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Essai sur la littérature merveilleuse des noirs, suivi de Contes indigènes de l'Ouest africain français - Tome premier cover

Essai sur la littérature merveilleuse des noirs, suivi de Contes indigènes de l'Ouest africain français - Tome premier

Chapter 32: XV LE FILS DU SÉRIGNE
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About This Book

The author gathers and analyzes oral literature from West African communities, prefacing a large anthology of indigenous tales. He explains collection methods and transcriptions, proposes a classification of narratives (cosmogonic, heroic, social, pseudo‑scientific, pure imagination, didactic and fable), and examines recurring themes and forms. The study catalogs marvelous beings and spirits, personified animals, talismans and magical devices, and describes stock roles such as the cunning hare and the greedy hyena. Numerous collected tales illustrate motifs, symbolism, narrative techniques, and aspects of local psychology and moral teaching.

Conté par FATIMATA OAZI

Interprété par SAMAKO NIEMBÉLÉ

dit SAMBA TARAORÉ.





VII

LA FAUSSE FIANCÉE

(Malinké).

Un fama fit demander à un autre fama de lui donner sa fille Dêdé en mariage et celui-ci y consentit.

Au moment du départ de la fiancée pour se rendre chez son mari, son père lui donna une griote comme compagne de voyage. Elles se mirent en route.

On était en pleine saison sèche et la chaleur était excessive. Les villages se faisaient rares sur la route et, le dernier jour du voyage, elles avaient une très longue étape à effectuer dans une région complètement désertique. Ce jour là, la provision d'eau vint à s'épuiser. Seule la griote avait gardé de l'eau dans une outre qu'elle portait.

Dêdé, qui avait grand soif, demanda un peu à boire à sa compagne de route: «Si tu ne me donnes pas la moitié de tes bijoux, lui répondit celle-ci, je ne te donnerai pas de mon eau».

La princesse remit alors à la griote un bracelet de bras et un bracelet de pied et, en échange, celle-ci versa de l'eau plein une coquille d'huître pour qu'elle put se désaltérer un peu.

Plus loin, Dêdé éprouva de nouveau le besoin impérieux de se rafraîchir. La griote exigea d'elle le reste des bijoux dont elle était parée et lui remit de nouveau de l'eau plein la coquille d'huître.

On n'était plus très loin du village du fiancé quand la princesse, pressée par une soif ardente, supplia encore la griote de lui donner à boire.

—«Donne-moi tous tes vêtements et tout ce qui témoigne de ton origine royale, de façon qu'en nous voyant ensemble on croie que c'est moi la véritable fiancée du fama.»

Dêdé, vaincue par la soif, céda aux exigences de la griote. Celle-ci alors lui retira ses pagnes et ses boubous et lui remit en échange les vêtements rouges de sa caste dont la princesse se revêtit.

Elles se présentèrent ainsi devant le fama.

Celui-ci, voyant la griote dans les vêtements de la princesse, la prit pour sa fiancée et la fit entrer dans sa case.

Dêdé resta près d'elle comme servante. Elle ne révéla rien de ce qui s'était passé car elle eût eu honte d'avouer qu'elle avait cédé à la nécessité.

L'année suivante, la griote donna un enfant au fama et on confia le petit à Dêdé pour le soigner. Chaque matin elle l'emportait avec elle sur son dos quand elle allait chasser des lougans les perroquets qui venaient pour manger la récolte. Elle s'asseyait sur une grande termitière et faisait sauter le petit garçon dans ses bras pour apaiser ses cris. En même temps elle chantait:

Tais-toi petit de griote.

Le jour que mon père m'a donnée au massa152

C'est pour que je sois celle qui couche avec le roi.

Le jour que ma mère m'a donnée au massa

C'est pour que je sois celle qui couche avec le roi

Tais-toi petit de griote. Tais-toi!

Tous les jours elle répétait cette chanson.

Il arriva qu'un jour une vieille qui cherchait des champignons en bordure du lougan entendit Dêdé chanter. Elle s'en fut trouver le roi et lui dit: «Grand massa, si tu me rassasies de viande sans os, je t'apprendrai une nouvelle intéressante153».

Note 153: (retour) Procédé fréquent des contes noirs. Cf. L'homme touffu—Les trois femmes et le sartyi et (Contes des Gow) Fatimata de Tigilem.

Le roi lui fit donner des oeufs durs autant qu'elle en voulut. Alors la vieille lui déclara ceci: «La femme qui est chez toi comme ta femme n'est pas la vraie fille du roi. C'est sa griote seulement. Si tu tiens à savoir la vérité, fais venir ici toutes les filles du village et ordonne leur de répéter la chanson qu'elles chantent le matin en effarouchant les oiseaux pilleurs de lougans».

Le massa fit convoquer toutes les filles du village, chacune portant l'enfant confié à ses soins. Il les invita à répéter la chanson qu'elles chantaient le matin: et elles obéirent. Quand vint le tour de Dédé, qui était la dernière, celle-ci chanta une tout autre chanson que celle que la vieille avait surprise. Alors cette dernière, qui se tenait au côté du chef, dit: «Ce n'est pas cette chanson-là!»

Le massa tira son sabre du fourreau et menaça la fausse griote de l'égorger sur le champ si elle ne chantait pas la véritable chanson.

Épouvantée, Dêdé déposa à terre l'enfant qu'elle avait sur son dos puis, le reprenant et le faisant sauter dans ses bras, elle chanta:

Tais-toi, petit de griote, etc.

Quand elle eut fini de chanter, le massa comprit de quelle fourberie il avait été la victime. Il fit venir la griote et lui coupa la gorge. Dêdé alors se lava les mains dans le sang de l'aventurière154 et prit la place à laquelle elle avait droit.

Note 154: (retour) Geste symbolique commun aux aryens et aux chamites. Cf. G. de Castro: «Las mocedades del Cid».

Quant au fils de griote, on le rendit à ceux de sa caste.

Fada 1912.

Conté par KAMISSA SOUKO, femme malinké

(région de Siguiri) épouse de MAMADOU LY,

interprète à FADA NGOURMA. Traduit par

SAMAKO NIEMBÉLÉ, dit SAMBA TARAORÉ.

ÉCLAIRCISSEMENTS

Cf. contes allemands «Falada» et «Die beiden Wanderer. Cf. aussi: La biche au bois».





VIII

LES CALAOS ET LES CRAPAUDS

(Malinké).

En ce temps-là, crapauds et calaos vivaient en bonne intelligence. Le roi calao avait donné sa fille en mariage au roi des crapauds.

Un fils était né de cette union. Un jour, il dit à sa mère: «Je vais rendre visite à «grand-papa calao». Il se mit en route avec un camarade et ils arrivèrent chez le grand-père.

Le camarade du prince crapaud se prit de querelle avec un des oncles de son ami. Celui-ci le saisit et—crac!—d'un coup de bec, il le coupa en deux. L'oncle calao avala par mégarde un des morceaux et surpris d'y trouver si bon goût, il porta l'autre morceau au grand-père calao en lui disant: «Baba! la chair de ces sales bêtes est délicieuse à manger. Goûtes-en donc!»

Grand-papa calao prit le morceau et l'avala. La chair de crapaud lui parut d'une saveur réellement très agréable. Il y prit goût à tel point qu'il résolut de s'en procurer de nouveau. Mais il ne voyait pas le moyen de parvenir à ses fins.

Il alla trouver le chat155 et lui fit part de son désir et de son embarras. «Tu es le beau-père du roi des crapauds, lui répondit le chat. Eh bien! tu n'ignores pas que, lorsqu'on a accordé sa fille à quelqu'un, l'usage veut que le gendre vienne cultiver le champ de son beau-père! Envoie inviter le roi crapaud à défricher ton lougan demain matin. Il viendra, accompagné de tout son peuple, et tu pourras faire d'eux tout ce qu'il te plaira».

Note 155: (retour) Le chat joue ici le rôle de conseiller comme dans le conte: «D'où vient le soleil.»

Grand-père calao envoya donc mander son gendre. Et toute la gent crapaude arriva, précédée d'un griot156 qui frappait du dounnou157 et qui chantait:

Culture pour le beau-père (bis).

Culture de la gent crapaude pour le beau-père!

Note 156: (retour) Griot: bouffon, poète et chanteur domestique.
Note 157: (retour) Dounnou: gros tambour bambara.

Tous les calaos s'étaient cachés autour du lougan. Les crapauds pénétrèrent dans le champ de grand-papa calao, sans donner d'autre avis de leur venue—comme, d'ailleurs, le prescrivent les convenances en pareil cas.—Et ils commencèrent à défricher.

Tous en même temps, les calaos se précipitèrent sur eux et les gobèrent.

Depuis lors jamais plus crapauds et calaos ne redevinrent d'accord.

Bogandé 1911.

KAMORY KEÏTA dit SAMBA DIALLO, 1911.

Interprété par SAMAKO NIEMBÉLÉ

dit SAMBA TARAORÉ.

ÉCLAIRCISSEMENTS

Comparer à la fable de La Fontaine. Le chat et les 2 moineaux.





IX

CHASSEZ LE NATUREL...

(Kissien).

Le lièvre et le singe s'entretenaient un jour. Et, tout en conversant avec son interlocuteur, chacun d'eux laissait libre cours à son tic familier. De temps à autre, le singe se grattait de brefs coups de patte saccadés et le lièvre, qui redoute sans cesse d'être surpris par quelque ennemi de sa race, ne pouvait s'empêcher à tout instant de tourner la tête tantôt d'un côté, tantôt de l'autre.

Les deux animaux ne pouvaient se tenir en repos.

«Il est extraordinaire vraiment, fit observer le lièvre au singe, que tu ne puisses laisser passer une minute sans te gratter!»

—«Ce n'est pas plus singulier que de te voir sans répit tourner la tête dans toutes les directions! riposta le singe».

—«Oh! protesta le lièvre, je saurais bien m'en empêcher, si j'y tenais absolument».

—«Eh bien! voyons si tu pourras y parvenir. Tâchons, toi et moi, de rester immobiles, celui qui bougera le premier aura perdu son pari».

—«Entendu!» accepta le lièvre.

Et tous deux s'étudièrent à ne pas faire le moindre mouvement.

L'immobilité ne tarda guère à leur sembler insupportable. Le singe se sentait démangé comme jamais il ne l'avait été de sa vie. Quant au lièvre, il éprouvait de vives angoisses au sujet de sa sûreté depuis qu'il ne pouvait plus lancer à tout instant des coups d'oeil furtifs vers chacun des points de l'horizon.

A la fin, n'y tenant plus: «Au fait! dit-il notre pari ne nous interdit pas de nous raconter quelque histoire pour rendre le temps moins long, n'est-il pas vrai, frère singe?»

—«Assurément! répondit celui-ci, qui se doutait de quelque stratagème de son compère et s'apprêtait à en faire son profit en s'inspirant de l'exemple qu'allait lui donner le lièvre».

—«Eh bien! je commence, dit ce dernier. Figure-toi qu'un jour de saison sèche, me trouvant dans une vaste plaine, je courus le plus grand danger...».

—«Tiens! s'exclama le singe, il m'est arrivé la même chose à moi aussi!...»

—«Oui! poursuivait le lièvre pendant ce temps, je vis des chiens accourir vers moi en aboyant. Il en venait de tous côtés: à droite!... à gauche!... devant moi!... derrière moi!... Je me tournais de ce côté... j'en entendais par là et puis par là... et par là encore!»

Et tout en disant cela sire lièvre, comme entraîné par son récit, mimait ses inquiétudes en cette occurrence fâcheuse et regardait dans toutes les directions auxquelles il faisait allusion.

Le singe, de son côté, racontait son histoire, sans écouter le moindrement ce que disait son interlocuteur.

«Un jour, disait-il, je fus assailli par une troupe d'enfants qui me pourchassèrent à coups de pierres. J'en recevais ici!—(Il se grattait le flanc droit comme pour désigner la place où le coup avait porté) là!... (au flanc gauche) sur les reins, à la cuisse, à la nuque». Et, à chaque partie du corps qu'il nommait ainsi, il l'indiquait d'un geste précipité qui faisait cesser l'impérieuse démangeaison.

Le lièvre ne pouvait plus contenir son envie de rire. Il éclata! Et le singe, en le voyant pouffer, rit aussi de tout son coeur.

—«Oui! Oui! lui dit-il je t'entends. Vois-tu, nous aurons beau dire et beau faire, jamais nous ne changerons notre naturel. La preuve en est faite et bien faite. Tenons-nous en là. Nul de nous n'a gagné le pari et nul de nous ne l'a perdu».

Sambadougou 1907.

Conté par EDOUARD NGOM.

ECLAIRCISSEMENTS.

Cf. Conte Le lièvre et l'hyène aux cabinets.

Noter que le lièvre ici est représenté comme le type de l'animal craintif.





X

SERVICE DE NUIT

(Ouolof).

En 1884, à Saint-Louis j'ai vu quelque chose d'extraordinaire.

C'est en remplissant une mission dont m'avait chargé mon officier: M. Baffart-Coquard, sur mon retour de N'Diago158 entre une heure et deux heures du matin. J'avais été envoyé pour faire revenir l'aide de camp du colonel, commandant supérieur des troupes de Saint-Louis. La cause de cette convocation c'est que l'aide de camp en question: M. le lieutenant Fametal rendait impossible le bal qui avait lieu à N'Diago ce soir là. Il était plus joli que tous les autres officiers qui dansaient là-bas.

Note 158: (retour) Village à 17 kilomètres N. de Saint-Louis.

Aussi ses camarades avaient-ils arrangé un bon tour pour l'obliger à rentrer à Saint-Louis.

J'avais accompagné mon lieutenant à N'Diago. Jusqu'à une heure du matin j'étais resté couché avec les soldats d'infanterie. A ce moment, mon lieutenant est venu me réveiller. Il m'a dit: «Ahmadou, il ne faut pas avoir peur. Un spahi n'a jamais peur! Il y a un camarade à nous, un officier qui gâte tout le bal. Personne ne sait comment l'en empêcher. Aussi je te charge d'une mission—et le capitaine que tu vois t'en charge aussi. (Ce capitaine était de l'infanterie). Si tu fais ce qu'il faut, nous te donnerons 20 francs de bounia159».

—Et moi je lui réponds: «Mon lieutenant, il y a dans le bal un commandant à quatre galons! Il y a un lieutenant-colonel et vous voulez me faire mentir devant mes supérieurs! Le colonel, commandant supérieur des troupes va me f..... dedans!

«—Ce n'est pas la peine de t'effrayer, Ahmadou, je me rends responsable de ce qui arrivera.

Alors je dis: «C'est bon!».

«—Va t-en seller ton cheval et vivement! Dès que ce sera fait, monte dessus aussitôt. Et puis arrive au triple galop et entre dans la salle en parlant fort devant tous les officiers qui sont là. Dis hardiment: «Lieutenant Fametal, répondez! Le commandant supérieur des troupes de Saint-Louis vous ordonne de rentrer immédiatement car vous êtes venu au bal sans permission.»

—Je monte à cheval. Je trotte d'abord comme si j'étais en colère puis, lorsque je suis tout près, je charge!

La moitié de ceux qui étaient au bal se sauvent. On se demande: «Qu'est-ce que cela veut dire?» Moi je réponds: «C'est moi, spahi! J'arrive directement de Saint-Louis. Je viens avec mission du colonel, commandant supérieur des troupes, appeler son secrétaire Monsieur le lieutenant Fametal! Il est venu au bal sans permission. Et le colonel, commandant supérieur des troupes m'a chargé de lui dire de me suivre et de revenir en même temps que moi à Saint-Louis». (Ce n'était pas vrai. Je l'ai dit, mais je mentais).

Je dis au lieutenant: «Mon lieutenant, je ne puis vous attendre car on m'a donné l'ordre de me dépêcher.»

Je m'en retourne. J'arrive à Saint-Louis à deux heures du matin. Les coqs commençaient à chanter. Je passe devant la maison de Michas... et tout à coup je vois quelque chose qui, partant du sol, montait si haut que mes yeux n'en pouvaient voir la fin.

C'était tout blanc!

Mon cheval s'est cabré par trois fois! Il ne voulait pas suivre la rue où nous étions. Je lui donne une forte claque pour le forcer à passer. Il refuse de m'obéir!

Alors le guinné qui était devant moi devient comme un bâton qui brûle! Qu'est-ce que c'est que cela? me dis-je et un vent froid me passe dans le cou et sur le crâne! Le cheval refusait d'avancer. Je le fais tourner pour prendre une autre rue, je passe enfin.

Le lendemain, j'ai demandé aux vieilles gens ce que cela signifiait. On m'a répondu: «C'est un guinné que tu as rencontré. Si tu n'avais pas été sur ton cheval tu serais devenu fou. Quand tu es à cheval, les guinné ne peuvent pas faire leurs sottises car ils sont amis des chevaux». (—Toi, commandant, tu ne l'as jamais remarqué? La nuit ils viennent blaguer avec eux, leur tresser les crins160... Non? Tu ne me crois pas? Vous autres blancs, vous ne voulez jamais rien croire! Enfin bon!—).

Note 160: (retour) Les guinné passent en effet pour venir jouer la nuit avec les chevaux. Il paraît que, par les temps humides surtout, il arrive fréquemment de trouver le matin la crinière des chevaux comme tressée. Un Européen établi dans le pays me l'a affirmé.

Le lendemain tout le monde est rentré à Saint-Louis. Le lieutenant, Monsieur Fametal, a quitté la maison du colonel, commandant supérieur des troupes. Il est venu me trouver chez mon officier, Monsieur Baffart-Coquard. Il m'a dit: «Spahi, tu as de la chance que ton supérieur soit là! Chaque fois que je te rencontrerai sans lui, je te fais fusiller».

Il était venu, à deux heures du matin, réveiller le colonel commandant supérieur des troupes. Il lui avait demandé: «Mon colonel, c'est vous qui m'avez fait appeler?» Et le colonel avait répondu: «Parbleu! ce sont vos camarades qui vous ont f....u dedans!»

Comme il ne pouvait plus retourner à N'Diago, il avait été forcé d'aller se coucher.

Le lieutenant et le capitaine m'ont donné les 20 francs.

Tiens! je suis fatigué! J'ai chaud! Donne-moi l'alcool de menthe que tu m'as promis pour cette histoire là.

Moi j'ai vu ça! Ce ne sont pas des kalao-kalô!161

Note 161: (retour) Mensonges, gasconnades.

Yang-Yang 1904.

Conté par AHMADOU DIOP.





XI

LE PLUS BRAVE DES TROIS

(Bambara)

Deux amis vivaient dans un même village, chacun avec sa maîtresse. Un jour, la maîtresse de l'un d'eux alla en promenade dans un village pas très éloigné. Au soir, l'amant, qui se nommait Kéléké, ne la voyant pas revenir, pria Missa, son ami, d'aller au devant d'elle.

Comme Missa revenait avec la jeune femme, celle-ci qui marchait en avant de lui aperçut un morhoméné ouâra162 (c'est-à-dire une panthère mangeuse d'hommes)163 qui s'avançait à leur rencontre.

Note 162: (retour) Il s'agit ici d'un sorcier qui s'est changé en panthère. C'est ce qu'on appelle fauve attrapeur d'hommes (morhoméné-ouâra) ou plutôt ouan-dialanga, ce dernier nom étant employé dans les récits pour épargner aux auditeurs l'épouvante que leur inspire le premier. L'autre nom: ouan-dialanga, signifie le puissant par excellence. Quand le lion voit un ouan-dialanga, il feint de brouter de l'herbe.
Note 163: (retour) Ces contes-charades ou devinettes, analogues aux oetselmoerchen allemands, se racontent à la veillée, soit au clair de lune en filant le coton, soit auprès du feu dans les cases. La conversation est alimentée par l'énigme proposée. Chacun expose son opinion, en donne les motifs et les soutient. La controverse fait ainsi passer le temps.

«Missa, dit-elle, voilà une panthère qui vient sur nous».

—«Attends un peu, répondit-il. Je vais la tuer».

Il tire son grand sabre et, d'un coup, abat le fauve mangeur-d'hommes. Ensuite il dit à la femme: «Il faut que je mette à l'épreuve la bravoure de ton amant! Étends-toi sur le dos, je vais placer le morhoméné ouâra sur toi, les pattes de derrière repliées sur tes cuisses, celles de devant sur ta poitrine et sa gueule à ta gorge. Puis j'irai prévenir Kéléké que tu viens d'être étranglée par une panthère et qu'elle est en train de te dévorer. Nous verrons s'il a du courage!»

La femme accepte l'épreuve et Missa, la laissant là toute seule dans l'obscurité; s'en va trouver son camarade:

«Ami, lui dit-il en l'abordant, près de la grande termitière rouge qui se trouve sur la route du village voisin, une panthère m'a pris ta maîtresse et elle est en train de la dévorer. J'ai eu peur et je me suis enfui».

Kéléké n'attend même pas que son camarade ait fini de parler. Sans armes, sans même un bâton, il part comme le vent. Missa a peine à le suivre. Quand il est auprès de la bête, Kéléké se précipite sur elle et, d'un formidable coup de poing, la rejette violemment sur un côté du chemin.

Sa maîtresse alors se relève et lui dit en riant: «Ne te fais pas de mal à la main; le morhoméné ouâra est déjà mort. Missa et moi nous avons voulu savoir si tu m'abandonnerais en cas de péril réel».

Dites-moi: quelle est, de ces trois personnes, la plus brave? Est-ce Missa qui a osé s'attaquer au morhoméné ouâra, armé d'un simple sabre? Est-ce la femme qui a eu le courage de rester seule, en pleine nuit, sous le cadavre du fauve, sans savoir si celui-ci était tout à fait mort ou bien encore si une autre panthère ne surviendrait pas?

Est-ce enfin Kéléké qui voulait combattre l'animal, armé de ses seuls poings?

Bogandé 1911.

Conté par SAMAKO NIEMBELÉ

dit SAMBA TARAORÉ.





XII

L'HOMME TOUFFU

(Dyerma)

Un père de famille, à sa mort, laissa deux orphelins, un fils appelé Daouda et une fille du nom d'Aïssata. Cette dernière était si jolie que son frère craignit que le roi ne la lui enlevât de force. Aussi construisit-il dans son lougan même164 une case où il logea sa soeur pour la soustraire à la vue du kuohi165. Il cessa lui-même d'habiter le village et vécut près d'Aïssata pour la protéger, si besoin en était.

Note 164: (retour) Les lougans sont situés à l'écart des villages et à une assez grande distance.
Note 165: (retour) Roi, en dyerma.

Un jour que Daouda chassait l'éléphant, un bouvier se présenta à la porte de la case et demanda à boire. L'orpheline lui apporta de l'eau.

Après avoir bu, le bouvier dit à la jeune fille: «Tu es vraiment jolie! Si tu y consens, je te prendrai comme femme et je te donnerai cent taureaux en dot».

—«Éloigne-toi bien vite, répondit Aïssata, mon frère ne saurait tarder. S'il te rencontrait ici, tu serais un homme mort».

Le bouvier tint compte de l'avis et s'enfuit sans même s'occuper de son troupeau qui paissait près du champ de mil des orphelins. Une fois rentré au village, il courut trouver le roi et lui dit: «Kuohi, je sais où il y a une fille d'une beauté sans égale et je puis te l'amener, à condition que tu me donnes des hommes pour l'enlever car elle est gardée par son frère qui est d'une extrême cruauté».

Le roi le fit escorter par 30 cavaliers et il les guida vers la case de Daouda. Quand la petite troupe fut à peu de distance de la case, le bouvier se rappela la menace que lui avait faite Aïssata de la vengeance de son frère. La peur le reprit. Il s'arrêta net et, s'adressant à son escorte: «Entourez cette case, dit-il. C'est là que se trouve la jolie fille que nous devons amener au kuohi. Pour moi, je vais à la recherche de mon troupeau qui s'est égaré ce matin».

Les cavaliers marchèrent à la case. Aïssata qui les voyait venir de loin appela son frère en lui criant: «Voici des cavaliers qui viennent m'enlever».

Daouda cessa aussitôt son travail de culture, rentra dans la case prendre ses armes et revenant, l'arc tendu et le carquois à l'épaule, il dit à sa sour: «Je vais les tuer tous, à l'exception d'un seul qui ira annoncer la mort de ses compagnons à celui qui les a envoyés ici».

Les cavaliers étaient maintenant proches de la case. Ils poussaient des cris aigus pour épouvanter le défenseur d'Aïssata, mais Daouda commença à décocher ses flèches dont chacune traversait de 3 à 4 cavaliers. Il abattit ainsi 29 hommes et n'épargna que le dernier qui s'enfuit et alla prévenir le roi du désastre.

Le kuohi exaspéré ordonna à cent cavaliers et à cent guerriers à pied d'aller s'emparer de la jeune fille. De tous ces hommes il n'en revint qu'un au village. Les autres avaient été tués par Daouda.

Successivement le kuohi envoya plusieurs colonnes qui furent, les unes après les autres, anéanties par l'orphelin.

Un jour, une vieille vint le trouver et lui dit: «Tu gaspilles tes guerriers sans résultat. Si tu me promets un présent de valeur, dès demain tu auras en ton pouvoir la jolie fille, soeur de celui qui a tué plus de la moitié de tes guerriers.

—«Trouve le moyen de me procurer cette jeune fille, déclara le kuohi et ton fils aura pour femme une de mes filles».

La vieille salua le roi et s'en revint chez elle, où elle fit bouillir une plante soporifique puis, après avoir retiré de cette décoction les feuilles qu'y avaient bouilli, elle y délaya de la farine de mil. De cette pâte légère elle fabriqua des «mâssa»166.

Note 166: (retour) Galettes appelées «monmi» chez les Bambara. Elles sont faites de pâte de mil frite.

La vieille prit alors le sentier qui menait au lougan des orphelins et tout, en marchant, elle criait «Mâssa! Qui veut acheter de bonnes mâssa?» Daouda, qui n'avait pas goûté de ces galettes depuis son départ du village, héla la vieille, lui en acheta deux et les mangea à belles dents. Il n'avait pas fini de mâcher la dernière bouchée qu'il tomba à terre profondément endormi.

La vieille ne perdit pas de temps. Elle courut prévenir le kuohi qu'il pouvait sans crainte envoyer prendre Aïssata par 2 hommes seulement car son défenseur ne se réveillerait pas avant le lendemain.

Le roi dépêcha deux hommes avec ordre de se saisir de l'orpheline. Quand Aïssata les aperçut, elle secoua son frère «Réveille-toi! Deux hommes viennent pour s'emparer de moi!—Passe moi mon carquois et mon arc!» balbutia Daouda, sans faire le moindre mouvement, tant il était paralysé par le sommeil.

Les cavaliers s'emparèrent d'Aïssata et l'emportèrent chez le roi qui l'épousa. Quand Daouda reprit ses sens et qu'il s'aperçut de la disparition de sa soeur, il devint à moitié fou de rage. Il s'enfonça dans la forêt ne voulant plus voir d'êtres humains. Il y vécut, chassant avec les ziné167; il mangeait et dormait en leur compagnie. Il était devenu tout à fait sauvage; des arbustes, des herbes poussaient sur sa tête.

Note 167: (retour) Nom dyerma des guinné ou génies.

Un jour que, fatigué de marcher, il s'était étendu sous un arbre, des bûcherons l'aperçurent. Ils se jetèrent sur lui, le ligottèrent et l'entraînèrent au village où ils le livrèrent au roi.

Le kuohi fit couper les herbes et les arbustes qui lui avaient poussé sur la tête; on lui rasa les cheveux. Ensuite le roi le donna à sa femme Aïssata pour qu'il gardât l'enfant qu'elle avait eu de lui. Aïssata ne reconnut pas en ce captif son frère Daouda; mais lui l'avait reconnue dès en entrant dans sa case. Il prit l'enfant et chanta cette chanson: «O mon neveu amuse-toi! Fils de celle que j'ai nourrie avec le lait des vaches de notre père, amuse-toi!»

Aïssata, en l'entendant, se mit à pousser des cris. Le kuohi accourut avec ses captifs et s'inquiéta de ce qu'elle avait à crier ainsi «Kuohi! dit-elle, tu as fait de mon frère ton captif et tu me l'as donné pour garder mon fils!»

Le roi demanda à Daouda si Aïssata disait la vérité. Celui-ci alors raconta au kuohi toute son histoire; quand il fut à la fin, son beau-frère lui donna de l'or et de l'argent en quantité, des bijoux, des chevaux, des vaches et lui abandonna tout pouvoir sur la moitié du village. Par la suite il lui confia une colonne à commander car Daouda avait prouvé, aux dépens même du roi, qu'il était brave et qu'il tirait adroitement de l'arc.

Bogandé 1911.

Conté par FATIMATA OAZI.

Traduit par SAMAKO NIEMBÉLÉ

dit SAMBA TARAORÉ.

ÉCLAIRCISSEMENTS

Cf. La princesse du Soleil (Luzel, Contes et légendes des Bretons Armoricains.) Merlin-devin (De La Villemarqué, Barsaz-Breiz) Sneewittchen (Grimm).





XIII

POURQUOI LES POULES
ÉPARPILLENT LEUR MANGER

(Bambara)

On avait apporté une calebasse de karité à la poule et au chien. Tout le beurre de karité qui embeurrait les légumes était descendu au fond de la calebasse, si bien que le dessus se trouvait complètement sec.

Le chien, qui savait à quoi s'en tenir, ne s'attarda pas à manger le dessus du plat. Il enfonça son museau jusqu'au fond de la calebasse et fit ses délices des haricots ruisselants de beurre qu'il atteignait ainsi.

La poule, moins avisée, ne picorait que le dessus du plat.

Quand les deux convives furent rassasiés, le chien retira son museau de la calebasse et dit à la poule: «Faut-il que tu sois bête pour ignorer que jamais on ne doit manger d'un plat sans s'assurer de ce qui se trouve au fond!»

C'est depuis ce jour-là que les poules ont pris l'habitude de gratter et d'éparpiller leur nourriture pour voir d'abord le fond du plat qu'on leur donne à manger.

Bilanga 1911.

Conté par SAMAKO NIEMBÉLÉ,

dit SAMBA TARAORÉ.





XIV

LE PROCÈS FUNÈBRE
DE LA BOUCHE

(Gourmantié)

Quand la bouche fut morte, on consulta les autres parties du corps pour savoir d'elles laquelle se chargerait de l'enterrement.

La tête, qu'on avait interrogée la première, déclara ne pas vouloir entendre parler de cette corvée-là «C'était toujours la bouche qui se plaignait d'être fatiguée quand, moi seule, je portais les fardeaux! déclara-t-elle Que quelque autre se charge de l'inhumation!»

L'oreille aussi refusa toute assistance «C'est moi qui entends, récrimina-t-elle et c'était toujours cette présomptueuse qui se targuait d'avoir entendu!»

—«De même pour nous! déclarèrent les yeux. Ce que nous apercevions, c'était elle toujours qui, à l'en croire, l'aurait vu!» Les mains, à leur tour, refusèrent la tâche: «Ce n'est qu'une ingrate à qui il est arrivé maintes fois de nous donner un coup de dent lorsque nous lui portions la nourriture!»

—«Et moi, s'écria le ventre, j'ai contre elle de trop amers griefs! Ne s'est-elle pas cent fois déclarée rassasiée, alors que j'avais encore faim? En tant de circonstances elle m'a empêché par son orgueil de me remplir à ma convenance!»

Le pied ne montra pas moins d'acrimonie contre la défunte. «Cette bouche! dit-il, elle s'attribuait des mérites qu'elle n'avait nullement! A tout instant on l'entendait dire: je suis allée ici; je me suis rendue là. Était-ce elle qui y allait, elle qui s'en vantait si glorieusement? On aurait juré vraiment qu'elle faisait tout et les autres rien!» Quand fut venu le tour du «bengala»168 il montra plus de complaisance «Ce sera moi qui l'enterrerai! déclara-t-il, car elle fut pour moi une servante et une amie. C'était elle qui parlait pour moi quand j'éprouvais le besoin de me donner un peu de mouvement. C'était elle qui me donnait à manger169».

Ainsi la bouche trouva tout de même son fossoyeur mais, il faut le reconnaître, ce n'avait pas été sans peine.

Note 168: (retour) Le mot gourmantié est «poundi» J'emploie l'expression ouolove. En latin: mentula.
Note 169: (retour) Expression indigène.—La bouche a mauvaise réputation chez les Gourmantié. Ils disent: Ingrat comme une bouche. L'expression: Tu es une bouche, signifie: Tu es un ingrat.

Bogandé 1911.

Conté par BENDIOUA.

Traduit par SAMAKO NIEMBÉLÉ,

dit SAMBA TARAORÉ.

ÉCLAIRCISSEMENTS

Ce récit fait songer quelque peu à la fable «Les membres et l'estomac».





XV

LE FILS DU SÉRIGNE

(Ouolof).

Samba Atta Dâbo, l'exorciste, m'a raconté ceci:

Il y avait un sérigne170 très savant qui envoya son fils voyager: «Pars demain matin de bonne heure, lui recommanda-t-il, et la première chose que tu trouveras sur ton chemin, avale-la. La deuxième chose que tu verras, tu devras l'enterrer. Quant à la troisième qui se rencontrera, regarde-la bien pour te rendre compte exactement de ce que ce sera. Enfin, si tu vois encore quelque chose pour la quatrième fois, demandes-en le nom. Et quand le nom t'en aura été donné, alors tu reviendras ici.»

Note 170: (retour) Marabout, savant musulman.

Au matin le gourgui171 s'est mis en route. Il a suivi le chemin que lui avait indiqué son père jusqu'à ce que quelque chose se soit montré à ses yeux. Cette première chose c'était une sorte de grande case.

«Comment avaler cela?» se demande-t-il, tout effrayé.

Mais la case diminue, diminue... et devient grosse à peine comme une graine de dar'har172. Il l'a avalée sans difficulté.

Note 171: (retour) Garçon, (mot ouolof).
Note 172: (retour) Tamarinier, grand arbre du Sénégal.

Il poursuit son voyage. Et voici qu'il rencontre de nouveau quelque chose: un siga, c'est-à-dire un petit morceau de bois, de la grosseur d'un crayon à peu près. Se souvenant des ordres de son père, il a mis le siga dans le sable, mais, immédiatement, le siga saute du trou où il a tenté de l'enterrer. Et chaque fois que le gourgui essaie de remettre en terre le siga, le siga lui saute des mains. Pas moyen de le faire rester aux endroits où il veut le mettre! Il y renonce.

Ensuite le gourgui a rencontré 3 séanes173. Dans le premier il y avait de l'eau; dans le dernier aussi, mais rien dans celui du milieu. Après qu'il eut laissé les séanes derrière lui, il se trouva en face d'un ouarhambâné174 plus fort qu'Oumar175, deux fois plus grand. Il est venu ramasser du bois avec deux lanières de cuir. Il en a formé un énorme fagot. Chaque fois qu'il soulève ce fagot pour se le mettre sur la tête, le trouvant trop lourd, il le rejette à terre et se remet à ramasser du bois pour l'ajouter à cette charge qu'il lui est déjà difficile de soulever.

Note 173: (retour) Grand trou, creusé en entonnoir et peu profond, destiné à recevoir les eaux de pluie ou à atteindre une nappe d'eau peu éloignée.
Note 174: (retour) Ouarhambâné, célibataire, homme dans la force de l'âge.
Note 175: (retour) Jardinier de la résidence, d'une taille de 1 m. 80 environ.

Le gourgui demande à cet homme:

«Comment t'appelles-tu?»—Et l'autre lui répond: «Mon nom est Adina».

Le fils du marabout est revenu chez son père pour lui raconter ce qui lui est arrivé. Le sérigne lui dit: «Qu'as-tu vu, mon petit garçon?—Mon père, dit-il, j'ai d'abord vu quelque chose qui ressemblait à une case».—«C'est la misère qu'elle représente, explique le père. Ceux qui gardent bien leur misère en leur coeur verront un jour leur ennui les quitter. Qu'as-tu rencontré après cela?»

—«J'ai vu, dit le gourgui, un morceau de bois de la grosseur d'un siga».

«—Voilà un heureux présage pour tout le monde! Allah vous revaudra plus tard ce que vous aurez fait sur terre. Et personne ne pourra cacher dans la terre les bonnes actions faites par autrui. Elles en ressortent toujours.»

«—J'ai vu encore trois séanes, dit le gourgui. Le premier communiquait avec le troisième mais, dans celui du milieu, il n'y avait rien. Que signifie cela?»

«—Cela veut dire, répond le sérigne, qu'à la fin du monde seuls les hommes riches seront en bons rapports entre eux. Quant aux pauvres, on les rejettera: ils ne compteront plus».

Le gourgui rapporte enfin que le porteur de bois ne pouvait arriver à soulever son fardeau et que, chaque fois qu'il avait en vain tenté de le faire, il allait chercher d'autres branches pour les ajouter à ce fagot déjà trop lourd: «Ce porteur, dit-il m'a déclaré se nommer Adina176».

«—Ah! répond le savant marabout, celui-ci a dit vrai en se donnant ce nom. A la fin du monde on verra ceux qui ne peuvent venir à bout de leur tâche en augmenter eux-mêmes les difficultés, ne faire que des sottises, de sorte que leur embarras n'aura pas de fin. Ils feront comme les débiteurs qui augmentent sans cesse le chiffre de leurs dettes.»

C'est ainsi que le sérigne expliqua à son fils ce que ce dernier avait vu.

Yang-Yang 1904.