuple de Paris; c’est aussi le dévergondage de l’esprit français entre deux vins.

Cet ana était tout à fait oublié depuis plus de trente ans, quand le libraire André-Joseph Panckoucke s’en empara et le refondit dans l’Art de désopiler la rate (1754, in-12), qui fut réimprimé cent fois, sans que personne ait encore dénoncé le larcin.

Le Polissonniana avait paru pour la première fois en 1722, sous la rubrique d’Amsterdam, chez Henry Desbordes, in-12 de 140 p., non compris le titre. Nous pouvons dire avec certitude qu’il fut imprimé à Paris, peut-être avec une permission tacite. On le réimprima trois ans après, et toujours clandestinement, dans la même ville (Amsterdam, Henry Schelte, 1725, in-12). Ces deux éditions renferment un autre ouvrage du même genre, lequel avait été publié, dix ans auparavant, sans nom d’auteur: l’Homme inconnu, ou les Équivoques de la langue, dédié à Bacha Bilboquet (Dijon, Defay, 1713, in-12). Ce second ouvrage obtint, longtemps après, les honneurs d’une nouvelle édition également anonyme: Équivoques et bizarreries de l’orthographe françoise (Paris, Gueffier, 1766, in-12).

L’auteur de ces deux opuscules était Claude Cherrier, qui prenait la qualité d’abbé et qui, sous le pseudonyme de Passart, fut, pendant plus d’un demi-siècle, censeur, pour le lieutenant de police, non pas des livres que publiait la librairie parisienne, mais de toutes les feuilles volantes, de tous les canards et bilboquets, qu’on imprimait à Paris, à Rouen, à Lyon, à Troyes, etc., et qui se vendaient, par l’intermédiaire des colporteurs, dans les rues, dans les marchés et dans les foires. L’abbé Cherrier remplissait très-consciencieusement son rôle de censeur, et, malgré ses sympathies naturelles pour tout ce qui était salé, poivré et épicé, en fait de littérature populaire, il n’hésitait pas à refuser son approbation aux facéties trop libres et trop joyeuses.

Il n’avait pas été toujours aussi sévère, et plus d’une fois il eut à se repentir de son indulgence à l’égard de cette littérature de colportage. Ainsi, en 1699, il avait approuvé l’impression d’un livre intitulé: le Chapeau pointu de Merinde. Le comte de Pontchartrain écrivit, à ce sujet, au lieutenant de police Voyer d’Argenson, le 24 mars 1700: «Le roy a esté estonné de voir que vous ayez permis l’impression d’un tel livre. En effet, si vous l’avez, vous verrez, en plusieurs endroits, et particulièrement pages 12 et 25, qu’il y a des maximes aussi dangereuses que celles qui estoient dans la Correction fraternelle. S. M. veut donc sçavoir comment vous vous estes laissé surprendre en donnant cette permission et qui est l’approbateur que vous aviez commis pour examiner ce livre.» L’abbé Cherrier fut vigoureusement tancé et promit d’être plus circonspect à l’avenir.

Notre abbé censura les brochures de la Bibliothèque Bleue, jusqu’à sa mort, que les biographes fixent au mois de juillet 1728. Il devait avoir alors plus de quatre-vingts ans. Dans les derniers temps de sa vie, il avait été chargé d’examiner les pièces du Théâtre de la Foire, avant l’impression, et, tout en admirant les équivoques licencieuses qu’il rencontrait dans les opéras-comiques en vogue, il ne laissait rien passer de trop ordurier. Nous avons sous les yeux, parmi les manuscrits de la Bibliothèque de l’Arsenal, sa correspondance autographe avec le lieutenant de police, au sujet des suppressions qu’on pouvait demander aux auteurs des spectacles forains. Une partie de cette correspondance inédite a paru dans la Correspondance littéraire, de M. Ludovic Lalanne, par les soins du savant M. Guessard.

On comprend que, comme censeur de police, l’abbé Cherrier ne devait pas, ne pouvait pas avouer le Polissonniana. Le livre n’était pourtant pas en lui-même répréhensible, et le titre, qui nous effaroucherait aujourd’hui, n’avait point alors le sens que nous lui donnerions maintenant. Le mot polisson était nouveau dans la langue de la bonne compagnie, car on ne le trouve pas encore dans les dictionnaires, à cette époque. On ne l’employait que familièrement, pour caractériser un homme qui se servait volontiers du langage du peuple et qui ne reculait pas plus devant la licence de la pensée que devant la crudité de l’expression. On avait d’abord donné ce nom qualificatif de polisson à des gueux qui erraient par bandes, à moitié nus, à moitié ivres, et qui ne se faisaient pas faute de blesser la vue autant que les oreilles des passants. «Les polissons, dit Dulaure, en copiant Sauval, dans son Histoire de Paris (Paris, Guillaume, 1824, in-8, t. VII, p. 147), les polissons allaient de quatre à quatre, vêtus d’un pourpoint sans chemise, d’un chapeau sans fond, le bissac sur l’épaule et la bouteille sur le côté.»

L’abbé Cherrier a mis en scène, comme dans le Moyen de parvenir, huit personnes d’érudition, qui s’assemblent, après boire, pour faire assaut de polissonneries, c’est-à-dire de boutades plaisantes et grotesques: «Les turlupinades, les quolibets, les rébus, les fausses pensées, les jeux de mots et autres dictions, que vous appelerez, si vous voulez, polissonneries, ne valent rien, quand on les donne pour bonnes; mais elles sont bonnes, quand on les donne comme ne valant rien.» Telle est la définition de ces dialogues entre huit polissons qui portent des noms de guerre: «Gelois, Mixame, Azore, Blanir, Pindor, Fruisque, Verion et Hilare.»

Nous avons eu la patience de chercher à deviner l’énigme de ces noms, que l’auteur n’a pas forgés au hasard et qui doivent avoir une signification relative. Ainsi, l’abbé Cherrier paraît s’être caché lui-même sous le nom de Gelois: «Vous ne laissez pas d’être aimable, lui dit Mixame, quoique vous approchiez du septuagénaire, car l’amour s’est caché sous les rides de votre front.» Mais que voudrait dire Gelois? Est-ce l’anagramme de Gelosi, surnom des membres d’une célèbre académie vénitienne à la fin du seizième siècle? Pindor pourrait bien être aussi l’anagramme de Pirond ou Piron. Quant à Hilare, c’est le mot latin hilaris, qui s’est francisé et qui représente un ami du gros rire. Blanir, Fruisque, Verion, sont évidemment des locutions du jargon ou de l’argot réformé, mais nous sommes fort en peine de découvrir le sens ou plutôt l’idée que l’auteur y attache. Ce sont des polissons qui possèdent toutes les finesses du Polissonniana.

L’abbé Cherrier, que nous nommerons le créateur du calembour et le précurseur du brillant marquis de Bièvre, avait signé la dédicace de son premier opuscule: l’Homme inconnu, d’un pseudonyme qui semble analogue à celui de Gelois, tiré de Gelosi: Chimérographe, académicien des jeux Olympiques.


VARIA.

LIVRES A L’INDEX EN 1774.


Nous avons plusieurs recueils assez volumineux offrant la nomenclature de tous les livres qui, depuis le seizième siècle jusqu’à nos jours, ont été mis à l’index par le Saint-Siége apostolique, et signalés ainsi à l’animadversion de tous les fidèles. Ce fut seulement vers 1540, que la Cour de Rome eut l’idée de séparer ainsi le bon grain de l’ivraie, dans un temps où des ouvrages en tous genres étaient plus ou moins infectés du poison de la Réformation. Depuis ce premier Index, rédigé à la hâte et encore peu étendu, de nombreux suppléments sont venus sans cesse augmenter la liste des livres interdits sans rémission, et l’on peut dire que la réunion de tous ces livres formerait aujourd’hui une bibliothèque considérable, très-curieuse et même assez bien choisie. Il faut constater cependant que l’autorité civile, du moins en France, n’a pas accepté les yeux fermés l’Index ultramontain, et que dès le commencement du dix-septième siècle une foule d’ouvrages, marqués du sceau de la réprobation papale, étaient fort honorablement approuvés par les bons esprits de France et souvent réimprimés avec privilége du roi.

Mais il y eut dès lors un Index spécial, préparé au point de vue de la politique monarchique, des libertés de l’Église gallicane, et de l’honnêteté française; index variable de sa nature, et continuellement modifié par l’administration et par les magistrats. Cet Index purement civil, confié exclusivement au syndicat de la corporation des libraires, n’a jamais été mis au jour, sans doute parce qu’il se modifiait suivant les circonstances. Le temps et l’usage se chargeaient d’innocenter tel ouvrage qui avait été d’abord dénoncé à la police et condamné par les tribunaux. Il serait utile, pour l’histoire littéraire, de refaire cet Index de la Librairie, par ordre chronologique, et de montrer par là les inexplicables changements de l’opinion, en ce qui concerne les délits vrais ou prétendus de la pensée et de la presse. Mais où retrouver les éléments de cet Index, à partir du procès criminel intenté aux poëtes Théophile, Frenicle et Colletet, en 1623, à l’occasion du Parnasse satirique? Le savant Gabriel Peignot nous a donné deux volumes de Dictionnaire raisonné, seulement pour les livres condamnés au feu; il faudrait au moins quatre volumes pour les livres condamnés tacitement et supprimés par la police, jusqu’à la Révolution de 89.

En attendant que ce grand travail bibliographique s’exécute, nous publierons ici une liste assez longue des ouvrages qui furent retirés par les experts-syndics de la Librairie et détruits, sinon vendus sous le manteau, lors de la vente publique des livres de feu M. de Rochebrune, commissaire au Châtelet de Paris. Ce digne commissaire, qui figure plusieurs fois d’une manière plaisante dans les journaux de Bachaumont, était un excellent homme, un peu naïf et crédule, mais très-ami des livres et des gens de lettres. Sa bibliothèque s’était enrichie naturellement dans les expéditions de saisie qu’il eut à faire pendant quarante ans à Paris: il avait ramassé de la sorte beaucoup de livres très-rares et très-singuliers, qu’il lisait à ses heures pour se délasser des fatigues du commissariat; il tenait aussi certains volumes suspects, imprimés ou manuscrits, de la munificence des auteurs, qu’il avait conduits à la Bastille, ou au For-l’Évêque, ou au Châtelet, avec une déférence et une politesse dont les patients lui savaient gré, d’autant plus qu’elles ne faisaient pas partie obligée de son ministère. M. de Rochebrune était même lié intimement avec Piron, Collé, Vadé, et quelques autres de même joyeuse humeur. Il fut regretté au Parnasse, dans les tavernes et chez les libraires.

Mussier fils, qui avait sa librairie sur le quai des Augustins, au coin de la rue Gît-le-Cœur, fut choisi pour dresser le catalogue des livres de M. de Rochebrune; la vente devait avoir lieu dans la maison mortuaire, rue Geoffroy-l’Asnier. Mussier fils mit à part les ouvrages défendus, les recueils de gravures obscènes, les livres trop licencieux, les poésies trop érotiques. Nous voulons bien croire que tout cela fut brûlé impitoyablement, quoique la vente en fût alors très-facile par l’entremise des colporteurs qui exerçaient le commerce secret de la librairie. Ensuite le libraire disposa les cartes de son Catalogue; mais, au moment de l’impression, ces cartes furent soumises à un nouveau contrôle d’experts qui marquèrent à l’encre rouge une centaine d’articles, qu’on ne pouvait pas même exposer, par leurs titres, au scandale de la publicité. La place que ces articles occupaient est restée en blanc dans le Catalogue où les experts ont laissé figurer une quantité d’ouvrages aussi et plus dangereux que ceux qu’ils supprimaient. Parmi ces derniers, dont nous publions la liste telle que les experts l’ont rédigée, on remarquera bien des livres, qui aujourd’hui ne scandalisent personne, et auxquels la police ne se soucie plus de donner la chasse dans les catalogues de la librairie de luxe ou de la librairie à bon marché.

Voici cette liste curieuse, qui servira désormais à remplir les lacunes que les bibliographes regrettaient de trouver dans le célèbre Catalogue du commissaire Rochebrune.

NOTE DES LIVRES ET MANUSCRITS PROHIBÉS ET RETIRÉS.

  • Histoire du Christianisme, ou Réflexions sur la Religion chrétienne, in-4, Mss.
  • Les Princesses malabares, ou le Célibat philosophique, in-12.
  • L’Existence de Dieu, par l’idée que nous en avons, in-8, XVIIIe siècle, Mss.
  • Dieu et l’Homme, 1771, in-12, br.
  • Système de la Religion naturelle, in-4, Mss.
  • Doutes sur la Religion, dont on a cherché l’éclaircissement de bonne foi, in-4, Mss.
  • Recherches de la Religion, 1760, in-12.
  • La Religion chrétienne analysée.—Doutes sur la Religion, in-8, Mss.
  • La Religion du Médecin, de Brown, 1668, in-12.
  • L’Évangile de la Raison, in-8, br.
  • Lettres de Trasibule à Leucippe, in-4, Mss.
  • Histoire de l’état de l’homme dans le Péché originel, 1731, in-12.
  • Le Chemin du Ciel ouvert à tous les hommes, in-8, Mss. maroq.
  • Extrait des Pensées de Jean Meslier, in-8, Mss.
  • Sermons des Cinquante, in-8, Mss.
  • Sermons du curé de Cotignac, in-4, Mss.
  • Les Doutes, in-4, Mss.
  • Recueil sur les matières les plus intéressantes, par Albert Radicati, in-8.
  • L’Antiquité dévoilée par ses usages, 1766, 3 vol. in-12, br.
  • Discours sur la liberté de penser et de raisonner. Londres, 1718, in-12.
  • Les Trois Imposteurs, in-8, Mss.
  • Questions et Lettres sur les miracles, in-8, br.
  • David, ou l’Homme selon le cœur de Dieu, 1768.—Saül et David, tragédie, 1760, in-12, br.
  • L’Arétin, ou Paradis des Histoires de la Bible, 2 vol. in-12, br.
  • Lettres iroquoises, 1755, in-12.
  • Recueil de Pièces concernant le saint Nombril de Châlons, in-8, Mss.
  • Taxes de la Chancellerie romaine, ou la Banque du Pape, 1744, in-12.
  • Le Contrat social, par J.-J. Rousseau, 1762, in-12, br.
  • L’Asiatique tolérant, in-12, br.
  • Entretiens des Voyageurs sur mer, 4 vol. in-12.
  • Apologie de la Révocation de l’Édit de Nantes et de la Saint-Barthélemy, 1758, in-8.
  • Avantages... du mariage des Prêtres, 2 vol. in-12.
  • La Philosophie du bon sens, 2 vol. in-12.
  • Principes de philosophie morale, ou Essais sur le mérite et la vertu, 1745, in-12.
  • Le Monde, son Origine et son Antiquité.—De l’Ame et de son Immortalité, 1751, in-8.
  • Histoire d’Ema, 1752, in-12.
  • Histoire naturelle de l’Ame, trad. de Charpp, 1745, in-12.
  • Œuvres de la Mettrie, 2 vol. in-12.
  • De l’Esprit, in-4.
  • Lettres sur les Sourds et Muets.—Lettres sur les Aveugles, 2 vol. in-12.
  • Lettres philosophiques de Voltaire, avec plusieurs pièces libres, 1747.—La Fille de joie, 1751, maroquin.
  • L’École de l’Homme, etc. 3 vol. in-12, en un relié.
  • Les Mœurs, 1748, in-12.
  • Le Cosmopolite, ou le Citoyen du monde, 1753.—Margot la Ravaudeuse, in-12.
  • Le Bonheur, poëme en six chants, 1773, in-12, br.
  • Méditations philosophiques, in-8, Mss.
  • Pensées philosophiques, 1746, in-12.—Pison, etc.
  • Questions sur l’Encyclopédie, 1770, 9 vol. in-8, br.
  • Mes Pensées. Qu’en dira-t-on? 1751, in-12.
  • Œuvres de J.-J. Rousseau, 10 vol. in-8, br.
  • Philosophie de la Nature, 1770, 3 vol. in-12, br.
  • Lettres sur les Ouvrages philosophiques brûlés le 18 août 1770, br.
  • L’Art de faire des garçons, 2 vol. in-12. (A cause de la reliure.)
  • La Pucelle de Voltaire, 1762, in-8.
  • La Dunciade, ou la Guerre des Sots, 2 vol. in-8, br.
  • Meursii Elegantiæ latini sermonis, 1657, in-12.
  • L’Académie des Dames, figures, in-12, maroq.
  • Angola, 2 vol. in-12.
  • Le Berceau de la France, in-12.
  • La Berlue, 1759, in-12.
  • Les Bijoux indiscrets, 2 vol. in-8, fig.
  • Le B..... (Bidet), histoire bavarde, 1749.
  • Candide, 1761, in-12, br.
  • Canevas de la Pâris, ou Mémoires pour l’histoire du Roule, in-12.
  • Cléon, rhéteur cyrénéen.—Le Canapé couleur de feu, in-12, maroq.
  • Le Cousin de Mahomet, 2 vol. in-12.
  • L’École de la Volupté.—Essai sur l’esprit et les beaux esprits.—Politique du Médecin, de Machiavel, in-12.
  • La Fille de Joie, 1751.—Mlle Javotte, 1758, in-12.
  • Histoire du prince Apprius, in-12.
  • Histoire de la Brion, de la comtesse de Launay.—Vénus dans le cloître, ou la Religieuse en chemise, in-12.
  • Hipparchia, histoire grecque, in-12, maroq.
  • L’Homme au Latin, ou la Destinée des Savants, 1769, in-8.
  • Le Huron, ou l’Ingénu, 2 vol. in-12.
  • Les Lauriers ecclésiastiques.—Mémoires pour la Fête des Fous, in-8.
  • Margot la Ravaudeuse.—L’Art d’aimer et le Remède d’amour, in-8, maroq.
  • La Messaline, in-12, br.
  • La Princesse de Babylone, in-8, br.
  • Les Reclusières de Vénus, in-8.
  • Le Sopha, 2 vol. in-12.
  • Tanzaï et Néardané, 2 vol. in-12.
  • La Tourière des Carmélites.—L’Origine des C..... sauvages, in-12, br.
  • Le Moyen de parvenir, 2 vol. in-12.
  • Le Cabinet satirique, in-8, maroq.
  • La Légende joyeuse, ou les Leçons de Lampsaque, in-12.
  • Pièces libres de Ferrand.—Nocrion, conte allobroge.—Tourière des Carmélites, in-12, maroq.
  • Poésies galantes latines et françaises, 2 vol. in-12, et un volume italien.
  • Passe-temps des Mousquetaires, in-12.
  • Le Balai, poëme, in-8.
  • Aventures de Pomponius, 1724, in-12.
  • Mémoires pour..... l’Histoire de Perse, 1746, in-12.
  • Amours de Zeokinizul, roi des Kofirans, in-12.
  • La Dernière Guerre des Bêtes, 1758, in-12.
  • Mémoires de Mme de Pompadour, 2 vol. in-12.
  • L’Espion chinois, 3 vol. in-12, br., 1765.
  • Mémoires de M. de T....., maître des requestes, in-8, Mss.
  • Jean danse mieux que Pierre, in-12.
  • Les Jésuites en belle humeur, 1760, in-12.
  • Histoire de la Bastille, 5 vol. in-12, br., figures.
  • Histoire amoureuse des Gaules, 5 vol. in-12.
  • Extrait du Dictionnaire de Bayle, 2 vol. in-8, br.
  • Analyse de Bayle, 4 vol. in-12.

Cette liste est intéressante; on y voit figurer des ouvrages peu édifiants, il est vrai, mais très-littéraires, tels que le Moyen de parvenir, le Cabinet satirique, etc., qui se trouvent souvent décrits dans la plupart des catalogues de vente imprimés à cette époque. On y rencontre naturellement quelques écrits hétérodoxes de Voltaire, de Fréret, du baron d’Holbach, de J.-J. Rousseau; mais on peut supposer que la qualité du propriétaire de cette bibliothèque fut pour beaucoup dans la proscription des livres, qu’on n’a pas voulu laisser vendre sous la garantie du nom d’un commissaire au Châtelet de Paris. C’est ainsi que, dans ces derniers temps, le Conseil de l’instruction publique s’est ému du Catalogue des livres plus que légers qui composaient la bibliothèque de feu Noël, ancien inspecteur de l’Université, et a exigé l’épuration de cette bibliothèque avant la vente. Quoi qu’il en soit, les experts désignés à l’effet d’épurer aussi le Catalogue des livres de M. de Rochebrune n’ont pas pris garde à certains ouvrages plus hardis et plus scabreux que ceux qu’ils retranchaient. Nous citerons les suivants qui sont restés à leur place dans le Catalogue.

  • Nos 2270. Contes très-mogols. Paris, 1770, in-12.
  • 2319. Aventures philosophiques. Tonquin, 1766, in-12.
  • 2334. Cela est singulier, histoire égyptienne, 1752, in-18, imprimé sur papier bleu.
  • 2353. Giphantie. Babylone, 1760, in-12.
  • 2374. Histoire et Aventures de dona Rufine. Paris, 1751, in-12.
  • 2383. Kanor, conte traduit du sauvage. Amsterdam, 1750, in-12.
  • 2387. Les Libertins en campagne. Au Quartier-Royal, 1710, in-12.
  • 2389. Lucette, ou les Progrès du libertinage. Londres, 1765, 3 vol. in-12.
  • 2425. Mille et une Fadaises, contes à dormir debout. 1742, in-12.
  • 2433. Les Nouvelles Femmes. Genève, 1761, in-8.
  • 2435. La Nuit et le Moment, ou les Matinées de Cythère. Londres, s. d., in-12.
  • 2436. On ne s’y attendait pas. Paris, 1773, 2 vol. in-12.
  • 2443. Le Plaisir et la Volupté, conte allégorique, 1752, in-12.
  • 2447. Psaphion, ou la Courtisane de Smyrne. 1748, in-12.
  • 2458. Les Sonnettes, ou Mémoires du marquis de... 1751, in-12.
  • 2460. Tant mieux pour elle. In-12.
  • 2464. Les Têtes folles. Paris, 1753, in-12.
  • 2372. Zéphirine, ou l’Époux libertin, anecdote volée. Amsterdam, 1771, in-8.

Ce sont précisément ces petits romans de galanterie transcendante que les censeurs de l’Université ont supprimés dans le Catalogue de feu Noël, sans doute parce qu’ils les connaissaient bien: experto crede Roberto. Les experts de 1774 n’avaient pas probablement la science infuse en ces sortes de matières. L’échantillon que nous avons donné du Catalogue de Rochebrune suffira pour prouver que ce joyeux commissaire était digne d’être l’ami de Crébillon fils et du chevalier de Mouhy.