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Essais d'un dictionnaire universel / contenant généralement tous les mots François tant vieux que modernes, & les termes de toutes les Sciences & des Arts cover

Essais d'un dictionnaire universel / contenant généralement tous les mots François tant vieux que modernes, & les termes de toutes les Sciences & des Arts

Chapter 18: S.
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About This Book

A comprehensive lexicographical and encyclopedic compilation of French vocabulary, both archaic and contemporary, presenting definitions and technical explanations for terms from a wide range of arts and sciences—medicine, law, mathematics, astronomy, natural history, music, architecture, and mechanical trades. Entries supply etymologies, illustrative phrases, authors' names, brief histories, curiosities, and moral sentences, blending linguistic description with practical and scientific information. Prefatory material outlines the compiler's aim to supplement institutional dictionaries and to make specialized terminology accessible to readers while preserving and transmitting the language and knowledge.

RUBIS. s. m. pierre rouge qui est au troisiéme rang des pierres précieuses, & qui est la plus estimée après le diamant & le saphir. Il a la dureté du saphir. Son prix excede aujourd'hui celui du diamant, car il est devenu fort rare. Les Grecs ont appellé les rubis, apyroti, c'est à dire, charbons ardens. Le rubis se nourrit dans la mine, où premiérement il blanchit, & en se meurissant il contracte sa rougeur, d'où vient qu'on en voit de moitié blancs moitié rouges, comme qui diroit moitié saphir, & moitié rubis.

Il n'y a que de deux sortes de rubis, le rubis balais, & le rubis spinelle. Le rubis balais naît d'une matiére pierreuse de couleur de rose, qu'on appelle mere ou matrice du rubis. Il est de couleur d'un rouge de rose vermeille. Le rubis spinelle est de couleur de feu & plus rouge que le rubis balais, & n'a pas l'éclat du vray rubis, ni tant de dureté, il est appellé la femelle du vray rubis. Les rubis viennent du Pegu & de l'Isle du Ceylan. On dit que le plus gros a été vû chez le Roy de cette Isle, qu'il étoit long d'un palme, & épais comme le bras d'un homme, & qu'il éclairoit comme une grosse flamme de feu; mais on tient celui-là fabuleux. L'Empereur Rodolphe en avoit un gros comme un petit œuf de poule, & il l'acheta soixante mille ducats. Usumcassan Roy de Perse en avoit un qui étoit un veritable parangon, gros d'un doigt, du poids de deux onces & demie, comme témoigne Vigenere. On en a vû à Paris de 240. carats.

Rubis, se dit aussi des gros bourgeons rouges qui viennent sur le visage, & particuliérement à celui des yvrognes. Ainsi Regnier a dit du nez d'un Pedant:

Où maints Rubis balais tout rougissants de vin,
Montroient un hac itur à la Pomme de pin.

Les Chymistes font plusieurs preparations de corps naturels qu'ils appellent Rubis, à cause de leur couleur rouge, comme Rubis d'arsenic & autres.

On dit proverbialement faire Rubis sur l'ongle, lors qu'en débauche on vuide si bien un verre, qu'il n'en reste qu'une goutte qu'on verse sur l'ongle, & qui est si petite qu'elle ne s'écoule point, quoi qu'on renverse le pouce. On dit aussi, payer Rubis sur l'ongle, quand on paye exactement jusqu'au dernier denier, par allusion à cette maniére de boire jusqu'à la derniére goutte.

RUBORD. s. m. Terme de Charpenterie qui se dit du premier rang des planches ou bordages d'un bateau foncet ou autre, qui se joint à la semelle, & qui est la premiére piéce qui s'éleve du fond du bâtiment. Le second rang de ces planches s'appelle le deuxiéme bord, le troisiéme rang, le troisiéme bord, & le dernier qui joint le dessous du plat bord, s'appelle sous barque.

RUCHE. s. f. Panier destiné à nourrir & serrer des mouches à miel. On fait aussi des Ruches de verre pour avoir le plaisir de voir travailler les abeilles. Ce mot vient de rupes, à cause que les abeilles se mettent quelquefois dans des roches. Ménage. D'autres le dérivent de rytikon apo tou ryestay, qui signifie custodire, parce qu'elle sert à garder le miel.

Ruche, se prend aussi pour les mouches, le miel & la cire qui sont dedans: Il m'a vendu tant de Ruches.

Ruche, en termes de Médecine se dit de la cavité qui est auprés du conduit de l'oreille, en laquelle s'amassent les ordures qu'on tire avec le cure-oreille, qu'on appelle suif, & quelquefois cire.

Ruche en termes de Marine, c'est le corps d'un Vaisseau sans ses agreils, lors qu'il est tout nud & destitué de mâts & de cordages.

Ruche est aussi un engin à pescher fait à peu prés comme une ruche à mouches. Voyez Rouche.

RUM. s. m. Terme de Marine, est une espace qu'on prepare dans le fond de cale d'un Vaisseau pour les marchandises de cargaison. On dit aussi reun & arruner ou arrumer, pour dire, ranger les marchandises; & il y a des Officiers exprés sur les ports.

RUMB est un grand Cercle vertical tracé sur le Globe, qui divise l'horizon en trente deux parties. Sur les Cartes les Rumbs sont tracez en ligne droite: c'est une division que les pilotes les plus exacts ont faite des vents qui sont marquez sur la Rose de la Boussole ou Compas de mer, & qui sert à marquer la route d'un vaisseau pour aller d'un lieu à un autre. Chaque ligne ou pointe désigne un vent. On les divise & subdivise. Le Rumb entier ou quart de vent est celui qui soufle d'un des 4. points Cardinaux. Le demi Rumb est celui qui soufle entre les points Cardinaux, & fait avec eux un angle de 45. degrez. Le quart de Rumb est celui qui fait un angle de 22. degrez 30. minutes; & le demi quart de Rumb en fait un de 11. degrez 15. minutes. Ce mot au reste dans sa propre signification se prend pour la partie du monde vers laquelle on dresse sa route. De sorte que quand on dit qu'un Navire suit le Rumb du Nord, on ne veut pas dire que le vent du Nord soufle, mais que la prouë du vaisseau est tournée vers le Nord, a le cap au Nord. Les rumbs font la même division sur le Globe, que les Azimuts ou les Cercles verticaux.

Rumb, signifie aussi entre les Mariniers rang ou ordre. Etre en bon Rumb, c'est à dire, être en bon ordre. Tenir son Rumb, c'est garder son rang.


S.

SAFRAN. s. m. Plante qui porte une fleur du même nom jaune & odoriferante qu'on réduit en poudre.

Le Safran a les feüilles longues & étroites, épaisses & douces à manier, & plusieurs petits Rameaux capillaires, il jette des fleurs semblables à l'Ephemeron, rouges & belles à voir: il sort de la terre devant que ses feüilles viennent & il n'a point de calice, mais la nature l'a pourvû de deux voiles qui le mettent à couvert & lui tiennent lieu de feüilles, du milieu de sa fleur sortent des filamens rouges, ayant un sommet assez gros, accompagnez de petites languettes de couleur d'or semblables à celles de la Barbe-bouc: il fleurit un mois durant, puis des fleurs sortent ses feüilles, lesquelles verdoyent tout l'hiver, le printemps venu elles se sechent & disparoissent en Eté, il a sa racine bulbeuse, & revêtu de plusieurs cartilages jaunissans comme le glayeul: il a cela de particulier qu'il fructifie mieux quand il est bien foulé. En Latin Crocus.

Le Safran bâtard a ses feüilles longues, rudes, piquantes, chiquetées tout à l'entour: sa tige est d'un pied & demi de haut, ses têtes & chapiteaux sont de la grosseur d'une Olive, qui sont herissonnées & épineuses longuettes & écaillées avec des feüilles au dessous qui s'ouvrent en forme d'étoile: sa graine est blanche & anguleuse, lissée & dure, un peu plus grosse qu'un grain d'orge, qui a au dedans une moëlle blanche; sa racine est longue, grêle & fort cheveluë, sa fleur est semblable à celle du Safran domestique. Les plumassiers se servent du Safran Bâtard pour teindre leurs plumes en incarnadin d'Espagne en mêlant dans son suc du jus de citron. On l'appelle en Latin Cnicus, Cnecus, ou Crocus Sarracenicus, & les Apoticaires suivant les Arabes l'appellent Cartamus.

Le Safran est employé par les Enlumineurs pour faire du jaune doré. On fait du Ris jaune avec du Safran. On fait grand trafic de Safran vers le Septentrion. Le Safran épanoüit le cœur. On dit que les mulets n'en sçauroient porter une charge bien loin, & qu'il les faut relayer pour cela. Quand on veut loüer du Beurre, on dit qu'il est jaune comme Safran. Ce mot vient de l'Arabe Zapheran on le dit en cette signification en Turquie & en Italie, & en Allemand d'où le François est dérivé. Ménage.

Safran. Terme de Marine, est une piéce de Bois qu'on applique sur le gouvernail pour en faciliter le mouvement.

Safran en termes de Charpenterie est la planche qui est à l'extrêmité du gouvernail d'un batteau foncet, sur laquelle sont attachées les Barres qui soûtiennent les planches de Remplage.

On dit proverbialement qu'un homme est allé au Safran, lorsqu'il est mal dans ses affaires, qu'il est obligé à faire banqueroute, car on suppose que son chagrin lui doit donner la jaunisse: & on dit de ceux qui ont cette maladie, qu'ils sont jaunes comme Safran. On dit aussi rire jaune comme Safran par une antiphrase, pour dire qu'on n'a guéres envie de rire.

SAFRANIER. iere. s. m. & f. banqueroutier qui n'a plus de bien. On nous a voulu presenter pour caution un Safranier, un homme ruïné. Quelques-uns disent que ce mot vient de Saffre & goulu, qui a mangé son patrimoine; d'autres du mot de Safran, parce que le chagrin d'un homme qui a mal fait ses affaires, le rend jaune & sec, & l'on dit qu'il trafique en Safran; il peut venir aussi de ce qu'il n'y a pas long-temps qu'on peignoit de jaune ou de couleur de Safran les maisons des Banqueroutiers, ou de ceux dont les biens étoient confisquez avec note d'infamie.

SALVATELLE. s. f. Terme de Médecine. C'est un nom que les Arabes donnent à un Rameau fameux de la veine cephalique qui s'étend au petit doigt & à son proche voisin. On en saigne fort à propos aux fiévres quartes & aux maladies provenantes de la mélancolie & des obstructions de la ratte.

SAMIS ou SAMILIS. Terme de Negoce. C'est une étoffe fort riche qui vient de Venise, qui est lamée ou tremée de lames d'or & d'argent. Ce mot est fort ancien. Dans les Registres de la Chambre des Comptes il est fait mention de plusieurs Armes du Roy couvertes de Samis Vermeil: en Latin Auri Samitum, Examitum, qu'on trouve en plusieurs anciens tîtres, l'Oriflame étoit faite d'un Samis Vermeil selon quelques-uns.

SANDARAQUE s. f. Terme de Pharmacie. C'est un suc mineral durci qui semble quelquefois avoir passé par le feu & être onctueux. On la trouve dans les mines d'Or & d'Argent mêlée souvent avec l'orpigment: elle est rouge & vient de l'Asie mineure, & de plusieurs autres lieux. La naturelle dont parle Vitruve n'est autre chose que l'Arsenic rouge. La factice est le Sandix de Dioscoride & de Gallien qui est faite de ceruse passée au feu, dont l'invention fut trouvée par hasard dans un incendie. On en fait aussi avec de l'Orpigment poussé au feu comme dit Scaliger. La meilleure est la plus rouge, qui sent le souffre. Les Médecins se servent de la naturelle qui est un poison, & un reméde: & les peintres de la factice. Voyez Agricola, Pline, Dioscoride.

Sandaraque est aussi la Gomme de Geniévre dont on fait le vernis lequel a tiré son nom de ce que cette Gomme vient vers le printemps: Car on l'appelle vernix en Latin, en François & en Allemand. Ce sont les Mores qui appellent la Gomme de Juniperus Sandarax qui font de la confusion entre le Vernix & la Sandaraque. De sorte que Mathiole avertit que quand les Arabes parlent dans leurs médicamens de la Sandaraque, ils entendent parler de la Gomme de Geniévre. Quand ce sont les Grecs ils entendent parler de la vraye Sandaraque minerale qui est un poison.

SAPHENE. s. f. Terme de Médecine, c'est une veine considerable née auprés des glandules de l'aine, qui descend le long de la cuisse jusqu'au malleole externe, & se perd parmi la peau du dessus du pied.

SAPHIR. s. m. Terme de Joüailler. Pierre précieuse Orientale de couleur d'un bleu Celeste & bel azur qui est d'égale dureté avec la Topase, l'un & l'autre tiennent le premier rang aprés le Diamant. La bague Episcopale est un Saphir. Les Rabbins disent que la Verge de Moïse & les Tables qu'il reçût au Mont Sinai étoient de Saphir. On trouve des Saphirs au Puy en Auvergne dont la couleur tire sur le verd. Il y a aussi un Saphir d'Eau qui est aussi tendre que le Cristal qui se trouve en Boheme & en Silesie. Le Saphir Oriental est quelquefois blanc & même le bleu ou violet se peut blanchir par le feu étant mis entre deux Creusets luttez dans de l'or fondu, & il ne reprend jamais sa couleur. Il y a aussi un Saphir que les Latins appellent Oculus Felis, Œil de Chat qui a des diversitez de couleurs admirables & dont la dureté souffre un poliment égal au vrai Saphir. Les Indiens croyent qu'il fait leur bonne ou leur mauvaise fortune, ce qui le met en grande estime chez eux. Le nom de Saphir vient de ce qu'en Hebreu les plus belles choses sont appellées Saphires, c'est pourquoi il est dit dans l'Ecriture que le Siége de Dieu ressemble au Saphir.

SCARIFICATEUR s. m. Est un instrument de Chirurgie fait en forme de Boëte, au bas de laquelle sont 18. Roües trenchantes comme un Rasoir, qu'on bande avec un ressort, & qui se débande avec un autre; il sert pour faire évacuer le sang épandu sous le cuir, parce qu'il fait 18. incisions à la fois, qui font moins de douleur que si on les faisoit l'une aprés l'autre.

SCARIFICATION. s. f. Terme de Chirurgie. Operation par laquelle on incise la Peau avec un instrument propre, en la picquant en plusieurs endroits.

SCYTALE Laconique s. f. Terme de Steganographie. C'est une invention dont se servoient autrefois les Lacedemoniens, pour écrire à leurs correspondans des lettres secretes, afin que ceux qui les auroient interceptées ne les pussent lire. Ils avoient deux rouleaux ou cylindres de bois fort égaux, dont l'un se gardoit à la Ville, l'autre étoit entre les mains du correspondant. Celui qui écrivoit tortilloit au tour d'un de ses rouleaux une laniére de parchemin fort déliée, & y écrivoit ce qu'il avoit à mander, puis il la détachoit & l'envoyoit au correspondant, lequel l'appliquant sur le rouleau de même grosseur, trouvoit les mots & les lignes en la même disposition qu'ils avoient été écrits; & les lisoit facilement; c'étoit une invention qu'ils estimoient beaucoup, quoi qu'elle fut assez grossiére. On s'est bien raffiné depuis ce temps-là en cette maniére d'écrire; c'est la premiére que décrit Aporta dans son Livre de Ciferis.

SECANTE. s. f. Terme de Trigonometrie. C'est la ligne tirée du centre du cercle qui coupe la ligne tangente élevée perpendiculairement sur l'extrêmité du diametre: elle passe aussi par l'extrêmité superieure de l'Arc dont elle est secante. On a fait plusieurs tables des sinus tangentes & secantes.

SEGRAIER. s. m. Terme des Eaux & Forêts; c'est celui qui possede par indivis la proprieté d'un bois avec d'autres Proprietaires & Seigneurs, qui le tient en segrairie.

SEGRAIRIE. s. f. Bois qui est possedé en commun ou par indivis soit avec le Roy, soit avec des particuliers. Il y a plusieurs articles de Réglemens pour les Bois tenus en segrairie dans l'Ordonnance des Eaux & Forêts. La disposition qui regarde les Bois du Roy, a lieu aussi à l'égard de ceux qui sont tenus en segrairie avec luy.

SEL. s. m. Substance Acide qui entre en la composition de tous les corps, & qui est un de leurs principes Physiques. Les Chymistes ne connoissent que trois principes, le Sel, le Souffre, & le Mercure. Il n'y a proprement que deux Sels en la nature, l'Acide & l'Alkali, dont tous les corps sublunaires sont composez. Ce Sel des Chymistes reste ordinairement mêlé parmi la terre aprés la distillation, est de couleur blanche & de consistance seche & friable.

Le Sel commun est de trois sortes; Le premier est le Sel gemme ainsi nommé par les Arabes, les Chymistes & les Apoticaires; il est blanc & fossile, & a les mêmes qualitez du marin: il est ainsi nommé à cause de sa transparence, il se lapidifie par le feu sous terrain ou par le Soleil, & est presque dur comme du marbre; il est clair comme du cristal, & on en fait des vases; il rougit & s'ignifie comme le fer, & ne petille point au feu. Il y en a des montagnes dans la Pologne, dans la Hongrie & dans la Catalogne au Duché de Cardone; c'est la source de tous les autres Sels. Pline dit, qu'en la Ville de Carhos en Arabie on fait les murailles & on bâtit les maisons de Sel, & qu'au lieu de mortier on use d'eau simple.

Le 2. Sel est fait par l'évaporation de l'eau des Fontaines salées, comme celles de Salins en Franche-Comté.

Le 3. est le Sel marin fait de l'eau de la mer, on la fait entrer par des rigoles dans les marais salans, & la chaleur du Soleil la fait évaporer. Sa figure est cubique, comme l'a fort bien fait voir M. Descartes. C'est le plus parfait de tous les Sels, il ne peut être détruit par aucun autre Sel. Le Sel marin blanchit la solution du Sel de Saturne.

L'Ecume de Sel se fait de l'eau de la mer, qui se congele avec la rosée sur ses bords & sur les rochers.

Fleur de Sel, est une écume qui nage sur certains lacs & sur le Nil, dont parle Dioscoride, qui dit que la meilleure est la jaune qui a une odeur fâcheuse; & que la naturelle ne se peut dissoudre qu'en huile, & la sophistiquée en eau. Pline dit, que vers les portes Caspies il y a des riviéres qui charrient le Sel comme des glaces, & qu'elles l'ont entraîné des montagnes. Fuchsius dit, que la fleur de Sel est le sperme de Baleine; mais il se trompe lourdement. Voyez sperma ceti.

On distingue aussi les Sels en volatils & fixes; le volatil est la partie salsugineuse, sulfureuse, mercuriale & fugitive des corps mixtes, qui s'éleve par la distillation, ou qui s'exhale & se fait sentir à l'odorat. Le Sel fixe ou essenciel, est celui qui comme plus materiel résiste au feu & le soûtient: Il demeure dans la partie terrestre aprés la calcination, ou distillation. Celui-ci se fait remarquer par son amertume & sa chaleur si on en met dans la bouche. Le volatil se fait sentir d'abord par sa tenuité à la langue, au nez & au cerveau.

Le Sel lexivial, quelques-uns l'appellent lixiviel, est un Sel fixe qu'on tire des minéraux par plusieurs lotions ou lescives d'eau chaude, qu'on fait en suite évaporer, comme le salpêtre & autres.

La plus grande propriété du Sel, est qu'il ne craint aucune corruption, & même il en préserve les viandes qu'on en assaisonne, & qu'on y laisse tremper. Il résiste au feu & s'y purifie parce que son humidité en sort, & alors on l'appelle Sel décrépité; même dans un grand feu il se met en fusion, & il se convertit en eaux fortes. Il donne la fertilité aux terres, la solidité à toutes sortes de substances, & avance la fusion des métaux. Il y a eu pourtant des Princes qui ont fait semer du Sel sur les terres, pour marque d'indignation, & croyant les rendre steriles. Les Egiptiens croyoient que le Sel étoit le crachat ou l'écume du Geant Typhon ennemi de leurs fausses Divinitez; c'est pourquoi ils l'avoient en horreur, au rapport de Plutarque.

Le Sel a deux qualitez contraires; car par son acidité aerienne, subtile, rongeante & pénétrante, il brise & dissout les minéraux durs, compactes, & solides; bien que par un effet contraire il coagule des corps liquides comme l'eau & le sang: Il y a de ses esprits qui étant mêlez avec l'eau, y produisent une chaleur excessive, & les mêmes mêlez en petite quantité avec des eaux froides en augmentent la froideur, comme le salpêtre dans la neige.

Tous les Sels se dissolvent par l'humidité, mais ils ne se fondent dans l'eau que jusqu'à une certaine quantité; & lors qu'elle est impregnée d'un certain Sel autant qu'elle en peut porter, elle dissout encore une quantité d'un autre Sel dont les parties ou atomes sont d'une autre figure, & propres à s'insinuer dans les pores qui restent vuides dans la même eau. Ainsi aprés que le Sel commun ne s'y pourra plus dissoudre, il s'y fondra encore de l'alun & puis du salpêtre, de l'armoniac & autres; ce sont les diversitez des figures de ces Sels qui font les differentes saveurs.

Il y a quantité de noms differents de Sels qu'on tire des minéraux, vegetaux & des animaux: comme alun, vitriol, salpêtre, nitre, natron, armoniac, de Saturne, de Mars, d'urine, de vipere, de tartre, de polycreste, &c. qui sont expliquez à leur ordre Alphabetique.

Le Sel pour l'usage ordinaire, se distingue en Sel blanc & noir, en gros Sel & menu Sel; & on dit qu'une chose est de bon Sel, qu'elle est cuitte dans son Sel, qu'elle ne sent ni sel, ni sauge, pour dire qu'elle est bien ou mal assaisonnée.

Grenier à Sel, est un dépôt public où on met le Sel, que le Roy vend à son Peuple, & on appelle Sel Gabellé, celui qui a passé dans ce Grenier & qui y a demeuré deux ans, qui n'est livré que par les Officiers. Le faux Sel, est celui qui est vendu secretement par des particuliers qui ont fraudé les droits du Roy. Impôt du Sel est le droit que le Roy leve sur chaque minot de Sel. On dit aussi qu'on donne le Sel par impôt, quand on oblige les Peuples à venir prendre aux Greniers du Roy une quantité de Sel qu'on leur taxe, & qu'ils peuvent consommer, dans les païs voisins des salines, où on peut aisément frauder la Gabelle; c'est en cet impôt que consiste la Ferme du Sel ou des Gabelles, sur lequel sont assignées les rentes du Sel.

Grenier à Sel. Est aussi une jurisdiction établie aux lieux où il y a de pareils greniers pour conserver les droits du Roy, & décider les differens qui surviennent à leur occasion. Elle est composée d'un President & de plusieurs Grenetiers ou Conseillers, d'un Procureur du Roy & d'un Greffier, avec des Archers & Gardes. Les appellations en ressortissent à la Cour des Aides.

Sel. Se dit figurément en choses morales. Jesus Christ dit à ses Apôtres qu'ils étoient le Sel de la Terre. On dit que dans un ouvrage il n'y a pas un grain de Sel, pour dire qu'il est fade, qu'il n'y a rien qui pique, pas une pointe ou subtilité d'esprit; & qu'une Epigramme a bien du Sel, quand elle a un grand sens ou quelque équivoque agréable.

Sel. Se dit proverbialement en ces phrases. On dit de deux personnes de differente humeur qui s'associent, qu'elles ne mangeront pas un minot de Sel ensemble. On dit au contraire que pour bien connoître un homme, il faut avoir mangé un muid de sel avec luy. On dit aussi de celui qui est bien plus fort qu'un autre, qu'il le mangeroit avec un grain de sel.

SELENOGRAPHIE. s. f. Partie de la Cosmographie, science qui fait la description de la Lune & de toutes ses parties & apparences, comme la Geographie le fait sur la terre. Hevelius grand Astronome de Dantzie, a fait le premier un livre de la Selenographie. A l'observatoire du Roy, on fait maintenant des Cartes Selenographiques. Les Astronomes ont donné des noms à plusieurs taches ou points de la Lune, comme Aristarque, nommé autrement, Mons Porphirîtes, le bord de Platon, ou Lacus niger, Copernique ou Etna, Possidonius, Hyginus & Mersenne, Tycho, autrement Sinai, Gassendi, Dantes, autrement Athos, mare Adriaticum & Apenninus.

SETON. s. m. Terme de Chirurgie. C'est un Reméde qui sert comme un cautére à détourner les fluxions qui sont sur les yeux en faisant une playe à la peau du derriére du col qu'on entretient en suppuration par le moyen d'un fil de coton ou de soye qu'on y passe; on en applique aussi à ceux qui tombent souvent d'Epilepsie.

SILLET. s. m. Terme de Lutier. C'est un petit morceau d'yvoire appliqué au haut du manche d'un Luth ou d'un Theorbe, ou autre semblable Instrument, sur lequel posent les cordes quand on les monte.

SINOPLE. s. f. Terme de Blason, c'est ainsi qu'on appelle le Verd ou la couleur Prasine dans les Armoiries. Les Herauts l'appelloient ainsi, quoi que Pline & Isidore entende par Sinople le rouge brun. Cette couleur signifie amour; jeunesse, beauté, jouïssance & sur tout liberté, d'ou vient qu'on scelle en Cire verte & en lacs de soye verte les lettres de grace, d'abolition & de legitimation: les Villes Franches & les Universitez ont la plûpart des sceaux de même couleur. Les Evêques ont pris la bordure verte à leurs chapeaux pour marque de leur exemption, & on fait porter le bonnet verd aux cessionaires, à cause qu'ils sont liberez de toutes leurs dettes, comme ont remarqué les curieux simbolistes. Ménage aprés Hauteserre le dérive de Sinope Ville d'Asie où on en faisoit trafic. Quelques Auteurs de Blason disent encore Sinope au lieu de Sinople. Le Pere Menestrier croit que ce mot vient du Grec Prasina Opla qui signifie Armoiries Vertes, dont par corruption la premiére syllabe a été retranchée, ce qui est arrivé à plusieurs mots Orientaux, comme par exemple on dit Salonique pour Thessalonique. On represente le Sinople en graveure par des hacheures qui prennent de l'angle dextre du chef à l'angle Senestre de la pointe.

SINUS. s. m. Terme de Trigonometrie. C'est la ligne qu'on tire de la pointe d'un Arc de cercle perpendiculairement sur le diametre qui passe par l'autre bout du même Arc, & celuy-là s'appelle sinus droit. Mais la partie du diametre coupé par le sinus droit jusqu'à la circonference s'appelle le sinus verse, autrement la fleche, & le demi diametre s'appelle le sinus total, ou le plus grand de tous les sinus, il se divise ordinairement en cent mille parties. On a fait plusieurs tables de sinus & tangentes: Elles sont de grand usage en géometrie; car c'est par leur moyen seul qu'on fait la résolution ou la mesure de tous les triangles, tant plans que Sphæriques. Les sinus de Clavius d'Adrien Vlac de Morin, &c.

SIPHON. s. m. Terme d'Hydrauliques. Tuyau recourbé qui sert à faire plusieurs experiences pour connoître la nature des Eaux & des Liqueurs. Quelques-uns le disent aussi d'un simple Tuyau ou Chalumeau. Heron en montre les propriétez dans son livre des Pneumatiques. On en fait de verre, de plomb & d'autre matiére, ce mot est Grec & signifie simplement Tuyau.

Siphon. En termes de Marine est un Orage qui éleve l'Eau de la Mer en forme d'une Colomne haute de cent brasses, & la fait piroüetter & tournoier spiralement par la largeur de quinze à vingt pieds de diametre, de même maniére que si c'étoit par un Siphon ou une Vis d'Archimede. Il paroît d'abord en l'air comme une petite Nuée qui ne semble pas plus grosse que le poing, venant du côté du sud, & il en arrive souvent au Cap de bonne esperance, aux côtes de Barbarie, & aux plages Orientales de l'Amerique. Du temps de Pline les Mariniers versoient du Vinaigre à l'approche du tourbillon pour l'appaiser; maintenant ils font grand bruit en ferraillant & escrimant sur le tillac. Ils pensent par ce moyen faire passer à côté le fortunal. Aristote l'a nommé Exhydrias. Les Mariniers l'appellent Tourbillon, Dragon de vent, Grain de vent, les Portugais Oeil de Beuf, les Levantins Typhon & Syphon, & les Anciens Typhon ou Cirrius.

SOMMIER. s. m. Terme de Messageries qui se dit d'un Cheval ou autre bête de somme. Ce Messager avoit avec lui tant de Sommiers pour porter ses Balots. Ce mot a été dit par corruption de Saumier qui a été fait de Salme par corruption de Sagma qui signifie le bast d'un Cheval, ou sa charge. Ménage aprés Saumaise. Pasquier dit, que Somme, Sommier & Sommelier sont de vieux mots Gaulois, ce qui a plus d'apparence.

Sommier. Est aussi un Officier chez le Roy qui porte les draps de pied & les carreaux dans la Chapelle du Roy.

Sommier. Se dit aussi des Officiers qui ont soin de fournir les bêtes de Somme pour transporter les bagages, lors que la Cour fait voyage. Dans l'Etat du Roy il y a un ou plusieurs Sommiers employez pour la Chambre, la Garderobbe, la Cuisine, &c.

Sommier. Terme de Tapissier. C'est un gros matelas rempli de crin & piqué qui sert de Paillasse, & fait partie de la garniture d'un lit.

Sommier. En terme d'Architecture, est une grosse pierre, la premiére qui est posée sur des Colonnes ou Pilastres quand on commence à faire une voute, qui sert à arcbouter & faire tenir le reste de la voute ou croisée.

Sommier. Est aussi une piéce de bois de moyenne grosseur entre la Solive & la Poutre.

Sommier. Se dit aussi des piéces de bois qui servent dans plusieurs machines à en soûtenir le poids ou l'effort, comme celles qui forment la Bascule des Ponts levis, celle qui soûtient l'effort des Presses d'Imprimerie. On le dit aussi des cerceaux doubles qui se mettent sur le jable des tonneaux; & des piéces de bois sur lesquelles, les Cloches sont penduës & qui aboutissent en tourillons, qui entrent dans le Poallier.

Sommier d'Orgues, est la plus importante piéce du Buffet d'Orgues qui fait joüer toute la machine. C'est un Vaisseau ou Réservoir dans lequel le vent des souflets est conduit par un porte-vent, d'où il se distribuë en suite dans les Tuyaux qui sont posez sur les trous de sa partie superieure: le vent y entre par des soupapes qui s'ouvrent en pesant sur les touches du clavier aprés qu'on a tiré les Registres qui empêchent que l'air n'entre dans d'autres Tuyaux que ceux où on le veut faire aller. Le Sommier des cabinets d'Orgues est de deux à trois pieds de long. Les Orgues de quatre pieds de Tuyaux bouchez, ont un Sommier de cinq à six pieds. Les Orgues de 16 pieds ont deux Sommiers qui se communiquent le vent l'un à l'autre par un porte-vent de plomb.

Sommier. En terme de Finances est aussi un gros Registre tenu par les Commis des Bureaux des aydes, sur lequel ils comptent de leur recepte, & où on void les produits des fermes, & où on met à côté leurs décharges. Il y a aussi des Sommiers pour les Gabelles, pour les Tailles & pour les autres droits des fermes du Roi.

SOUPAPE. s. f. Terme de Méchaniques. C'est une petite platine de Cuivre qu'on dispose de telle sorte dans les pompes & autres machines hidrauliques, qu'elle s'ouvre pour donner passage à l'Eau quand elle y doit entrer, & qu'elle se ferme quand on veut faire monter l'Eau par la compression. Il y a trois sortes de Soupapes, l'une à Clapet, la seconde en Cone, & la troisiéme en maniére de porte à deux Battans. La premiére se ferme & s'ouvre comme une Trape, la seconde comme un Bondon d'un Tonneau, ces deux-là n'ont jamais plus de quatre ou cinq pouces; & la troisiéme a quelquefois deux ou trois Toises & sert à fermer les Ecluses. On appelle aussi Soupapes ces petites Languettes qui s'ouvrent ou se ferment avec un Ressort pour donner le passage au vent & le luy fermer dans les Balons & Souflets.

En termes d'Organiste on appelle aussi Soupapes, ou Soustapes (comme si on disoit les Tampons de dessous) de petits Tampons qui sont dans le Sommier, & qui bouchent les Rainures ou porte-vents jusqu'au pied de chaque Tuyau, & qui sont soûtenus par un petit Ressort de leton: quand on presse sur la touche, elles font baisser la Soupape par le moyen d'un petit bâton qu'on appelle Le pilotis.

Les Anatomistes modernes prétendent qu'il y ait quelque chose de semblable dans les Veines & les Arteres, qui ouvre & ferme le passage du sang dans la circulation. Voyez Valvule, & il y en a qui étendent la chose jusqu'à la circulation qu'ils prétendent dans le suc des Arbres & des Plantes.

STATIQUE. s. f. C'est une science qui fait partie des Mathematiques, qui enseigne la connoissance des poids, des centres de gravité, de l'équilibre des corps naturels. L'Hydrostatique, est celle qui enseigne la connoissance des corps pesans étant considerez sur des corps liquides, avec la comparaison des uns avec les autres. Archimede connut la tromperie qu'on avoit faite en la Couronne du Roi Hieron par le moyen de l'Hydrostatique. Le Pere Pardiez Jesuite a écrit de la Statique. Elle consiste purement en la Theorie, & la Méchanique en la pratique & construction des Machines suivant les loix de la Statique, par le moyen desquelles un petit poids en peut élever un infiniment plus grand.

STERLING. s. m. Terme de Monnoyes. C'est un mot Anglois dont on fait souvent mention en France à cause du grand commerce qu'on a avec l'Angleterre. C'étoit autrefois une Monnoye ainsi nommée du nom d'un Château d'Ecosse appellé Sterlin, où elle fut premiérement battuë. Quelques-uns dérivent ce mot de Sterling qui signifie Bec d'Etourneau, c'étoit une Monnoye blanche au titre de 8 den. de fin où le Duc de Guyenne étoit representé avec une Epée au bras droit, & une main de Justice à la gauche: & comme cette figure ressembloit à un Bec d'Etourneau, elle fut nommée par sobriquet Sterling. On n'est pas certain de sa valeur, Salmoner dérive ce mot de Sterlingue qui est une Monnoye d'Angleterre pesant 32 grains de Bled. Voy. Ménage. Depuis ce mot a passé pour poids, & faisoit valoir une somme le décuple. De sorte qu'un soû Sterling valoit dix soûs, maintenant la livre Sterling vaut environ 13 livres 4 sous, ou vingt schelins.

Les Marchands Anglois tiennent encore leurs livres, par livres, soûs & deniers Sterling: La livre vaut dix livres, le sol dix sols, & le denier dix deniers. En ce sens c'est une Monnoye de compte.

STRATIFICATION. s. f. Terme de Chymie. C'est un arrangement de plusieurs lames de métail, ou d'herbes, de bois, ou autres choses semblables, dont on fait plusieurs lits ou couches alternativent pour purifier les matiéres, ou pour les fondre, ce qu'on nomme en Latin stratum super stratum, & qui est marqué dans les Livres de Chymie par S. S. S. On pratique la Stratification quand on purifie l'or par la cementation.

STRIBORD. s. m. Terme de Marine. Le côté droit du Vaisseau à l'égard du Pilote; ou Commandant qui est à la poupe & qui regarde la prouë. On dit aussi Tienbord, Extribord & Dexstribord, d'où apparemment est venu le mot de Stribord qui est le plus en usage. Le côté gauche s'appelle Basbord.

STROPHE. s. f. Terme de Poësie Greque & Latine. Elle signifie couplet ou certain nombre de vers au bout duquel on finit un sens: & aprés on en recommence un autre qui a même nombre & mesure de vers avec une même disposition de rimes. Les Odes, les Stances, les Ballades, sont composées d'un certain nombre de Strophes. Le mot de Couplet se dit des simples Chansons ou Airs, & Strophe se dit des Chants, des Odes & des Poëmes.

SUAGE. s. m. Terme de Marine. C'est le coust des graisses & des suifs dont il faut de temps en temps enduire le Vaisseau pour le faire couler plus doucement sur les eaux: à Marseille on le nomme aussi sperme, dont on a fait esparmer ou espalmer. Le Suage est compté entre les menuës avaries.

Suage. En termes d'Orfévres, ou Doucine, est un ornement semblable à la Doucine d'Architecture, ou une espéce de quart de rond, qui se fait en plusieurs piéces d'orfévrerie, & particuliérement sur le pied des aiguieres, des flambeaux & autres ouvrages semblables.

SURSOLIDE. s. m. Terme d'Algébre. C'est la quatriéme multiplication, ou puissance de quelque nombre que ce soit pris pour racine. Ainsi le nombre de deux pris pour côté ou racine, multiplié par soi-même produit 4, nombre quarré, qui est la premiére puissance, & 4 multiplié par 2, produit 8, nombre cube & solide, qui est la seconde puissance de la racine 2, & 8 multiplié par 2, produit la troisiéme puissance 16 nombre quarré de quarré & 16, multiplié par 2, produit 32, qui est sa quatriéme puissance, ou nombre Sursolide.

SECONDINES ou Secondes. s. f. Terme de Medecine qui se dit des Tayes ou Membranes qui enveloppent le Fetus dans le Ventre de la mere, qu'on appelle ainsi parce qu'elles sortent les derniéres dans l'accouchement, c'est ce que les Matrones appellent l'Arriére faix, Hippocrate dit que les jumeaux sont enveloppez en une même Secondine. Mr. Grew dans son Anatomie des Plantes a appellé Secondine, la quatriéme & derniére enveloppe des Graines, parce qu'elle est à peu prés dans les Plantes, ce que sont dans les Animaux les membranes qui enveloppent le fetus.

SIVADIERE. s. f. Terme de Marine. C'est la voile de Beaupré, qui est la plus basse du bâtiment & qui prend le vent à fleur d'eau.


T.

TEINDRE. v. act. Terme de negoce. Préparer une étoffe, ou un autre corps avec des sels, liqueurs, ou drogues colorantes, en telle sorte qu'ils paroissent d'une certaine couleur. On teint les draps, les laines, les soyes & les toiles en noir, en rouge, en violet, &c. On teint en blanc les laines, lors qu'on les tond & qu'on les dégraisse. Il est défendu de teindre aucune étoffe de blanc en noir, pour quelque cause que ce soit, & de teindre les soyes sur le crud ou à demi-bain. Quand on teint une étoffe en jaune & puis en bleu, elle se trouve teinte en verd. On teint en cramoisi quand le premier pied de teinture se fait avec de la graine d'écarlate, ou la cochenille. On teint les cheveux, les bois, les gommes. On teint les pierres & le verre pour en faire de fausses pierreries. On teint aussi des liqueurs en les mêlant avec d'autres. Cet homme est si sobre qu'il ne fait que teindre, que rougir son vin.

On dit figurément teindre ses mains du sang des innocens, pour dire, faire mourir des innocens. On dit aussi que les Riviéres étoient teintes du sang des ennemis, pour dire, qu'on en avoit fait grand carnage.

Teint. einte. part. pass. & adj.

Teint. s. m. Art de teindre. Il se dit aussi des drogues qu'on y employe. Les Réglemens du métier distinguent les choses qui doivent être teintes du grand teint, d'avec celles du petit teint: ce qui fait deux corps & deux maîtrises separées. La premiére est celle du grand & bon teint, l'autre est du petit teint. Les Teinturiers du bon teint sont ceux qui donnent aux étoffes un pied necessaire, de pastel, garance, ou cochenille, puis ils les mettent en la main du Teinturier du petit teint pour les raciner, engaller, noircir, brunir & griser. Les Teinturiers du bon teint doivent laisser des Rosettes, sçavoir au verd, une du jaune & l'autre du bleu; au feüille morte une du jaune & l'autre du fauve; au cramoisi, une Rosette du bleu, & l'autre du rouge de la Cochenille; au tanné ou amarante, une Rosette de guesde, & l'autre de la garance ou demi rouge cramoisi, & il faut laisser une Rosette en blanc dans toutes les couleurs simples, comme le bleu, le rouge & le jaune; le tout pour faire connoître la bonté ou la qualité du grand & du petit teint. Les Teinturiers du petit teint peuvent teindre toutes sortes de bisage ou repassage, & se servir pour cela de brunitures de galle, orseille & bois d'Inde, & les étoffes usées en toutes sortes de noir, de racinages, grisages, & bisages.

Le bleu, le rouge, & le jaune appartiennent aux Teinturiers du bon teint, pour les teindre seuls sans la participation du petit teint. Le fauve & le noir appartiennent aux Teinturiers du bon teint & du petit teint, le noir devant recevoir le pied de guesde, ou garence du bon teint, & être engallé & noirci par le petit teint.

Teint, se dit aussi d'une lame d'étain fort mince, appliquée par le moyen du vif argent derriére les glaces d'un miroir.

Teint, se dit aussi de la couleur & de la delicatesse de la peau du visage. Cette femme n'a point de teint, elle a eu le teint gâté de la petite verole. Cette fille a le teint blanc, vermeil, a un teint de lis & de roses. Le grand hale rend le teint brun & basané. Ce jeune homme a le teint frais & fleuri, on luy vient de faire la barbe. La pommade nourrit le teint; la Ceruse mange le teint.

Teinte. s. f. Terme de Peinture, maniére d'appliquer les couleurs pour donner du relief aux figures pour bien marquer les jours, les ombres, les éloignemens. Le grand secret de la Peinture c'est de bien donner les teintes, les demi teintes. Cette draperie est d'une bonne teinte, pour dire d'une forte couleur. La demi teinte est un ménagement de lumiére par rapport au clair obscur, ou un ton moyen entre la lumiére & l'ombre: car s'il y a cinq tons ou degrez de clair obscur, le second ou le troisiéme qui suivent la grande lumiére, seront appellez demi teinte.

Teinture. s. f. Action par laquelle on teint. La teinture demande beaucoup d'experience. Cet homme est sçavant en l'Art de la teinture. La perfection de la teinture consiste à donner le lustre à la soye, à la bien décreuser, dégorger & aluner. La matiére avec laquelle on teint, c'est l'indigo qui sert à la teinture bleuë, la cochenille à la teinture en écarlate: la noix de galle en noir. Les drogues qui croissent en France, pour la teinture sont le pastel de Lauragais, Albigeois & Languedoc, ou la voüede. La cochenille, le pastel d'écarlate, graine d'écarlate; le Vermillon & la garance pour le rouge; la gaude, la Sarrette & la genestolle pour le jaune; la galle à l'épine, & d'alep, la racine écorce de Noyer & coque de Noix pour le fauve, autrement appellé couleur de racine ou noisette; le Rodoul, le fovic & la couperose pour le noir. L'Agaric, le sumac, l'arsenic, l'alun, la gravelle & le tartre servent pour les boüillons. On employe aussi la cendre cuitte & la potasse, la Cassenolle, la malherbe, le trentanel, la garoüille. Les ingrédiens faux, qui peuvent servir au petit teint sont bois d'Inde, bois de bresil, bois de Campeche, bois jaune, fustel, tournesol, Raucour, Orseille, le Safran bâtard, l'écorce d'aulne. Ces mots sont expliquez à leur ordre.

La Teinture de ces Etoffes de cotton qu'on void en Europe, se tire d'une plante qui croît dans l'Inde qu'on appelle Chai, où elle est autant estimée que la Cochenille l'est en France.

Regnier a dit agréablement en parlant de la nuit,