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Essais d'un dictionnaire universel / contenant généralement tous les mots François tant vieux que modernes, & les termes de toutes les Sciences & des Arts

Chapter 5: C.
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About This Book

A comprehensive lexicographical and encyclopedic compilation of French vocabulary, both archaic and contemporary, presenting definitions and technical explanations for terms from a wide range of arts and sciences—medicine, law, mathematics, astronomy, natural history, music, architecture, and mechanical trades. Entries supply etymologies, illustrative phrases, authors' names, brief histories, curiosities, and moral sentences, blending linguistic description with practical and scientific information. Prefatory material outlines the compiler's aim to supplement institutional dictionaries and to make specialized terminology accessible to readers while preserving and transmitting the language and knowledge.

C.

CACAO. s. m. Fruit dont on fait le chocolate avec quelques autres ingrédiens; il croît en abondance dans la nouvelle Espagne à un arbre qui se nomme la cucuhua-guahuilt; il est de la même grandeur que l'oranger; il a les mêmes feüilles, mais un peu plus grandes. Ce fruit est de la figure d'un concombre, ou melon, qui est rayé, cannelé & roux, plein de plusieurs noix qui sont proprement appellées cacao, plus petites qu'une amende: il est d'une moyenne saveur, entre le doux & l'amer; d'un temperament froid & humide. Il y a dix ou douze cacao enfermez dans une même coque; cet arbre est si delicat qu'il le faut planter auprés d'un grand arbre nommé atlinan afin qu'il le couvre de sa grande ombre, autrement le Soleil le brûle. On en tire aussi du beurre, dont les femmes se font un fard pour le visage. Le cacao sert aussi de menuë monnoye dans la Province; Laët, Acosta, Clusius en ont écrit.

CALANDRE. s. f. Terme de Manufactures. C'est une machine propre pour presser les draps, les toiles, & autres étoffes, & pour les rendre polies, unies & lissées: elle sert aussi pour y faire ces ondes qui sont sur le tabis & les moheres: Elle est composée de deux gros rouleaux de bois, autour desquels on roule les piéces d'étoffe; on les met entre deux gros madriers de bois dur, large, épais & poli; celui de dessous sert de base, celui de dessus est mobile, par le moyen d'une rouë telle que celle des gruës. Un cable est attaché à un tour qui compose son axe; cette partie du dessus est d'un poids prodigieux, par fois de cinquante ou soixante milliers; c'est cette pesanteur qui fait les ondes sur les étoffes qui sont autour de ces rouleaux par le moyen d'une legere gravûre qu'ils contiennent: on met & on ôte ces rouleaux en inclinant un peu la machine. Ce mot vient du Latin cylindrus, parce que tout l'effet de la machine vient d'un cylindre. Borel dit que ce nom lui vient d'un petit oiseau de même nom, parce que les marques qu'elle imprime sont semblables à ses plumes.

Calandre, petit oiseau du genre des alloüettes, qui n'a point de crête: En Latin corydalos minima.

Calandre, petit ver qui se fourre dans le bled & le mange, qu'on appelle aussi charançon, ou patepeluë: en Latin curculio.

Calandrer. v. act. Mettre une étoffe sous la calandre pour la presser ou tabiser.

Calandré éé. part.

CALCINATION. s. f. Action par laquelle on réduit en chaux, ou en poudre trés-subtile les métaux & les minéraux, avec un feu violent. La calcination actuelle se fait seulement par le feu, la potencielle se fait par le moyen d'un esprit corrosif, qui les pénétre & les dissout, comme l'argent & l'or par les eaux fortes & l'eau régale, & cette calcination est appellée immersive.

Calciner. v. act. Terme de Chimie. Réduire les métaux ou les minéraux en chaux, ou poudre trés-subtile par le moyen du feu. L'or se calcine au feu de Reverbere avec le mercure & le sel armoniac. L'argent avec le sel commun & le sel alkali: le cuivre avec le sel & le soulfre: le fer avec le sel armoniac & le vinaigre: l'étain avec l'antimoine, le plomb & le soulfre: le mercure avec l'eau forte, il se calcine aussi tout seul par le feu. Tous les autres minéraux se calcinent au feu, sans addition d'aucune drogue.

CAMPHRE. s. m. C'est la gomme d'un arbre qui croît aux Indes dans les montagnes maritimes, lequel est de telle hauteur & largeur, qu'un escadron de cent hommes pourroit demeurer dessous à l'ombre. On dit qu'elle sort en plus grande abondance durant la tempête & les tremblemens de terre. Il y en a de plusieurs sortes, car on en trouve une entre les veines du bois, & une autre qui sort par l'écorce rompuë, comme une résine, & demeure attachée à l'arbre: elle est rouge d'abord, & devient blanche, ou par la chaleur du Soleil, ou à force de feu. Il y en a une brune & obscure qui est moins estimée. Il y a aussi un camphre en rose, qui n'a point passé par le feu, & un autre qui a été purifié & blanchi, & fait par sublimation. Le camphre est si subtil que souvent de lui-même il se resout en fumée. Il est si odorant, que sur les lieux on s'en sert en guise d'encens; pour être bon il doit être blanc, pur, reluisant, transparent, de forte odeur, & il faut qu'il devienne moüillé quand on le met sur un pain chaud. Quelques-uns, comme Fuchsius, croyent que c'est un Bitume des Indes. On l'appelle en Latin camphora, qui vient du mot Hebreu copher.

On fait du camphre artificiel avec de la sandaraque, qu'on appelle autrement gomme de genévre, vernis blanc, ou mastic bien pulvérisé, du vinaigre blanc bien distilé, qu'on met vingt jours dans le fumier de cheval, & qu'on laisse aprés au Soleil pendant un mois pour secher, & on trouve le camphre fait comme une croûte de pain blanc. La chymie ne travaille point sur le camphre, puisqu'il surmonte en pureté, en subtilité, en volatilité & en pénétration tout ce qu'on en pourroit tirer par la distillation: Elle ne peut enchérir sur sa perfection: sa diaphanéïté est grande, sa blancheur égale à celle de la neige; son goût acre, son odeur forte témoignent sa volatilité; son inflammabilité dans l'eau, & sa totale consomption sans laisser aucune trace au vaisseau dans lequel on l'allume, montrent sa pureté & la subtilité de ses parties. On a fait ce proverbe sur le camphre.

Camphora per nares castrat odore mares.

La principale qualité du camphre est de retenir & de conserver un feu inextinguible qui brûle dans l'eau, sur la glace, & dans la neige, à cause qu'il est d'une nature fort tenuë & grasse, jusques-là que si on en jette dans un bassin sur de l'eau de vie, & qu'on les fasse boüillir jusqu'à leur entiére évaporation dans quelque lieu étroit & bien fermé, & que par aprés on y entre avec un flambeau allumé, tout cet air renfermé conçoit en un moment le feu qui paroît comme un éclair sans incommoder le bâtiment, ni les spectateurs.

CHARTEPARTIE. s. f. Terme de marine, c'est l'acte d'affretement sur l'Ocean, ou de nolissement sur la Mediterranée; c'est un écrit contenant la convention pour le loüage d'un Vaisseau, ou la Lettre de facture & le Contract de cargaison du Vaisseau: elle doit être rédigée par écrit, & passée entre les Marchands & le Maître, ou le propriétaire du Bâtiment: Elle doit contenir le nom & le port du Vaisseau, celui du Maître & de l'Affreteur, le prix du fret, & les autres conditions dont les parties seront convenuës, comme il est porté au Livre troisiéme de l'Ordonnance de la marine: dans cet acte les Capitaines & Officiers confessent avoir reçû un tel Navire bien & dûment calfeutré, étanché, victuaillé, munitionné, & agréé pour un tel voyage. La chartepartie est distinguée d'avec le connoissement, parce que celle-la se fait pour l'entier affrettement du Navire, & pour l'aller & pour le retour; au lieu que le connoissement n'est fait que pour une partie de la charge, & se fait par une promesse particuliére, pour l'aller ou pour le retour seulement. Le Président Boyer dit que ce mot vient de ce que per medium carta incidebatur & sic fiebat carta partita; parce qu'au temps que les Notaires étoient moins communs, on n'expédioit qu'un acte de la convention qui servoit aux deux parties, on le coupoit en deux pour en donner à chacune sa portion; elles les rassembloient au retour pour connoître si elles avoient satisfait à leurs obligations; ce qu'il atteste avoir vû encore pratiquer de son temps, de même qu'en usoient les Romains dans leurs stipulation, au rapport d'Isidore, qui rompoient un bâton dont chacun gardoit un morceau pour en conserver la marque.

CHIEN. s. m. Chienne. s. f. Animal domestique, qui aboye, qui sert à garder la maison, & à la chasse. Le chien est le simbole de la fidélité. Les chiens sont en telle abomination aux Maldives, que si un chien avoit touché quelqu'un du païs, il s'iroit incontinent baigner pour se purifier. Peirard. Au contraire chez les Gaures ils sont en si grande vénération, que les Prêtres se servent des chiens pour purifier leurs penitens. Tavernier.

Il y a plusieurs sortes de chiens differens, tant pour la taille que pour le naturel, ou le service qu'ils rendent aux hommes.

Les premiers sont les chiens de chasse dont les plus nobles sont les chiens courans, ou allans, qui chassent par la force de l'odorat. Entre les chiens François, quelques-uns sont appellez de race Royale, qui courent à force les cerfs, chevreüils, loups, & sangliers. Les chiens courans appellent les Veneurs, & pour cela dit qu'ils chassent de gueule.

Il y en a d'autres de race commune, qui chassent seulement le chevreüil, le loup & le sanglier; d'autres de race mêlée, ou petite racine, qui chassent les liévres tant dans les bois que dans la plaine.

Il y a aussi des chiens Anglois de trois sortes, ceux de la race Royale servent à chasser cerfs, daims, & chevreüils. Les chiens Baubis sont pour les liévres, renards & sangliers, on leur couppe presque à tous la queuë; ils sont plus bas de terre & plus longs que les autres, de gorge effroyable, qui heurlent sur la voye, & qui ont le nez dur, & sont barbets à demi poil. Les Bigles sont pour les liévres & lapins; il y en a de grands & de petits, & sont excellens pour courir le liévre dans les plaines.

Les levriers sont chiens à hautes jambes, qui chassent de vîtesse. Voyez Levrier.

Limiers sont des chiens muets, qui servent à quêter & à détourner le cerf, chien quêtant & requerant.

Chiens Baux, qu'on surnomme Greffiers, sont des chiens blancs, dont la race vient de Barbarie, ils sont bons chasseurs requerans & forcenans; ils chassent de haut nez, gardent bien le change; ils sont de bonne creance, & tiennent mieux dans les chaleurs; ce sont les meilleurs pour courir le cerf.

Les chiens gris sçavent faire tous métiers, & courent toutes sortes de bêtes. Les chiens noirs, qu'on appelle de saint Huber, sont bons pour les bêtes puantes; on en conserve sa race en mémoire de ce Saint, en l'Abbaye qui porte son nom dans les Ardennes. Les chiens fauves ou rouges sont chiens de grand cœur, fort hardis & chiens d'entreprise. On appelle chiens tout d'une piéce ceux qui sont tout d'une couleur, tout blancs, ou tout noirs, &c.

Les chiens couchans sont chiens de l'arquebuse, qui chassent de haut nez, & arrêtent tout: les meilleurs viennent d'Espagne, ils servent à faire lever les perdrix & les cailles, & ces chiens sont au poil & à la plume; & on dit que des chiens piquent la sonnette, pour dire qu'ils courent trop vigoureusement aprés l'oiseau.

Braques sont des chiens de même allure, aussi bien que les turquets & metis.

Epagneuls, ou espagnols sont des chiens qui chassent de gueule, & forcent les lapins dans les brossailles, ils rident ou suivent la piste de la bête sans crier, ils sont bons aussi pour les oiseaux, & chassent le nez bas.

Griffon, se dit aussi d'une espece de chiens qui chassent le nez haut, & qui arrêtent tout; ils viennent d'Italie & de Piedmont.

Bassets, qu'on appelle autrement chiens de terre, sont des chiens qui entrent dans les taniéres des renards & taissons; ils viennent de Flandres & d'Artois; ils attaquent tout ce qui se terre, comme blereaux, renards, chats harets, foüines, putois; ils quêtent bien & servent aussi à l'arquebuse; ils sont noirs à demi poil, avec la queuë en trompe: il y en a qui ont double rang de dents comme les loups, & qui sont sujets à mordre, qui ont les pattes de devant tortuës. On parle aux bassets en leur criant, coule, coule Bassets.

Barbets, sont chiens frisez qui chassent le nez bas quand le gibier fuit, & le nez haut quand il demeure; Ils l'arrêtent sur terre & dans l'eau: leur principale nature est de rapporter, & ce sont les plus fideles chiens du monde, qui ne veulent connoître qu'un maître, & ne le perdre jamais de vûë: on les appelle aussi chiens à gros poil.

Dogues, sont chiens de combat, qui servent à assaillir les grosses bêtes, comme des taureaux, des lions, &c. Les Espagnols doivent une partie des conquêtes de l'Amerique à des Dogues d'Angleterre, comme on voit dans Herrera.

Mâtins, sont chiens de garde qu'on laisse dans les bassecours pour aboyer. Il y a aussi des Mâtins dans le vautrait, pour chasser au sanglier.

Chiens allans ou gentils sont de gros chiens, qui en allant détournent le gibier: On le dit aussi des chiens de Bouchers qui servent à conduire leurs troupeaux.

On appelle chiens trouveurs, des chiens qui vont requerir un Renard, quand il y auroit vingt-quatre heures qu'il seroit passé.

Chien barreur est le meilleur chien pour le chevreüil.

On appelle un chien secret, un limier qui pousse la voye sans appeller; on l'appelle aussi muet, & on dit qu'il ride.

Un chien babillard, ou qui caquette, est celui qui crie hors la voye, & le plus souvent d'ardeur, ou qui crie des matinées entiéres.

Un chien menteur est un chien qui cele la voye pour gagner le devant.

Un chien vicieux, celui qui chasse tout ce qu'il rencontre, & qui s'écarte toûjours de la meute.

Un chien de bonne créance, de bonne affaire, celui qui est docile & obéïssant: un chien qui chasse de forlonge, qui sent de loin le gibier; un chien qui ne se rompt point au bruit.

Un chien sage, qui chasse bien, qui tourne juste, chien de tête & un chien d'entreprise, qui est hardi & vigoureux.

On dit qu'un chien a le nez dur, lors qu'il rentre mal-aisément dans la voye, & qu'il reprend lentement; qu'il est de haut nez lors qu'il va requerir sur le haut du jour; & qu'il a le nez fin lors qu'il chasse bien dans les chaleurs, & dans la poussiére.

On appelle chien d'aiguail, celui qui chasse bien le matin lors que la rosée est sur la terre, & qui ne vaut rien au haut du jour; & au contraire un chien du haut du jour, qui ne vaut rien dans l'aiguail.

On appelle chien étruffé celui qui a une cuisse qui ne prend point de nourriture, & qui est boiteux; chien butté celui à qui la jointure des jambes de devant grossit; chien épointé, celui qui a des os des cuisses rompus; chien allongé, celui qui a les doigts du pied étendus par quelque blessure qui a touché les nerfs; & chiens courtauts ceux à qui on a coupé la queuë.

On dit qu'un chien a belle gorge lors qu'il crie bien, & qu'il a la voix grosse & forte, qu'un chien aboye quand il sent le gibier; ou quelque chose d'étrange; qu'un chien jappe lors qu'il crie sans sujet, ou au moindre bruit de nuit ou de jour; & qui hurle lors qu'il sent des loups, ou une chienne chaude qu'il ne peut joindre. On dit que le chien sonne, pour dire qu'il appelle au bon chemin ayant trouvé la trace.

On appelle chien armé, quand il est couvert pour attaquer un sanglier.

C'est une bonne qualité de chien d'avoir le jarret droit & bien herbé.

A la chasse on dit parler aux chiens, pour dire les réjouïr comme on fait à la chasse du cerf; ou les exciter ou les menacer, comme on fait à celle du sanglier avec des cris rudes & furieux, & avec la trompe. On appelle titre de chiens le lieu où on pose les chiens, afin que quand la bête passera ils la courent bien à propos. Ces chiens sont mis en bon titre, pour dire sont postez en un bon relais.

Trait de chiens se dit des laisses de crin, & des colliers qui servent à coupler les chiens; ainsi on dit qu'un cerf, ou une autre bête, a senti le vent du trait, pour dire des chiens.

Rompre les chiens se dit de la faute d'un Piqueur & Chasseur, lors qu'ils passent à travers des chiens, pendant qu'ils courent, & ainsi rompent leur course. Il faut quelquefois rompre les chiens, les menacer, les recoupler, & frapper à route, afin de suivre & relancer le cerf, qui leur a donné le change & les a fait tomber en defaut.

On dit figurément en ce sens rompre les chiens, quand on interrompt quelqu'un dans son discours, pour empêcher qu'il ne dise quelque chose desavantageuse, ou qu'il n'entreprenne quelque affaire.

Le droit des chiens est ce qu'on leur donne à la curée, comme la langue, le muffle, les oreilles d'un cerf.

Il y a enfin des chiens de chambre pour le divertissement des Dames, qu'on nourrit pour leur petitesse, & leur beauté, & qu'on appelle chiens de manchon, comme les chiens de Boulogne, d'Artois, épagneuls, bichons, barbets, levrons, chiens ras ou de Barbarie, &c.

Chien, se dit aussi par injure, & pour reprocher à quelqu'un ses defauts. Les Turcs nous appellent chiens, nous traitent comme des chiens. On appelle un chien de valet, un chien de Procureur, un chien de frippon. On appelle une femme paillarde une chienne, une carogne, une chienne chaude, chienne de voirie: ce qui se dit aussi des choses: voilà des beaux chiens de vers; voilà un beau logement de chien, un beau present de chien.

On appelle Cerbere le chien à trois têtes, que les Poëtes ont feint être commis à la garde des Enfers.

Le chien céleste est une constellation; il y en a deux; le grand chien, qu'on nomme autrement Sirius, est une constellation composée de 18 étoiles selon Ptolomée, de la nature de Jupiter & de Venus, dont la principale est tenuë plus grande que tous les autres Astres, même que le Soleil. La petite chienne, qu'on appelle autrement la canicule, on Procyon, n'a que deux étoiles, dont l'une est de la premiére grandeur, & de la nature de Mars, c'est celle qui cause les plus grandes chaleurs de l'Eté.

Chien de mer ou marin, est un poisson long & à museau pointu, qui a des dents, en Latin galeus. Le grand chien de mer qu'on appelle canis carcharias, a quatre ou cinq rangs de dents à chaque mâchoire, dont quelques-unes ont un pouce de long, & sont extrêmement rudes, tranchantes & pointuës, qui ne leur servent pourtant point à manger leur proye, parce qu'on a trouvé des hommes tout entiers dans leur ventre.

Chien de pistolet, est une piéce de fer mobile appliquée sur la platine d'un pistolet, d'un fusil, d'une arquebuse; elle tient la pierre & fait le feu, quand elle est lâchée. Il courut le pistolet bandé, la carabine à la main, avec le chien abattu, &c.

Chien se dit proverbialement en ces phrases; on dit de deux amis qui ne vont point l'un sans l'autre, que c'est saint Roch & son chien. On dit, qui aime Bertrand aime son chien, pour dire qu'il faut prendre les passions, les intérêts, & les sentimens de son ami. On dit d'un traître, d'un hypocrite, d'un flatteur, qu'il fait bien le chien couchant. On dit de deux ennemis, que leurs chiens ne chassent pas ensemble. On dit d'un homme odieux qui entre en quelque lieu, qu'il y est bien venu comme un chien dans un jeu de quilles. On dit des gens qui se haïssent, qu'ils s'accordent comme chiens & chats. On dit encore de celui dont on souhaite la mort, & qui échappe de quelque péril, qu'il mourroit plûtôt un bon chien de Berger. On dit qu'il vaut autant être mordu d'un chien que d'une chienne, pour dire que de quelque côté que vienne le mal, il est également sensible. On dit qu'il ne se faut pas moquer des chiens qu'on ne soit hors du village, pour dire qu'il ne faut pas choquer un homme tant qu'on est en un lieu, où il est le plus fort, où il nous peut nuire.

On dit à un glorieux qui se fâche, qu'on le regarde trop fixement, un chien regarde bien un Evêque. On dit encore, il ne faut pas tant de chiens aprés un os, pour dire qu'il est fâcheux de partager un profit avec beaucoup de personnes, ou d'être plusieurs à avoir les mêmes prétentions. On dit aussi, jamais à un bon chien il ne vient un bon os, pour dire que ceux qui ont bonne envie de travailler, n'en trouvent pas les occasions. On dit jetter un os à la gueule d'un chien pour le faire taire, ce qui a lieu au figuré, pour dire faire un present à quelqu'un pour l'empêcher de crier & de venir troubler quelque affaire importante. On dit qu'il n'est telle chasse que de vieux chiens, & qu'un bon chien chasse de race, pour dire que la naissance & l'experience donnent de grands avantages sur les autres. On dit d'un homme peu consideré, qu'il a du crédit comme un chien à la boucherie. On dit cela n'est pas tant chien, pour dire cela n'est pas mauvais. On dit qu'un homme n'est pas bon à jetter aux chiens, quand il a fait quelque lâcheté, quelque indignité. On dit, de celui qui a des prétentions à quelque chose, quoi que fort éloignées, qu'il n'en jette pas sa part aux chiens. On dit aussi, petit chien belle queuë. On dit à ceux qui ont une méchante cause, si vous n'avez pas d'autre filet vôtre chien est perdu. On dit d'un homme peu complaisant, qui ne fait rien de ce qu'on desire, que c'est un chien de Jean de Nivelle qui s'enfuit quand on l'appelle. Voyez l'origine de ce proverbe au mot de Jean. On dit d'un envieux qu'il est comme le chien du Jardinier, il ne mange point de choux, & ne veut pas que les autres en mangent. On dit de ceux qui entreprennent quelque chose au delà de leurs forces, qu'ils font comme les grands chiens, qu'ils veulent pisser contre les murailles. On dit des pécheurs qu'ils font comme les chiens, qu'ils retournent à leur vomissement. On dit de ceux qui font quantité de cris & d'imprécations inutiles, que ce sont des chiens qui aboyent à la Lune. On dit aussi de ceux qui font des menaces vaines, chien qui aboye ne mord pas. On dit aux gens quéreleux, que les chiens hargneux ont toûjours les oreilles déchirées. On dit des gens timides, entrez il n'y a point de danger, nos chiens sont liez: On dit aussi pour reprocher ou plaindre la misere de quelqu'un, on l'abandonne comme un pauvre chien, il mene une vie de chien; il n'a ni foy ni loy, il vit comme un chien; il est comme un chien à l'attache, il est las comme un chien, on l'a battu, on l'a étrillé comme un chien courtaut. Les coups de bâton sont pour les chiens. On dit d'un miserable qu'on abandonne, qu'on ne lui demande pas, és-tu chien, és-tu loup. On dit aussi quand on veut noyer son chien, on l'accuse de la rage. On dit d'un jeune étourdi, qu'il est foû comme un jeune chien, qu'il court comme un chien foû. On dit d'une chose tortuë, d'une jambe mal faite, qu'elle est droite comme la jambe d'un chien. On appelle figurément un chien au grand collier celui qui meine les autres, qui est principal dans une maison, dans une assemblée. On dit d'un homme accoûtumé à la fatigue, il y est accoûtumé comme un chien à aller nud tête, d'aller à pied. On dit encore tandis que le chien pisse le loup s'enfuit, pour dire que tous les momens sont précieux en certaines occasions. Un bon chien n'abboye point à faux, ce qui se dit au figuré d'un habile homme qui fait toûjours bien réüssir ses entreprises, parce qu'il sçait bien prendre son temps, & ménager les occasions. On dit battre le chien devant le lion, pour dire châtier un petit devant un plus puissant, qui a commis la même faute. On dit encore entre chien & loup, pour signifier le crepuscule, ou le temps sombre qui est entre le jour & la nuit, & où on ne peut discerner le chien d'avec le loup.

COCAGNE. s. f. C'est le nom qu'on donne en Languedoc à un petit pain de pastel avant qu'il soit réduit en poudre, & vendu aux Teinturiers: on en fait grand trafic en ce païs-là; & parce qu'il ne vient que dans des terres fort fertiles, & qu'il apporte un trés-grand revenu à ses maîtres, vû qu'on en fait jusqu'à cinq ou six récoltes par an; quelques-uns ont nommé le haut Languedoc un païs de cocagne. Et c'est là-dessus qu'est fondée la fable du Royaume de Cocagne, des païs imaginaires, où les habitans vivent fort heureux sans rien faire.

COCATRIX. s. m. Espece de basilic qui s'engendre dans les cavernes & les puits, en Latin Basiliscus, regulus. Il y a en la Cité de Paris un fief qui s'appelle Cocatrix, dans une ruë du même nom.

COHUE. s. f. Vieux mot qui signifioit autrefois l'assemblée des Officiers de Justice, que se faisoit en certain lieu pour juger les procés, comme on voit dans les Ordonnances de l'Echiquier de Normandie de l'an 1383. On s'en est servi depuis pour signifier le lieu destiné à tenir la Justice dans les Villages par des Juges pedanées, ainsi appellez à coëunte multitudine. Ménage témoigne que coüa a été dit autrefois pour halle; or c'est dans les halles que se tiennent la plûpart des petites Justices. On appelle encore la halle & cohuë de Quintin en Bretagne, le lieu où se font les publications de justice.

Cohüe, se dit figurément des assemblées tumultuaires où il n'y a point d'ordre, où chacun parle en confusion. On tenoit autrefois de belles conferences chez un tel, mais il y est venu tant d'impertinens, que cela est dégéneré en cohuë.

COULEUR. s. f. lumiére refléchie & modifiée selon la disposition des corps, qui les fait paroître bleus, jaunes, rouges, &c. & qui les rend objets de la vûë. Les experiences modernes ont prouvé clairement que les Anciens se sont fort trompez, en distinguant les couleurs en vrayes & en apparentes. Virgile a eu raison de dire que la nuit ôtoit la couleur à toutes choses. Il y a des couleurs simples, comme sont les cinq couleurs matrices des Teinturiers, dont toutes les autres dérivent; il y en a de composées, sçavoir le bleu, le rouge, le jaune, le fauve, ou couleur de racine, & le noir. A l'égard du verd il n'y a point dans la nature de drogue qui serve à teindre en cette couleur, mais on teint les étoffes deux fois, d'abord en bleu, & puis en jaune, & elles deviennent verdes. Du mêlange des premiéres couleurs il s'en fait un grand nombre, comme le violet, le gris de lin, incarnat, &c. expliquées à leur ordre. Le mercure est le fondement des couleurs, comme le sel des saveurs, & le soulfre des odeurs.

On appelle aussi couleurs simples, celles qui servent aux Enlumineurs & aux Peintres, qui viennent des vegetaux, & qui ne peuvent pas souffrir le feu, comme le jaune fait de safran ou de graine d'Avignon, la laque, & autres teintures extraites des fleurs. Les autres sont minerales, qui se tirent des métaux, & qui souffrent le feu; ce sont les seules propres à faire l'émail: ainsi on tire de l'or & du fer le rouge, de l'argent le bleu, du cuivre le verd, du plomb le blanc ou la ceruse, quand il est dissous avec le seul vinaigre; mais quand la ceruse a été cuite dans le fourneau, elle donne du massicot, & du minium quand elle est poussée davantage au feu.

Les Peintres distinguent aussi les couleurs en legéres & en pesantes; sous le blanc on comprend toutes les couleurs légéres. L'outremer est mis au rang des couleurs légéres. Sous le noir on comprend toutes les couleurs pesantes & terrestres. Le brun-rouge, la terre d'ombre: le verd-brun & le bistre sont les couleurs les plus pesantes & les plus terrestres aprés le noir. Les Peintres appellent aussi couleurs rompuës, les couleurs trop vives qu'ils affoiblissent par le mêlange d'autres plus sombres. On dit que l'azur d'outremer est rompu de laque & d'ocre jaune, pour dire qu'il y entre un peu de ces couleurs. Les couleurs rompuës servent à l'union & à l'accord des couleurs, soit dans les tournans des corps, soit dans leurs ombres. On appelle couleurs noyées, celles qui s'affoiblissent insensiblement, comme sont celles que forment les nuances. Et on appelle un ton de couleur, un degré de couleur, par rapport au clair obscur. Les couleurs changeantes sont celles qui dépendent de la situation des objets à l'égard de la lumiére, comme celle des taffetas changeans, de la gorge des pigeons, &c. néanmoins quand on regarde attentivement avec un bon microscope les plumes de la gorge d'un pigeon, on voit que chaque petit fil de ses plumes est composé de plusieurs petits carrez alternativement rouges & verds, & ainsi ce sont des couleurs fixes. Le Pere Kircher dit que les couleurs changeantes qu'on void sur les plumes des pigeons & des paons viennent de ce que ces plumes sont diaphanes, & d'une figure semblable à celle des triangles de cristal, ou primes de verre, qui étant opposez à la lumiére font voir des iris. Les couleurs fixes & permanentes ne se font point par des réflexions comme les changeantes, mais par le passage de la lumiére à travers certains corps, soit en les traversant entiérement, soit en se reflêchissant sur quelques-unes de leurs parties internes, ou aprés avoir un peu pénétré leurs superficies. Il y a deux ordres differens dans les couleurs, pour passer du blanc au noir; l'un est le blanc, le jaune, le rouge, & le noir; l'autre est le blanc, le bleu, le violet & le noir; c'est la doctrine du Sieur Mariotte dans l'excellent Livre qu'il a fait des couleurs. Il y a des couleurs ou teintures fixes, comme la teinture jaune de l'or, ou la bleuë du lapis lazuli, que le feu ne diminuë point, & il est trés-difficile de les tirer par les dissolvans ordinaires.

Couleur, se dit encore des corps solides, des drogues qui servent aux Peintres & aux Teinturiers pour faire paroître ces couleurs. Un Peintre prépare ses couleurs sur sa palette. On appelle de mauvais Peintres des broyeurs de couleurs; & quand on dit que l'air mange les couleurs, on entend que son intemperie détache de petits corps des sujets, sur lesquels elles avoient été attachées, lors de leur teinture.

Couleur, est quelquefois opposée au noir, parce qu'en effet le noir n'est pas une couleur, à cause qu'il imbibe toute la lumiére, & qu'il n'en refléchit aucune partie. En ce sens on dit que les gens de guerre, & les Courtisans portent des habits de couleur, & que les gens de robbe, ou d'Eglise en portent de noirs.

En approchant de ce sens on appelle couleur haute, couleur rude, couleur forte, gaye, couleur éclatante, couleur claire, celle qui refléchit à nos yeux plus de rayons de lumiére, comme la couleur de cerise, la couleur de feu, l'incarnat; & au contraire on appelle couleur douce, sombre, morne, triste, modeste, celle qui en refléchit le moins, comme le gris de lin, feüille-morte, couleur d'olive, couleur de pensée, &c.

Couleur d'eau, c'est un certain brillant violet qu'acquiert le fer bien poli, quand il a passé au feu dans un certain degré de chaleur.

On dit qu'on met une chose en couleur, quand on rafraîchit les peintures, quand on les décrasse, quand on y met du vernis, & autres drogues qui en font revivre, ou paroître les couleurs à demi effacées.

Nuance de couleurs, est une certaine disposition de la même couleur, mêlangée & montant par degrez depuis le plus clair jusqu'au plus obscur: leurs noms seront expliquez à leur ordre.

Couleur se dit aussi de la disposition du teint, du visage, & des chairs. Les gens qui se portent bien ont la couleur vermeille, sont hauts en couleur. Les Espagnols ont la couleur olivastre. Les filles qui ont leurs ordinaires ont la couleur plombée; celles qui sont trop amoureuses ont les pâles couleurs. Quand la cangrene paroît, elle rend la chair de couleur livide.

On le dit aussi des alterations qui se font au visage par les mouvemens interieurs de l'Ame. Un reproche veritable fait à un homme, le fait changer de couleur, il rougit de honte, & pâlit de colere. La couleur lui a monté au visage, pour dire il a rougi.

Couleur, se dit encore des changemens qui arrivent aux corps par la differente cuisson & application du feu, & sur tout en Chymie. Ce pain, ce rost est cuit, mais il n'a pas encore assez de couleur. Les Chymistes admirent les changemens de couleurs qui se font dans les métaux, & cherchent sur tout le beau rouge, le beau citrin, qui sont les couleurs de la Benoiste.

Couleur, en termes de Fleuriste, se dit d'une tulippe qui n'est que d'une couleur, dont la plus fantasque est la plus estimée: On a mis les panachées dans ces carreaux, & les couleurs sont dans les costieres.

Couleur, en termes de blason, est une des principales désignations des piéces de l'Ecu: On n'en admet que cinq, gueule c'est le rouge, azur le bleu, sinople le verd, le sable le noir, le pourpre est mêlangé de gueules & d'azur: leurs significations seront expliquées à leur ordre, c'est une maxime qu'il ne faut point mettre couleur sur couleur, ni métail sur métail.

COUPELLE. s. f. Petit vaisseau plat préparé pour essayer les métaux; il est fait de cendres de bois leger, comme aubier de chêne, & de cendres d'os sans moëlle, comme de pieds de mouton. Dans ce vaisseau on fait fondre l'or, ou l'argent qu'on veut éprouver, ou purger, sur un feu ardent de charbon, & on y mêle un peu de plomb, lequel s'imbibe dans ce creuset, ou s'évapore; & il emporte avec lui toute l'impureté du métail.

On dit figurément qu'un homme a passé par la coupelle, quand il a subi un trés-severe examen, quand il a été bien seigné, & bien purgé, aprés une grande maladie, comme on examine & on purge les métaux par la coupelle.


D.

DEGRÉ s. m. Terme d'Architecture, escalier, montée qui sert à monter & descendre du haut en bas d'un Bâtiment. Il y a un beau degré en rampe à la Chambre des Comptes. Un petit degré est fort commode pour dégager les appartemens.

Degré. Est aussi chaque marche d'un escalier: Il lui a fait sauter les degrez quatre à quatre.

Degré. Se dit figurément des choses qui servent de moyens pour parvenir à une plus haute, ainsi Corneille a dit d'Auguste dans le Cinna:

Que de ses propres mains mon pere massacré
Du Trône où je le voi fait le premier degré.

En Morale on dit qu'il faut aller de degré en degré, venir au dernier degré de perfection, au plus haut degré d'honneur, de gloire, de vertu: Venir d'Avocat Conseiller, Maître des Requêtes, Président; de Soldat, Enseigne, Lieutenant, Capitaine, c'est monter par degrez: On le dit aussi en mauvaise part. Il est méchant, avare, orgueilleux au dernier, au souverain degré.

Degré. Se dit aussi des marques, ou divisions de plusieurs choses, qui reçoivent du plus ou du moins, qui vont en descendant, ou successivement les unes aprés les autres: ainsi on dit en Théologie il y a plusieurs degrez de gloire dans le Paradis, plusieurs degrez de peine dans l'Enfer: les vertus Chrêtiennes sont autant de degrez pour monter au Ciel.

On appelle aussi degrez de Jurisdiction, les Tribunaux qui reçoivent l'appel des Justices inferieures. On a vû jusqu'à cinq degrez de Jurisdiction de Justices ordinaires: L'Ordonnance les a réduits à quatre.

Degré. Se dit aussi dans les Universitez, des Lettres qu'on donne à quelqu'un pour lui permettre d'enseigner, après qu'il en a été jugé capable par un long examen.

Le degré de Maître és Arts, de Bachelier, de Licencié, de Docteur; ces trois derniers se donnent en Théologie, en Droit Civil, & Canon, & en Medecine: Il a obtenu un Benefice en vertu de ses degrez.

Degré. En terme de Jurisprudence se dit des générations, suivant lesquelles on compte la proximité où l'éloignemcnt des parentez & alliances. L'Ordonnance a permis les récusations & les évocations jusqu'au quatriéme degré de parenté & d'alliance, c'est à dire, jusqu'au cousin issu de germain, & en matière criminelle jusqu'au cinquiéme degré: Un pere & son fils sont parens au premier degré. Le Droit Civil compte les degrez de parenté autrement que le Droit Canon, il n'en faut qu'un de celui-là pour en faire deux de ceux-ci. On dit absolument au Palais, il a des parens au degré, pour dire, il ne peut être juge.

Degré. En termes de Fauconnerie se dit de l'endroit où l'oiseau durant sa montée ou élevation en l'air tourne la tête, & prend une nouvelle carriere qu'on appelle second ou troisiéme degré, jusqu'à ce qu'il se perde de vûë au quatriéme.

Degré. En termes de Medecine, est une certaine extention des qualitez Elementaires, on ne les divise qu'en quatre, le poivre est chaud en un tel degré.

En termes de Phisique ancienne les mêmes qualitez sont divisées en huit: Le dernier ou souverain degré d'intention s'appelle dans l'Ecole ut octo: Le feu est chaud au huitiéme degré & sec au quatriéme.

En termes de Chymie on appelle donner le feu par degrez, lors qu'on ouvre ou qu'on ferme les regîtres ou trous, qu'on fait exprés dans les fourneaux, pour augmenter ou diminuer la violence du feu.

Degré. Se dit aussi des divisions des lignes qui se font sur plusieurs instrumens de Mathematique, comme sur l'Arbalête ou Bâton de Jacob. Il sert aussi sur les Thermometres, ou Barometres, à marquer par les divisions qui sont sur la table qui les supporte, les degrez de chaleur & de pesanteur des corps liquides, par le moyen desquels la Physique moderne a beaucoup encheri sur l'ancienne, pour la subdivision de ces qualitez.

Degré. En termes de Géometrie & d'Astronomie, c'est la division qu'on fait sur les cercles pour servir de mesure: tout cercle se divise en 360. degrez: Cet Astre est élevé de tant de degrez sur l'Horison, il décline de l'Equateur de tant de degrez de longitude & de latitude: Un angle droit est de 90. degrez. Ptolomée a observé qu'un degré sur la terre valoit 68. milles & deux tiers, mais les Arabes n'ont trouvé que 56. milles, quand ils l'ont observé exactement dans les plaines de Seniar par l'ordre d'Almamoum. Ptolomée contoit sur le pied de 500. stades pour degré. Le mille Arabique étoit égal à sept stades & demie. Mais voici des observations plus modernes & plus certaines, Fernel a observé qu'un degré d'un grand cercle de la terre contenoit 68096. pas Géometriques, qui valent 56746. toises, quatre pieds de Paris. Snellius a observé que ce degré étoit de 28500. perches du Rhin, qui font 55021. toises de Paris. Riccioli a fait le degré de 64363. pas de Boulogne qui font 62900. de nos toises; mais M. Picard de l'Academie des Sciences, l'ayant mesuré par ordre du Roi avec toute l'exactitude possible, a trouvé qu'il étoit de 57060. toises suivant l'étalon de Paris, lesquelles étant réduites à la mesure universelle ou invariable, qu'il établit sur la pendule qui a sa proportion avec la toise de Paris, comme de 881. à 864. le degré se trouve de 55959. toises de la mesure universelle. En voici la réduction juste à diverses mesures.

Chaque degré du grand cercle contient

Toises du Chatelet de Paris 57060.  
Pas de Boulogne 58481.  
Verges de Rhin de 12. pieds 29556.  
Lieuës Parisiennes de 2000. toises 28. 1/4
Lieuës communes de France de 2280 toises 25.  
Lieuës de Marine de 2853. toises 20.  
Milles d'Angleterre de 5000. pieds 73. 7/200
Milles de Florence de 3000. brasses 63. 7/10
La minute d'un degré de la terre est de 951. toises & la seconde de 16. toises.    

DEVISE. s. f. Terme de Blason, ce mot se dit en général des chiffres, des caractéres, des rebus, des sentences de peu de mots & des proverbes, qui par figure ou par allusion avec les noms des personnes ou des familles, en font connoître la Noblesse ou les qualitez. La Devise en ce sens est d'un usage plus ancien que le Blason, & c'est d'elle que les armoiries ont pris leur origine; ainsi l'Aigle a été appellée la devise de l'Empire, & S. P. Q. R. étoit la devise du Peuple Romain, qui est encore aujourd'hui ce qui compose l'Ecu de la Ville de Rome. Les devises ont été de simples Lettres semées sur les bords des cottes d'armes, sur les haussures & dans les Banniéres; ainsi le K. a été la devise de nos Rois nommez Charles, depuis Charles V. jusqu'à Charles IX. Il y a eu aussi des devises par rebus, équivoques, ou allusions tant aux noms qu'aux armes, Messieurs de Guise ont pris des A. dans des O. pour signifier chacun A son tour, la Maison de Seneçay, in virtute & honore Senesce. Morlaix, s'il te mord, mord-le. Ceux qui ont eu des tours dans leurs armoiries, turris mea Deus, &c. Il y en a d'autres énigmatiques ou à demi mot, comme celle de la Toison d'or, Autre n'aurai, pour dire que Philippes le Bon qui institua cet Ordre, renonçoit à toute autre femme qu'à Isabelle de Portugal, qu'il épousoit alors. Les Devises contiennent quelquefois des proverbes entiers & sentences, comme celle de Cesar Borgia, aut Cæsar, aut nihil. On met les Devises des armes dans des rouleaux ou listons tout au tour des armoiries, ou bien en cimier, & quelquefois aux côtez & au dessous, & celles des Ordres sur leurs colliers.

Devise. En termes de Blason se dit de la division de quelques piéces honorables de l'Ecu. Quand une fasce n'a que la troisiéme partie de sa largeur ordinaire; elle s'appelle fasce en Devise, ou Devise seulement, & il n'y en doit avoir qu'une en écu. On le dit aussi du chef lors qu'on le pose en sa partie basse, & qu'il n'a que le tiers de sa largeur ordinaire, & alors on l'appelle chef du second surmonté ou chargé de tant d'étoiles, de molettes, ou autres meubles semblables. Ce mot de Devise s'est dit, parce qu'elle servoit à diviser, à separer, & à remarquer les gens & les partis, ce qui se faisoit par les habits, les livrées, les écharpes, & enfin par les paroles ou sentences particuliéres que les Chevaliers prenoient pour se faire remarquer. On les a en suite posées sur les Ecus, d'où sont venuës insensiblement les armoiries. On disoit en vieux François faire sa Devise, pour dire faire son testament ou la division de ses biens, comme on voir dans Villehardoüin.

On a appellé aussi autrefois Devise, les robes de deux couleurs, comme sont celles des Maires & Echevins, & des Huissiers & Bedaux des Villes, des Paroisses, & des Communautez de Marchands: Et cela par la même raison qu'elles étoient divisées en deux couleurs.

Devise se prend maintenant en un sens plus étroit, & signifie une embleme qui consiste en la representation de quelque corps naturel, & en quelque mot qui l'applique en un sens figuré à l'avantage de quelqu'un; le tableau s'appelle le corps, & le mot l'ame de la devise. On met des Devises sur les monnoyes, sur les jetons, sur les écus des Cavaliers, dans les ornemens des Arcs de triomphe, de feux d'artifice, & autres solemnitez. Les Devises sont des espéces d'images qui representent les entreprises de guerre, d'amour, de pieté, d'étude, d'intrigue, de fortune, &c. Les François sont les premiers qui ont fait des Devises, & les Italiens les premiers qui en ont donné des régles. Les Peres Menétrier & le Moine Jesuïtes ont écrit de l'art des Devises.

DRAGON. s. m. Serpent monstrueux qui est parvenu avec l'âge à une prodigieuse grandeur. Les anciens Naturalistes se sont égayez à décrire ce monstre en diverses maniéres, ils lui ont donné des aîles, des crêtes, des pieds & des têtes de differentes figures, jusques-là qu'Aldroandus fait mention d'un Dragon né de l'accouplement d'une aigle avec une louve, qui avoit de grandes aîles, une queuë de serpent & des pieds de loup: mais il est le premier à dire avec les modernes, que c'est un Animal chimerique, si on le prétend faire differer d'un vieux serpent. Quelques-uns mêmes ont dit qu'il y a en Afrique des Dragons volans, qui peuvent emporter un homme & un cheval, & qu'ils emportent souvent des vaches. Albert le Grand fait mention d'un Dragon de mer, semblable à un serpent qui a les aîles courtes & le mouvement trés-prompt, & si venimeux qu'il fait mourir par sa morsure. On appelle aussi la Vive, Dragon de mer, ou araignée de mer. Les Poëtes qui ont feint que le jardin des Hesperides étoit gardé par un Dragon, ont entendu la mer Oceane, qui fermoit l'entrée aux Iles fortunées ou à l'Amerique, d'où venoient de beaux fruits & où se trouvoient les mines d'or. On peint un Dragon auprés de sainte Marguerite, on appelle Dragon la gargoüille de Roüen. Voyez fierte.

Dragon. En termes de l'Ecriture se dit figurément du serpent infernal, de Satan. Ainsi quand il est dit dans l'Apocalypse, ch. 12. que le Dragon & ses Anges combattoient contre Saint Michel, il est expliqué aussi-tôt que c'étoit le Diable, & Satan. Et de même au ch. 13. quand il est dit, que le Dragon a été adoré, & pareillement quand il est dit dans les propheties d'Isaïe & de Daniel, que le Dragon a été blessé, a été mis à mort, cela s'entend du mystére de la Rédemption, qui a détruit l'Empire de Satan.

Dragon. Se dit hyperboliquement de ceux qui font les méchans & les difficiles à contenir dans le devoir: on le dit même des femmes & des enfans. Cette femme crie toûjours son mari, c'est un vrai Dragon. Cet enfant est un vrai Dragon, il est incorrigible & mutin.

Dragon. En termes de guerre est une sorte de Cavalier sans bottes, qui marche à cheval & qui combat à pied. On a beaucoup multiplié en France le corps de Dragons. Les Dragons sont postez à la tête du Camp, & vont les premiers à la charge comme les enfans perdus: ils sont réputez du corps de l'Infanterie, & en cette qualité ils ont des Colonels & des Sergens, mais ils ont des Cornettes comme la Cavalerie. Ménage dérive ce mot du Latin Draconarÿ, qu'on trouve dans Vegece dans la signification de Soldats, mais il y a plus d'apparence qu'il vient de l'Allemagne tragen, ou draghen, qui signifie Infanterie portée.

Dragon volant, est aussi un nom qu'on a donné à une ancienne coulevrine extraordinaire qui a 39. calibres de long, & qui tire 32. livres de balle, selon Hanzelet.

Dragon est aussi une maladie qui vient aux yeux des chevaux. Ce cheval a diminué de prix depuis qu'il lui est venu dans l'œil un dragon.

Dragons en termes de marine, ce sont de gros tourbillons d'eau qu'on trouve souvent sous la ligne, qui briseroient ou couleroient à fonds les Navires s'ils passoient pardessus, & les Mariniers ont la superstition de croire qu'ils les détournent à côté en battant leurs épées nuës en croix du côté d'où vient l'orage, comme dit François Peyrard.

Dragon est aussi une constellation celeste vers le Pole Arctique, ayant 31. Etoiles selon Ptolomée, 32. selon Kepler, & 33. selon Bayer, qui sont de la nature de Saturne & de Jupiter.

En terme d'Astronomie on appelle la tête & la queuë du Dragon, les points des intersections de l'Eclyptique par l'orbite des autres Planettes, & particuliérement par celle de la Lune. Le ventre du Dragon est l'endroit de ces cercles où se trouve leur plus grande latitude & éloignement; comme ces cercles marquent une plus grande enflûre au milieu qu'aux extrêmitez, cela a fait croire qu'ils avoient la figure d'un Dragon, ce qui les a fait nommer ainsi, & c'est dans ces seuls points d'intersection que se font toutes les éclipses; on les marque dans les horoscopes avec ces signes Ω tête de Dragon, queuë de Dragon: mais il n'y a rien de plus vain que les prédictions que font là-dessus les Astrologues, car en effet ces points n'ont aucune vertu, ni influence.

Dragon est aussi un méteore qui se forme de quelques nuées enflammées, qui jettent quelques étincelles qui ont divers plis, & qui imitent la figure d'un Dragon.

Dragon en termes de Blason, quand on le dit simplement, s'entend du terrestre, qui doit avoir deux pieds, & la queuë en pointe. Il y en a d'autres qu'on appelle monstrueux, qui ont des aîles; & qu'on appelle Dragonnez, les autres animaux qui sont peints avec des queuës de Dragons, ou de Serpens.

Sang de Dragon, Terme de Pharmacie. Les Anciens ont crû que le Dragon combattoit contre l'Elephant, qu'il lui suçoit tout son sang par les yeux & les oreilles, que l'Elephant tombant mort écrasoit le Dragon, & que de ce sang mêlé tombant sur la terre on en recueilloit ce qu'ils appelloient sang de Dragon, dont ils faisoient grand état; c'est ainsi qu'en parlent Solin, Pline, Isidore, & plusieurs autres aprés eux: mais ce combat est une fable inventée par les Marchands. On appelle aussi le Cinnabre sang de Dragon, selon Avicenne & Serapion. Mais le vrai naturel sang de Dragon est un suc, ou gomme d'un arbre nommé anchuse qui vient d'Afrique, & il s'en fait d'artificiel avec du santal, ou de la gomme de cerisier ou amandier dissoute & cuite dans la teinture du bois de Bresil. Cardan dit qu'il vient d'un autre arbre de l'Ile Zocotora.

Il y a un vray sang de Dragon dont François Cauche fait mention en son voyage de Madagascar. Il dit qu'on lui fit present de six morceaux de sang de Dragon, chacun long de trois pouces, ressemblans à des morceaux de boudin, marbrez comme le savon d'Alican, de rouge, de noir & de blanc, ce que les Habitans appellent onguent pour étancher le sang. Ils sont faits de feüilles pilées d'un arbre fort branchu & gros comme un poirier, qui a les feüilles longues & plus étroites que celles du laurier, ayant une odeur de violette, les fleurs sont blanches & odoriferantes, venant en bouquet, rondes & n'ayant que cinq feüilles bien ordonnées, elles se ferment la nuit & ne sont pas plus larges qu'un double; il sort du milieu un filet rougeâtre, qui se recoquille en telle sorte qu'il fait la figure d'un Dragon. Amatus Lusitanus, Mathiole & Bisciola, rapportent quelque chose de semblable, & disent qu'il y a de grands arbres à Madere, à Porto santo, aux Canaries & en Afrique, appellez Dragons & Draconaries, qui jettent en larmes des gouttes ou gommes rouges & luisantes, desquelles si on touche quelque chose, il y paroît une rougeur noirâtre, & qu'on nomme cette goutte le sang de Dragon. Ils produisent un fruit semblable à une cerise, qui a au dessous de la peau qui la couvre la figure d'un Dragon, aussi bien representé, que s'il avoit été taillé par un Sculpteur, avec la gueule ouverte, un long col & une longue queuë, ce qui a donné à l'arbre le nom de Dragon, & la couleur rouge de la gomme lui a donné le nom de sang.

Dragonné, adj. terme de Blason, qui se dit du lyon, ou autre animal qui est representé avec une queuë de Dragon.

Dragonneau, s. m. C'est selon quelques Medecins, un animal semblable à un ver long & large, qui se meut entre cuir & chair & qui vient aux jambes, & quelquefois aux muscles du bras. Il est ainsi nommé, parce qu'il a la figure & la tortuosité d'un petit serpent. Il paroît sur tout sous la peau des Côtes, & les Habitans des Païs chauds y sont fort sujets.

Drague, s. f. Outil qui sert à tirer du sable des riviéres, à curer les puits, & à tirer les immondices de quelque endroit. C'est une espéce de pelle de fer ayant une perche, ou un long manche de bois, qui a des rebords de trois côtez, & est platte par le devant pour enlever ce sable & ces ordures.

Drague est aussi un outil de Vitriers, ou pinceau qui leur sert à signer, ou à marquer leur verre.

Drague, s. m. terme de Marine, est un gros cordage dont on se sert sur les Vaisseaux, pour arrêter le recul des Canons quand ils tirent.

DROIT. oite. adj. & subst. Terme de Géometrie. Ce qui ne décline ni d'un côté, ni d'autre. Une ligne droite est la plus courte entre deux points. Le plus droit chemin, de droit fil. Ce mot vient de directus. Nicod.

Droit. Signifie aussi perpendiculaire, qui est à plomb. Un angle droit est un angle de 90. degrez, qui se fait quand une ligne tombe à plomb sur une autre. Ce mur n'est pas droit, il menace ruïne. Cette femme danse mal, elle ne se tient pas droite.

En termes d'Architecture on appelle pied droit, le rang de pierres, qui fait chacun des côtez d'une porte cochere. On le dit aussi des côtez, ou tableaux des fenêtres.

En termes d'Astronomie on appelle la Sphere droite, celle où l'Equateur coupe l'horison à angles droits, ou perpendiculairement, en laquelle les jours sont toûjours égaux aux nuits. L'ascension droite & oblique, voyez à leur ordre.

En termes de chasse on appelle le droit, lors qu'on est au vray chemin que la bête tient, & qu'on a redressé le change. Quand on a connoissance du droit, on sonne deux mots pour appeller les piqueurs. Les bons chiens connoissent le droit, courent bien le droit.

Droit. En termes de Medecine, c'est le dernier des boyaux ou intestins, parce qu'il s'étend tout droit depuis l'os sacré jusqu'au siége ou à l'anus, sans faire aucuns tours ni replis; sa partie inferieure, est serrée & fermée par des muscles qu'on nomme Sphincteres, c'est à dire, fermeurs ou tirans. Les Medecins appellent aussi Rectum.

On dit en généalogie, il descend en ligne droite ou en ligne collaterale d'un tel Prince.

Droit. Signifie aussi le côté où la main est ordinairement la plus forte, & de laquelle on se sert naturellement pour faire quelque ouvrage qu'on fait d'une seule main, en ce sens il est opposé à gauche. Le côté droit est le plus honorable. On donne la droite à ceux qu'on respecte. La main gauche, la main droite. On dit l'aîle droite, l'aîle gauche d'une Armée, d'un bâtiment.

Droit. En termes de manége se dit d'un cheval qui ne boite point, & qu'on garantit droit, chaud & froid, c'est à dire, qu'il ne boite point ni lors qu'il est échauffé, ni lors qu'il est refroidi. On dit aussi qu'un cheval est droit sur ses jambes, quand le devant du boulet tombe à plomb sur la couronne, en sorte que le canon & le paturon sont en ligne droite. On dit aussi promener un cheval par le droit, le guider droit, le faire partir & reculer droit, quand il va sur une ligne droite sans se traverser, ni se jetter de côté.

Droit. Se dit figurément en choses spirituelles. Cet homme a l'ame droite, a l'intention droite, pour dire il est bon & équitable, il a l'esprit droit, pour dire qu'il a l'esprit juste, qu'il ne s'égare d'un côté ni d'autre.

On dit aussi figurément d'un homme à l'égard d'un autre, que c'est son bras droit, pour dire que c'est son principal appui, celui qui luy sert dans ses principales actions.

Droit. s. m. Terme de Jurisprudence. Ce qui est juste, raisonnable, qui est établi par les Loix, qui rend à chacun ce qui lui appartient. Il y a trois sortes de droits, le droit de nature qui nous est connu par la seule lumiére de la raison, & qui est general à tous les hommes; le droit des gens qui s'observe dans presque toutes le Nations, comme de ne point violer les Ambassadeurs; & le droit de chaque Nation particuliére, qui a ses maximes & son gouvernement differens.

Droit divin, est celui qui a été ordonné & établi de Dieu, lequel nous a revelé sa volonté par ses Prophetes. Droit humain ou positif, celui qui a été établi par la police des hommes.

Droit Civil est proprement le Droit Romain contenu dans le Digeste, le Code & les Instituts, où sont les Loix Romaines compilées par l'ordre de Justinien. On l'appelle autrement droit écrit, & il y a plusieurs Provinces en France qui se gouvernent par le droit écrit, le Lyonnois, le Languedoc, &c.

Le Droit écrit qui est établi dans la Gascogne, vient de ce que les Visigots ayant vécu sous les Coûtumes anciennes du païs d'Aquitaine jusqu'à la vingt-deuxiéme année du Régne d'Alaric II. il ordonna que le Code Théodosien, réformé par Aman l'un de ses principaux Conseillers, fût observé par tout le païs de son obéïssance. Pasquier.

Droit Canon, est le droit Ecclesiastique qui est reçû en France, à l'exception de quelques cas contraires aux libertez de l'Eglise Gallicane. Le Droit Canon consiste premiérement au decret, qui a été compilé par Gratien Boulonnois du temps de Louïs VII. qu'il divisa en deux parties, l'une de distinctions & l'autre de questions. Il est composé de plusieurs Canons des Conciles, des décisions & autoritez des Peres, dont la premiére compilation a été faite du temps de Clovis par Isidore Evêque de Seville, selon l'ordre des dattes; la seconde du temps du Roi Robert par Burchard, sous le nom de decret, qu'il divisa en vingt Livres; la troisiéme sous Philippes premier, par Yves Evêque de Chartres, qu'il fit en dix-sept Livres, où il mêla plusieurs Loix du Code Theodosien & des Capitulaires; & enfin celle de Gratien ci-dessus. La seconde partie contient les Decretales de Gregoire en cinq Livres, & la troisiéme partie le Sexte de Boniface VIII. les Clementines du Pape Clement V. qui furent mises en lumiére par Jean XXII. son successeur; & en fin les Extravagantes du même Jean XXII.

Droit. Signifie aussi la Jurisprudence, les Ecoles de droit, les régles du droit, une question de droit, une présomption de droit, cela est de droit. On appelle droit étroit, la rigueur de droit, ce qui ne reçoit point d'extension. Cela est fondé en droit & raison, est jugé selon droit & raison. On appelle un sifleur de droit, celui qui le montre en chambre; un Professeur de droit, celui qui l'enseigne publiquement.

Droit Coûtumier, est celui de plusieurs Provinces qui ont conservé leurs Coûtumes particuliéres, lesquelles ont été rédigées par écrit, & réformées de temps en temps. Paris, la Normandie, la Bretagne, sont des païs de droit coûtumier.

Droit commun, est le droit ordinaire & fondé sur les maximes générales, qui est opposé aux privileges qui en font exception.

Droit signifie encore autorité, puissance. Les Anciens avoient droit de vie & de mort sur leurs Esclaves. Il n'y a en France que le Roi qui ait ce droit-là sur ses Sujets.

Droit signifie aussi une puissance qu'on a de donner ou de faire quelque chose. Le Pape a conferé ce Benefice de plein droit, ou par droit qui lui a été dévolu. Un Prélat n'a pas droit de faire les Ordres hors de son Diocese, sans permission.

Droit. Signifie aussi action qu'un homme peut poursuivre en Justice, pour demander un bien qui lui appartient. Chacun est reçû à poursuivre ses droits en Justice. Un cessionaire de droits litigieux. Une fille majeure usante & joüissante de ses droits. Je suis en droit, en possession de passer sur cette terre. C'est un droit acquis, un droit hereditaire. Il a épousé cette fille avec ses droits. Il est subrogé en tous ses droits, noms, raisons, & actions. Il exerce les droits de son debiteur, il les poursuit au lieu de lui. Il a été pourvû de cette Charge avec tous ses droits, profits & émolumens.

Un droit de bannalité, de pressoir, de four, de moulin. Un droit d'aubeine, de désherence.

Droit. Signifie aussi titre qu'on a pour posseder quelque chose, ou y prétendre. Il y a plusieurs prétendans droit à ce Benefice, l'un comme résignataire, l'autre comme indultaire. Il a accumulé droits sur droits. Il a dit cela par surabondance de droit. Cela lui appartient de droit. Il a le droit d'ancienneté. Les Princes ont le droit de bien-seance, de represailles, &c.

Droit. Signifie aussi redevance, chose qu'on possede avec un titre. René Chopin a écrit des droits du Roi, des droits Domaniaux. Les droits de cens, surcens, dixmes, champarts, de lods & ventes, de rachapt &c. sont droits Seigneuriaux. Le Seigneur saisit le fief, faute de droits & devoirs non faits & non payez. Droits honorifiques & de patronage, sont ceux qui sont dûs aux Fondateurs des Eglises, aux Seigneurs hauts Justiciers. Le droit de Régale est un droit du Roi de pourvoir aux Benefices, le Siége Episcopal vacant.

Droit. Se dit aussi de toutes sortes d'impositions établies pour soûtenir les charges de l'Etat. On a établi un droit sur le vin, sur le bois, sur telle marchandise. L'ancien & le nouveau droit du pied fourché. Il ne faut pas frauder les droits du Roi.

Droit. Signifie aussi salaire qu'on taxe, ou qui est ordonné à quelqu'un, pour ses peines & vacations. Le droit du Greffe, du Controlle, de la signature d'un Arrêt. Droit de consultation, de revision dû aux Procureurs. On appelle droit d'avis la paraguante qu'on est obligé de donner à celui qui a été cause qu'une affaire a réüssi, qui en a donné le premier avis.

Droit. Signifie aussi un privilege accordé par le Roi ou par la Loi, qui donne prérogative à quelqu'un, pour excepter du droit commun de la Régle générale. Droit de Committimus. Droit de franc salé. Droit d'entrer aux Etats. Droit de Bourgeoisie. Droit d'aînesse.

En terme de pratique on dit être à droit, pour dire comparoître en jugement pour y être interrogé. Appointement en droit, c'est un réglement qu'on donne aux parties pour écrire & produire sur quelque question de droit, ou en premiére instance. Appointement à ouïr droit, est le réglement qu'on donne en matiére criminelle, aprés la confrontation pour ouïr le jugement. On dit aussi qu'on a fait droit sur le tout, pour dire qu'on a prononcé sur toutes les demandes. On dit aussi, sans garder ordre de droit, ni forme de justice. On dit aussi, prendre droit par les charges, pour dire s'en rapporter aux témoins, sans préjudice du droit des parties au principal. Le Roi finit ainsi ses Lettres Patentes, sauf en autre chose nôtre droit, & l'autrui en toutes. On dit aussi deffendre ses droits, user de son droit, renoncer à son droit. C'est un passe-droit, une grace, une faveur.

Droit. En termes de chasse signifie la part de la bête défaite qui appartient aux veneurs, ou aux chiens. Le pied droit du Cerf est celui qu'on offre au Roi, ou au maître de la chasse. Le droit des chiens est ce dont on leur fait curée. On dit aussi en Fauconnerie le droit de l'oiseau, lors qu'on le paît de ce qu'il a volé, comme la tête, la cuisse, le cœur, le foye de la perdrix, l'aîle de la corneille, &c.

Droit adverbial, d'une maniére droite. Cet homme va droit au but. Il lui a tiré droit dans la tête. Il faut marcher droit, aller droit avec lui. Il va droit en besogne. Il a mis tout droit la main dessus, il veut avoir cela à tort, ou à droit. On dit aussi à bon droit, pour dire avec raison, avec juste cause. On dit aussi à droit, à gauche, pour dire qu'il faut tourner de ce côté-là.

On dit proverbialement que, où il n'y a pas de quoi, le Roi perd son droit, pour dire qu'il est inutile de plaider contre des insolvables; que bon droit a besoin d'aide, pour dire qu'il ne faut pas négliger la sollicitation des meilleurs procés. On dit aussi, c'est le droit du jeu, pour dire on a accoûtumé d'en user ainsi. On dit encore qu'un homme est droit comme un jonc, comme un échalas, comme un cierge, comme un sapin, pour dire qu'il se tient bien droit. On dit ironiquement, cela est droit comme la jambe d'un chien.

DUEL. s. m. Combat de particuliers assigné à certain lieu & heure, en suite d'un appel ou d'un défi. Les Duels étoient autrefois permis pour défendre, ou accuser en Justice dans les cas dont on ne pouvoit avoir de preuve: Le Duel étoit un moïen si ordinaire pour vuider les differens des Nobles, qu'on n'en dispensoit pas même les Ecclesiastiques, & afin qu'ils ne se soüillassent pas de sang, on les obligeoit seulement de donner des gens, &c.