CONTENANT GENERALEMENT tous les mots François tant vieux que modernes, & les termes de toutes les Sciences & des Arts.
A.
A. Premiere lettre de l'Alphabet François, & de toutes les autres Langues. Chez les Occidentaux cette lettre prend son nom de l'expression du son qu'elle fait. Chez les Grecs on la nomme Alpha: chez les Hebreux Aleph: chez les Pheniciens Alioz; & chez les Indiens Alepha. C'est aussi le premier son articulé que la Nature pousse, & celuy qui forme le premier cri & le bégayement des enfans. D'où vient que Jeremie répondant à Dieu qui le destinoit pour son Prophete, luy dit: A, a, a, Seigneur je ne sçay pas parler, parce que je suis un enfant. Hierem. cap. 1.
C'est aussi ce qui exprime presque tous les mouvemens de nôtre ame, & pour rendre l'expression plus forte, on y ajoûte une h devant ou aprés, comme dans l'admiration: Ha le beau tableau! Dans la joye: Ha quel plaisir! Dans la colere: Ha méchant! Dans la douleur: Ha la tête! Dans la pâmoison: Ha je me meurs! Dans le mouvement: Ha lévrier! Et generalement ce mot exprime toutes les palpitations de cœur, comme il paroît en ceux qui ont la courte haleine. Ciceron appelle l'A lettre salutaire, parce que c'étoit la marque d'absolution.
Cette lettre forme souvent un mot entier, & est quelquefois article du Datif pour décliner les noms & les pronoms: Ce livre est à Pierre, à Agnés. Quand il sert à décliner des noms ordinaires, s'ils commencent par des consones, on dit au, comme, Au soleil: si c'est par une voyelle, on y ajoûte une l au masculin, ou la au feminin: A l'homme, A la femme; Et au plurier on dit en tous cas, aux, comme: Aux Alexandres, Aux Muses, Aux Animaux.
A est quelquefois preposition. Il est à la ville, aux champs: Cela est à la mode.
A est le plus souvent adverbe, non seulement de temps & de lieu, comme, Cela vient à tard, Cela est à terre: mais encore il se joint à presque tous les mots de la Langue pour faire des phrases adverbiales, qui tiennent de leurs significations & de leurs maniéres: Venir à chef, Etre à couvert, à discretion, &c.
A se joint aussi aux infinitifs des verbes pour faire des phrases adverbiales: Donner à boire & à manger: Un maître à écrire: On fait à sçavoir: Au pis aller.
A se dit aussi dans les temps du verbe auxiliaire Avoir: Il a gagné cent écus: Il a fait: Il a dit: Il a le temps & l'argent.
A est souvent une particule indéclinable qui sert à la composition de plusieurs mots, & qui augmente, diminuë, ou change leur signification. Quand elle s'y joint, elle fait doubler ordinairement la consone qu'ils ont à la tête, comme Accorder, Addonner, Affaire, Assujettir, Attrouper, &c.
Cette lettre A étoit aussi chez les Anciens une lettre numerale qui signifioit 500. comme on voit dans Valerius Probus. Il y a des vers anciens rapportez par Baronius, qui marquent les lettres significatives des nombres, dont le premier est tel:
Quand on mettoit un titre, ou une ligne droite au dessus de l'A, il signifioit cinq mille.
ABBÉ. s. m. ABBESSE. s. f. Superieur ou Superieure d'une Abbaye d'hommes ou de filles. Il y a trois sortes d'Abbez: Régulier, Séculier, Commendataire. Ce mot vient de ce que les premiers Moines appellerent leur Superieur Ab-bot, qui en Langue Syriaque signifie Pere. Ainsi ces mots de Abba Pater, qu'on trouve dans les Epitres aux Romains & aux Galates, & ailleurs, qui semblent dire la même chose, ne font pas pourtant un pleonasme, comme dit S. Augustin, veu que l'un est un nom de nature, & l'autre de dignité. D'autres disent qu'il vient du mot Hebreu Aba, qui signifie aimer, vouloir du bien. Covarruvias.
Chez les Ecrivains Grecs & Latins on appelloit Abbez, ceux que nous appellons maintenant Peres, qui étoient vénérables par leur âge & par leur sainteté. On a aussi compris sous ce nom généralement tous les Moines. Ainsi il est dit dans la Régle de S. Colomban, qu'il y avoit mille Abbez sous un Chef; & S. Epiphane fait mention d'un monastere, où il y avoit mille Abbez & mille cellules. On a appellé aussi Abbé second, le Prieur d'un monastere, qui est le Lieutenant de l'Abbé. On a appellé aussi en Sicile des Evêques Abbez & trés-souvent les Curez primitifs de France. On a appellé aussi Abbé du Palais le Maître de la Chapelle du Roy. Voyez du Cange. Les Abbez mitrez sont ceux qui ont droit de porter les ornemens Episcopaux, comme la mitre, les sandales, les gands, l'anneau & la crosse; ce qui leur a été accordé par privilege des Papes: & pour les distinguer des Evêques. Clement IV. ordonna que les Abbez Exempts porteroient des mitres brodées, mais sans pierreries & sans lames d'or & d'argent; & les non-Exempts, des mitres blanches & toutes unies.
Abbé s'est dit aussi de quelques Magistrats ou personnes laïques & séculiéres. Chez les Gennois il y avoit un principal Magistrat qu'on appelloit Abbé du Peuple. En France il y a eu plusieurs Seigneurs, sur tout du temps de Charlemagne, à qui on donnoit le soin & la garde des Abbayes, qu'on appelloit Abbacomites.
Dans les anciens titres on trouve que les Ducs & les Comtes ont été appellez Abbez, & les Duchez & Comtez Abbayes; & plusieurs Seigneurs & Gentils-hommes qui n'étoient aucunement Religieux, ont aussi pris ce nom, comme remarque Ménage, aprés Fauchet & autres.
On appelle aussi Abbé celuy qu'on élit en certaines Confrairies & Communautez, particuliérement entre les Ecoliers & les Garçons Chirurgiens, pour commander aux autres pendant un certain temps: & c'est de là apparemment qu'est venu le jeu de l'Abbé, dont la régle est, que quand le premier a fait quelque chose, il faut que tous ceux qui le suivent, fassent le semblable.
Abbé se dit proverbialement en ces phrases: On vous attendra comme les Moines font l'Abbé; c'est à dire, en travaillant toûjours, en commençant toûjours à dîner. On dit encore: Pour un Moine on ne laisse pas de faire un Abbé; pour dire que l'opposition d'un particulier n'empêche pas la déliberation d'une Compagnie, ou la conclusion d'une affaire. On dit en proverbe Espagnol: Como canta el abad responde al monazillo; pour dire que les inferieurs tiennent le même langage, ou sont de même avis que les Superieurs. On appelle aussi Abbez de sainte Esperance, ceux qui prennent la qualité d'Abbez, sans avoir d'Abbaye, & quelquefois même de Benefice.
ABINTESTAT. Terme de Jurisprudence, qui se dit de celuy qui herite d'un homme qui n'a point fait de testament: Ce fils est heritier de son pere abintestat. Il y a eu un temps où on privoit de sepulture ceux qui étoient décédez abintestat: ce qui donna lieu à un Arrest du 19. Mars 1409. portant défenses à l'Evêque d'Amiens d'empêcher, comme il faisoit, la sepulture des décédez abintestat.
ABYSME. s. m. gouffre profond où on se perd, dont on ne peut sortir: Il y a de profonds abysmes dans ces montagnes, dans ces rochers, dans ces mers, dans ces rivieres: Cette ville est fonduë en abysme. Ce mot vient du Grec batos, qui signifie la mer profonde, d'où est venu aussi le mot de bas & abaisser. Borel.
Abysme se dit figurément en Morale des choses où la connoissance humaine se perd, quand elle raisonne: La Physique est un abysme, on ne peut pénétrer dans les secrets de la Nature: Les Jugemens de Dieu, les mystéres sont des abysmes dont on ne peut sonder la profondeur.
Abysme se dit absolument des Enfers: La rebellion des Anges les fit précipiter dans l'abysme. Qui pourra mesurer la profondeur de l'abysme? On dit aussi: C'est un abysme de maux, de souffrances, de malheurs.
Abysme se dit aussi de ces dépenses excessives, dont on ne peut juger avec certitude: On ne peut certainement régler la dépense de la Marine, c'est un abysme: La dépense de cette maison est excessive, c'est un abysme. On dit en proverbe qu'un abysme attire l'autre, quand d'un mal on tombe en un plus grand.
Abysme, terme de Blason, est le cœur ou le milieu de l'Ecu. Il faut que la piéce qu'on y met, ne touche & ne charge aucune autre piéce, telle qu'elle soit. Ainsi on dit d'un petit Ecu qui est au milieu d'un grand, qu'il est mis en abysme: Il porte trois besans d'or avec une fleur de lys en abysme. Et tout autant de fois qu'on commence à blasonner par toute autre figure que par celle du milieu, on dit que celle qui est au milieu, est en abysme, comme si on vouloit dire que les autres grandes piéces étant élevées, celle-là paroît petite, comme cachée & abysmée.
Abysme est aussi un vaisseau fait en prisme triangulaire renversé, qui sert aux chandeliers à fondre leur suif & à faire leur chandelle, en y trempant plusieurs fois leur mesche.
ABYSMER. v. act. Jetter dans un abysme, y tomber, se perdre, se noyer: Les Ouragans abysment les vaisseaux: Ce terrain s'est abysmé, il y avoit dessous une carriere.
Abysmer se dit figurément en Morale: Les gros interêts ont abysmé ce marchand: Ce chicaneur a abysmé sa partie, il l'a ruinée de fonds en comble: Il a abysmé cet homme-là. Il se dit plus ordinairement avec le pronom personnel, & plus au figuré qu'au propre: Il est abysmé dans la douleur: Cet homme a si mal fait ses affaires, qu'il s'est abysmé: Cette famille est abysmée, elle ne se relevera jamais: C'est un contemplatif qui s'abysme dans ses pensées, qui extravague.
AGATE. s. f. Pierre précieuse, en partie transparente, & en partie opaque. Il y en a de plusieurs couleurs; ce qui lui a fait donner divers noms chez Pline & les autres Auteurs. Il y en a qui imitent la couleur de la cornaline; d'autres qui ont des veines fort rouges & fort blanches. On en a vû qui ont representé sept arbres tout entiers. Les Agates Sardoines sont de trois couleurs: les vrayes sont entiérement rouges qu'on fait passer pour la Carneole, comme ayant une petite teinture de couleur de chair mêlée de brun: il y en a d'autres moindres, qui sont en partie mêlées de rougeur, comme celle de sang; & les derniéres le sont d'un rouge tirant sur le jaune. L'Agate Sardonix est composée de la sardoine & de l'onix, & a une couleur sanguine & distinguée de cercles ou zones, qui semblent y avoir été peints par artifice, & quelquefois mêlée d'une blancheur surprenante. Pline, Strabon & Ciceron disent que la bague de Polycrate étoit de Sardonix; ce qui ne s'accorde pas avec ce qu'on dit de Mithridate, qui avoit quatre mille vases de cette même pierre: car ou cette bague n'auroit pas été de grand prix, ou ces vases d'un prix excessif.
Les Agates Onix sont toutes opaques, de couleur blancheâtre & noire, tellement distinctes, qu'on croiroit qu'elles y ont été appliquées par art. Les Agates Onix Sardonix sont celles où il se rencontre trois couleurs differentes, & néanmoins unies ensemble. On en a ruiné les mines; & celles qui se trouvent à present grandes & parfaites, n'ont point de prix. La couche du milieu est propre pour exprimer la carnation du visage; celle de dessus qui est Sardoine ou couleur de pourpre, donne la couleur aux vêtemens; & le dessous est d'une autre couleur propre pour faire le fonds, qui détache les deux premieres, & fait un ouvrage merveilleux suivant la science du Graveur. Pyrrhus avoit une Agate où étoient representées les neuf Muses & Apollon.
L'Agate Calcedoine est à demy opaque, & à demy transparente, & le plus souvent de couleur de rose remplie de certain nuage. Il y en a d'entiérement blanches, qui sont les plus rares.
Les Agates d'Egypte sont dures, rouges, & entremêlées de bleu & de blanc. Quand elles sont dans leur perfection, elles ont des couleurs semblables à l'Iris, & sont les plus estimées d'entre les Agates.
L'Agate Romaine ne tient rien de celle d'Orient, & il y en a de plusieurs couleurs differentes qui les ont fait nommer differemment. On en faisoit autrefois ces vases Myrrhins si fameux dans l'Antiquité, qui avoient diverses couleurs, & qui representoient diverses figures.
Il se trouve aussi des Agates en Allemagne, en Pologne & en Dannemark, dont quelques-unes ont disputé le prix aux Orientales.
Les Anciens parlent aussi d'une Agate rouge comme du corail, mouchetée de points d'or, qu'on trouve en Candie, qu'on a nommée Sacrée, parce qu'elle préserve du venin des scorpions & des araignées. On a fait de tout temps des cachets d'Agate, parce que cette pierre ne retient point du tout la cire. Les Tireurs d'or brunissent l'or avec une Agate. Pline dit que les premieres Agates furent trouvées en Sicile le long du fleuve Achates, qu'on nomme aujourd'huy le Canthera; ce qui leur a donné le nom d'Agates.
AILE. s. f. La partie de l'oiseau qui l'éleve ou qui le soûtient en l'air, quand elle est étenduë: L'aigle est un oiseau qui vole à tire d'aile: Les faucons se tiennent long-temps sur aile: Ils ont l'aile vîte, trenchante, l'aile forte, l'aile entiére. On dit aussi: Faire voir en aile l'oiseau: Le mettre en aile: Voler de belles ailes: La chauve-souri n'a point de plumes à ses ailes: Les poussins sont encore sous l'aile de la mere. En ce sens il vient du Latin Ala.
Aile se dit aussi de cette partie charnuë qui s'étend de l'estomach à la cuisse dans les volailles qu'on mange: Une aile de chapon, de perdrix: Il y en a qui préférent la cuisse à l'aile.
Aile en termes d'Anatomie se dit de plusieurs parties du corps, & premiérement les lobes du foye s'appellent souvent ailes ou ailerons. On appelle ailes & ailerons des chairs molles & spongieuses, qui sortent de la partie naturelle des femmes, que quelques-uns appellent Nymphes ou Dames des eaux, parce qu'elles servent aux conduits de l'urine. On appelle aussi ailes ou ailerons les deux cartilages qui sont aux côtez du nez, & qui forment les narines; pareillement on appelle aile ou aileron le haut de l'oreille.
L'Aile en terme de Blason, quand elle est seule, s'appelle un demy vol; & lorsqu'il y en a deux, s'appelle un vol: ce qui se dit de quelque oiseau que ce soit.
On appelle au Manége ailes, ces piéces de bois qu'on met aux côtez de la lance pour la charger vers la poignée.
Aile en termes de Botanique se dit des branches ou des feuïlles, qui poussent à côté l'une de l'autre sur les tiges des arbres ou des plantes: d'où est venu le nom d'Alaternus.
Aile se dit aussi d'un moulin à vent: ce sont ces grands chassis couverts de toile où le vent s'engouffre pour les faire tourner, qu'on appelle autrement volants.
Les Ouvriers nomment aussi les ailes d'une fiche ou couplet, ces deux petits morceaux de fer mobiles par le moyen de leurs charnieres, qui servent à soûtenir & à faire mouvoir des portes ou des fenêtres, ou des volets brisez. Ils appellent ailes de lucarne les deux côtez qui posent sur les chévrons, & qu'on appelle autrement Joüées de la lucarne. Les vitriers appellent encore ailes ou ailerons ces petites extrêmitez du plomb, qui sert à engager les losanges de verre dans les panneaux des vitres, & à les y tenir fermes.
Aile se dit figurément en choses morales & spirituelles, & signifie protection, tutelle: C'est une fille d'honneur qui a toûjours été élevée sous l'aile de la mere; & sur tout en Poësie: Cache-la sous ton aile au jour épouventable, dit Desportes en parlant à Dieu en faveur de l'ame pécheresse. Malherbe a dit aussi: Et son ame étendant ses ailes fut toute prête à s'envoler. On dit aussi: La peur luy a mis des ailes aux talons; pour dire, l'a fait fuir en diligence: On peint Mercure avec des ailes aux talons: L'amour luy prêtera ses ailes: On en donne aussi au Cheval Pegase, aux vents & autres choses semblables, &c. On dit encore poëtiquement: Son nom volera sur les ailes de la Renommée: Sur l'aile des beaux vers; pour dire que sa réputation ira bien loin. On dit aussi: Sur l'aile des zephirs.
On donne aussi figurément des ailes aux Cherubins & aux Anges: Les Cherubins devant Dieu se couvrent la face de leurs ailes: Ils couvroient l'Arche de leurs ailes.
On appelle les ailes d'un bâtiment, ce qu'on bâtit à droit & à gauche, pour accompagner le principal corps de logis, & faire les deux côtez de la cour: Ce bâtiment est imparfait, il n'y a qu'une aile de bâtie. On appelle aussi ces ailes, bras ou potences.
On appelle aussi ailes dans les Eglises ce qui est à droit & à gauche de la croisée, & quelquefois tout le tour des bas côtez, ou des petites voutes qui sont à côté de la grande: Le portail de l'aile droite plus beau que celuy de la gauche: On n'a bâti que le Chœur, on va bien-tôt travailler aux ailes.
Aile se dit en termes de guerre des deux extrêmitez d'une armée rangée en bataille: L'Aile droite fut la premiere rompuë: La Cavalerie se met sur les ailes. En ce sens ce mot vient de alauda selon Bochart, qui signifioit une Legion Gauloise, ainsi nommée à cause de la figure des casques que portoient les soldats qui étoient crêtez comme des allouëttes. On dit que Pan, l'un des Capitaines de Bacchus, a été le premier inventeur de cette maniére de ranger une armée en bataille: d'où vient que les Anciens l'ont peint avec des cornes à la tête, parce qu'ils appelloient cornes ce que nous appellons les ailes.
Aile se dit aussi des deux côtez de chaque bataillon ou escadron; des derniéres filles: Les picquiers sont rangez au milieu, & les mousquetaires sur les ailes: On a commencé à défiler par l'aile droite. Les manches d'un bataillon sont aussi ses ailes.
Aile se dit aussi dans le discours ordinaire, de ceux qui marchent à côté; & un peu à l'écart, pour donner secours au besoin: Il sembloit que ce Prevost marchât seul, mais il y avoit plusieurs Archers sur les ailes pour l'assister.
Aile se dit aussi en termes de fortification du flanc d'un bastion, & plus ordinairement des longs côtez d'un ouvrage à corne ou à couronne, qui sont flanquez par quelque endroit de la place, par quelque dehors ou travail particulier.
Aile se dit proverbialement en ces phrases: Cet homme ne bat plus que d'une aile; pour dire que son crédit, sa fortune, son esprit, sont diminuez, & qu'il n'en peut plus: On luy a tiré une plume de son aile; pour dire qu'on luy a arraché quelque chose de son bien: qu'On en tirera pied ou aile; pour dire qu'on tirera quelque chose d'une affaire, & qu'on ne perdra pas tout: On luy a rogné les ailes; pour dire qu'on a retranché de son autorité, de ses richesses. On dit d'un téméraire, qu'Il a voulu voler avant que d'avoir des ailes, qu'Il n'a pas encore l'aile assez forte; pour dire qu'il a commencé trop tost quelque entreprise au dessus de ses forces. On dit d'un homme malheureux, qu'Il en a dans l'aile, pour dire qu'il luy est arrivé quelque accident fâcheux, ou bien qu'il a passé les 50. ans qu'on marque avec une L.
Ailé, ée. adj. qui a des ailes: Pegase est un cheval ailé. Les Poëtes appellent les oiseaux, les peuples ailez: Les papillons, les cigales sont des insectes ailez: Il y a des poissons ailez qui sont fréquens sur l'Ocean Athlantique.
En termes de Blason on appelle un oiseau ailé, quand ses ailes sont d'une autre émail que son corps. On appelle aussi ailé tout ce qui est peint avec des ailes, quoy que contre sa nature, comme un cerf ailé, un cœur ailé, des dragons, des serpens ailez, une main ailée, une tête de leopard ailée, une bande ailée, &c.
ALGEBRE. s. f. science qui sert à éclaircir, à étendre & à perfectionner l'Arithmetique, la Geometrie & toutes les sciences mathematiques. Quelques-uns l'ont définie, l'Arithmetique des nombres figurez, comme a fait Salignac de Bordeaux, qui en a fait un sçavant Traité. Elle considere les grandeurs, & s'applique aux nombres, aux lignes, aux figures, aux poids & aux vîtesses des mouvemens, tant en general qu'en particulier, en faisant abstraction de toutes matiéres: de sorte qu'on la pourroit appeller une Geometrie metaphysique. L'idée en a été prise sur la Régle qu'on appelle de fausse position en Arithmetique: car en operant sur une supposition incertaine, ou même fausse, elle fait connoître des veritez infaillibles & démontrées. Il y a deux especes d'Algebre: la premiere est la supputation des chiffres & des nombres avec des especes ou des lettres; la seconde est l'Analyse ou l'art de résoudre les questions, & de découvrir les veritez generales des Mathematiques. Ménage dérive ce mot de l'Arabe Algebra, qui signifie le rétablissement d'un os rompu, de la racine Giabarra, supposant que la principale partie de l'Algebre, est la consideration des nombres rompus: il y a apparence qu'il se trompe, & qu'il a pris l'origine d'un autre mot Espagnol Algebrista, qui signifie un Renoüeur de membres disloquez, que nous appellons en France un Balleüil: car la fraction n'a rien de commun avec l'Algebre, qui ne considere pas plus les nombres rompus que les entiers, & qui même exprime ses puissances par des lettres, qui ne sont pas susceptibles de fractions. Il est vray que le mot Algebre est un mot Arabe, mais il est primitif de la langue, & il luy a été donné par son auteur qui étoit Arabe. Cardan dit qu'il se nommoit Mahomet fils de Moïse, & il le met au 9. rang des 12. plus excellens hommes, qu'il a choisis dans l'Antiquité pour la subtilité de leur esprit. Mais Scriverius en attribuë l'invention à Diophante Auteur Grec, dont Regiomontanus a recueilli 13. livres, qui ont été commentez par Gaspard Bachet, sieur de Meziriac, de l'Academie Françoise.
Les notes de l'Algebre sont telles:
+ signifie plus: ainsi 9 + 3 veut dire 9 plus 3.
− signifie moins: ainsi 14 − 2 veut dire 14. moins 2.
= est la note de l'égalité: ainsi 9 + 3 = 14 − 2 veut dire, neuf plus trois est égal à 14. moins deux.
:: Les quatre points entre deux termes devant & deux termes aprés, marquent que les quatre termes sont en proportion géometrique: ainsi 6. 2 :: 12. 4. veut dire, comme 6 est à deux, ainsi 12 est à quatre.
÷÷ est la note d'une proportion continuë. ÷÷ 3. 9. 27. veut dire que trois est autant de fois dans neuf, comme neuf dans 27.
: Ces deux points au milieu marquent la proportion arithmetique entre ces nombres. 7. 3: 13. 9. veut dire, 7. surpasse 3. comme 13. surpasse 9.
÷ Cette note marque la proportion arithmetique continuë: ainsi ÷ 3. 7. 11. veut dire, 3 est surpassé de 7. autant que 7. par 11.
Deux lettres ensemble marquent une multiplication de deux nombres ou grandeurs: ainsi b d est le produit de deux nombres, comme 2. & 4. dont le premier s'appelle b, & l'autre d.
V signifie racine, ainsi V4, c'est à dire, la racine de 4, qui est 2, lequel multiplié par lui-même fait 4.
On dit proverbialement quand quelqu'un n'entend rien à quelque chose qu'il lit, ou qu'il écoute, que C'est de l'Algebre pour luy.
ALKALI. s. m. terme de Chymie & de Physique. C'est un sel vuide & poreux disposé à se joindre facilement à tous les acides. C'est par son moyen que les Chymistes rendent facilement la raison de la composition de tous les corps naturels, & la font voir par des experiences sensibles. Ils comparent ce sel à une terre vuide qui auroit été aux trois premiers jours du monde, avant qu'elle fut allumée par les rayons du soleil, qui s'étant incorporez dans cet Alkali, ont fait ensemble tous les corps sublunaires. L'acide donne les deux qualitez mâles, le chaud & le sec; & l'Alkali les feminines, le froid & l'humide: ce qui a donné lieu à plusieurs beaux Traitez des Philosophes modernes, entre autres d'Otho Takenius, qui dans son Hippocrates Chymicus en a écrit des premiers fort sçavamment; de Bernard Swalue Medecin, dans le Combat de l'Art & de la Nature; & aux Entretiens de François André Medecin de Caën, sur l'Acide & l'Alkali. Ce mot est Arabe, & vient de al, qui signifie sel, & de kali qui est une herbe que nous appellons soude. Et parce que son sel a la propriété d'absorber & de mortifier les acides, & de s'en impreigner plus facilement que les autres, on a appellé tous les sels de cette nature, sels Alkali, quelques-uns l'appellent autrement, alun Catin. Le tartre est le plus fort de tous les sels Alkali, & quand il est mêlé avec l'esprit de vitriol qui est un fort Acide, ils font une soudaine ébullition & coagulation, qui de liquides qu'ils étoient, font un corps solide. Les Philosophes proposent cette union comme un exemple general de la composition de tous les corps, qui se fait par les acides & les Alkali, à cause de la grande alteration qui arrive à la saveur & aux autres qualitez de ces sels unis. Il faut remarquer que leur effervescence & leur action cesse, lorsqu'ils se sont réciproquement pénétrez & rassasiez les uns des autres, car elle n'arrive plus par quelque addition qu'on puisse faire de l'un ou de l'autre, lors qu'ils sont proportionnellement unis. Ordinairement on appelle sels Alkali, tous les sels lexiviaux & artificiels qui se tirent des plantes.
ANTIMOINE. s. m. C'est un corps mineral qui approche de la nature des métaux, & que quelques-uns croyent en contenir tous les principes, parce qu'il se trouve prés des mines des uns & des autres, & sur tout dans celles d'argent & de plomb, & souvent il a sa mine propre. On l'appelle aussi Marchasite de plomb, & les Chymistes le nomment le Loup ou le Saturne des Philosophes, parce qu'il devore les autres métaux, quand on les fond ensemble, & qu'il les consume tous à la réserve de l'or. On l'appelle aussi Prothée, à cause de la diversité des couleurs qu'il prend par le moyen du feu. On le tient composé d'un double soulfre mineral, l'un métallique approchant de la pureté & de la couleur de celui de l'or, & l'autre terrestre & combustible semblable presque au soulfre commun; d'un mercure fuligineux & mal digeré, participant de la nature du plomb & d'un peu de sel terrestre. Il ressemble à de l'écume d'argent, & il a une couleur claire & luisante, il se dissout difficilement au feu, & plus facilement dans l'eau. Il est fragile comme le verre, & tient le milieu entre les métaux & les pierres, parce qu'il se fond comme le métail; mais il n'est pas ductile non plus que les pierres. Il y en a un mâle qui est plus sablonneux, & un autre femelle qui est plus pesant, plus brillant & plus friable. On le mêle avec d'autres métaux pour faire des miroirs, parce qu'il les rend capables d'un plus beau poli. On le mêle aussi pour faire des cloches, parce qu'il rend leurs sons plus clairs; on le mêle à l'étaim pour le rendre plus dur, plus blanc & plus sonnant: & enfin au plomb dans les fontes des caracteres d'Imprimerie, pour les rendre plus durs & plus unis. Il aide generalement à la fusion des autres métaux, & sur tout à celle des boulets de canon. On a crû qu'il pouvoit servir à une medecine universelle: car c'est en effet celui qui fournit le plus de remédes, & pour un plus grand nombre de maladies. Sa principale qualité est de provoquer le vomissement, & de purger par haut & par bas: ce qui en fait faire diverses préparations, que les Medecins appellent Emetiques. Ils donnent aussi ce nom au vin blanc, dans lequel il est infusé, parce qu'il fait vomir. Les Latins l'appellent stibium, & les Grecs stimmi.
L'Antimoine crud est celui qu'on broye sur le porphyre, tel qu'il vient de la mine.
L'Antimoine préparé est celui qui a passé par les mains des Artistes, pour le purger de ses mauvaises qualitez, & faire diverses operations.
Le Verre d'Antimoine est de l'antimoine broyé, cuit & calciné par un feu violent dans un pot de terre, jusqu'à ce qu'il ne jette plus de fumée: ce qui est une marque que tout son soulfre est évaporé. On le réduit en verre dans le fourneau à vent, & alors il est fort diaphane, rouge & brillant & de couleur d'hyacinthe.
Le Regule d'Antimoine est le culot, ou ce qu'on trouve au fond & au dessous dans le creuset, où il y a de l'Antimoine, aprés qu'il a été fondu avec des matiéres capables de séparer ses parties pures d'avec les impures. On en fait des balles purgatives qui servent toûjours, & des gobelets, ou laissant reposer quelque temps des liqueurs, elles deviennent aussi purgatives.
Les Fleurs d'Antimoine sont de l'Antimoine en poudre sublimé dans un aludel, dont les parties volatiles s'attachent à ses pots, en projettant peu à peu la poudre.
Le Beurre d'Antimoine est une liqueur blanche & gommeuse, qu'on nomme autrement Liqueur glaciale d'Antimoine, qui se fait avec du Regule d'Antimoine & du sublimé corrosif. Cette liqueur se coagule en forme de glace dans le récipient, & est fort caustique, de sorte qu'on ne l'employe qu'à l'exterieur, pour arrêter la cangrene, guérir la carie des os, des cancers, des fistules, &c.
Le Safran d'Antimoine se fait d'Antimoine & de nitre mis en poudre & au feu, lequel aprés la détonation & la fusion, fait descendre au fond du vaisseau les parties les plus pures de l'Antimoine. Elles ont la figure d'un foye, qui font qu'on lui donne aussi le nom de Foye d'Antimoine, ou de Safran des métaux. On le nomme aussi Magnesie Opaline, à cause qu'il a la figure de Marchasite, & la couleur de l'Opale: on en fait les poudres & le vin Emetiques.
L'Antimoine Diaphoretique est celui qui est mêlé & préparé avec du nitre, qui change ses qualitez vomitives & purgatives en diaphoretiques.
L'Huile d'Antimoine est de l'Antimoine pilé & mêlé, mis en digestion dans un vase plein de fort vinaigre sous du fumier pendant plusieurs jours, & aprés cette operation plusieurs fois réïterée, le vinaigre qu'on distile, donne une liqueur sanguine, qu'on appelle Huile d'Antimoine, & qui colore l'argent en or.
La Chaux d'Antimoine s'appelle quelquefois Ceruse à cause de son extrême blancheur.
La fortune de l'Antimoine a souvent changé dans l'Ecole de Medecine. Elle fit donner un Arrest du Parlement en l'année 1566. qui fit défenses d'employer l'Antimoine en médicamens, parce qu'elle prétendit qu'il avoit une qualité veneneuse, qui ne se peut corriger par quelque préparation que ce soit. Mais depuis, la même Faculté le fit mettre au rang des médicamens purgatifs dans l'Antidotaire, qui fut imprimé par son ordre en 1637. Et enfin elle a fait donner un Arrest du 29. Mars 1668. qui a donné permission aux Docteurs de Medecine de s'en servir, avec défenses aux autres personnes de l'employer que par leur avis.
Ce mot d'Antimoine vient selon quelques-uns de ce qu'un Moine Allemand qui cherchoit la Pierre Philosophale, ayant jetté aux pourceaux de l'Antimoine, dont il se servoit pour avancer la fonte des métaux, reconnut que les pourceaux qui en avoient mangé, aprés avoir été purgez trés-violemment, en étoient devenus bien plus gras: ce qui lui fit penser qu'en purgeant de la même sorte ses confreres, ils s'en porteroient beaucoup mieux. Mais cet essai lui réüssit si mal, qu'ils en moururent tous: ce qui fut cause qu'on appella ce mineral Antimoine, comme qui diroit contraire aux Moines. Cette étymologie vient d'un vieux manuscrit d'Allemagne, qui est dans la Bibliotheque de M. Moreau Medecin du Roi, cité par M. Perrault dans son livre du Rabat-joye de l'Antimoine.
B.
BAN. s. m. publication à haute voix au son du tambour, ou de la trompette, ou des tymbales, de l'ordre d'un Superieur, ou de la part du Roi & de la Justice: On a fait un ban portant défenses de sortir du camp, d'aller à la petite guerre: On a fait un ban dans les carrefours, qui défend les passements d'or & d'argent. On trouve ces phrases dans les Coûtumes, Crier au ban, Cas de ban, A peine de ban, Proceder à ban, &c. On appelle aussi ban la publication & le cri que fait faire le Seigneur feodal pour se faire rendre les hommages, ou lui payer les redevances, & le venir reconnoître. On dit aussi, ban de vendanges, ouverture de ban, &c. pour dire, la publication de la permission des vendanges. Ménage dérive ce mot de l'Allemand ban, qui signifie proprement publication, & en suite proscription, parce qu'elle se faisoit à son de trompe, d'où sont venus les mots de Bannir, Ban, Bannissement, de Bandi, de Ban & arriére-Ban, Banlieuë, Banniére, Bannal, abandonner, &c. Nicod le dérive d'un autre mot Allemand Ban, qui signifie champ & territoire, dautant que c'est en vertu de ce qu'on tient des fiefs, champs & heritages, qu'on est obligé au ban & arriére-ban, & que le four à ban est le four du territoire de la Seigneurie. Borel le dérive du Grec pan, qui signifie tout, parce que la convocation est generale.
Ban se dit aussi des publications qui se font aux Prônes des Paroisses, des noms de ceux qui veulent se marier, ou prendre les Ordres. Le Concile de Trente a ordonné la publication de trois Bans, pour empêcher les mariages clandestins. Ces publications ne sont pas de l'essence du mariage, on obtient aisément dispense des Bans, on achete les deux derniers Bans, quand le premier a été publié.
Ban se dit aussi de la publication qui se fait pour convoquer tous les Nobles d'une Province pour servir le Roi dans ses armées, suivant qu'ils y sont obligez par la Loy des Fiefs. On a publié le Ban & l'Arriere-ban.
Ban est aussi l'Assemblée de ces Nobles en corps d'armée. Le Ban & l'Arriereban est long-temps à se mettre en campagne.
Ban se dit aussi des assignations qui se font à cri public aux vassaux pour comparoir devant leur Souverain en certaines occasions, & pour rendre compte de leurs actions. Les Princes d'Allemagne sont souvent assignez, sont mis au Ban de l'Empire, & on confisque leurs Fiefs faute d'y rendre l'hommage, & le service dont ils sont tenus.
Ban signifie aussi bannissement, & on dit en termes de Palais: Il lui est enjoint de garder son Ban à peine de la hart: Il a obtenu un Rappel de Ban.
Ban signifie encore un droit & un lieu public qu'ont les Seigneurs des grands Fiefs, pour obliger les Habitans d'une Seigneurie de venir cuire au four du Seigneur, moudre à son moulin, ou d'apporter leur vendange à son pressoir. Ainsi on dit, un four à Ban, un moulin à Ban, un pressoir à Ban; & on appelle sujets banniers & droit de bannée, ceux qui sont obligez à ce droit. En quelques Coûtumes on appelle four bandier, moulin banquier, ce qu'on appelle ailleurs Bannal.
BANQUE. s. f. Trafic d'argent qu'on fait remettre de place en place, d'une Ville à une autre, par des lettres de change & par correspondance. Il est permis à toutes sortes de personnes de faire la Banque sans être Marchand. Ce Marchand a quitté le négoce, il ne fait plus que la Banque. Ce mot vient de l'Italien banca, qui a été fait de banco. C'étoit un siége où les Banquiers s'asseoient dans les places de commerce, d'où on a fait aussi banqueroute. Ménage.
Banque se dit aussi du lieu public où s'exerce ce trafic, où les Banquiers s'assemblent, & où ils avoient autrefois un Banc. On l'appelle aussi d'autres noms; à Londres, c'est la Bourse; à Lyon, le Change; à Paris, la place du Change. On met son argent à la Banque, on y prête, & on y fait valoir son argent à gros interest, même en quelques lieux à fonds perdu.
Banque se dit aussi des Sociétez, Villes ou Communautez qui se chargent de l'argent des Particuliers, pour le leur faire valoir à gros interest: la Banque de Venise, de Hollande: la Ville de Lyon a établi une Banque pour prendre de l'argent à fonds perdu au denier huit & un tiers.
Banque se dit aussi en plusieurs Jeux, comme à l'Occa, à la Bassette; du fond de celui qui est maître du Jeu, qui se charge de payer ceux qui gagneront.
BANQUEROUTE. s. f. Faillite, fuite, abandonnement de biens que font des Banquiers, ou négocians publics à leurs créanciers avec fraude & malice. Beaucoup de Marchands s'enrichissent par des banqueroutes frauduleuses, en mettant leurs biens à couvert. La Banqueroute est differente de la faillite, parce que la Banqueroute est volontaire & frauduleuse, quand le Banqueroutier s'enfuit & emporte le plus liquide de ses biens; la faillite est contrainte & necessaire, & est causée par quelque fortune, ou accident. Et on tient qu'un homme a fait faillite dés qu'il a manqué à acquitter des lettres de change, ou qu'il y a quelque desordre dans son négoce.
Banqueroute se dit aussi de l'insolvabilité des Bourgeois, ou autres personnes, qui doivent plus qu'ils n'ont vaillant, & qui ne payent pas leurs dettes.
Banqueroute se dit figurément en choses spirituelles: Il a fait Banqueroute à l'honneur, au bon sens, à Dieu; & on le dit encore de ceux qui manquent à executer leurs promesses, à se trouver aux rendez-vous qu'ils ont donnez, ou de ceux qui se retirent secrettement d'une compagnie sans dire adieu. Ce mot vient de l'Italien banca Rotta, banque rompuë.
BANQUEROUTIER. iere. s. m. & f. Marchand ou Banquier qui fait Banqueroute: On n'est pas assez sévére pour condamner les Banqueroutiers frauduleux, on ne les met qu'au pilori, & souvent ils méritent la corde, quoi que l'Ordonnance d'Henry IV. de l'an 1609. & celle de l'an 1673. ordonnent qu'ils soient poursuivis extraordinairement & punis de mort, ce qui a eu peu souvent son execution. On appelle proprement banqueroutiers frauduleux ceux qui divertissent leurs effets, ou qui les mettent à couvert sous des noms interposez par de fausses ventes ou des transports simulez, ou qui font paroître de faux créanciers. On les condamne en quelques lieux à porter le bonnet verd, & à Luques à porter un bonnet orangé.
BANQUET. s. m. Festin, grand repas qu'on fait à ses amis: Assuerus fit un fameux Banquet à toute sa Cour, dont il est parlé au Livre d'Esther. Plutarque a écrit du Banquet des sept Sages. Ce mot vieillit & vient de l'Allemand pancket, dont les Italiens ont fait banquetto, & les Espagnols banquette.
Banquet se dit aussi en matiére spirituelle: Tous les Chrêtiens doivent participer au sacré Banquet celeste.
Banquet en termes de manége, est la petite partie de la branche de la bride qui est au dessous de l'œüil, qui assemble les extrêmitez de l'embouchure avec la branche, & qui est cachée sous le chaperon ou fonceau.
BANQUETER. v. act. faire un festin, faire grande chere avec ses amis. Ce mot vieillit.
BANQUETTE. s. f. Terme de fortification. C'est un degré ou deux qui régnent tout le long des parapets, afin qu'on puisse tirer par dessus: La Banquette doit avoir un pied & demi de haut & trois pieds de large.
Banquette se dit aussi d'une petite élevation au dessus du niveau de la ruë, pour servir de chemin commode aux gens de pied; comme il y en a à Paris au Pont-Neuf & au Pont-Marie.
BANQUIER. s. m. Negociant en argent, qui donne des lettres de change pour faire tenir de l'argent de place en place.
Banquier Expeditionaire en Cour de Rome, est un Officier de nouvelle création, qui se charge de faire venir toutes les bulles, dispenses & autres expeditions qui se font en la Cour Romaine, & en la Legation d'Avignon, soit de la Chancellerie, soit de la Penitencerie. L'origine de ces Banquiers vient de ce que les Guelphes du temps des guerres civiles d'Italie se réfugierent en Avignon & dans les Païs d'obédience; & comme ils étoient favorisez des Papes, dont ils avoient soûtenu le parti, ils se mêlerent de faire obtenir les graces & expeditions de Cour de Rome, & s'appellerent mercatores & scambiatores Domini Papæ, comme témoigne Matthieu Paris: mais comme ils se rendirent odieux alors par de grosses usures, on les appella Carsins, ou Caorsins, du nom de Caors Ville de Querci, dont le Pape Jean XXII. qui siégeoit alors étoit natif, à cause que de son temps ces usuriers étoient en leur plus haute élevation, comme témoigne Adam Theveneau en ses Commentaires sur les Ordonnances, au titre des Usures. Les Italiens en firent aussi pour eux le mot scarsi, qui signifie avares; & ils eurent tant de haine pour cette Ville, que le Poëte Dante dans son Enfer, met au même rang Sodome & Cahors, & y place tous les scelerats & les usuriers. Les marques de cette haine ont duré long-temps en France, & on a appellé en Chancellerie les Lettres Lombardes les Lettres qui s'expedioient en faveur des Lombards & Italiens, qui vouloient trafiquer ou tenir Banque en France, qui se taxoient au double des autres, en haine de ce qu'on appelloit alors tous les Changeurs, Banquiers, Revendeurs, & Usuriers d'Allemagne, & de Flandres même, Lombards, de quelque nation qu'ils fussent, & on les appelle encore ainsi en plusieurs lieux. La place du Change & la Fripperie d'Amsterdam s'appellent Places Lombardes.
Banquier se dit aussi en certains Jeux, comme l'Occa, la Bassette, de celui qui tient le Jeu & l'argent, & qui a le fonds devant lui, pour payer ceux qui gagnent.
BEFFROY. s. m. lieu élevé où il y a une cloche dans une place frontiére, où on fait le guet, & d'où on sonne l'allarme, quand les ennemis paroissent. Nicod dérive ce mot de bée & de effroy, parce qu'il est fait pour beer & regarder, & en suite donner l'effroy.
Beffroy est aussi la charpenterie qui soûtient les cloches dans un clocher.
On appelle aussi Beffroy, ces tours ou machines de charpente qu'on faisoit autrefois en assiégeant les places, auparavant l'invention de l'Artillerie.
Beffroy se dit aussi de certaines cloches qui sont dans des lieux publics, qu'on ne sonne qu'en certaines occasions, comme de réjouïssances, d'allarmes ou d'incendie: Il y a trois Beffrois à Paris, celui de l'Hôtel de Ville, du Palais, & de la Samaritaine: quand il naît un Fils de France, on donne ordre de tinter le Beffroy pendant 24. heures.
Beffroy en termes de Blason, est un nom que les Rois d'armes & Herauts ont donné à un Ecu vairé, ou composé de trois titres de vair, parce qu'il est fait en forme de cloches qui servent à sonner à l'effroy: & quand on dit simplement Beffroy, on doit entendre qu'il est composé d'argent & d'azur.
BILAN. s. m. terme de Banque. C'est un petit livre que les Marchands, ou Banquiers portent sur eux, où d'un côté ils écrivent leurs dettes actives, & de l'autre leurs dettes passives. Ce mot vient du Latin Bilanx, parce que ce Livre leur sert à balancer leurs gains & leurs pertes. Il leur sert aussi au virement des parties. Les Marchands de Lyon appelloient ci-devant Bilan des acceptations; un petit livre qu'ils portoient sur la place, où ils écrivoient toutes les Lettres de change tirées sur eux; & leur acceptation n'étoit autre chose que de mettre à côté de la Lettre qu'ils avoient enregistrée dans leur Bilan, une croix qui signifioit acceptée: s'ils vouloient déliberer sur l'acceptation, ils mettoient un V, qui signifioit vûë; & s'ils ne la vouloient point accepter, ils mettoient S. P. qui signifioit sous protest. Mais depuis l'Ordonnance de 1677. il ne se fait plus d'acceptation que par écrit.
On appelle l'entrée & l'ouverture du Bilan, le sixiéme jour du mois des payemens, jusqu'à la fin duquel on fait le virement des parties, où les Marchands écrivent chacun de leur côté les parties virées.
On appelle aussi Bilan, ou Balance l'arrêté ou la clôture de l'inventaire d'un Marchand, où on a écrit vis à vis tout ce qu'il doit, & tout ce qui lui est dû: Un Marchand aprés sa faillite, pour s'accommoder avec ses créanciers leur doit presenter un Bilan, qui contienne l'état au vrai de ses affaires: Si un Négociant qui a accoûtumé de porter Bilan sur la place, ou autre pour lui, ne s'y rencontre pendant le temps du payement, il est réputé avoir fait faillite.
BILBOQUET. s. m. Jeu d'enfans fait d'un bâton creusé en rond par les deux bouts, au milieu duquel est une corde, où une balle de plomb est attachée, ils la jettent en l'air, & la reçoivent alternativement dans ces deux concavitez. On appelle ironiquement un nombril, un Bilboquet.
BOIS. s. m. substance qui forme le corps des arbres, & qui prend son accroissement du suc de la terre. Il y a des Bois durs, comme le cormier, le poirier; des bois legers, comme le liége, &c. On a peint ce lambris en couleur de bois. Monsieur Grew dans son Anatomie des plantes a découvert que la partie qu'on appelle proprement le Bois dans un vegetable, n'est autre chose qu'une infinité de canaux fort petits, ou de fibres creuses, dont les unes s'élevent en haut, & se rangent en forme d'un cercle parfait, & les autres qu'il appelle insertions, vont de la circonference au centre, elles se croisent mutuellement comme les lignes de longitude & de latitude sur un globe, ou les fils des tisserans étendus en long & en large, & entrelassez ensemble. Nicod dérive ce mot du Grec boscon, qui signifie lignum; Ménage de boscium, qu'on a fait de boscum ou boscus, qui signifie forest. Il vient plûtôt de l'Allemand busch, d'où les Italiens ont fait Bosco, & les Espagnols Bosqué. En vieux François on disoit bos; du diminutif Boskettus on a fait bosquet & bouquet, & de boscium on a fait pareillement buisson, de bosca, busche, & de boscagium, bocage.
On appelle chez les Chrêtiens par excellence, le sacré Bois de la Croix, le bois de la vraye Croix, celui où fut attaché nôtre Sauveur.
Bois se distingue en plusieurs sortes, tant par sa nature, ses vertus & ses qualitez, que par ses defauts, ses façons, ses voitures, ses mesures, & ses emplois.
Bois consideré selon ses diverses qualitez, utiles, curieuses, & medicinales, est premiérement le bois de charpente ou à bâtir, tels que sont les chênes, le châtagnier, le sapin, qu'on scie & qu'on équarrit, &c. qui sert à bâtir les maisons, à faire les planchers & les toits, les moulins, les machines, &c.
Les Bois estimez par curiosité sont les Bois de citron, de cédre, d'ébene, de Calemba ou Calembouc, de bouïs, à cause de leur odeur & de leur dureté, & parce qu'ils reçoivent un beau poli dont on fait des tables, des buffets, des chapelets, des peignes. Les bois des teintures sont bois d'Inde, bois de Bresil, bois de campêche, bois jaune, &c.
Les Bois medicinaux sont le Gayac, que les Espagnols appellent Ligno santo, l'Aloës ou agallochum, le Kinquinna, le bois d'aigle ou Pao d'aquila, & autres qui seront expliquez à leur ordre.
Bois en termes d'eaux & forêts, consideré suivant son état, s'appelle bois en étant lorsqu'il est debout & sur pied, vivant & prenant son accroissement sur la terre. Cette expression vient de ce que ce mot, étant, étoit autrefois un nom substantif, & on disoit qu'un homme étoit en son étant, pour dire qu'il étoit debout sur ses pieds, comme on dit encore qu'il est en son séant, pour dire qu'il est à demi couché.
Bois vif, est celui qui prend nourriture, ou qui porte du fruit, qui pousse des branches & des feüilles.
Bois d'entrée est celui que est entre verd, & sec, dont les arbres ont les houppiers, ou quelques branches séches, & d'autres vertes, la couppe en est défenduë aux Usagers.
Bois gisant, celui qui est couppé ou abattu & couché sur terre.
Bois mort, celui qui est seché sur pied, qui n'a plus de seve.
Mort-bois, est celui qui est expliqué & désigné dans la charte Normande accordée par Louïs X. en 1313. il y en a neuf especes, saux, marsaux, épines, puisnes, aulnes, le seur ou sureau, genest, geniévre, & ronces. Dans l'Ordonnance de François I. sur le fait des Chasses art. 55. le Roi déclare que pour ôter toute difficulté sur ce qu'on doit appeller bois mort, & mort bois, il veut qu'on suive l'interpretation & la restriction qui est contenuë en la charte aux Normands, du Roi Louïs X. Les Ordonnances postérieures y sont conformes. Ce mot s'est dit selon quelques-uns par corruption, pour maubois ou mauvais bois, qui ont voulu y comprendre tout le bois en étant qui n'avoit ni fruit, ni graine. Cependant il y a bien d'autres arbres qui ont vie, & qui ne portent point de fruit, qui ne sont pas renfermez dans le petit nombre d'espéces que l'Ordonnance met sous ce nom de mort bois, qui n'est en usage que suivant les restrictions qui y sont comprises. Le mort-bois n'est point sujet au tiers & danger.
Bois blanc, est le peuplier, le bouleau, le tremble, & autre bois leger & peu solide. Il n'y doit avoir que le tiers au plus de bois blanc dans la voye de bois de corde ou à brûler, suivant l'Ordonnance.
Bois en grume, est tout le bois qu'on améne sans être équarri, qui est avec son écorce, & tel qu'il est sur pied, comme sont les pilotis & plusieurs bois de charronage, & d'ouvrages. Il y a des Régles pour réduire le bois en grume au quarré, c'est à dire, pour sçavoir combien un arbre sur pied de tant de pourtour donnera de pieds de bois équarri.
Bois chablis sont bois abattus, ou rompus par les vents, soit par le pied, soit ailleurs, au corps, ou aux branches, ou déracinez; on l'appelle aussi caable ou bois versé: tous les arbres de condamnation pour forfaiture, ou délit y sont aussi compris.
Bois encroüé, est un arbre qui en l'abattant est tombé sur un autre, & dont les branches sont engagées les unes dans les autres. L'Ordonnance défend d'abattre les bois sur lesquels d'autres sont encroüez.
Le Bois consideré selon ses defauts, est premiérement le bois roulé, c'est du bois où les cruës de chaque année n'ont point fait corps ensemble, mais sont demeurées de leur épaisseur sans aucune liaison. Ce bois ne peut être debité ni en fente, ni en autre marchandise.
Bois trenché, est celui qui a le fil de travers, qui au lieu de suivre le long de l'arbre, le traverse d'un côté à l'autre de l'écorce: il ne peut être employé à la fente, & il se casse aisément.
Bois charmez, sont des bois auxquels on a fait quelque chose pour les faire mourir, ou tomber.
Bois arsins, sont des bois où a été le feu, soit qu'on l'y ait mis par malice, soit qu'il y ait pris par accident.
On appelle louppes de bois des bosses ou gros nœuds qui s'élevent sur l'écorce.
Bois Rabougris ou Abougris, Broutez ou Avortez sont les bois tortus & malfaits, qui ne croissent qu'à la maniére des pommiers, qui ne sont pas de belle venuë, & qui doivent être récépez.
Bois Rustique & Noailleux, est celui qui a crû sur le gravier, & est exposé au soleil de midi, qui ne se peut fendre, si ce n'est un peu vers le tronc. On le dit aussi des racines d'olivier, de noyer, & d'autres bois veinez, qui servent aux Ebenistes pour des ouvrages de placage, on l'appelle aussi bois madré.
Bois mouliné ou bois carié, est du bois corrompu, pourri, & où il y a des vers & des malandres.
Bois bombé, est celui qui est naturellement un peu courbe, & qu'on pose sur son fort, quand on met par dessus sa partie la plus élevée, & qui fait sa bosse.
Le Bois se considere aussi, selon sa taille & ses façons.
Bois d'équarrissage, ou Bois quarré, est tout le bois équarri destiné à bâtir, qui est au dessus de six pouces, & selon qu'il est debité, chaque grosseur porte son nom particulier.
Bois flacheux, est celui qui n'est pas bien équarri, & a vive arrête.
Un cent de bois chez les Charpentiers c'est cent fois 72. pouces de bois en longueur, ou une piéce qui a 12. pieds de long sur six pouces d'épaisseur & de largeur: de sorte qu'une seule poutre est souvent comptée pour 15. ou 20. piéces de bois. Tout le bois de charpente se réduit à cette mesure, soit pour la vente, soit pour la voiture, soit pour le toisé des ouvrages. Il est taillé en longueur depuis six jusqu'à 30. pieds, en augmentant les piéces toûjours de trois pieds en trois pieds. Celles de menuiserie ne vont guéres qu'à 15. pieds avec la même gradation. Ainsi on dit en ce sens, qu'un Navire de 1100. tonneaux, comme le Victorieux, qui a 120. pieds de quille portant sur gréve, est composé de 17465. piéces de bois réduites selon l'usage de Paris; & sa mâture de 4000. qui font bien 1800. charretées de bois, tant que deux chevaux en peuvent tirer, sans les affûts de canon & les piéces de rechange. Le Caron Arpenteur a fait deux petits volumes de la qualité & du toisé des bois fort utiles pour les Marchands, ou Bourgeois qui veulent acheter du bois à bâtir.
Bois de charronnage, est celui qui sert à faire des Rouës, des charriots & charrettes, comme l'orme & le chêne.
Bois de sciage, est le bois couppé en planches, & en solives qui sert pour les menuisiers: comme aussi tout le bois quarré dont l'épaisseur est moindre de six pouces, s'appelle bois de sciage.
Bois d'ouvrage, est celui qu'on travaille dans les forêts, dont on fait des sabots, des pelles, des seaux, des lattes, des cercles, des éclisses, &c.
On appelle aussi en général du bois ouvré, ou non ouvré, celui qui est façonné par les mains des Ouvriers, ou celui qui est en état de l'être.
Bois merrein, c'est du bois fendu en petits ais, dont on fait les douves des tonneaux, des cuves. On l'appelle aussi bois à Barils, bois d'enfonçures, bois à douvin, bois à pipes. Les Menuisiers en font aussi des panneaux, mais il ne sert point à bâtir, quoi qu'abusivement quelques-uns l'étendent à tout le bois de charpente, & plusieurs aux perches, échalats, &c.
Les Menuisiers appellent aussi du bois refait, du bois équarri & dressé sur toutes ses faces. Ils appellent courroyer le bois, quand ils lui donnent cette façon; ils disent aussi que des bois sont bien poussez & bien rabbotez, quand ils sont bien unis.
Les Charpentiers appellent aussi bois affoiblis, les bois qu'on a taillez en cintre, qu'on a rendus courbes. Les bois affoiblis exprés sont toisez de la grandeur de leur bossage, & les courbes de la grandeur de leur plein cintre; c'est à dire, qu'il faut comprendre le plus grand vuide de la courbe avec sa largeur.
Bois à brûler, est celui qu'on destine à faire du feu, qui se divise en plusieurs espéces.
Bois flotté, est celui qu'on améne en trains, & lié avec des perches & des rouëttes, sur des riviéres.
Bois perdu, est celui qu'on jette dans les petites Riviéres qui n'ont pas assez d'eau pour porter des trains, ni des bâteaux, & qu'on va recueillir & mettre en trains aux lieux où elles commencent à porter. Il est permis aux Marchands de jetter leurs bois à bois perdu, en avertissant les Seigneurs dix jours auparavant: comme aussi de faire des canaux, & de prendre les eaux des étangs pour les faire flotter, en dédommageant.
Bois volants, sont les bois qui viennent par le flot droit au port, où on les recueille.
Bois échappez, ceux qui par les innondations, s'échappent dans les prez & dans les terres.
Bois canars, ceux qui demeurent au fond de l'eau, ou qui s'arrêtent sur les bords des ruisseaux, où on a jetté un flot de bois à bois perdu. Les Marchands ont 40. jours aprés que le flot est passé, pour faire pêcher leurs bois canars sans rien payer.
Bois neuf, est le bois qui vient dans des bateaux sans tremper dans l'eau.
Bois pelard est du bois menu & rond, dont on a ôté l'écorce pour faire du tan.
Bois de moulle ou de quartier, est du bois qui est mesuré, il doit avoir au moins 18. pouces de grosseur. Les Marchands Ventiers doivent fournir aux Bûcherons des chaînes & mesures de ces longueurs.
Bois de corde, est du bois fait ordinairement de branchages ou de taillis, on l'appelle ainsi quand il est au dessous de 17. pouces de grosseur. Il doit être au moins de six, & se vend à la membrure, qui a quatre pieds de haut sur quatre pieds de large. Il est ainsi appellé à cause qu'on le mesuroit n'aguéres à Paris avec des cordes, comme on le fait encore sur les lieux. Tout bois à brûler en général doit avoir trois pieds & demi de long, y compris la taille. La corde de bois vaut deux voyes de Paris. La mesure de la corde de bois selon l'Ordonnance est de 8. pieds de long & de 4. de haut. Du bois en chantier, c'est du bois en pile & en magasin.
Bois de compte, est celui dont les 62. bûches au plus se trouveront remplir les trois anneaux qui composent la voye de bois par les Ordonnances de la Ville, & ceux qui sont au dessous de 18. pouces de grosseur doivent être rejettez & renvoyez parmi le bois de corde.
Mouleur de bois est un Officier de Ville établi sur les Ports, pour faire mesurer le bois dans les moulles ou membrures.
On appelle à Paris bois de gravier, un bois demi flotté, qui vient de la forest de Montargis, & qui est plus cher que le bois ordinaire.
On appelle du bois d'Andelle, un bois de deux pieds & demi au plus, qui vient par bateaux par la Riviére d'Andelle; il est ordinairement de hestre.
Brin de bois, est un morceau de bois de belle venuë, droit & long qui n'est point scié, si ce n'est pour l'équarrissage, & qui est de toute la grosseur de l'arbre: il est excellent pour faire des planchers.
On appelle aussi un Brin de bois, un bois de pique, un bois de lance, ou les bois de ces armes avant qu'ils soient ferrez.
Les anciens Chevaliers appelloient bois leurs lances: leurs bois volerent en éclats; & on disoit qu'ils portoient bien leurs bois, lors qu'ils couroient en lice de bonne grace. C'est de là que figurément on dit qu'une femme porte bien son bois, pour dire qu'elle a bonne mine à marcher.
On dit en termes de guerre, quand on fait faire alte à l'Infanterie, haut le bois, à cause qu'on leve alors les piques; & dans sa marche, faire long bois, quand on veut augmenter l'intervale qui est entre les rangs.
On appelle en Menuiserie des meubles de bois, des tables, des siéges, des bois de lit, quand ils n'ont point de garniture d'étoffe ni de tapisserie.
En termes de venerie, on dit un bois de cerf, ce qu'on appelle autrement corne de cerf; & l'on dit qu'un cerf a touché au bois, quand il a dépoüillé la peau de sa tête, en frottant contre des arbres.
On dit figurément en ce sens qu'une femme fait porter du bois à son mari, pour dire qu'elle lui fait porter les cornes, qu'elle lui est infidéle.
En Agriculture bois se dit des menuës branches, sions, ou rejettons que les arbres poussent chaque année: ainsi on dit qu'un arbre nain pousse trop de bois, qu'une vigne est trop chargée de bois, pour dire qu'il la faut tailler, & qu'il faut émonder ou élaguer les arbres. On appelle aussi la vigne, le bois tortu.
Bois gentil est une plante medicinale qui jette plusieurs surgeons, qui a ses branches hautes d'un palme; ses feüilles sont semblables à celles de l'olivier, quoi que plus menuës & plus améres. Elles ont un goût si piquant, qu'elles écorchent la langue & le gosier, on l'appelle en Latin chamelœa, & est de grand usage en Medecine.
Bois est aussi un nom collectif, qui signifie les arbres qui sont plantez fort épais & en grand nombre, soit dans un jardin, soit à la campagne: un bois épais: un bois dégradé.
Bois de haute fûtaye, c'est le bois qui est parvenu à sa plus grande hauteur, qui est réputé immeuble, & qui ne peut être abattu par un usufruitier.
On appelle bois de haut revenu, celui qui est de demie fûtaye de 40. ou de 60. ans.
Bois sur le retour, est un bois trop vieux, qui commence à diminuer de prix, & à se corrompre, qui a plus de 200. ans à l'égard des chênes: il est different du bois taillis qui renaît sur les vieilles souches de la haute fûtaye, coupées, & qu'on peut couper tous les neuf, douze, ou quinze ans, qui tourne au profit de l'usufruitier.
Bois taillis, est le bois qu'on met en coupes ordinaires tous les dix ans, & qui est au dessous de 40. ans, car au delà c'est une fûtaye sur taillis, c'est dont on fait le charbon & le bois à brûler.
Bois à faucillon, est un petit taillis, qu'on peut couper avec un petit ferrement.
Bois en pueil, c'est un bois nouvellement coupé, & qui n'a pas encore trois ans. Ce mot se trouve en plusieurs Coûtumes, & entr'autres en celle d'Auvergne.
On appelle un Bois en défens, quand on a défendu de couper un bois, qu'on a reconnu de belle venuë dans quelque triage, pour le conserver & le laisser croître jusqu'à ce qu'on en ait besoin; & on dit qu'un bois est jugé défensable, quand le Juge a donné permission d'y faire entrer les bestiaux en panage.
Bois marmenteaux ou bois de touche, sont des bois au tour d'une maison ou d'un parterre, pour leur servir d'ornement, ausquels on ne touche point. Les usufruitiers ne peuvent faire couper les bois marmenteaux & bois de touche, ni en haute fûtaye, ni en taillis, quand ils servent à la décoration d'une maison ou d'un Château.
Une coupe de bois réglée est une division qui se fait d'un grand bois en certaines portions, afin qu'on en coupe chaque année une certaine quantité sans dégrader le bois, ni en diminuer le revenu. On appelle l'âge du bois, ou l'essence du bois, le temps écoulé depuis sa derniére coupe.
L'usance du bois se dit de son exploitation.
Garde Bois, est l'Officier préposé pour empêcher les dégradations des bois, & conserver le gibier.
En Poësie on appelle les Divinitez des bois les Driades, Hamadriades, les Faunes, les Satyres, &c.
En termes de Marine on dit faire du bois, pour dire descendre en terre pour aller couper des bois nécessaires à l'équipage. On dit aussi qu'un vaisseau a reçû des coups en bois, pour dire dans les bas, dans les œuvres vives.
HAUT BOIS. s. m. Est une flûte qui est de differente grandeur selon les quatre parties, qui servent à en faire un concert. Il est devenu depuis peu un instrument militaire, le Roi en ayant mis dans les Compagnies des Mousquetaires.
On dit figurément qu'un homme jouë du haut bois, quand il fait abattre, &c.