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Essais d'un dictionnaire universel / contenant généralement tous les mots François tant vieux que modernes, & les termes de toutes les Sciences & des Arts cover

Essais d'un dictionnaire universel / contenant généralement tous les mots François tant vieux que modernes, & les termes de toutes les Sciences & des Arts

Chapter 20: V.
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About This Book

A comprehensive lexicographical and encyclopedic compilation of French vocabulary, both archaic and contemporary, presenting definitions and technical explanations for terms from a wide range of arts and sciences—medicine, law, mathematics, astronomy, natural history, music, architecture, and mechanical trades. Entries supply etymologies, illustrative phrases, authors' names, brief histories, curiosities, and moral sentences, blending linguistic description with practical and scientific information. Prefatory material outlines the compiler's aim to supplement institutional dictionaries and to make specialized terminology accessible to readers while preserving and transmitting the language and knowledge.

Il faisoit un noir brun d'aussi bonne teinture,
Que jamais on en vid sortir des Gobelins.

On appelle en Chymie la grande teinture Minerale, la Pierre Philosophale, parce qu'on croit qu'il ne s'agit que de donner au Mercure fixé la couleur, ou teinture de l'or.

Teinture, se dit aussi de l'extraction ou separation qu'on fait de la couleur d'un ou de plusieurs mixtes, & de l'impression qu'elle fait dans quelque liqueur ou menstruë propre, qui emporte une portion de leur plus pure substance; car elle quitte son propre corps en se dissolvant, & s'unit aux menstruës, pour leur communiquer sa couleur & ses vertus, & ainsi on fait dans la Pharmacie des teintures cephaliques, stomachiques, antiscorbutiques, &c. On tire des teintures de Rose, de Corail, &c. Dans les memoires de l'Academie des sciences, il est fait mention de certaines liqueurs mixtes (par exemple, des sels qu'on tire du bled) qu'on dit être trés-propres à tirer des teintures, même de quelques pierres précieuses: & qu'elles sont plus capables de produire cet effet à proportion qu'elles rougissent davantage la solution du Vitriol.

Teinture se dit figurément en choses morales, des bonnes ou mauvaises impressions dont l'ame de l'Homme est susceptible. On prend dans les Seminaires de si fortes teintures de piété, qu'elles ne s'effacent jamais. On ne doit point parler de Physique, lors qu'on n'en a qu'une legere teinture, qu'on ne la sçait point à fonds.

Teinturier, iere. s. m. & f. qui fait métier de teindre; il y a des Teinturiers de grand teint, & d'autres de petit teint. Les teinturiers de la Ville de Roüen sont divisez en trois fonctions, en guesderons, garanceurs, & noircisseurs. Il y a de nouveaux Statuts des Teinturiers de l'année 1669. qui portent la qualité des drogues qui doivent être employées à la teinture, suivant les diverses couleurs, & selon le mérite & le prix des Etoffes. Les Teinturiers du grand & bon teint, ne peuvent teindre en petit teint, & ne doivent avoir chez eux que les drogues appartenantes au bon teint; & ceux du petit teint ne peuvent teindre en bleu, à cause du pastel qui appartient au bon teint, & ne doivent avoir chez eux que les drogues qui appartiennent au petit teint. Ils ne doivent teindre que des frisons, tiretaines, petites serges à doubler, & qui ne valent au plus que 40. sols l'aune en blanc.

Teinturier, est aussi une espece de raisin, dont le suc est fort rouge, & dont on mêle quelques seps, parmi un plant de raisin blanc, pour colorer & faire du vin clairet, son suc est fort doux & sa feüille est rouge.

THÉ. s. m. quelque Medecins l'écrivent Tay. Est un petit arbrisseau domestique de la hauteur des Groselliers ou Grenadiers & Myrthes, fort estimé chez les Chinois & Japonnois, ils l'appellent Cha ou Theia. Il croît en la Province de Kiagnon prés la Ville de Hoicheu & auprés de Nankin: il y en a aussi au Royaume de Siam: le meilleur de tous est celui du Japon: on dit qu'il en vient aussi en Tartarie: Il a la feüille petite comme celle du Sumac des Corroyeurs, dont il est une espece selon quelques-uns, mais sa Fleur tire davantage sur le jaune, & ses Branches sont vêtuës de Fleurs blanches & jaunes, pointuës & dentelées, sa graine est noirâtre, & l'arbrisseau croît en trois ans malgré les neiges & les rigueurs de l'hyver: il a des Racines Fibreuses & dentelées. On fait un Breuvage de sa premiére feüille qui naît au Printemps, qu'on cueille feüille à feüille avec les mêmes soins qu'on fait les Vendanges en Europe: on la fait chauffer & seicher, & aprés l'avoir gardée en des vaisseaux d'étain bien bouchez, si on la jette en de l'eau boüillante, elle réprend sa premiére verdure, & donne une teinture verdastre à l'eau avec une odeur & un goût agréable. Les Chinois ne boivent que l'eau où la feüille a trempé le plus chaudement qu'ils peuvent. Les Japonnois boivent l'eau & la poudre qu'ils y ont laissé infuser. On en met le poids d'un écu sur un bon verre d'eau, & on y met un peu de sucre pour corriger son amertume. Elle est si differente en bonté, qu'il y en a dont la livre vaut 100 ou 150. francs; d'autre qui ne vaut que deux écus; il y en a même à sept deniers. Les Hollandois la vendent en France 30. livres, & elle ne leur coûte que dix sols; sa bonne marque est d'être verte, amere & seche, en sorte qu'elle se brise avec les doigts.

Elle guerit la goute & la gravelle, & on croit qu'elle est la cause de ce qu'on n'entend point parler de ces maux à la Chine & dans l'Inde; & de ce que les peuples parviennent à une extrême vieillesse. Elle guérit les indigestions de l'estomac; elle des-enyvre, & donne de nouvelles forces pour boire & dissiper les vapeurs qui causent le sommeil; elle fortifie la raison que le vin affoiblit, & guérit soudain la migraine, & les douleurs de ventre.

Les Chinois en prennent en toutes rencontres, & sur tout à dîner; ils en offrent aux Amis qu'ils veulent régaler. Les plus moderez en prennent trois fois par jour, les autres dix fois & à toute heure. Les personnes de la plus grande qualité font gloire de le préparer eux-mêmes dans leurs appartemens les plus magnifiques, & ont plusieurs Vaisseaux de prix pour cet effet.

Ceux qui en ont écrit sont le Pere Maffée, Louïs Almeyda, Mathieu Riccius, Aloisius Frois, Jacob Bontius, Jean Linscot, le Pere Alexandre de Rhodes dans leurs Voyages, & les Auteurs du voyage de l'Ambassade de la Chine, & de celui de Monsieur l'Evêque de Berite, & Nicolas Tulpius Medecin d'Amsterdam; mais Simon Paul Medecin du Roy de Dannemarck, qui a fait un Traité exprés de cette Plante, dit que ces vertus qu'on lui attribuë n'ont point de lieu pour ceux qui habitent en Europe; & que ceux qui ont passé 40. ans n'en doivent pas user, parce qu'elle avance leur mort, étant trop dessicative. Il prétend que le Thé n'a pas plus de vertu que la Betoine, & que ce n'est qu'une espece de myrte qu'on trouve en Europe aussi bien qu'aux Indes; qu'on l'appelle Chamæleagnus ou Piment Royal, dont la description, les experiences & les analyses qu'il en a faites sont tout à fait semblables.

Tiercer, v. act. terme d'agriculture; qui signifie donner aux terres le troisiéme labour; la troisiéme façon, comme on dit biner de la seconde. On le dit pareillement de la troisiéme façon des Vignes.

Tiercer, signifie aussi séparer les fruits d'une Abbaye en trois, pour en donner le tiers à l'Abbé; le tiers aux Religieux, & réserver le tiers pour les réparations, en ce sens il vient du Latin tertiare.

Tiercer, en terme de Finances, signifie faire un tiercement, ou une enchere du tiers du prix sur une Adjudication déja faite: ou dans les fermes du Roy, encherir du triple de l'enchere courante.

Tierceur, s. m. encherisseur qui fait une enchere d'un tiers, ou un tiercement aprés une Adjudication. L'Ordonnance des Eaux & Forêts, veut qu'aprés le tiercement & doublement on ne reçoive les encheres qu'entre le tierceur & le doubleur.

Tiers, tierce, adj. qui est aprés le second, c'est chaque partie d'un tout divisé en trois. L'Eglise, la Noblesse & le tiers Etat.

En perspective, on appelle le tiers point: un point qu'on prend à discretion sur la ligne de vûë, où aboutissent toutes les diagonales qu'on tire pour racourcir les figures.

En Architecture, on appelle une voute en tiers point, quand elle est élevée au dessus du plein cintre.

On appelle aussi un tiers point, ce qui donne un branle à plusieurs machines dans la méchanique.

En termes de Marine, on appelle des voiles à tiers point: les voiles triangulaires qu'on nomme autrement voiles latines dont on se sert sur la Mediterranée & sur les Galéres, & à l'artimon.

Au feminin, on appelle la fiévre tierce, celle qui laisse l'intervalle d'un jour entre deux accés. Voyez fiévre. Et tierce.

Tiers, en termes de négoce se prend aussi substantivement: il faut une aulne & un tiers de drap pour faire un habit. Un tiers est un pot ou mesure entre la chopine & le demi septier. Il est aux champs un tiers de l'année. Cette somme se doit partager par tiers; j'y ay mon tiers ou les deux tiers. Il faut faire boüillir ce Sirop jusques à ce qu'il soit réduit au tiers.

Tiers, en Jurisprudence se dit des entremetteurs, des Experts, des sur-arbitres. Ces deux parties plaidoient, un tiers les a accommodées. Ils avoient l'épée à la main, un tiers s'est mis entre-deux qui les a séparez. Voilà des rapports qui se contredisent, il faut qu'il y ait un tiers nommé d'Office. Quand deux arbitres sont de contraire avis, on leur donne pouvoir de nommer, de prendre un tiers pour sur-arbitre. On dit aussi en amour qu'il ne faut point de tiers, si ce n'est pour appareiller, aussi une femme qui fait ce métier s'appelle en Espagnol tercera.

Il y a aussi au Palais des tiers referendaires, & en matiére de Taxe de dépens on appelle le tiers celui qui régle les dépens, dont les Procureurs ne sont pas d'accord.

Tiers & danger, termes d'eaux & forêts, c'est un droit qui appartient au Roy & à quelques Seigneurs, & sur tout en Normandie, sur les bois possedez par les Vassaux. Il consiste au tiers de la vente qui se fait d'un bois, soit en argent ou en espece, & outre cela au Dixiéme: ainsi de trente arpens, c'est treize arpens: de 3000. livres, c'est 1300. livres: quelques-uns ne payent que le danger, qui est le dixiéme. La derniére Ordonnance déclare le droit de tiers & danger imprescriptible.

On dit proverbialement qu'un homme hante le tiers & le quart, qu'il médit du tiers & du quart, qu'il prend sur le tiers & le quart, pour dire indifferemment, sans choix & discretion de toutes sortes de personnes.

TON. s. m. Terme de musique, inflexion de voix qui marque diverses passions de l'ame. Un ton doux & agréable, est le ton dont on parle en conversation. Un ton aigre & menaçant, est celui qui marque un homme en colere. Un ton fier & imperieux, est celui qui commande, lors qu'on parle d'un ton de maître. Un ton moqueur & ironique, est le ton d'une personne qui a de la haine ou de l'envie. Un ton plaintif & dolent, est celui qui témoigne de l'affliction, de la douleur. Un ton de Déclamateur, de Comedien, est celui dont on use dans les harangues & sur les théatres. Ce mot de ton exprime sa principale cause, qui est la tension du corps qui le produit, le ton est grave ou aigu, selon que le corps sonnant a une differente tension, comme on voit arriver aux cordes des Instrumens.

Ton se dit particuliérement en musique de l'élevation de la voix par certains degrez ou intervalles égaux ou mesurez, qui servent à former des accords, & qui sont réglez par les nottes, ut, re, mi, fa, sol, la, si; on le dit des Instrumens aussi bien que de la voix. Il faut hausser ou baisser sa voix ou son instrument d'un ton, d'un demi ton. Un ton faux est celui qui n'est pas juste. Le ton mineur est la difference de la quinte & de la sexte majeure, ou de la quarte & de la tierce mineure: il est composé de deux demi tons l'un majeur & l'autre mineur, & aide à composer la tierce majeure. Le ton majeur est la difference de la quinte & de la quarte; & le demi ton majeur est la difference de la quarte & de la tierce majeure. Le ton majeur surpasse le ton mineur d'un comma. Le demi ton est toûjours placé entre deux tons d'un côté, & trois de l'autre. On appelle aussi le ton majeur, le ton parfait; & demi ton mineur, le demi ton imparfait. L'intervalle en nombres du ton majeur est de 8. à 9. celui du mineur de 9. à 10.

Ton se dit aussi d'une maniére de chanter ou d'accorder un instrument. Ce luth est accordé sur le ton de B quarre, on n'y peut joüer cette piéce qui est sur B mol, sans changer de ton. C'est le Maître de Musique qui donne le ton pour accorder les Instrumens, pour commencer à chanter. On dit aussi le ton enrhumé. Dans le plein chant on dit les 8. tons du Magnificat, le ton de la Préface, de l'Evangile, &c.

Ton se dit aussi en peinture d'un degré de couleur par rapport au clair obscur.

Ton se dit figurément en Morale. Depuis la perte de son procés, il a bien changé de ton, il est bien humilié, il parle bien d'une autre maniére. Cet homme l'a pris sur un ton trop haut, pour dire, Il ne pourra soûtenir ce qu'il a entrepris. On dit aussi ironiquement, il est bon sur ce ton-là, pour dire, qu'une chose est ridicule ou mal fondée.

TROMPE, s. f. vieux mot qui signifioit autrefois la même chose qu'à present trompette: il se dit encore en cette phrase, tout ce qu'on veut faire sçavoir au peuple se publie à son de trompe. On l'a crié à trois briefs jours à son de trompe.

La Trompe de chasse est une espece de cor ou grand tuyau de cuivre recourbé & qui fait un tour au milieu comme un cercle ou un anneau, elle sert pour appeller les chiens.

Trompe, est un petit instrument de leton ou d'acier, dont se servent les laquais pour en tirer quelque harmonie; elle est faite de deux petites branches & d'une languette au milieu qui fait ressort & qu'on remuë sans art avec les doigts tandis qu'on la tient entre les dents; elle rend un son fremissant, modifié par le mouvement de la langue, & l'ouverture de la bouche, ce qui cause un bourdonnement sourd assez agréable. On l'appelle aussi gronde & rebube, & quelques-uns trompe de Bearn.

Trompe en termes d'Architecture, est une espece de voûte trés-artistement taillée, dont la clef est en l'air & qui semble n'être soûtenuë de rien, sur laquelle pourtant on éleve des murailles de pierre. La trompe du château d'Anet, & celle de la ruë de la Savaterie sont fort estimées par Philbert de Lorme qui bâtit cette derniére en faveur d'un de ses amis.

Trompe se dit aussi d'un membre particulier qu'ont les Elephans, qui leur sert de main, qui est comme un nez allongé qui leur sort du milieu du front, à laquelle est joint un petit Appendice en forme de doigt. Le Cameleon a aussi une trompe, qui est sa langue qu'il lance hors de sa gueule comme s'il la crachoit, puis il la racourcit en un moment, lors qu'il la retire: elle lui sert comme la trompe de l'Elephant pour prendre sa nourriture. Le microscope nous a fait aussi découvrir une espece de petite trompe dans les mouches & cousins, par le moyen de laquelle ils succent le sang des animaux ou les liqueurs pour se nourrir. Quelques Medecins appellent aussi la trompe de la matrice les cornes de la matrice des brutes, qu'on appelle autrement portiéres.

Tromper, v. act. abuser de l'ignorance ou de la facilité de quelqu'un, lui faire passer des choses pour autres qu'elles ne sont. Dieu ne peut tromper, ni être trompé. Un Marchand tromperoit son pere sur sa Marchandise. Il y a peu de personnes qui ne trompent au jeu, quand ils le peuvent faire.

Tromper, avec le pronom personnel, se dit de soy-même, quand par erreur on prend une chose pour une autre. Les plus grands esprits sont sujets à se tromper. Cet homme, si je ne me trompe, est un hypocrite. Ces jumeaux se ressemblent si fort qu'il n'y a personne qui ne s'y trompe. Ménage croit que ce mot vient de l'Espagnol traupa, qui signifie un instrument à prendre des souris que les Italiens appellent trappola, & les Latins decipula.

Tromper, se dit aussi des choses qui sont cause que nous sommes trompez. Le calme, le beau temps nous a trompez, nous a fait mettre en chemin. L'œil nous trompe; nous fait voir les choses autres qu'elles ne sont. Sa maladie ne m'a pas trompé; je n'en ay jamais eu bonne opinion. Cette perspective trompe agréablement. Cette grêle a trompé l'esperance des Laboureurs.

Tromper, se dit figurément en choses morales. Les passions trompent nôtre jugement. On est bien trompé par l'apparence. Le malin esprit nous trompe par des illusions, par des songes & des visions trompeuses.

TROMPETTE. s. f. Terme de guerre. Instrument de musique qui est le plus noble des instrumens à vent portatifs, qui sert à la guerre dans la Cavalerie pour l'avertir du service. On la fait d'ordinaire de leton, & on en peut faire de fer, d'étain, de bois ou d'argent. Moïse en fit faire deux d'argent qui servoient aux Prêtres, comme il est porté dans le dixiéme chap. des Nombres; & Salomon en fit faire 200. mille, telles que Moïse avoit ordonnées, comme témoigne Josephe, livre 8. ce qui fait voir que c'est le plus ancien des instrumens. La trompette est composée d'un bocal par où on l'embouche, large de dix lignes, quoy que le fonds ne soit que de trois lignes. Les deux premiers canaux qui portent le vent s'appellent branches; les deux endroits par où elle se recourbe & replie s'appellent potences, & le canal qui est depuis la seconde courbure jusqu'à son extrêmité s'appelle pavillon; les endroits où les branches se peuvent briser & séparer ou souder, s'appellent les nœuds, qui sont au nombre de cinq; & qui en couvrent les jointures. On appelle Banderolle le petit étendart armorié qui est attaché à ses branches, & bandereau le cordon qui sert à la pendre au cou de celui qui en sonne. Quand on en ménage bien le son, il est de grande étenduë, & il passe les quatre octaves qui sont l'étenduë des claviers des épinettes & des orgues, & il peut aller jusqu'à 32. intervalles. Le jeu de la trompette dépend de l'adresse de celui qui l'embouche, qui est obligé de mettre le bout des lévres dans le bocal. A la guerre il y a huit principales maniéres de sonner la trompette; la premiére s'appelle le cavalquet, dont on se sert quand l'armée approche des Villes, ou quand elle passe par dedans durant la marche; la seconde s'appelle le Boute-selle; dont on use quand on veut déloger ou marcher, & puis on fait suivre la levée du Boute-selle; la troisiéme est quand on sonne à cheval, & puis à l'étendart; la quatriéme est la charge; la cinquiéme est le guet; la sixiéme s'appelle double cavalquet; la septiéme la chamade; & la huitiéme est la retraite. On fait aussi des fanfares avec la trompette dans les réjouïssances.

On dit figurément qu'un Ange viendra avec la trompette annoncer le jour du Jugement & réveiller les morts pour y comparoître. Les Payens ont mis aussi une trompette à la bouche de la Renommée, dont ils ont fait une divinité fabuleuse. Les Poëtes disent qu'ils sont les trompettes de la gloire des Heros. Cet Ecrivain a été la trompette de la guerre qui a publié des manifestes qui ont été cause de la guerre. Ménage dérive ce mot du Grec strombos qui signifie une conque dont on usoit autrefois au lieu de trompette.

Il y a aussi dans l'orgue un jeu de trompettes qui a huit pieds de long & qui s'élargit par en haut comme le Pavillon des trompettes militaires: il a environ un demi pied de diametre par en haut, & un pouce & demi par en bas. Il y a aussi une trompette de pedales qui est de huit pieds; ce jeu est accordé à l'octave de la montre.

On appelle en général trompettes & clairons les tuyaux qui s'élargissent par en haut.

Trompette marine est un instrument de musique composé de trois tables, qui forment son corps triangulaire, elle a un manche fort long & une seule corde de boyau fort grosse montée sur un chevalet qui est ferme d'un côté sur un de ses pieds, & tremblotant de l'autre côté sur un pied qui n'est point attaché à la table; on la touche d'une main avec un archet, & de l'autre on presse la corde sur le manche avec le pouce, c'est ce tremblement du chevalet qui lui fait imiter le son de la trompette, ce qu'elle fait si parfaitement qu'il n'y a presque pas moyen de la distinguer de la trompette ordinaire, & c'est ce qui lui a fait donner ce nom, quoy que d'ailleurs ce soit une espece de monocorde.

Trompette parlante, est une trompette longue de sept à huit pieds & quelquefois de quinze, qui est toute droite, faite de fer blanc, & qui a un fort large pavillon, son bocal est assez large pour y introduire dedans les deux lévres; que si on parle dedans, elle porte la voix jusqu'à mille pas & se fait entendre distinctement. On dit que l'invention en est moderne, & est du Chevalier Morlan Anglois, néanmoins le Pere Kircher a donné la figure d'une trompette dont il dit qu'Alexandre se servoit pour parler à son armée, qui est presque la même chose, à la réserve que celle-ci se divise en deux tuyaux, qui par aprés se rejoignent.

Trompette, s. m. est le Cavalier qui sonne de cet instrument. Ce sont les trompettes qu'on envoye aux assiégez pour les sommer de se rendre, pour leur faire sçavoir quelque chose.

Trompette se dit proverbialement en ces phrases. On dit qu'un homme est bon cheval de trompette, qu'il ne s'étonne pas pour le bruit, quand il ne se soucie pas des crieries qu'on peut faire contre lui. On dit qu'il faut déloger sans trompette, quand on chasse quelqu'un, quand on l'oblige de s'enfuir avec précipitation: On dit aussi à gens de village trompette de bois, pour dire qu'il faut faire aux gens des traitemens proportionnez à leur condition.

Trompetter. v. act. publier à son de trompe & à cri public dans les marchez, dans les carrefours, quelque Réglement, quelque Ordonnance de Police, quelque ajournement à trois briefs jours. Un tel a été trompetté pour la troisiéme fois.

Trompillon. s. m. petite trompe d'Architecture. Les voutes ou trompillons sous les marches droites d'un escalier se toisent pour mur sans reins.

TRUAND, ande. adj. mendiant valide qui demande l'aumône & qui aime la fainéantise, qui fait un métier de gueuser: Ce mot est fort ancien. L'Abbé Guibert en son Histoire de Jerusalem represente la vie & les gestes des gueux & truands qui suivirent l'armée croisée, qu'il nomme trudents. Leur Capitaine fut un Chevalier de Normandie qui se fit nommer le Roy Thafur, & il remarque que ces gens firent grand peur aux Sarrasins, qui craignoient fort de tomber entre leurs mains, parce qu'ils étoient antropophages; cette Royauté a toûjours continué depuis; & à present les gueux de France nomment leur Roy Le grand Cosroê, & le Roy de Thunes, comme on voit dans le jargon de l'Argot. Pasquier & Ménage aprés lui prétendent que le nom de truand vient d'un vieux mot gaulois treu ou trud qui signifioit tribut, dont la pesanteur, disent-ils, avoit réduit ces gens à la mendicité, mais ils se trompent, parce que ce nom est bien plus ancien: car les Tailles ne furent imposées que du temps de Saint Louïs: outre que leur libertinage les rendoit exempts de toutes impositions. C'est pourquoy d'autres disent qu'il vient de molæ trusatiles, qui signifient les moulins à bras, qui étoient tournez par des gueux & des miserables avant l'invention des autres dont on se sert. D'autres croyent que ce nom vient d'un oiseau de marais qui a le pied d'oye & la taille d'un cigne, que les Latins appellent truo, & les Grecs Onocrotale, parce que cet oiseau a une bourse tenant à la partie inferieure du bec, qui descend en poche ou besace, où il ramasse toutes les bribes qu'il trouve, pour les retirer & manger à loisir, ce qui a fait qu'on a nommé truands, les gueux qui font la même chose.

On appelle truands en Espagne, les Bouffons, Bâteleurs, joüeurs de gibeciére & faiseurs de tours de passe-passe. Borel dit que ce mot signifioit autrefois gens de pied, & des gens mal-propres & sales; comme qui diroit des Tripiers, qui ont donné le nom à la ruë de la truanderie à Paris où demeuroient les Tripiers.

Il y a quelques coûtumes qui font mention d'un cens truand, dormant ou mort, c'est à dire, qui ne porte aucun profit, ni droits Seigneuriaux, qui n'est qu'une espéce de Rente Roturiére. Il y a un vieux Proverbe cité dans l'indice de Ragueau, qui dit qui fit Normand, fit truand. Ce qui vient de ce que dit Pasquier que les Normands ont été les plus chargez de trus, qui en vieux gaulois signifioit impost.

Truandaille, s. f. Vieux mot qui signifie aussi gueux ou vau-rien. On trouve ce mot employé dans la vieille Bible des Noëls. Vous ne semblez que truandailles, vous ne logerez point céans.

Truander, v. n. Demander l'aumône par libertinage & pure faineantise. Il y a des gens qui sont nez avec l'inclination de truander, on dit maintenant trucher.

Turbit, s. m. Espéce de petite plante que les Latins nomment tripolium, c'est aussi l'écorce d'une racine laiteuse. Il doit être obscur au dehors, blanc au dedans & nettoyé de son cœur dur & fibreux, & n'être ni moisi, ni chansi, ni vermoulu; il doit être aussi gommeux, car il contient au dedans de la resine.

Dioscoride dit, que le turbit blanc est la racine d'une herbe nommé alypum ou alypia, dont les jettons & les feüilles sont menuës, les fleurs tendres & legéres, & qui a sa racine comme la Bette; sa racine est grêle & pleine d'un jus acre & piquant, sa graine semblable à celle d'Epithymum. Il dit aussi que ses fleurs changent trois fois de couleur par jour, car au matin elles sont blanches, sur le midy purpurines, & deviennent rouges sur le soir: il dit encore que ses feüilles sont semblables au pastel & qu'il croît sur le bord de la mer. Turbit est le nom que les Arabes donnent au tripolium.

Mathiole dit, que le turbit est la racine de pityusa, qui est une espéce de tithymale que les Apoticaires appellent Esula major. Le turbit est une drogue dangereuse parce qu'elle purge trop violemment.

Les Chymistes appellent aussi turbit mineral, &c.


V.

VARECH. s. m. Terme de Marine. C'est une herbe qui croît sur les rochers, que la mer arrache en montant & jette sur ses bords. Les Riverains s'en servent pour engraisser leurs terres: cette herbe est ainsi appellée sur les côtes de Normandie. Sur celles de Bretagne on la nomme Goüesmon, & sur les côtes du païs d'Aunis Sar. Tout ce que la mer jette sur ses bords, soit de son crû, soit qu'il vienne de bris & naufrage, est de là appellé Varech sur les côtes de Normandie; & dans cette même Province les droits que les Seigneurs des Fiefs voisins de la mer prétendent sur les effets qu'elle pousse sur son rivage, est appellé droit de Varech: on l'appelle en d'autres lieux chose du flot.

Les Réglemens pour le Varech sont contenus au tître 10. du livre 4. de l'Ordonnance de la Marine, il est défendu de couper le Varech la nuit, & hors des temps réglez. On l'appelle autrement Vraicq.

La Coûtume de Normandie a un tître particulier du Varech, qu'elle appelle autrement, choses gayves, où elle ne parle point de l'herbe, mais elle comprend seulement les choses que l'eau jette à terre par tourmente & fortune de mer, ou qui arrivent si prés de terre, qu'un homme à cheval y puisse toucher avec sa lance, article 598. Ménage tient que ce mot vient de l'Anglois Vrac, qui signifie bris & naufrage.

VARENNE. s. f. Plaine, étenduë de païs uni, qui ne se fauche, ni ne se laboure, fonds plat entre des côtaux. Les habitans de ce Village menent paître leurs bestiaux dans la Varenne où il y a de bons pâturages. La Varenne du Louvre est une Jurisdiction qui se tient au Louvre, établie pour la conservation de la chasse dans les plaines qui sont à six lieuës à la ronde de Paris.

VENT. s. m. Agitation de l'air. Air rarefié. L'Ecriture dit que Dieu tire le vent de ses tresors. Descartes démontre la formation du vent par la comparaison des Eolipiles. Le vent est mis au rang des Méteores. On fait du vent avec un éventail en remuant l'air; les anciens croyoient que les Cavales du Portugal concevoient du vent, à cause de leur vîtesse. En ce sens on dit qu'il fait vent, que le vent s'éleve, que le vent souffle de ce côté-là, qu'une maison est à l'abry du vent, du mauvais vent, quand elle en est à couvert; que des arbres sont à plein vent, quand ils ne sont point attachez à quelque muraille.

On appelle Vent-coulis un petit vent qui entre par l'ouverture des portes, ou des fenêtres & cloisons qui joignent mal.

Vents sous-terrains sont les vents enfermez dans les entrailles de la terre, & qui sont cause de ses tremblemens.

Vent, signifie simplement de l'air. Bailler vent à un tonneau; ce tuyau prend vent, ce soufflet prend vent; un balon est rempli de vent.

Vent, signifie encore l'haleine, l'air qu'on respire. Il faut faire une pause pour reprendre son vent. Ce plongeon retient bien son vent. Ce Trompette a bon vent. Tirer son vent, c'est respirer.

Vent signifie aussi l'air enfermé dans le corps des animaux, quand il sort par haut ou par bas. Cet homme est travaillé de vents. La bile engendre bien des vents. Il a lâché un vent par derriére. En Médecine on connoît une hydropisie de vents.

Vent, signifie aussi une chose petite & legére: Vivre de vent, c'est à dire, presque de rien: se repaître du vent, de chiméres, la gloire de ce monde n'est que du vent. Il croyoit gagner beaucoup en cette affaire, mais il n'en retirera que du vent. Ce mets n'est point solide, ce n'est que du vent. On a crû que le Cameleon vivoit de vent, quoi qu'il vive de petites mouches qu'il attrape avec sa langue.

En ce sens il signifie figurément vanité, orgueil. Cet homme a bien du vent dans la tête.

En Musique on appelle instrumens à vent, ceux que l'air ou le vent fait joüer, comme les orgues, les flûtes, la musette, la trompette, la saquebutte, le cor, &c.

Une arquebuse à vent, est celle qu'on charge avec du vent condensé. Moulin à vent, celui que le vent fait tourner.

Vent, en termes de venerie se prend pour l'odeur & le sentiment qu'une bête laisse en son passage. Le cerf est de plus grand vent & de sentiment que le liévre, il fuit toûjours à vau le vent, & ne met jamais la gueule ni le nez dedans le vent. Le sanglier prend le vent de toutes parts, pour sentir & flairer s'il n'y a rien qui luy puisse nuire. On dit aussi chasser au vent, pour dire chasser contre le vent. On dit le vent du trait lors que le cerf a eu le matin le vent du limier; ce qui fait qu'il s'en va souvent de hautes erres, & l'on trouve buisson creux. On dit aussi qu'il ne faut pas se fier aux chiens, qui en veulent au vent, c'est à dire, qui ne mettent point le nez à terre.

En terme de Fauconnerie on dit qu'un oiseau va à vau le vent, quand il a la queuë ou le balay au vent; qu'il va contre le vent quand il a le bec au vent; & qu'il va aise au vent, pour dire qu'il vole à côté du vent. On dit qu'il bande au vent quand il se tient sur les chiens, faisant la crecerelle. On dit aussi qu'il tient bec au vent, qu'il chevauche le vent, lors qu'il résiste au vent, sans jamais tourner queuë. On appelle à la chasse vent leger, le vent qui est propre à la chasse, qui n'est point trop fort, mais doux & gracieux; c'est un vent clair lors qu'il souffle pendant que le Ciel est serain.

En ce sens il signifie figurément un bruit confus, une connoissance imparfaite qu'on a de quelque chose. Cette entreprise étoit fort secrette, néanmoins on en a eu quelque vent, on en a senti le vent. On a bien cherché les Auteurs de ce vol, mais on n'en a ni vent, ni voix, quelques-uns disent, voyes.

Vent du Bureau, se dit au Palais des Nouvelles qu'on apprend, qu'on découvre, du sentiment qu'ont les Juges d'une affaire qu'on leur rapporte, quand ils s'ouvrent un peu trop. Il faut accommoder cette affaire, le vent du Bureau n'est pas pour nous.

Vent en terme de Manége se dit en parlant d'un cheval qui commence à être poussif: ce cheval a du vent. On dit aussi qu'il porte le nez au vent, ou qu'il porte au vent, quand il tient la tête haute, comme font les chevaux Croates, ou Cravates. On le dit aussi des hommes qui levent trop la tête.

Vent, en termes de Marine se dit aussi de cette agitation de l'air considerée comme le fondement de toute la Navigation, ainsi on dit avoir bon vent, ou vent arriére, pour dire vent en pouppe.

Vent de quartier, c'est le vent qui souffle à côté, & qui est meilleur que le vent en pouppe, lequel ne donne pas dans toutes les voiles, à cause que l'artimon l'en empêche: Vent à la Bouline, c'est à dire, qui se prend de côté. Ce qu'on appelle un lit de vent, qui s'étend jusqu'à cinq ou six Rumbs éloignez de la route; on l'appelle aussi vent largue. Un rumb de vent, c'est la route que fait le vaisseau en suivant un des 32. vents marquez sur la boussole. Mettre la voile au vent, c'est à dire, partir. On dit qu'un vaisseau est battu du vent, du mauvais vent, quand il a souffert un orage. On navige à tous vents. Vent de terre est celui qui repousse les vaisseaux en mer, & empêche qu'ils n'abordent.

On dit avoir vent devant, faire vent devant, prendre vent devant, pour dire prendre le vent par prouë; ce qu'on appelle aussi être debout au vent; avoir le vent contraire. On dit aussi tenir au vent, pour dire naviger malgré le vent contraire.

On dit aussi être au vent d'un vaisseau, passer au vent d'un vaisseau; monter au vent, lui gagner le vent, avoir l'avantage du vent, le dessus du vent, lors que le vent porte un vaisseau sur un autre, & au contraire être sous vent, c'est avoir le desavantage du vent; être à vau le vent, c'est se laisser aller selon le cours du vent. On dit aussi être porté d'un bon vent, pour dire d'un vent foible; serrer le vent, pour dire prendre l'avantage du vent de côté: Bouliner le plus qu'il est possible pour se servir du vent qui souffle. Tomber sous le vent c'est perdre l'avantage du vent. On dit aussi que le vent tombe lors qu'il cesse, qu'il fait place au calme, & qu'il ne fait point de mer. On appelle aussi partager le vent, chicaner le vent quand on le prend en louviant, en faisant plusieurs bordées tantôt d'un côté, tantôt de l'autre. On dit que le vent se fit nord, qu'il se rangea au sud, qu'il vint à l'oüest, pour dire que le vent changea & soufla de ces côtez-là.

Mettre le vent sur les voiles, c'est empêcher que les voiles ne prennent du vent, les disposer en une situation paralelle au vent, en sorte qu'il ne fasse que les raser, ou friser. On appelle le beau temps vent gaillard, une fraîcheur vent à volonté, & favorable.

Vents Cardinaux, ce sont les principaux vents qui souflent aux quatre points Cardinaux de l'horison. On appelle un vent réglé, ou alisé celuy qui est favorable, & qui se maintient sans sauter d'un Rumb à l'autre. On le dit aussi des vents de saison, qui souflent toûjours en même saison sur certaines côtes, comme la monson dans les Indes, les vents Etesiens, &c.

Vents d'aval, ce sont des vents mal-faisans qui viennent de la mer & du Midy; ceux qui font des Relations, les appellent Brises, ou vents d'abas, vers les côtes de Canada & de la Floride, ils sont grandement vehemens.

Vent d'Amont, c'est un vent qui vient de terre & d'en haut, & d'Orient.

Vent frais est celui qui est doux & rafraîchissant sur terre, ou qui est favorable sur la mer.

On appelle coup de vent un orage ou une tempête qui dure souvent plusieurs jours, & grain de vent un orage subit & violent, qui d'ordinaire desempare les vaisseaux, & ruïne les manœuvres. On l'appelle aussi dragon de vent, tourbillon, les Portugais œil de bœuf, les Levantins typhon & syphon.

Les vents les plus dangereux sur les côtes Occidentales sont l'Est & Suroüest, ou Lebecio, & le Nortoüest, qu'on nomme galerne; & sur la Mediterranée aux côtes d'Europe sont le Sud nommé Austro, & le Nort-est ou bise nommé Græco; & le plus dangereux de tous est le Circius, que les Anciens nommoient Typhon.

Les Anciens ont fort varié sur le nombre des vents. Aristote n'en compte que onze, & obmet Libonotus; Vitruve en met vingt-quatre, les modernes trente-deux.

En tout l'Ocean les vents ont des noms Allemans & Flamens, sur la Mediterranée des noms Italiens. Voici leurs noms modernes avec les anciens Grecs & Latins pour les faire mieux connoître.

Est, ou vent Oriental, solaire & équinoctial; vent d'Amont sur l'Ocean, sur la Mediterranée Levante, en Grec Apeliotes, en Latin Solanus.

Est quart sudest, hypeliotes subsolanus.

Est sudest, demi rumb, ornithias, ethesias, aviarius.

Sudest, nordest, quart dest, Elioteurus, Meseurus.

Sudest en l'Ocean: en Mediterranée Siroco, Eurus.

Sudest quart de sudest, Vulturnus.

Sud sudest, Euronotus, Phænicias.

Sud quart de sudest, Altanus.

Sud, vent de Midi, ou Meridional, Autan en l'Ocean: en Italien Abrego, mezzodi, austro, marin vent d'aval sur la Mediterranée, en Latin Auster, en Grec Notus.

Sud quart sud-oüest, Hyponotus, Sub-auster.

Sud sud-oüest, demi vent, Libonotus.

Sud-oüest quart de sud, Mesolibs.

Sud-oüest en l'Ocean: Afro, Garbino, Lebeschio en Mediterranée, Africus, libs, c'est celui qui fait geler les vignes.

Oüest, quart de sud-oüest, Subvesperus.

Oüest sud-oüest, demi vent Libozephirus.

Oüest quart de Sud-oüest, Mezozephirus, Etesiæ.

Oüest, vent Occidental, vent d'aval, vent d'abas, Brises en l'Ocean: Ponente, vent de Ponant, en la Mediterranée: Favonius, Zephirus.

Oüest quart de Nort-oüest, Circius.

Oüest Nort-oüest, demi vent, Argesto Zephirus, Caurozephirus.

Nort-oüest quart d'oüest, Leuconotus, Albicaurus.

Nort-oüest en l'Ocean: Maestral ou Maestro, Gaillego en la Mediterranée, Argestes, Caurus, Corus.

Nort-oüest quart de Nort, Hypargestes, Scyron, Olimpias.

Nort Nort-oüest, demi vent, Thrascias.

Nort quart de Nort-oüest, Supernas.

Nort, bize en l'Ocean: Nordebrida, Tramontana en la Mediterranée, Aparctias, Boreas, Septentrio.

Nort quart de Nort-est, Gallicus, Hypoboreas.

Nort Nort-est demi vent, Aquilo, Meses. Nort-est quart de Nort, Hypomeses, subaquilo.

Nort-est, galerne, sur l'Ocean: Greco, Gregale en Mediterranée, Cæcias, Hellespontius, Japix.

Nort-est quart d'est, Hypocæcias.

Est Nort-est, demi vent, Cæcieliotes.

Est quart de Nort-est, Carbas.

Les vents Ethesies & Ornithies sont expliquez à leur ordre.

Il faut noter qu'en Italien la troisiéme division des vents se fait par la conjonction de deux vents les plus voisins, comme Græco tramontana, Maëstro tramontana; & pour la quatriéme division on les appelle les quartes, comme la quarte de la tramontane au Grec. La quarte du Lebesche au Ponant. Et à l'égard de ces quartes qui étoient inconnuës aux Anciens; leurs noms sont la plûpart inventez par les modernes & factices. Les vents qui souflent entre les points Cardinaux s'appellent vents collateraux.

Vent se dit proverbialement en ces phrases: mettre flamberge au vent, pour dire tirer l'épée. On dit qu'il ne fait ni vent, ni haleine, pour dire qu'il y a un grand calme. On dit qu'un homme vend du vent, de la fumée, quand il promet des choses qu'il ne peut tenir. On dit aussi qu'il pleut à tous vents, pour dire qu'il peut venir du bien & du mal de tous côtez. On dit qu'un homme s'en est allé plus vîte que le vent, quand il s'en est enfuy avec grande diligence. On dit quand on fait une mauvaise comparaison, que cela ressemble comme à un moulin à vent.

On dit des promesses vaines & qu'on ne veut pas tenir, autant en emporte le vent. Jetter la paille ou la plume au vent, quand on est incertain de ce qu'on doit faire, quand on s'en raporte au hasard. Petite pluye abat grand vent. Fendre le vent, pour dire s'en aller, faire banqueroute. On dit d'un miserable qui ne sçait de quel côté se tourner pour faire fortune, qu'il regarde de quel côté vient le vent; & d'un homme en fortune, qu'il est au dessus du vent, qu'il a vent en pouppe; & de celui qui fait une entreprise mal à propos, qu'il va contre vent & marée.

On dit d'un homme leger & inconstant, que c'est une giroüette qui tourne à tous vents: & d'un homme logé dans un lieu mal fermé, qu'il est logé aux quatre vents.

VENTRE. s. m. partie de l'animal, qui dans sa capacité enferme les entrailles, ou les autres choses nécessaires pour faire agir toutes ses facultez. Les Medecins divisent le corps humain en trois ventres, régions ou capacitez; le premier est la tête, le second la poitrine jusqu'au diaphragme; & le troisiéme celui où sont les intestins: & c'est celui-ci qu'on appelle plus communément le ventre. Ce ventre inferieur se subdivise en trois régions; la premiére & la plus haute s'appelle Epigastrique, & s'étend depuis l'os Xiphoïde jusqu'auprés du nombril; la seconde Umbilicale, qui est aux environs du nombril; elle a trois ou quatre doigts de large, & contient les lombres & les reins: la troisiéme est l'Hypogastrique, qui s'étend jusqu'aux parties honteuses, c'est proprement ce qu'on appelle le bas ventre: Hippocrate l'appelle estron, ses deux côtez s'appellent les flancs, & ses plus basses extrêmitez s'appellent les aines, que les Grecs nomment boubons.

Ventre, signifie aussi la partie exterieure du bas ventre. Le nombril est au milieu du ventre. Il a de l'eau jusqu'au ventre. On lui a donné un coup de pied dans le ventre. On lui a dansé à deux pieds sur le ventre: & figurément il est à la paille jusqu'au ventre, pour dire il est bien à son aise, il est fort riche. On dit qu'on a passé sur le ventre à ses ennemis, pour dire qu'on les a défaits & mis en fuite. En ce dernier sens on dit qu'un homme a un benefice de ventre, quand il a un petit cours ou flux de ventre qui lui lâche le ventre, qui lui rend le ventre libre, qui l'empêche d'avoir le ventre dur, qui lui fait décharger son ventre. On dit aussi se coucher sur le ventre; des douleurs de ventre quand on a la colique. Les organes naturels qui servent à la digestion & à la génération sont contenus en la basse région du ventre.

Ventre, se dit aussi de l'estomac, qui est enfermé dans la même capacité, & qu'on appelle pour cela petit ventre. Jonas fut trois jours dans le ventre de la Baleine. On nous a donné une bonne carrelure de ventre, pour dire un bon repas. Le ventre lui tire, pour dire il y a long-temps qu'il n'a mangé; qu'il n'a rien dans le ventre, c'est à dire dans l'estomac. Cet homme est sujet à son ventre, il fait son Dieu de son ventre: il est raisonnable de servir Dieu devant son ventre.

Ventre, signifie aussi la poitrine, & c'est en cette seconde concavité ou région, où est situé le cœur: en ce sens on dit tant que le cœur me battra dans le ventre. Il lui a crevé le cœur au ventre; & figurément on dit de celui à qui on ôte ce qu'il aime, c'est lui arracher le cœur du ventre; & de celui qu'on a encouragé, on lui a remis le cœur au ventre. Les organes qui servent à la respiration & au battement du pouls sont compris dans ce ventre moyen.

Ventre, se dit aussi de la tête, qui est cette premiére capacité dont il a été ci-devant parlé, & alors il signifie l'esprit, la pensée; en ce sens on dit allez sonder cet homme-là, & voyez un peu ce qu'il a dans le ventre, ce qu'il pense, ce qu'il veut faire: ce Poëte n'a pû faire que cent vers sur ce sujet, c'est tout ce qu'il avoit dans le ventre.

Ventre. A l'égard des femmes se dit de la matrice & de leur grossesse. Nous disons de la Sainte Vierge, beny soit le fruit de ton ventre, & le ventre qui t'a porté. On croit que cette femme a deux enfans dans le ventre, tant elle a le ventre gros: elle s'est laissé enfler le ventre.

En Jurisprudence on dit que l'enfant suit le ventre, pour dire qu'il est de condition libre ou servile, selon celle de sa mere. On dit aussi créer un curateur au ventre, à l'égard des enfans posthumes qui sont encore dans le ventre de leur mere. A l'égard des Princes on a quelquefois couronné le ventre.

Ventre, se dit aussi des animaux: ce cheval n'a point de ventre, on dit autrement, n'a point de boyau quand il est serré des flancs.

Ventre, se dit aussi des creux & capacitez qui sont dans la terre: le mont Gibel a fait sortir de son ventre quantité de flammes, de cendres, de pierres ponces. L'avarice des hommes a foüillé dans le ventre de la terre pour tirer l'or de ses entrailles, la mer a englouti ce vaisseau dans son ventre.

Ventre, se dit encore des creux & capacitez des choses artificielles qui ont quelque enflure, quelque éminence. Le ventre d'un navire, d'un tonneau, d'une bouteille: il faut voir ce que cette bouteille a dans le ventre. Le ventre d'un pot d'étain, d'une cruche; le ventre d'un tambour. On dit aussi le ventre d'un luth.

En maçonnerie on dit qu'une muraille fait ventre, quand elle pousse en dehors, quand elle n'est plus à plomb, quand elle menace de ruïne.

En Medecine on appelle le ventre d'un muscle sa partie charneuse la plus enflée. En Chymie on appelle ventre de cheval le fumier, dans lequel enfermant quelques vaisseaux on fait plusieurs operations par le moyen de la chaleur douce qui y est contenuë.

Ventre, se dit proverbialement en ces phrases: on dit qu'on a mis le feu sous le ventre à quelqu'un, pour dire qu'on luy a fait prendre courage, qu'on l'a excité à faire quelque action rigoureuse. On dit aussi d'une chose dont on est mal satisfait, qu'on ne veut point recommencer, c'est le ventre de ma mere, je n'y retourne plus. On dit aussi, ventre affamé n'a point d'oreilles, pour dire, qu'un homme assiegé ou affamé n'écoute point les remontrances. On dit aussi, boire à ventre déboutonné, rire à ventre déboutonné, pour dire, de toute sa force. Rabelais ajoûte, car autrefois on se boutonnoit le ventre. On dit aussi en goinfrerie tout fait ventre, pourveu qu'il puisse entrer. On dit aussi qu'on a battu un homme dos & ventre, qu'on luy en a donné sur le ventre & par tout, pour dire qu'on l'a bien battu. On dit qu'on a demandé pardon ventre à terre, pour dire avec la derniére soûmission. On dit aussi ventre de son, robbe de velours, pour dire qu'il y en a qui font mauvaise chere pour avoir de quoi paroître en habits. On dit aussi le dos au feu, le ventre à table, de ceux qui sont fort à leur aise en Hyver.

VENTRÉE. s. f. Les enfans dont une femme a accouché en une seule grossesse. Voilà deux enfans jumeaux, qui sont d'une même ventrée. C'est une fable que ce qu'on dit d'une Comtesse d'Hollande, qu'elle a eu 365 enfans d'une ventrée.

Ventrée, en termes de Coûtumes se dit du partage des successions des pere & mere entre des enfans nez de differents mariages: ce partage se fait en sorte qu'un seul enfant d'un mariage ou d'un même lit prend autant que plusieurs enfans d'un autre mariage, qu'on appelle ventrée; & pour cela on divise la succession en autant de parts qu'il y a de mariages.

VELOURS. s. m. terme de Marchands, étoffe toute de soye dont les filets de traverse sont conduits autour d'une petite verge de cuivre, sur laquelle aprés on les coupe; ce qui fait paroître un tissu de poils plus courts que ceux de la pane. Ce mot vient de villosus, Nicod. Cujas tient qu'il vient du Grec veros, qui signifioit robbe de soye; d'autres de vellus, qui signifioit autrefois drap. En vieux François on disoit velueil, ou veluyau.

Les plus beaux velours sont à quatre poils, appellez vulgairement à six lisses; ils se font sur un peigne de 20 portées, qui font 60 portées de chaîne, & chaque portée a 80 filets. Il y a 8 fils de poil par chaque dent de peigne, les poils & chaînes doivent être d'organsin filé, tordu au moulin & tramé de trames doubles, le tout cuit & de pure & fine soye. Le velours doit avoir onze vingt-quatriémes d'aune de largeur entre les deux lisiéres, lesquelles doivent être marquées par quatre chaînettes de soye d'autre couleur, qui font connoître le velours à quatre poils.

Le second velours est appellé à trois poils, dont le peigne a vingt portées, & soixante portées de poil & de chaîne: il a aussi quatre-vingt filets à six fils par chaque dent de peigne: ses lisiéres sont marquées de trois chaînettes, & sa soye & sa largeur de même qualité que le précédent.

La troisiéme sorte s'appelle deux poils, vulgairement appellé quatre lisses: il se fait en un peigne de vingt portées, & de quarante portées de chaîne & de poils, chacune de quatre-vingt fils; ses lisiéres sont marquées de deux chaînettes.

La quatriéme sorte de velours s'appelle poil & demy, il a quatre lisses, il a quarante portées de chaîne, & trente portées de poil, de quatre-vingt fils: sa soye est de même qualité, tordage & moulinage, & sa largeur de même: ses lisiéres sont marquées d'un côté d'une chaînette, & de l'autre de deux, c'est pourquoi on l'appelle poil & demy.

La derniére sorte est du petit velours, qu'on appelle renforcé à quatre lisses, dont le peigne est de 19 portées, de 38 portées de chaîne, & de 19 portées de poil, chacune de 80 filets; la lisiére doit avoir une chaînette de chacun côté. Les velours cramoisis doivent avoir un filet d'or ou d'argent fin au milieu de la lisiére, pour les distinguer de ceux où il y aura des couleurs communes tant en chaîne qu'en trame.

En général tous les velours tant façonnez que figurez, ras ou couppez ont les chaînes & poils d'organsin filé, tordu au moulin, & sont tramez de soye cuitte & non cruë, & ont la même largeur.

On fait des habits, des just'aucorps, des robbes de velours, des carreaux, des tapis de pied de velours: on met un ou deux lez de velours dans les obseques des grands Seigneurs qu'on charge de blason.

Velours plein, est celuy qui est tout uni.

Velours figuré, est un velours mince sur lequel sont representées quelques figures: il sert ordinairement aux habits de femme.

Velours à ramages, est le velours diversifié par plusieurs figures ou couleurs; on l'appelle grand dessein, & on s'en sert pour faire des carrosses, des lits, des meubles, & des ornemens d'Eglise.

Velours ras, est un velours dont les filets de traverse ne sont point couppez.

On fait aussi des velours à fond d'or, à fond d'argent, à fond de satin.

Velours, se dit figurément d'un chemin, d'une allée, d'une pelouse, quand elles sont herbuës & fort unies: il nous mena par un chemin de velours; & par une double figure on dit, il est venu à cette charge par un chemin de velours, pour dire qu'il a trouvé de grandes facilitez.

On appelle en Chirurgie des cauteres de velours d'Ambroise Paré, qui ne font point de douleur quand on les applique.

Velours, se dit proverbialement en ces phrases; on dit d'un homme qu'il se pare d'une telle femme, d'une telle chose, comme de sa robbe de velours, pour dire qu'il se fait honneur de la mener, ou d'être le maître de ce qu'il étale en parade. On dit aussi d'une fille qu'elle doit avoir ventre de son, & robbe de velours, pour dire qu'on doit avoir plus de soin de la bien parer, que de la nourrir delicatement. Regnier a aussi appellé des ongles longs & pleins de crasse, des ongles de velours, en parlant de son Pedant.