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Essai sur la littérature merveilleuse des noirs, suivi de Contes indigènes de l'Ouest africain français - Tome premier cover

Essai sur la littérature merveilleuse des noirs, suivi de Contes indigènes de l'Ouest africain français - Tome premier

Chapter 12: CHAPITRE III
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About This Book

The author gathers and analyzes oral literature from West African communities, prefacing a large anthology of indigenous tales. He explains collection methods and transcriptions, proposes a classification of narratives (cosmogonic, heroic, social, pseudo‑scientific, pure imagination, didactic and fable), and examines recurring themes and forms. The study catalogs marvelous beings and spirits, personified animals, talismans and magical devices, and describes stock roles such as the cunning hare and the greedy hyena. Numerous collected tales illustrate motifs, symbolism, narrative techniques, and aspects of local psychology and moral teaching.


Procédés exclusivement indigènes.

En outre un certain nombre de procédés peuvent, jusqu'à plus ample informé, être considérés comme exclusivement indigènes:

La transformation de quelqu'un par l'avalement.—V. Hammadi Diammaro—Fatouma Siguinné, etc.

Certaines épreuves bigarres ou scabreuses.—Mariage de Niandou.—Affront pour affront.—Les prétendants, etc. Ces épreuves sont généralement des conditions posées pour l'acceptation d'un prétendant.

Les bêtes justicières.—Voir: Le châtiment de la diâto—La lionne coiffeuse.

Un animal de brousse ou un guinné se changeant en femme pour assurer sa vengeance.—Voir Mamady le chasseur.—La flûte d'Ybilis.—Kamankiri NDana (contes des Gow).—La lionne et le chasseur.

Le vol d'une autruche et la recherche de sa graisse.—V. Les fourberies de MBaye Poullo et Le fils du maître-voleur.

Le faux talisman qui passe pour ressusciter les morts par son contact et dont un personnage, dénué de scrupules, fait commerce. La résurrection d'un prétendu cadavre. Voir Kalon Ntyi (M. Travélé)—Les 3 menteurs (Arcin).—Les fourberies de MBaye Poullo—Mensonge et Vérité (Froger).

Les enfants élevés par des guinné.—V. Déro et ses frères.—Les jumeaux de la pauvresse.—Le Kitâdo vengé.—Le fils adoptif du guinnârou, etc.

Les griots excitant le courage des victimes qu'on mène au sacrifice. (Le geste de Samba Guenâdio Diêgui) par leurs chants ou leurs imprécations.

Les gestes magnétiques.—Voir: NDar—Kélimabé (contes des Gow).

La révélation interrompue des métamorphoses ou sortilèges successifs grâce auxquels un chasseur se dérobe à la colère des bêtes de la brousse. Voir Kamankiri NDana et divers autres contes des Gow et des Sorkos. (Dupuis-Yakouba et Desplagnes, op. cit.) Mamady le chasseur.—Le riche et son fils.—Le prince qui ne veut pas d'une femme niassée, etc.

La femme fourbe se faisant accompagner par le mari dont elle médite la perte et dissuadant celui-ci d'emporter chacune des armes qu'il prend successivement pour sa sûreté. Voir contes des Gow,—Mamady le chasseur.—La lionne et le chasseur.—Le prince qui ne veut pas d'une femme niassée.

L'hyène prise comme monture.—V. L'hyène et le pèlerin.—Les prétendants etc.

Le geste «jettatorique» de la barbiche braquée.—V. L'hyène et le bouc à la pêche.—La chèvre au mauvais oeil.—La lionne et l'hyène.

La compagnie tenue, malgré eux, à des gens que l'on voudrait sauver et les multiples transformations de celui qui les accompagne.—V. Amadou Kêkédiourou.—Khadidia l'avisée.—La bergère de fauves et divers autres contes de petits frère ou soeur avisés.

L'enfant qui parle dans le sein de sa mère et s'enfante de lui-même.—V. Misandé Sambadjo (contes des Gow)—Tiéoulé (Lanrezac)—Amadou Kêkédiourou—Amatelenga etc.

Le cadeau artificieux.—V. La chèvre grasse.—Les générosités de l'hyène.

La bête blessée emportant l'arme dans sa plaie et menant ainsi le chasseur jusqu'au village des animaux.—V. D'où vient le soleil et (contes des Gow) Sanou Mandigné chez les éléphants.

L'avalement comme mode de combat.—V. Misandé Sambadjo (contes des Gow).—Le fer qui coupe le fer.

Le retour irrésistible à son naturel.—V. Chassez le naturel... et Le lièvre et l'hyène aux cabinets. V. aussi Delafosse (op. cit.) Le Ciel, l'araignée et la mort.


THÈMES OMIS PAR LA LITTÉRATURE INDIGÈNE.

Par contre, il est des thèmes dont il ne semble pas que la littérature indigène ait tiré parti.

Rien d'analogue à Circé ou aux magiciennes des 1001 nuits, changeant, d'un geste, les hommes en animaux dans le but de leur nuire. Ce thème est pourtant très employé par les conteurs musulmans.

Il n'y a pas de conte qui manifeste la conception d'un Scharaffenland, d'un pays de Cocagne où les hommes vivraient heureux dans l'abondance et l'inaction. Cependant un rêve de cette nature semble plus conforme encore au tempérament des noirs qu'à celui de l'Indo-Européen67.

Note 67: (retour) Le conte-charade de Bérenger-Féraud: «L'homme à la poule» ne semble pas contredire cette opinion, malgré les apparences. Le héros du conte a bien un fils qui abat les oiseaux tout préparés, mais encore faut-il qu'il fasse l'effort de tendre son arc et de les mettre en joue.

Pas d'histoires de brigands non plus, de ces récits cauchemardants dont la Roeuber-brautigam de Grimm est un type achevé et qu'on retrouve aussi dans les 1001 Nuits (Ali-Baba et les 40 voleurs).

Pas d'êtres minuscules de nature humaine. Rien qui équivaille aux voyages de Gulliver à Liliput ou au conte de Grimm et de Bechstein: Daumesdick. Certains héros des contes indigènes paraissent petits, mais c'est par contraste avec les géants, d'origine surnaturelle, qui figurent en même temps qu'eux dans le récit.

Pas de meurtres simulés dont l'exécution serait prouvée par la présentation des organes de certains animaux, comme on le voit dans Geneviève de Brabant, Camaral-zaman (1001 nuits) ou la 2e partie de la Belle au bois dormant (épisode d'Aurore et du petit Jour). Dans Déro et ses frères on présente bien au père le vêtement ensanglanté de Déro, mais ce conte n'est pas d'inspiration indigène. C'est une réminiscence incontestable de l'histoire de Joseph livré par ses frères.

Pas de haine de la belle-mère contre sa bru. Cet élément d'intérêt dramatique est—nous l'avons déjà dit—remplacé par la haine des co-épouses entre elles ou des marâtres contre les enfants d'un autre lit.

Pas d'intersignes comme dans les contes bretons.

Pas de paysans naïfs jusqu'à la stupidité comme dans les contes allemands.

Pas d'existence, ou plutôt, de personnalité caractérisée donnée à des ustensiles usuels. Cf. avec le conte d'Andersen qui met en scène une théière un sucrier, des pinces à feu, etc. (Es war einmal. Paul Arndt).

Pas de races traditionnellement caricaturées comme les Souabes ou les Schildburger en Allemagne, à moins qu'on ne considère comme telle celle des Bagnoums (V. Bérenger-Féraud: La chasse au lion des Bagnoums).

Pas de professions raillées ou décriées comme, jadis en Bretagne, celle des tailleurs. Les griots n'ont pas un plus mauvais rôle que les autres indigènes, encore que dans la vie réelle ils bénéficient d'une très relative estime. Peut-être les contes sont-ils—en principe—leur oeuvre, ce qui expliquerait que, sur ce point, la littérature ne soit pas le reflet toujours fidèle de l'esprit de la race qui en fait son moyen d'expression.

Pas de légende dans le genre de celles des 7 Dormants, de Rip van Winkle ou du moine extatique. Les conteurs noirs n'ont vu que le côté comique des sommeils indéfiniment prolongés.

Pas de contes de revenants proprement dits.—Tous ceux où l'on voit des morts agir n'ont pas ce caractère, à mon avis. Les mères d'orphelines revivent après être sorties de la tombe. Quant à celle de Marama (Le sounkala de Marama) c'est une vision de rêve et non pas un revenant réel. Le mort du Cadavre ambulant est un mort que l'on n'a pas enterré et non un véritable revenant.

Pas de légendes relatives aux génies de là terre ou du sous-sol, non plus qu'aux génies de la montagne. Je ne voudrais cependant pas me montrer trop catégorique à ce propos, n'ayant recueilli de contes que dans des régions dépourvues d'accidents de terrain bien caractérisés et étant insuffisamment renseigné, faute d'un séjour prolongé, sur la littérature merveilleuse des montagnards du cercle de Bandiagara.


LE CHEVALERESQUE DANS LA LITTÉRATURE DES NOIRS

C'est principalement dans les récits des Torodo que nous relevons les traces d'une mentalité chevaleresque, analogue à celle de notre moyen âge. Je regarde ce que j'ai intitulé La geste de Samba Guénâdio Diêgui comme une chanson de geste véritable. Je renvoie le lecteur à cette légende, non sans avoir souligné les quelques détails ci-dessous:

Noms donnés aux armes et aux montures des héros.—Le fusil de Samba s'appelle Boussalarbi, tout comme l'épée de Charlemagne avait nom: Joyeuse et celle de Siegfried: Balmung. Le cheval de Samba s'appelle Oumoullatôma et celui de Birama NGourôri: Golo, de même que celui des 4 fils Aymon était appelé: Bayard et ceux de Gradlon, roi de Kérys: Morvarc'h et Gadifer.

Naïveté ingénue de Samba adolescent.—Il est honnête et ne soupçonne pas le mal chez autrui. Il prend pour argent comptant les fins de non-recevoir gouailleuses de son oncle Konkobo Moussa. Cette naïveté n'est pas sans analogie avec celle que manifestent Pérédur ou Lez-Breiz.

Combat singulier de 2 chefs.—(Duel de Samba et de Birama). Voir de même dans Amadou Sêfa Niânyi, le duel d'Amadou et de Samba Koumbelé.

L'offre généreuse, faite à l'ennemi désarmé, de moyens de continuer le combat.—Samba donne à plusieurs reprises, au cours du combat, un cheval à son oncle Konkobo qui a eu les siens tués sous lui.

L'étrange loyauté des adversaires de Samba qui vient dans leur camp la veille de la bataille et qu'ils traitent avec le plus grand respect des droits de l'hospitalité, par égard pour la bravoure confiante qu'il manifeste ainsi envers eux.

La volonté de vaincre ou de mourir dont fait preuve Konkobo en alourdissant sa culotte avec de la terre, pour s'interdire la fuite au cas où son courage aurait une défaillance.

7° La ressemblance déjà soulignée plus haut entre l'acte de Sévi et le geste de Brennus.

La générosité de Samba vainqueur de Birama rendant spontanément au vaincu—par solidarité raciale—la moitié des troupeaux qu'il a conquis sur lui.

Les notes de la légende compléteront ce qu'il y a d'un peu sommaire dans cette étude hâtive de l'esprit chevaleresque chez les Torodo.


LE SYMBOLISME INDIGÈNE.—LES APOLOGUES.

Ce symbolisme reste forcément assez obscur car les interprètes qui traduisent les termes abstraits de la langue indigène ne possèdent que rarement le français d'une façon suffisante pour rendre exactement l'idée. Aussi leurs explications, même comparées entre elles, ne m'ont-elles été que d'un faible secours pour découvrir ce qu'elles voulaient exprimer.

J'ai indiqué les principaux apologues, tant ouolofs (Adina-Guéhuel et Damel), que peuhls (Kahué l'omniscient—La tête de mort) gourmantié (Trois frères en voyage) et môssi (Enseignements d'un fils à son père; Froger.)

Les thèmes favoris sont:

Celui des 3 puits dont 2, communiquant entre eux, représentent les puissants de la terre qui laissent à l'écart le troisième, lequel symbolise les pauvres gens.

Celui des 2 boeufs.—L'un reste maigre encore qu'il ait de la nourriture en abondance et qu'il mange plus qu'à sa faim. L'autre devient de plus en plus gras quoiqu'il n'ait rien à manger auprès de lui. Le premier maigrit sans cesse, miné par les soucis que lui donne sa parenté. Le second vit en égoïste et en solitaire et n'a même pas besoin de nourriture tant il prospère naturellement.

Celui d'Adina ou la misère humaine qui, ne pouvant soulever un fardeau, en augmente encore le poids après chaque tentative inutile qu'il a faite pour le charger sur sa tête.

Celui du guéhuel et du damel déjà enregistré par Bérenger-Féraud (Histoire de Cothi-Barma) et qui enseigne la défiance envers les femmes, la considération pour les vieillards et quelques autres menus axiomes de sens commun.

Dans l'apologue de Kahué l'omniscient il y a beaucoup de puérilité et le symbole est parfois inintelligible. Malgré de nombreux efforts et quoique je me sois renseigné près de divers Indigènes, je n'ai pu trouver d'explications satisfaisantes ni surtout concordantes du sens de ces mots: soutoura, hakilé et dyiké, et, par suite, il m'est impossible de déterminer le sens des symboles auxquels ils correspondent. Peut-être le parfait symbolisme est-il après tout celui qui se prête à mille interprétations différentes.

On peut aussi cataloguer sous l'étiquette: symbolisme, les dons faits à certains personnages des contes, soit pour les avertir, soit pour les menacer. Ainsi, dans «Les 6 compagnons», la femme d'un roi haoussa répond aux propositions d'un soupirant par l'envoi d'un os, de feuilles de tôro et d'une poignée d'herbes. Elle lui indique ainsi, sans commentaires, les précautions qu'il aura à prendre selon les périls qu'il doit éviter. Dans Namara Soundiéta, celui-ci menace le chef qui lui refuse un terrain où enterrer sa mère, de détruire ses villages (balles et poudre), de tuer quiconque accepterait le prix de la concession (un couteau) de démolir ses cases où les volailles viendront prendre leurs ébats (poules et pintades) et de mettre ses villages en tel état que les arachides et le coton y pousseront sans être cultivés ni récoltés.

On peut encore voir du symbolisme dans le procédé de la soeur de Birama NGourôri (La geste de S.-G. Diêgui) qui, pour annoncer d'une façon moins brutale à son frère que ses troupeaux ont été enlevés, lui fait apporter pour son repas un couscouss uniquement composé d'herbes, sans le moindre morceau de viande, lui donnant ainsi à entendre qu'à moins de reconquérir ses bestiaux dérobés, il n'aura plus désormais que les produits du sol pour le nourrir.

Je ne m'étendrai pas plus longuement sur le symbolisme indigène. Il serait aisé d'en multiplier les exemples. Les contes de ce recueil en offriront un certain nombre à ceux qui seraient tentés d'étudier la question plus à fond.

L'onomatopée chez les noirs.

De même, je n'effleurerai ce sujet qu'en passant. L'oreille des noirs ne perçoit pas, semble-t-il, les sons de la même façon que la nôtre, sinon, il faudrait conclure qu'ils interprètent leurs perceptions d'une manière très différente de nous. J'ai cru devoir transcrire les sons comme ils m'ont été figurés plutôt que de les traduire par les onomatopées françaises correspondantes, quitte à indiquer en note ces dernières.

Ces onomatopées indigènes, comme les nôtres, rendent non seulement les bruits, mais encore les mouvements silencieux tels que le tortillement du serpent ou le balancement d'un objet. A côté de cela, on trouve dans les chansons des noirs des mots sans signification spéciale qui forment une sorte de refrain analogue aux «tra dé ri dera» ou aux «et lon lon laire et lon lon la» de nos chansons françaises.

Voici quelques-unes de ces onomatopées:

Ouellêni iô!: bruit des grelots attachés en bracelets aux chevilles des enfants = Dindelinn?

Gouinsinkélé gouinsan: aucune signification.

Kénié kéniéndé: frottement des écailles du serpent les unes contre les autres = Frik! Frak!

Bayevélé! Vélébaya!: bruit de l'eau jetée à la volée et qui retombe dans l'eau = Floc! Flac!

Bataou!: bruit d'un objet tombant dans l'eau et s'y engloutissant = Plouf?

Miniki manaka!: allure sinueuse du serpent (impression visuelle) = Tortilli, tortilla? Kourmé diendien dienkou: bruit de sonnailles du harnachement = ?

Kouhoukou: Roucoulement des tourtourelles = Tourdourou?

Yérébéré: onomatopée rendant l'impression visuelle produite par un objet qu'on balance = ?

Fim! Fim! Crissement des éperons dans les flancs de la monture = Kriss! Kriss!

Figuilan ndianyeu: bruit de la queue d'Yboumbouni fouettant l'air = Flips! Flaps!


Quelques mots me restent à ajouter touchant la forme des récits que je publie. Sa relative correction a surpris plus d'un de mes collègues à qui j'avais communiqué mon manuscrit. Moi-même je suis resté quelque temps indécis, me demandant si je ne devais pas les présenter dans la forme brute sous laquelle ils m'avaient été contés. Le résultat obtenu par quelques folkloristes qui avaient adopté cette méthode m'a tout à fait détourné de l'employer à mon tour.

En ce qui concerne les parties rythmées, et chantées je les ai transcrites textuellement. J'étais d'abord assez sceptique sur la réalité de leur existence et les ai tenues longtemps pour une fantaisie de traducteurs qui auraient voulu imiter la forme des contes de Perrault ou de Mme d'Aulnoy. Je le croyais d'autant plus que dans aucun des récits recueillis par moi, au Sénégal et en Guinée, je n'en avais trouvé la moindre trace et que les contes des Mille et une Nuits n'en présentaient point d'exemple dans la traduction, d'ailleurs médiocrement fidèle, de Galland. Depuis mon arrivée au Haut-Senégal-Niger, j'ai eu au contraire maintes fois l'occasion d'en entendre chanter et une traduction des contes inédits des Mille et une Nuits, lue depuis cette époque, m'a convaincu que dans toutes les littératures merveilleuses le petit couplet est une partie essentielle du conte. C'est en souvenir de ce démenti donné à ma première opinion que je n'avance que sous réserves les convictions que je me suis formées en matière de folklore, préférant n'être formel qu'en cas de certitude absolue.

Ces petites strophes se chantent sur un rythme monotone. Le conteur, pour les chanter, adoucit la rudesse de sa voix masculine en prenant une voix de tête dont l'effet devient assez comique, par contraste, lorsque c'est, par exemple, un garde-cercle qui raconte.

Quant au style, en général, je renvoie à ce que j'ai dit au début de la préface. La traduction a été aussi littérale que possible, tout en tâchant de garder à ces contes faits pour être dits à haute voix toute la saveur qu'y ajoute la mimique expressive des conteurs. J'avoue toutefois que pour leur donner plus de vivacité, j'ai substitué parfois le style direct au style indirect et que j'ai remplacé, de temps à autre, par des noms les périphrases qui désignaient les personnages. S'il y a péché, le fait de l'avouer me vaudra, je l'espère, un demi-pardon.




CHAPITRE III

SOMMAIRE: Personnages merveilleux des contes indigènes.—1° Personnages merveilleux. La divinité: Allah, Outônou, Ouinndé, Ngouala.—Potentats débonnaires: les «guinné».—Pourquoi on a diversifié leurs appellations génériques.—Différence avec les djinns arabes.—Mélange du génie africain et du démon sémite.—Répugnance des noirs à les désigner sans périphrase.—Leurs diverses appellations.—Géants et nains.—Personnification des quatre éléments.—Les démons et les hafritt.—Les animaux-génies.—Conceptions différentes des animaux, personnages des contes et des animaux jouant un rôle dans les fables.—Aspect physique des guinné.—Effet produit par leur vue.—Moyen d'en éviter ou d'en réparer les effets.—Ouokolo, tyityirga, konkoma, gotteré.—Moeurs des guinné.—Leur caractère.—Moyen de se soustraire à leur malfaisance.—Intervention éventuelle.—Leurs unions avec la race humaine.—Leurs métis.—Enlèvements et substitutions d'enfants.—Les bàtitado.—Durée de la vie des guinné.—Goules et vampires.—Sorciers et anti-sorciers.—Jettatori—Végétaux, minéraux, objets, abstractions jouant un rôle dans les contes.—Talismans, remèdes merveilleux, armes magiques.

Chaque littérature merveilleuse a ses personnages de prédilection: êtres surnaturels ou êtres humains. Les êtres surnaturels se distinguent par les traits, le caractère, les moeurs, l'apparence physique que leur prête l'imagination des conteurs; les hommes d'après leurs professions, certaines de celles-ci étant plus souvent mises en scène que les autres68.

Note 68: (retour) Par exemple, les tailleurs, les pêcheurs, les chasseurs, les rois, les meuniers, dans la littérature indo-européenne.

Nous allons passer en revue, étudier sommairement les divers personnages des contes indigènes en indiquant les attributions qui leur sont conférées selon les différentes races qui les imaginèrent.

Tout d'abord, constatons le rôle de la divinité dans quelques-uns de nos contes. Le dieu s'appelle Allah dans les contes des peuples anciennement islamisés et il a, en gros, le caractère du dieu de Mahomet. Chez les Bambara à demi-fétichistes, il devient Gouala ou Nouala et la conception arabe est déjà déformée sensiblement. Quant au dieu des Môssi, il est d'un caractère plus autochtone, c'est Ouinndé. Il en est de même d'Outênou, la divinité des Gourmantié.

En général, ces dieux sont des souverains débonnaires et qui tiennent à l'homme de très près: Outênou pardonne aux méfaits de ce sacripant de Fountinndouha et s'en fait même le complice puisqu'il se laisse corrompre par la promesse d'un bounia69. NGouala, passagèrement gêné dans ses affaires, demande du crédit à ses obligés. Outênou philosophe avec un marabout. Les races qui ont imaginé ces potentats accommodants ne peuvent être ni méchantes, ni foncièrement férues de hiérarchie.

Note 69: (retour) Le backchich des noirs (alias «dimanche»).

Pour messagers ces dieux ont les malakas de même qu'un nâba môssi, ses soronés ou un bâdo gourmantié, ses lâris.

Démons.—Les démons, ce type de la révolte vaincue et de l'éternelle rancune, semblent assez rares et de conception islamique. Leur nom; les blissi-ou (venu d'Yblis) indique cette origine. Encore Ybilis est-il moins un démon qu'un guinné70 féroce et malfaisant71. Les noirs emploient souvent le mot français «diables» pour désigner les guinné mais c'est faute de connaître celui de «génies» qui serait un peu plus conforme au caractère qu'ils prêtent à ces êtres surnaturels sans toutefois leur convenir absolument.

Note 70: (retour) Mot ouolof qui bénéficie du fait que c'est le premier que l'on entend en venant en Afrique pour désigner les êtres surnaturels des contes indigènes.
Note 71: (retour) Ybilis ou Yblis chez les Bambara, même fétichistes, symbolise l'esprit de discorde. Quand deux noirs se disputent, on dit «Bilissa est entre eux» mais c'est là une singerie de l'Islam, car l'Islam est surtout affaire de mode chez le noir. C'est une croyance bien portée et qui élève d'un degré social quiconque en fait profession.

Guinné.—Les guinné jouent le rôle le plus constamment important dans les contes merveilleux ou moraux. D'où ce nom leur vient-il? Déjà les Latins employaient le mot genius (venu du grec gênios) et les Arabes le mot djinn qui en est sans doute le prototype. Ces génies ont ici un caractère si différent de celui des djinns de la légende arabe et des génies tels que nous les concevons que j'ai cru devoir leur conserver le nom générique indigène. J'ai adopté pour cette étude le nom ouolof avec lequel mes premières études de folklore m'avaient tellement familiarisé qu'il me paraît le seul nom qui convienne. Aucune autre raison ne me porte à favoriser le nom bambara, gourmantié, peuhl ou haoussa de préférence à celui-ci.

Le nom de guinné, à mon avis, a dû être donné à une conception mythique et panthéiste, antérieure à l'apparition de l'Islam. Cette conception serait d'origine africaine. En revanche, l'idée du démon me paraît une importation sémite.

RÉPUGNANCE A LES NOMMER.

De même que les Grecs usaient d'une antiphrase pour nommer les malfaisantes Erynnies, de même qu'en Écosse on use de la même précaution narrative, qu'en Allemagne les fées sont «les bonnes dames» (Die weise Frauen), de même les noirs convaincus ne s'aventurent-ils pas à appeler les guinné par leur nom générique. Ils les nomment: la chose, l'être, la créature de brousse (kongomorho bambara, moutâné ndâzi) l'homme de l'eau (moutâné rouha), le maître de l'eau (diandiam en peuhl)72. Le noir qui navigue sur le Niger entre Mopti et Ségou désignera de même la faro73 par cette périphrase: la femme peuhle (foula mousso) de peur que, mécontente de ce nom de faro, elle ne submerge sa barque.

Note 72: (retour) Serait-ce l'origine de NDiâdiane (Légende de NDiâdane Ndiaye) au lieu de celle, sereré, proposée? C'est probable.
Note 73: (retour) Génie de l'eau.

Noms divers.—Cependant les guinné ont leur nom: en bambara: guina, en gourmantié: dyini et odyingou; en peuhl: guinnârou (pl. guinâdyi), dzinna en songhay; bêlou74 en gourmantié de Pâma; siga en môssi; bâri en soussou; yébem en kâdo (pl. dougouné). Ces noms sont ceux des guinné de grande taille. Les nains eux, portent des noms spéciaux qui leur sont un brevet plus catégorique encore d'autochtonie: ouokolo ou nyama (bambara) tikirga ou tyityirga (môssi) pori (au pluriel pora) gourmantié; gotteré (peuhl), konkoma (malinké), artakourma (dyerma) dêguédégué (ou dêdégué) (même pluriel kâdo).

Note 74: (retour) Ce mot signifie surtout: ombre. Il en est peut-être ainsi du tyityirga môssi.

Au cours des récits où figureront ces personnages surnaturels, je leur conserverai le nom que leur donne l'indigène du pays où l'action se passe. En effet ces guinné ne sont pas tous absolument taillés sur le même patron. Ils se différencient assez nettement les uns des autres pour nécessiter un nom distinct et plus évocateur que celui, trop uniforme, de guinné. Je n'emploie ce dernier vocable d'une façon générale que pour les explications contenues dans cet essai. Les récits exigeront plus de couleur, donc plus de précision.

CARACTÈRE DES GUINNÉ.—LEURS DIFFÉRENTES VARIÉTÉS.

Je vois dans ces guinné des sortes de divinités inférieures, reste d'une religion primitive qui adorait craintivement les éléments symbolisés. Comme nature, les guinné sont intermédiaires entre l'homme et le dieu supérieur dénommé ou pressenti. Lorsque cette divinité eut centralisé les attributions dans ses mains et monopolisé à son profit le culte, les anciennes divinités de second ordre passèrent au rang de grandeurs déchues, presque de démons. Les dieux de l'antiquité ne furent-ils par rabaissés au rang de démons au moyen âge lorsque le Christ régna en dieu incontesté sur le monde?75.

Note 75: (retour) Voir à ce sujet la Chanson de Roland où Mahom et Apollin sont considérés comme des idoles de païens et des démons.

Nous allons les étudier par rapport aux éléments. Guinné de la terre et des profondeurs souterraines, guinné de l'air, guinné du feu, guinné de l'eau.

I° Guinné de la terre et des profondeurs souterraines.—Ce sont les guinné ouolof, les guina bambara, etc. Ils se divisent en géants et en nains. Je ne connais pas de contes se rapportant aux guinné souterrains comme on en trouve dans la littérature allemande. Cela tient sans doute à ce que les accidents de terrain sont rares en Afrique et que les quelques races qui habitent les régions accidentées sont peu communicatives et de tempérament défiant. J'en ai fait l'expérience avec les Foutanké et les Habé et je n'ai malheureusement séjourné que très peu de temps dans le Fouta Djallon ou dans le cercle de Bandiagara, ce qui m'a empêché d'apprivoiser des gens, très réfractaires tout d'abord à la confiance, surtout en ce qui concerne les êtres mystérieux.

Je sais cependant qu'au Bouré on croit à l'existence d'un guinné qu'on appelle Sanou (c'est-à-dire l'Or ou le semeur d'or). Les filons sont les traces de son passage sous la terre.

De temps à autre il se venge des mineurs qui violent sa retraite en provoquant un éboulement meurtrier puis, apaisé pour quelque temps, il les laisse en paix pendant une période plus ou moins prolongée. Je ne serais pas surpris qu'il y ait eu dans ces régions aurifères des sacrifices humains destinés à calmer la colère du Sanou et à obtenir de lui la permission d'exploiter les mines. La légende du Ouagadou rapportée par Lanrezac (op. cit.) me confirme dans cette opinion. Sitôt en effet que, manquant au pacte consenti, les habitants de ce pays laissent Mamadou Saké tuer le serpent fétiche à qui l'on consentait des sacrifices périodiques, on cesse de trouver de l'or dans la région.

Les gotteré peuhl semblent aussi de véritables gardiens des trésors cachés (tels les korrigans bretons). Vaincus à la lutte, c'est avec de l'or qu'ils rachètent leur vie.

2° Guinné de l'air.—Les ouokolo se déplacent souvent au milieu des tourbillons qui, aux approches de l'hivernage, courent en entonnoirs de poussière à la surface du sol desséché. Il suffit, paraît-il, de donner un coup de dent dans ce tourbillon pour couper en deux le guinné. On voit alors tomber des gouttes de sang sur le sol.

La tornade est considérée comme le signe du passage d'un guinné.

On pourrait peut-être ranger les hafritt parmi les guinné de l'air. Ceux-ci, dont la conception est plus proche de l'idée de djinn que les autres guinné sont des génies qui se déplacent en volant, des sortes de génies-oiseaux dont le déplacement s'effectue progressivement, donc avec une moindre rapidité que celui des autres guinné. Ces derniers se transportent d'un endroit à un autre avec la rapidité de la pensée.

3° Guinné du feu.—Comme guinné du feu, je ne vois guère à citer que les taloguina. Dans les contes autres que celui de ce nom on voit des guinné vomir le feu (V. Le konkoma) se transformer en torche ardente (V. Service de nuit); mais le feu n'est pas leur essence même et ils ne vivent pas en lui comme dans un élément indispensable à leur existence 76.

Note 76: (retour) Les blissi-ou se présentent souvent sous l'aspect d'une boule de feu mais il y a lieu de ne considérer cet aspect que comme un déguisement passager. Même observation pour la Mort dans le conte agni de Delafosse (op. cit.)

4° Guinné de l'eau: Ils portent les noms de guiloguina en malinké, de faro chez les Bambara; de mounou chez les Torodo, de moutâné rouha chez les Haoussa, d'arikouna dyini chez les Dyerma et de diandiam chez les Peuhl. Il y a en outre le démon des rapides de Soutadounou (v. le conte de ce titre) et le caïman Goloksalah guinné des rapides de la Falémé (v. Bérenger-Féraud).

Ce sont eux qui submergent les barques, rongent les cadavres des noyés et provoquent les inondations. Lorsque Kayes fut inondé en 1905, on dit que le faro du Sénégal se vengeait de ce qu'on lui avait capturé un de ses enfants; que celui-ci se trouvait dans la citerne de la Délégation sur le plateau, et qu'elle tentait d'aller l'y reprendre.

Ces guinné ne sont pas toujours malfaisants, et rendent parfois service aux hommes, semblables en cela aux autres guinné.

ANIMAUX-GUINNÉ

Parmi les guinné, certains ont pour forme normale la forme animale. Il y a lieu de les distinguer de ceux qui ne prennent cette forme qu'accidentellement et en vue d'un but à réaliser. Je citerai dans cette catégorie des animaux-guinné: Niabardi Dallo le caïman, Ninguinanga le boa et le lièvre de Féna. (A. S. Niânyi), l'hyène du conte de Binanmbé, le lièvre de Le lièvre et le dioula, le serpent Minimini, le cheval de nuit, le ouârasa le bayéni (Mauvais Gardien) les hyènes du conte «D'où vient le soleil», celles qui gardent les métaux précieux (conte du Rapt des métaux), l'éléphant Mamadi Bâ (Molo), l'hyène qui renseigne le roi Dinah (Lanrezac op. cit.) le caïman Goloksalah (B.-F.) le charognard de Fatouma Siguinné; l'hyène et le lion gardiens de la morale; les enfants animaux de la reine des guinné (Hammat et Mandiaye) etc., etc.

Ces animaux-guinné perdent, lorsqu'ils figurent dans les contes, les caractéristiques conventionnelles que les fables leur attribuent d'une façon invariable. Le pleureur perd sa turbulence et ses instincts malfaisants pour devenir secourable (v. La femme enceinte). L'hyène n'est plus un animal grotesque, avide et couard mais un sage gardien des talismans (Binanmbé). Ce sont donc en réalité des guinné sous forme animale et non des animaux ayant la puissance surnaturelle des guinné.

ASPECT PHYSIQUE

1° Les Géants.—L'aspect véritable des guinné n'est pas connu et ne saurait l'être car—disent les Peulh—ils prennent toutes les formes qu'il leur plaît. Aussi les verrait-on tels qu'ils sont réellement qu'on ne pourrait affirmer que cet aspect est réellement le leur 77.

Note 77: (retour) Voir à ce sujet Le kitado vengé.

Les Ouolof se les représentent comme des géants à membres grêles 78 ayant un seul oeil fendu dans le sens vertical et placé sur le front au-dessus d'un nez très allongé. Ils leur supposent de très longs cheveux et une barbe qui tombe jusqu'aux pieds. 79 Enfin ils leur font jeter le feu par les yeux et par la bouche. Quant aux déguisements qu'ils peuvent revêtir, ils sont innombrables: bouc, cabri, chat, serpent, cartouche, torche flambante, etc, etc.

Note 78: (retour) Voir La fille d'Aoua Gaye.
Note 79: (retour) Voir Le chasseur de Ouallalane.

Selon les Peuhl, le guinnârou est de taille gigantesque; ses pieds sont tournés à l'envers et sa bouche fendue verticalement. Lui aussi porte des cheveux très longs. Quant à sa couleur, elle est infiniment variable ainsi que les formes qu'il prend. Dans Hammat et Mandiaye il est présenté comme ayant le dos en forme de lame de rasoir et avec un seul de chacun des membres que l'espèce humaine possède en double.

Le guina bambara ressemble au guinné ouolof. Les contes où l'on parle de lui sont d'ailleurs très sobres de descriptions. 80

Note 80: (retour) Voir notamment: Les nyama et le cultivateur, L'hermaphrodite, Les oukolo et l'apprenti chasseur.

Le conte de La mounou de la Falémé s'accorde avec la description qui m'a été faite des faro pour dépeindre celles-ci comme des femmes de couleur claire à cheveux longs et lisses ainsi que les portent les femmes maures (ou syriennes, c'est-à-dire de race blanche).

Aucune indication précise, différente de celles que je viens de transcrire, ne m'a été donnée sur l'aspect physique des guinné gourmantié, haoussa, dyerma, hâbé 81.

Note 81: (retour) Hâbé est le pluriel de Kâdo.

2° Les Nains.—Nul conte ouolof, à ma connaissance, ne fait jouer de rôle aux nains et de ce côté nous n'avons aucun détail sur leur aspect physique. En revanche ces petits guinné figurent dans un certain nombre de contes bambara et l'un d'eux en donne un signalement assez précis.

Le nom du nain gourmantié: «pora» signifie aussi jumeau. Il y a chez beaucoup de races noires un préjugé hostile aux jumeaux qui sont considérés comme sorciers (Peulh, Bambara, Gourmantié, Môssi, etc.).

Le tyityirga môssi est-il, comme l'indique Desplagnes (op. cit.) une larve errant dans l'attente de sa réintégration? Aucun renseignement précis ne me permet de l'affirmer ou d'y contredire82.

Note 82: (retour) A ce propos je crois bon de noter que le nom de Mâlobali, l'éhonté, l'impudent que portent nombre de Bambara se rapporte à une croyance de cette nature. L'enfant qui en est affligé passe pour la réincarnation d'une larve, qui a fait à plusieurs reprises aux parents de l'enfant ainsi nommé la plaisanterie de s'incarner dans des mort-nés. De là l'épithète dont on la taxe lorsqu'elle s'est enfin décidée à s'incarner pour de bon.

D'après les Peulh, les gotteré ont une tête énorme. Leurs pieds ne présentent pas le caractère anormal de ceux des guinâdyi.—Les gotteré sont robustes et trapus et porteurs d'une très longue barbe.

Le konkoma malinké est, lui aussi, une variété des ouokolo (ou nyama) bambara et, à la barbe près, il répond au signalement qui vient d'être donné du gottéré.

Le ouokolo est un guinné intermédiaire entre le grand guinné et l'homme. Haut d'un mètre au plus, il a les pieds tournés en arrière et porte la longue barbe qui semble à peu près générale chez les nains; il est toujours de couleur sale par suite de l'habitude qu'il a de se coucher parmi la cendre.

Son nom de nyama est donné en sobriquet au gens de petite taille. On le donne aussi aux griots.

EFFET PRODUIT PAR LA VUE DES GUINNÉ

Comme pour les Napeae antiques, qui les voit devient fou et meurt le plus souvent. Sinon il reste muet ou paralysé. Ceux même qui sont parvenus à les mettre en fuite gardent longtemps l'esprit égaré et le corps malade et ne se rétablissent que malaisément.83 Cependant on peut se préserver de ce danger en portant des grigris spéciaux, donnés généralement par les guinné eux-mêmes. (Voir Le fils adoptif du guinnârou). L'homme assez brave pour rester calme à leur aspect a des chances de se tirer indemne du mauvais pas. (Les maîtres de la nuit, Le cabri, etc.).

Note 83: (retour) Voir Guinnârou de Fonfoya, Spahi et guinné. Le chasseur de Ouallalane, etc.

Moeurs et habitudes des Guinné.—Les guinné proprement dits habitent parfois des villages bâtis à la façon de ceux des hommes. Ces villages restent invisibles pour quiconque ne possède pas de talisman particulier tel par exemple que la bague du mari d'Anta la guinné84. Il y a même de ces villages au fond de l'eau pour les guilo-guina et les faro85. Une faro habite entre Ségou et Mopti sur le Niger une île qu'on nomme Faroti. Si cette faro est irritée, les innombrables oiseaux qui sont sur la grève restent silencieux. S'ils jacassent bruyamment c'est un signe que la faro n'est point en colère et que l'on peut passer sans péril.

Note 84: (retour) Hist de Mamadou et d'Anta la guinné.
Note 85: (retour) Voir La guiloguina. Les présents des faro. La femme enceinte.

Les guinné sont cependant plutôt d'humeur solitaire et habitent de préférence certains arbres, les plus majestueux de la brousse. Ceci semble confirmer mon hypothèse que ce sont d'anciens dieux inférieurs comme le furent par exemple les dryades et les sylvains. Leurs demeures végétales de prédilection sont les baobabs, les fromagers, les cailcédrat, les tâli et les siengueu. Ceux qui sont moins farouchement individualistes habitent, à deux ou trois, des bosquets dans un isolement moins absolu.

D'autres sont encore plus éclectiques en fait d'habitation. Ils élisent domicile dans des termitières (v. Le chiffon magique—La femme de l'ogre) ou encore dans des terriers.

Le guinné possède au plus haut point l'instinct de propriété. Il n'aime pas qu'on viole son domicile, qu'on fasse un lougan sur son terrain (Le chien de Dyinamissa,—Les coups de main du guinnârou), qu'on vienne chercher du bois dans ses futaies (Le feu des guina). Il se venge cruellement de toute atteinte portée à ses droits. Parfois même il fait payer à l'espèce humaine sans discernement le tort qu'un homme lui aura fait subir (v. Le diable jaloux). Il y a chez les guinné comme chez les humains, pour ceux du moins qui vivent en société, une hiérarchie constituée. Ils ont des chefs de village (v. La gourde), des rois et même des reines (v. La sage-femme de Dakar,—Hammat et Mandiaye). Il n'existe pas de loi salique chez les guinné.

Les guinné ont des troupeaux à eux (voir à ce sujet le conte de Soutadounou—Les ancêtres des Bozo, etc.). Cultivent-ils des lougans? Eux qui sont doués du pouvoir de procurer aux hommes tant de choses par une simple manifestation de leur volonté ne doivent pas se donner beaucoup de peine pour faire produire la terre. Cependant la logique n'est pas l'inspiratrice exclusive des faiseurs de contes. Aussi ne peut-on conclure par déduction qu'ils ne cultivent pas de lougans. Et en effet nous voyons dans «Les tomates de la pori» que celle-ci en cultive un. Les guinné d'ailleurs se nourrissent volontiers de végétaux et si, l'on en croit le conte kouranko de Nancy Mâra, ne les mangent qu'à condition qu'ils n'aient pas subi de cuisson.

Il y a des guinné marabouts et même «ouâliou» mais, ceux-là me font l'effet d'être déjà démarqués par l'Islam envahissant (le conte d'Ibrahima et des hafritt est plutôt arabe que ouolof). C'est d'ailleurs chez les Ouolof que j'ai trouvé presque exclusivement ce type de guinné. Le véritable guinné ne saurait avoir de religion que celle de soi-même s'il est, comme je le pense, un des vestiges d'une ancienne religion panthéiste. Il dut y avoir, dès l'origine, de bons et de méchants guinné comme il est des forces naturelles favorables et de néfastes. C'est cette bonté ou cette méchanceté que le musulman traduira par croyance ou mécréance, mais il y a là une interprétation inexacte de la conception initiale.

Intelligence.—Le guinné devine la pensée. Il dit presque invariablement à qui il rencontre: «Je sais ce que tu as dans le coeur.—Je sais ce que tu veux».

Caractère.—Comme tous les êtres animés et conscients, le guinné est tantôt bon, tantôt méchant et même l'un et l'autre en même temps et selon les circonstances. Quelquefois, sa malfaisance se restreint à des farces dangereuses. C'est ainsi qu'il s'amuse à épouvanter ceux qui s'aventurent dans son domaine d'obscurité car la nuit appartient au guinné et il interdit l'ombre comme d'autres interdisent l'espace. Ses apparitions terrifiantes semblent surtout avoir pour but d'éprouver le courage des voyageurs (v. Le guinné altéré.—Les maîtres de la nuit.—S.-G. Diêgui, etc.). Le courage le désarme et le rend impuissant.

Il n'est pas que le courage pour se sauver de lui. De bons grigris sont efficaces, soit pour l'écarter, soit pour guérir les effets fâcheux produits par sa vue. Ces grigris peuvent être des mots du Koran comme dans le chasseur de Ouallalane. Quant aux simagrées des médecins toubabs, elles restent de nul effet (v. Le spahi et la guinné in fine).

Pour la faro, il y a des précautions particulières à prendre, notamment quand on passe à proximité de l'île appelée Faroti entre Mopti et Ségou. Il est nécessaire, si l'on a parmi les provisions des douceurs (lait ou miel), d'en verser un peu dans le fleuve en offrande à la faro; faute de le faire on courrait le risque d'être englouti.

Le conte du Laptot giflé indique encore un moyen de se préserver des maléfices du guinné lorsque l'on vient à quitter sa maîtresse tard dans la nuit. Il faut que celle-ci attache son pagne de la main gauche et reste assise jusqu'à ce que l'amant soit rentré chez lui.

Ils n'aiment pas les abeilles; aussi n'habitent-ils pas les arbres où se trouvent des ruches (v. Le miel aux tytyirga).

Les chevaux aussi protègent leurs cavaliers contre les guinné (v. à ce sujet le conte de Service de Nuit).—Enfin il est à noter que la présence d'un chien noir épouvante aussi les êtres de la nuit (v. à ce sujet Les nyama et le cultivateur—Le canari merveilleux et Le chien de Dyinamissa). Je renvoie le lecteur à la note détaillée qui suit ce conte.

On peut aussi deviner leur véritable nature à leur façon de parler (le guinné aime à parodier l'accent de ses interlocuteurs) et à leur prononciation nasale. (Voir la fille d'Aoua Gaye).

Certains guinné protègent la faiblesse persécutée: les orphelines tourmentées par leurs marâtres, les frères victimes de mauvais frères, les sinamousso dont les autres co-épouses cherchent la perte, etc. D'autres au contraire ont un secret penchant pour les gens malhonnêtes et les aident de tout leur pouvoir (v. NMolo, MBaye Poullo, etc., etc.). Quelquefois, ils font payer assez cher leurs services. Ainsi, dans Le pardon du guinnârou, le guinné veut la vie de la soeur de son protégé en échange de l'aide donnée.

Ils sont vindicatifs (v. Le guinné du tâli et L'implacable créancier) et parfois même gratuitement féroces comme le guinnârou de Fonfoya. Cependant ils ont l'orgueil de leur race et opposent volontiers, en paroles sinon en actions, leur loyauté à la félonie de la race des hommes (v. Mamadou et Anta la guinné).

Quelques guinné ont aussi des habitudes d'anthropophagie qui les apparentent aux ogres de la légende indo-européenne. (V. La femme de l'ogre—Le boa marié86—Ntyi vainqueur du boa—Khadidia l'avisée—Les ailes dérobées etc.). Les faro rongent certaines parties du corps des gens qu'elles ont entraînés au fond de l'eau. Ainsi, il y a quelques années, un père blanc s'étant noyé avant d'arriver à Ségou, on l'a retrouvé avec le nombril et la cloison du nez entièrement rongés; ce sont les morceaux de prédilection de la faro.

Note 86: (retour) Cf. Nantêné et le boa (Barot, op. cit.).

Les ouokolo (ou nyama) bambara sont plutôt farceurs que réellement malfaisants87; en général, ils semblent avoir un faible pour les tomates et ne les demandent pas au travail de la terre mais à leurs talents de filous. Ils dérobent aussi volontiers le couscouss dans les cases. On les corrige de cette mauvaise habitude en pimentant fortement ce mets. Quand ils se sont bien brûlé le palais, ils n'y reviennent plus.

Note 87: (retour) C'est à eux cependant qu'on attribue des boursouflures qui (paraît-il) se produisent sur le corps des noirs qui ont pris la fièvre à trop travailler. (Cette maladie doit être rarissime chez les indigènes). On traite cette éruption par une infusion des feuilles de l'arbuste appelée de leur nom nyama fora (feuille à saveur acide dont on se sert pour la préparation de la bouillie gourmantié et aussi pour coaguler le caoutchouc).

Les nains sont en général peu serviables. Voir cependant le conte de L'hermaphrodite.

Quant à leur intelligence, elle passe pour très bornée. Aussi leur nom est-il souvent adressé comme injure collective à la caste des griots.

Ils ont pour fétiche le Komo: fétiche des Bambara.

Le konkoma malinké est malfaisant gratuitement si l'on en croit le conte de ce nom, le seul que j'aie recueilli sur lui.

Le gottéré peuhl aime à provoquer à la lutte ceux qu'il rencontre. Le vaincu est voué à la mort. Si c'est le nain qui a le dessous, il offre de se racheter avec de l'or88. Il est prudent, au cas où on le reçoit à rançon, de lui faire à la main une incision pour lui rappeler sa promesse. Si on néglige cette précaution, il revient peu après tuer par surprise son trop confiant créancier.

Ceci est à rapprocher de ce que l'on dit du ouokolo. Si vous le frappez, il vous demande de lui donner un second coup. Ce serait une grave faute que d'accéder à sa demande. Un coup unique est mortel pour le Ouokolo. Le deuxième coup serait mortel à celui qui le porterait89.

Note 88: (retour) Cf. les korrigans bretons.
Note 89: (retour) Contes inédits des 1001 Nuits (De Hammer Tome II, p. 169, Hist. de Seïfol Molouk et de Bediol-Djemal) le génie qui supplie Saïd qui l'a frappé de lui donner un 2e coup et qui meurt du refus de Saïd de lui donner satisfaction alors qu'un 2e coup l'eut guéri de sa 1re blessure.

Allah, d'après les musulmans, ne reste pas toujours impassible en présence des méfaits de certains guinné trop malfaisants. Le châtiment d'un guinné par le pivert alors qu'il prépare la ruine d'un village. (Conte du NGortann) en est la preuve.

Les guinné s'unissent assez volontiers à la race des hommes, les guinné mâles principalement car il semble ressortir du conte d'Anta que les femmes guinné s'y prêtent moins facilement. Comme exemple de ces dernières unions, je citerai les contes de Mamadou et d'Anta la guinné,—La guiloguina, La tâloguina,—La mounou de la Falémé,—Kelimabé et Moussa Nyamé (Contes des Gow. D.-Y.) Le cas le plus fréquent est celui où c'est une femme de race humaine qui épouse un guinné (Nancy Mâra—Kahué l'omniscient—Moussa Nyamé90—La femme de l'ogre—Le mari de Nantêné—Le cheval noir—Goloksalah et Penda Balou91).

Note 90: (retour) Contes des Gow (D.-Y).
Note 91: (retour) Bérenger-Féraud.

Les enfants nés de ces unions tiennent en général du guinné plus que de la race humaine. Ils se sentent plus à l'aise parmi les guinné. Ainsi, dans le conte de La femme de l'ogre, le fils du guinné soustrait sa mère à l'appétit paternel mais, après l'avoir menée hors d'atteinte, il s'en retourne près des siens. En général ces métis sont des sortes de surhommes: des sages comme Kahué l'omniscient, des héros comme Moussa Nyamé. Kahué jouit d'une jeunesse prolongée au delà des limites normales.

Ces unions ne sont pas heureuses et finissent de façon fâcheuse; aussi se contractent-elles généralement grâce à l'insincérité du prétendant qui dissimule sa véritable nature avant et même, dans la plupart des cas, après le mariage.

Les guinné adoptent volontiers des enfants de race humaine et les enlèvent à leurs parents dans cette intention. Ils les instruisent, leur donnent certains pouvoirs de divination ou de prestidigitation92. Ils en font surtout des médecins capables de guérir les maladies et au besoin de les provoquer. Voir à ce sujet: Le kitâdo vengé—Les jumeaux de la pauvresse—Le fils adoptif du guinnârou,—L'orpheline et son frère,—Déro,—Les talibés rivaux, etc., etc.

Note 92: (retour) Samako Niembelé m'a rapporté le fait suivant: «Il y a à Kayes un nommé Diéna Moussa qui passe pour avoir été élevé par les faro. Un jour il m'a dit: «Samba donne-moi des kolas!—Je n'en ai pas, ai-je répondu—Mets des cailloux dans ta chéchia» Je l'ai fait et après quelques tours de passe-passe il me l'a rendue pleine de kolas. On dit que la faro lui a donné tous les grigris qu'il a».

Par contre, les guinné se débarrassent fréquemment de leurs enfants mal venus en les substituant à des enfants d'hommes. Les Peuhl appellent ces enfants des batitâdo. Cette croyance était celle des anciens Bretons et des Allemands93. Le conte d'Ondine est inspiré par cette idée, puisqu'il s'agit de faire acquérir, par la petite créature des éléments, l'âme immortelle dont elle est dépourvue. Quand il arrive à des indigènes d'avoir des enfants retardés dans leur développement et qu'ils soupçonnent d'être fils de guinné, ils peuvent obliger leurs parents à les reprendre en les exposant dans de certaines conditions et en les adjurant de retourner avec ceux de leur race. Le procédé breton et alllemand consiste à les obliger à parler de façon à se trahir par le timbre grêle de leurs voix puis à les fouetter jusqu'à ce que les korrigans ou Wichtelmoenner, leurs parents, accourent les reprendre94.

Note 93: (retour) Voir Grimm et La Villemarqué: Barsaz-Brez.
Note 94: (retour) Voir Die Wichlelmoenner et l'Enfant supposé (Barsaz-Breiz).

La durée de la vie des guinné n'est pas indéfinie, leur existence est longue et leur croissance lente et dès qu'ils ont atteint un âge avancé ils meurent pour recommencer à vivre.

Quant aux konkoma ce sont, dit la tradition, des porcs épics qui renaissent dans les mêmes conditions.

Outre les génies de différentes sortes que nous venons de passer en revue et les hommes de toutes professions, y compris celles de voleur, de griot, d'apiculteur et d'éleveur de poules, les personnages ci-après jouent leur rôle dans les contes: goules, vampires, sorciers et contre-sorciers, végétaux, minéraux, objets divers et abstractions variées: la faim, la mort, le mensonge et la vérité, etc, etc.

Après avoir examiné rapidement ces divers personnages, j'étudierai aussi brièvement que possible les talismans, remèdes merveilleux, armes magiques et tous objets qui, sans être, à proprement parler, des talismans, présenteront un caractère surnaturel.

Goules: Ybilis déterreur et mangeur de cadavres est une véritable goule (V. Flûte d'Ybilis).

Vampires: Dans le conte peuhl: «Les mots magiques» il est parlé d'une soukoun âdio». Cette soukounâdio est le vampire suceur de sang. V. aussi La mangeuse de ses clients (conte kâdo) et Le vampire.

Sorciers: Les sorciers jouent dans les contes un rôle assez fréquent. V. la tâloguina,—La sorcière punie,—Le chien sorcier95,—L'almamy caïman,—Le chat guinné de Saint-Louis (Ce dernier est plutôt une sorte de loup-garou comme le sont les sorciers dont parle Samba Atta Dabo dans L'ensorcelée de Thiévaly), les caïmans du Milo (Fadôro) etc. Contre cette engeance malfaisante il y a un remède. Lorsqu'ils se sont dépouillés de leur peau pour aller rôder dans la nuit sous une autre forme que leur forme naturelle, il faut saupoudrer la face interne de cette peau soit avec du sel soit avec du piment. Les sorciers sont alors à votre merci96.

Note 95: (retour) Contes des Gow. L'hyène de Djenné (D-Y. op. cit.).
Note 96: (retour) V. Contes de Fadôro et du Vampire.

Il existe d'ailleurs des exorcistes ou conjureurs des sorciers: les bourhama (en ouolof) qui les obligent par leurs conjurations à réparer le mal causé. Ces exorcistes sont doués d'un pouvoir plus ou moins fort C'est sous la dictée de l'un d'eux qui se targue d'une puissance supérieure à celle de ses confrères, que j'ai transcrit le conte intitulé L'ensorcelée de Thiévaly. Chez les musulmans, ce rôle est tenu le plus souvent par les marabouts, chez les fétichistes bambara par les nama, chez les gourmantié, par les niogoudâno. Ces derniers combattent par des fumigations le mauvais sort jeté.

On trouvera dans Bérenger-Féraud (Op. cit.) quelques indications relatives à la croyance aux sorciers dans la Sénégambie.—Chez les Sénofo et les Bobo comme chez les Kissiens et les Kouranko, dès qu'une mort subite fait soupçonner le maléfice d'un sorcier, on procède à des épreuves destinées à révéler le nom de celui-ci. Le conte du Cheval de nuit documentera le lecteur sur ce point. Il y est procédé à un véritable interrogatoire du cadavre.

On peut rapprocher de la croyance aux sorciers la foi en l'efficacité néfaste du mauvais oeil. Voir le Kitâdo vengé,—La chèvre au mauvais oeil, etc., etc. Les possesseurs du mauvais oeil sont d'ailleurs considérés comme des jettatori conscients, ce qui n'est pas toujours le cas, en Italie par exemple. La croyance au «cattio occhio» est générale en Orient et notamment en Turquie. Pline et Virgile en parlent ainsi que Théocrite. (V. Contes inédits des 1001 nuits, op. cit. Notes du Tome II p. 323).

Comme végétaux figurant dans les contes il y a lieu de citer le riz (V. Le choix d'un d'un damel.)

Comme minéraux: le caillou (Ntyi vainqueur du boa.)

Comme choses diverses: le gigot, (Le sounkala de Marama), la boule de mil et la cravache (La nyinkona), la marmite (Hammat et Mandiaye), la sauce, les canaris et les calebasses (Bergère de fauves).

Comme abstractions: La Mort97 (V. La mort créancière,—L'intrus dans l'Aldiana 98, la Faim, Le choix d'un lanmdo, l'Humanité [Adina], le Mensonge et la Vérité)99. Voir aussi abstractions des contes ci-après: Kahué l'omniscient,—L'éléphantiasis de Moriba, les diverses parties du corps (Le procès funèbre de la bouche).

Comme animaux fabuleux: le ouârasa, le mangeur d'hommes (Le plus brave des 3, le minimini), l'yboumbouni.

Note 97: (retour) Voir Delafosse: Le Ciel l'araignée et la Mort.
Note 98: (retour) D'après le D. Cremer.
Note 99: (retour) Conte de Froger.

TALISMANS

Les talismans sont nombreux et variés Citons:

La bague (Bissimillaye et Astafroulla, La bague aux souhaits—Mamadou et Anta la guinné—Mâdiou le charitable).

Les oeufs ou les calebasses magiques (Hammat et Mandiaye,—Le sounkala de Marama—La conquête du dounnou—Anntimbé ravisseur du bohi).

La cravache qui frappe d'elle-même (La nyinkona).

La calebasse (ou le canari) inépuisable (La nyinkona et La bergère de fauves.)

Le tapis volant (Mamadou et Anta la guinné).

La poudre magique qui rend intelligible le langage des bêtes (Le lièvre et le dioula).

La poudre magique qui fait sortir de terre un tata avec sa population et son bétail (La revanche de l'orphelin et Le pupille du cailcédrat).

L'arme qui assure le pouvoir à son possesseur (sagaie de Binanmbé, fusil de Molo)100

Note 100: (retour) Le sabre de Malick Sy roi des Diawara (Lanrezac) celui d'Alioun (Faveurs aux nouveaux convertis) (B.F.)

Le bonnet qui rend invisible101 (Contes des Gow: Sanou Mandigné).

Note 101: (retour) V. Contes des Gow: Sanou Mandigné (D.-Y. op. cit.). V. Grimm et aussi Chamisso. Pierre Schlemihl.

L'onguent qui contraint les gens à ramasser de l'herbe jusqu'à épuisement (Bilâli).

Le grigri révélateur d'aînesse (Bilâli.—Les quatre fils du chasseur).

L'onguent léthargique (Fatouma Siguinné).

Le grigri de malice102 et d'habileté dans la friponnerie (MBaye Poullo et Le grigri de malice).

Note 102: (retour) V. Manuel des pères de Brouardou.

Le grigri de bravoure (L'homme au piti).

Le grigri de science (Mâdiou le charitable).

ARMES MERVEILLEUSES.

Le grigri de victoire (Yamadou Hâvé).

Le fusil qui tue quantité de gens d'un seul coup (A.-S. Niânyi.—S.-G. Diêgui.—La bague aux souhaits).

La poudre à tuer le gibier (La lionne et l'hyène).

La barbiche meurtrière (Même conte. Le bouc et l'hyène à la pêche).

Le sabre qui coupe des têtes multiples d'un coup unique (Voir B.-F. Faveurs aux nouveaux convertis).

REMÈDES SOUVERAINS.

Les drogues des «Talibés rivaux».

Les remèdes de Déro.

Ceux de Ntyi le patient (Les deux Ntyi).

OBJETS MERVEILLEUX AUTRES QUE DES TALISMANS103.

L'arbre prophétique du Boundou (Amady Sy)104.

Le canari-aigrette (Le canari merveilleux).

La graisse et les boyaux de Takisé (Le taureau de la vieille).

L'arbre aux fruits d'or.

Le baobab rempli d'or (Les présents des faro).

Note 103: (retour) J'entends par là ceux qui ne sont pas affectés à l'usage d'un possesseur unique et n'ont pas pour objet unique le bien de ce possesseur.
Note 104: (retour) Cf. les chênes de Dodone.