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Essais de Montaigne (self-édition) - Volume IV cover

Essais de Montaigne (self-édition) - Volume IV

Chapter 69: CHAPITRE XLIX.
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About This Book

A series of reflective essays that probe human behavior, belief, and the limits of knowledge through intimate self-examination, classical learning, and anecdote. The pieces consider education, friendship, custom, mortality, and political life, employing skeptical inquiry and conversational digressions. The writing mixes philosophical observation, personal reminiscence, and learned citation, and this volume is accompanied by editorial notes, biographical material, and a chronological summary that places the essays in the context of the author’s life and thought.

CHAPITRE XXXV.

De l’habitude de se vêtir, I, 393.—La nature nous a-t-elle formés pour être vêtus? Dans des contrées où cependant le froid est rigoureux, il y a des nations, comme des individus, qui se sont accoutumés à vivre nus ou presque nus (les peuplades d’Amérique, nos paysans, le fou du duc de Florence, le roi Massinissa, l’empereur Sévère, les Égyptiens et les Perses, Agésilas, César, Annibal, les habitants du Pégu, le Roi de Pologne), 393.—Du froid en certaines circonstances (dans le Luxembourg, au Palus Méotides, les Romains et les Carthaginois à la bataille près de Plaisance, en Arménie lors de la retraite des Dix mille; arbres fruitiers enterrés pour les protéger du froid), 395.—Usages à la cour de l’empereur du Mexique, 397.

CHAPITRE XXXVI.

Sur Caton le Jeune, I, 399.—Il ne faut pas juger des autres d’après soi, 399.—Aujourd’hui la vertu n’est qu’un vain mot; on n’est vertueux que par habitude, par intérêt ou par ambition (les Spartiates et Aristodème), 399.—Il est des hommes qui cherchent à rabaisser les personnages éminents par leurs vertus; il faudrait au contraire les offrir sans cesse comme des modèles à l’admiration du monde (Caton d’Utique), 401.—Comment cinq poètes anciens ont parlé de Caton; la vraie poésie nous transporte, mais ne peut s’analyser (Martial, Manilius, Lucain, Horace et Virgile), 403.

CHAPITRE XXXVII.

Une même chose nous fait rire et pleurer, I, 405.—Un vainqueur pleure souvent la mort d’un vaincu, et ce ne sont pas toujours des larmes fausses (Antigone vis-à-vis de Pyrrhus, René de Lorraine vis-à-vis de Charles de Bourgogne, le comte de Montfort vis-à-vis de Charles de Blois, César vis-à-vis de Pompée), 405.—Des passions multiples et souvent contraires subsistent en effet simultanément dans le cœur de l’homme (Néron; Xerxès), 407.—D’ailleurs nous n’envisageons pas sans cesse une même chose sous un même aspect (Timoléon), 409.

CHAPITRE XXXVIII.

De la solitude, I, 411.—Les méchants sont nombreux; nul doute que leur société ne soit funeste, c’est un motif de rechercher la solitude (Bias, l’Ecclésiastique, Albuquerque, Charondas, Antisthène), 411.—Ce que la plupart des hommes y recherchent, c’est d’y vivre loin des affaires et dans le repos; mais elle ne nous dégage ni de tous soins domestiques, ni surtout de nos vices (Socrate), 413.—Affranchir notre âme des passions qui la dominent, la détacher de tout ce qui est en dehors de nous, c’est là la vraie solitude; on peut en jouir au milieu des villes et des cours (Stilpon, Antisthène, l’évêque Paulin), 415.—Les hommes se passionnent pour mille choses qui ne les concernent pas, 417.—La retraite convient surtout à ceux qui ont consacré la majeure partie de leur vie au service de l’humanité (Thalès), 419.—Il faut être capable de faire abstraction de toutes nos obligations, et, faisant un retour sur nous-mêmes, être exclusivement à nous; tempéraments qui s’y prêtent le mieux; comment y arriver, 419.—Il faut user de ce que nous avons, mais sans nous en faire une nécessité, et être prêts à nous en passer, si la fortune vient à nous en priver, 421.—Occupations qui conviennent davantage dans la vie solitaire (Cyrus, Démocrite), 423.—Pline et Cicéron conseillent de mettre à profit la retraite pour se faire un nom par quelque œuvre littéraire, 423.—Cas particulier de ceux qui, par dévotion, recherchent la vie solitaire, 425.—Combien peu est raisonnable le conseil de Pline et de Cicéron, 425.—Études et soins auxquels on peut se livrer dans la solitude; sciences dont, à ce moment, il ne faut pas s’embarrasser l’esprit, 427.—La gloire et le repos sont choses incompatibles (Épicure et Sénèque), 427.

CHAPITRE XXXIX.

Considérations sur Cicéron, I, 431.—Cicéron et Pline le Jeune étaient des ambitieux pleins de vanité; ils ont été jusqu’à solliciter les historiens de faire l’éloge de leurs faits et gestes, 431.—Même dans leurs lettres intimes, ils ont recherché l’élégance du style; elles semblent n’avoir été écrites que pour être publiées (Xénophon et César; Scipion, Lælius et Térence), 431.—Les rois et les grands ne doivent pas tirer vanité d’exceller dans les arts et les sciences; seuls les talents et qualités qui importent à leur situation sont susceptibles de leur faire honneur (Cyrus, Charlemagne, Philippe et Démosthène, Philippe et Alexandre, Iphicrate, Antisthène), 433.—Dans ses Essais, Montaigne dit avoir intentionnellement évité de développer les sujets qu’il traite; il se borne à les esquisser, sans même se préoccuper de la forme sous laquelle il les présente, 435.—Combien sont différents de Pline et de Cicéron, Épicure et Sénèque qui critiquent cette soif de célébrité dans un style moins brillant, mais plus sensé, 437.—Raisons qui font que Montaigne préfère la forme qu’il donne à ses Essais au genre épistolaire pour lequel il avait cependant des dispositions particulières, 437.—Rien de ridicule comme les formules oiseuses de respect et d’adulation qu’on prodigue de nos jours dans la correspondance privée; comment lui-même procédait (Annibal Caro, Montaigne), 439.

CHAPITRE XL.

Le bien et le mal qui nous arrivent ne sont souvent tels que par l’idée que nous nous en faisons, I, 441.—La diversité des opinions sur les biens et les maux est grande; la mort elle-même n’apparaît pas à tous comme un mal, 441.—Des gens plaisantent sur son seuil même, en allant au supplice, etc. (Théodore et Lysimaque, les habitants d’Arras; plaisanteries de condamnés conduits au supplice, de bouffons à leurs derniers moments), 443.—Dans les Indes, les femmes s’ensevelissent ou se brûlent vivantes sur le corps de leurs maris; fréquemment les vicissitudes de la guerre amènent des populations entières à se donner volontairement la mort (au royaume de Narsingue, le peuple de Milan, les Xanthiens, les Grecs lors des guerres médiques), 447.—Souvent l’homme sacrifie sa vie à la conservation de ses opinions religieuses (les Turcs, les Juifs sous Jean et Emmanuel de Portugal, les Albigeois), 447.—Parfois la mort est recherchée comme constituant un état préférable à la vie; elle ne saurait donc être un sujet de crainte (Pyrrhon), 449.—La douleur est tenue par certains comme le plus grand des maux; il en est qui nient sa réalité, tandis que d’autres au contraire, mentant à eux-mêmes, prétendent faussement ne redouter dans la mort que la douleur qui d’ordinaire l’accompagne (Aristippe, Hiéronyme, Posidonius et Pompée, Saint Augustin), 451.—La réalité de la douleur n’est pas douteuse, c’est même le propre de la vertu de la braver, 453.—Plus elle est violente plus elle est courte, et plus il est possible à l’homme d’en diminuer l’acuité en réagissant contre elle, ce que nous permettent de faire les forces de l’âme, et ce à quoi nous parvenons tous sous l’empire de sentiments divers (les femmes en couches, en particulier celles des Suisses et les Bohémiennes; la femme de Sabinus, des enfants de Lacédémone, Mutius Scevola, les gladiateurs, les femmes par coquetterie, une fille de Picardie, les Turcs, S. Louis, Guillaume dernier duc de Guyenne, Foulques comte d’Anjou, Q. Maximus, M. Caton, L. Paulus, Térez roi de Thrace, les Espagnols, austérité du cardinal Borromée, accident funeste que certains supportent sans peine), 455.—Est-ce un bien ou non d’avoir beaucoup d’enfants (Montaigne, Thalès)? 465.—L’opinion que nous en avons fait seule le prix des choses, 465.—Comment Montaigne réglait ses dépenses alors qu’il n’était pas encore maître de ses biens, 467.—L’indigence peut subsister chez le riche comme elle existe chez le pauvre, 469.—Être riche est un surcroît d’embarras; on est bientôt en proie à l’avarice et à ses tourments (Montaigne, César, Denys et un Syracusain), 469.—Vivre au jour le jour suivant ses revenus, sans trop se préoccuper de l’imprévu, est le parti le plus sage (Féraulez seigneur Persan, un vieux prélat), 471.—Les biens ne sont donc pas plus réels que les maux; les uns comme les autres ne sont tels que par l’appréciation que nous en portons, 475.—En somme, il faut savoir se commander et, finalement, il nous est toujours loisible de mettre un terme à ce que nous envisageons comme des maux, quand ils nous deviennent intolérables, 475.

CHAPITRE XLI.

L’homme n’est pas porté à abandonner à d’autres la gloire qu’il a acquise, I, 477.—Le vain désir d’acquérir de la réputation nous fait renoncer à des biens plus réels, tels que le repos, la santé, etc.; et nous porte même à sacrifier notre vie. La gloire n’est qu’une illusion, une ombre, et cependant on voit jusqu’à des philosophes qui, tout en la décriant, la recherchent, 477.—On trouve rarement des hommes qui abandonnent aux autres leur part de gloire; exemples de cette abnégation de soi-même (Catulus Luctatius, Antoine de Lève et Charles-Quint, Archélonide mère de Brasidas, Edouard III d’Angleterre, Lælius et Scipion, Théopompe roi de Sparte, l’évêque de Beauvais à la bataille de Bouvines), 479.

CHAPITRE XLII.

De l’inégalité qui règne parmi les hommes, I, 481.—Extrême différence que l’on remarque entre les hommes; on ne devrait les estimer qu’en raison de ce qu’ils valent par eux-mêmes et après les avoir dépouillés de tout ce qui n’est pas eux; c’est par leur âme qu’il faut les juger, 481.—De vaines apparences extérieures distinguent seules le roi du paysan, le noble du roturier, etc. Que sont les rois? des acteurs en scène, des hommes plus méprisables quelquefois que le dernier de leurs sujets, soumis aux mêmes passions, aux mêmes vices (les rois de Thrace, Alexandre le Grand et ses flatteurs, Antigone et le poète Hermodore), 485.—Le bonheur est dans la jouissance et non dans la possession; or peut-il jouir des avantages de la royauté celui qui ne sait apprécier son bonheur, celui dont l’esprit est borné, l’âme grossière, ou qui est tourmenté par des douleurs physiques? 487.—Combien le sort des rois est à plaindre; leurs devoirs constituent une lourde charge (Séleucus, Cyrus), 489.—La satiété leur rend tous les plaisirs insipides (le roi Hiéron, le Grand Seigneur), 489.—Ils sont constamment sous les yeux de leurs sujets qui les jugent avec sévérité (le roi Hiéron; le roi Alphonse), 491.—La vie d’un seigneur retiré dans ses terres, loin de la cour, est bien préférable, 493.—Les rois ne connaissent pas l’amitié, la confiance; ils n’ont autour d’eux que des flatteurs et des hypocrites (Hiéron, l’empereur Julien), 493.—Les commodités effectives dont ils jouissent leur sont communes avec les autres hommes (l’empereur Dioclétien), 495.—Gouvernement idéal (Anacharsis), 495.—Une folle ambition les porte souvent à ravager le monde lorsqu’ils pourraient, sans effort, se procurer le repos et les vrais plaisirs (Cinéas et Pyrrhus), 495.

CHAPITRE XLIII.

Des lois somptuaires, I, 497.—Interdire l’usage de l’or et de la soie à certaines classes de la société dans le but d’enrayer le luxe, c’est aller à l’encontre de ce que l’on se propose, 497.—L’exemple des grands fait loi, c’est pourquoi ils devraient se distinguer par leur simplicité (Zeleucus), 497.—Bizarrerie et incommodité de certaines modes, 499.—Même dans les modes, les changements sont dangereux pour la jeunesse (Platon), 501.

CHAPITRE XLIV.

Du sommeil, I, 501.—Sans doute le sage peut commander à ses passions; mais il n’est pas impassible et il ne peut les empêcher d’émouvoir son âme; aussi, faut-il regarder comme très extraordinaires ces hommes qui, dans les plus importantes circonstances de leur vie et lorsqu’ils devraient éprouver les plus vives agitations, ont pu se livrer au sommeil (Alexandre le Grand, l’empereur Othon, Caton d’Utique, le jeune Marius), 501.—Le sommeil est-il nécessaire à la vie (Persée, Pline, Hérodote, Épiménide)? 505.

CHAPITRE XLV.

Sur la bataille de Dreux, I, 505.—Il importe peu que, dans une action de guerre, un chef ne fasse pas tout ce que commande le devoir ou la bravoure, pourvu qu’il obtienne la victoire; le succès est le seul objectif à poursuivre (le duc de Guise, Philopœmen, Agésilas), 505.

CHAPITRE XLVI.

Des noms, I, 509.—Il est des noms qui sont pris en mauvaise part; certains sont, par tradition, plus particulièrement usités dans telle ou telle famille de souverains, d’autres plus ou moins répandus chez tel ou tel peuple (noblesse répartie en un festin suivant la ressemblance des noms; mets servis dans l’ordre alphabétique), 509.—Il est avantageux de porter un nom aisé à prononcer et qui se retient facilement, 509.—Influence des noms (un jeune homme de Poitiers; Pythagore, les Calvinistes), 511.—Il serait bon de ne jamais traduire les noms propres et de les laisser tels qu’ils sont écrits et se prononcent dans leur langue d’origine (Jacques Amyot), 511.—Inconvénient qu’il y a à prendre, comme cela se fait en France, des noms de terre; la tendance à falsifier les généalogies s’en trouve favorisée, 513.—Les armoiries passent également des uns aux autres (Armoiries de Montaigne), 515.—On se donne bien de la peine pour illustrer un nom qui souvent sera altéré par la postérité; un nom, après nous, n’est en fin de compte qu’un mot et un assemblage de traits sans objet (Duguesclin), 515.—Parfois, de notre vivant même, ce n’est qu’un pseudonyme (Nicolas Denoist, Suétone, Bayard, Escalin), 515.—A qui le souvenir que les noms consacrent, s’applique-t-il parmi le grand nombre d’êtres connus et inconnus de l’histoire, qui ne sont plus et qui ont porté le même nom? 517.—Qu’importe après eux aux grands hommes la gloire de leur nom (Épaminondas, Scipion l’Africain)? 547.

CHAPITRE XLVII.

Incertitude de notre jugement, I, 519.—En maintes occasions on peut être incertain sur le parti à prendre, par exemple: Faut-il poursuivre à outrance un ennemi vaincu? L’adversaire peut regarder comme un témoignage de faiblesse que vous ne poursuiviez pas le cours d’un succès; et, d’autre part, c’est quelquefois une imprudence qui peut devenir fatale, le désespoir pouvant donner de nouvelles forces au vaincu (le duc d’Anjou à Montcontour, les Espagnols à S.-Quentin, Pompée à Oricum, Sylla et Marius pendant la guerre sociale, M. de Foix à Ravenne, les Lacédémoniens, Clodomir, roi d’Aquitaine), 519.—Faut-il permettre que les soldats soient richement armés? Leur courage en est quelquefois exalté; ils sont plus fiers et ont davantage le désir de conserver des armes précieuses, mais on présente à l’ennemi un appât de plus (les peuples d’Asie, les Romains et les Samnites, réponse d’Annibal à Antiochus, Lycurgue), 521.—Faut-il permettre aux soldats de braver l’ennemi par leurs propos au moment d’en venir aux mains? S’il est bon de maintenir en eux l’idée de leur supériorité sur leurs adversaires, il peut arriver aussi que les injures rendent le courage à ceux qui l’avaient perdu (Vitellius et Othon), 523.—Un général doit-il, pour le combat, se déguiser pour n’être pas reconnu des ennemis? Cette ruse a quelquefois du succès, mais elle expose le chef à être méconnu de ses troupes (le roi Pyrrhus, Alexandre, César, Lucullus, Agis, Agésilas, Gylippe), 523.—Est-il préférable au combat de demeurer sur la défensive ou de prendre l’offensive? D’une part celui qui attend en position sent faiblir son courage; mais, de l’autre, en se portant à l’attaque, on risque de se désagréger et d’épuiser ses forces dans la course finale (bataille de Pharsale, Cléarque à Cunaxa), 525.—Vaut-il mieux attendre l’ennemi chez soi ou aller le combattre chez lui? Chez soi, le pays est foulé par les deux partis, ses ressources sont annihilées, les habitants molestés, un échec peut les conduire à prendre de fâcheuses résolutions; par contre, on y dispose de tout, il vous est favorable et connu dans tous ses détails, les communications de l’ennemi y sont difficiles, il est obligé de se garder de toutes parts, en cas de revers la retraite peut lui être coupée (invasion de la Provence par les Espagnols sous François Ier, Scipion et Annibal, les Athéniens en Sicile, Agathocle en Afrique), 525.—Cette même indécision, que nous relevons dans des circonstances ayant trait à la guerre, existe dans toutes les déterminations, de quelque nature qu’elles soient, que nous pouvons avoir à prendre, 529.

CHAPITRE XLVIII.

Des chevaux d’armes, I, 529.—Chez les Romains, les chevaux avaient différents noms suivant l’emploi auquel ils étaient destinés; usage simultané à la guerre de deux chevaux chez eux et chez les Numides, 529.—Il y a des chevaux dressés à défendre leurs maîtres, à se précipiter sur ceux qui les attaquent (Artibius général Persan, Charles VIII à Fornoue, chevaux des Mameluks), 531.—Particularités relatives aux chevaux d’Alexandre et de César, 531.—L’exercice du cheval est salutaire, 533.—Pour combattre, les Romains faisaient parfois mettre pied à terre à leurs gens à cheval; aux peuples nouvellement conquis ils ôtaient leurs armes et leurs chevaux, 533.—Nos ancêtres combattaient généralement à pied afin de moins compromettre leurs chances de succès, 533.—Les armes les plus courtes sont les meilleures, une épée vaut mieux qu’une arquebuse, 535.—Aussi faut-il espérer qu’on abandonnera cet usage des armes à feu, pour reprendre les armes anciennes; ce qu’était la phalarique, 535.—Autres armes des anciens qui suppléaient à nos armes à feu, 537.—Plusieurs peuples ont excellé dans l’art de manier les chevaux, 537.—Dans certains pays les mules et mulets sont considérés comme des montures déshonorantes, dans d’autres comme fort honorables (les chevaliers de l’Écharpe, les Abyssins), 539.—Comment en usaient les Assyriens avec leurs chevaux, 539.—Dans des cas de nécessité, les chevaux ont servi à nourrir les hommes (les Sarmates, les Crétois, les Turcs, les Tartares, les Moskovites), 539.—Effet produit par l’apparition des chevaux, lors de la découverte de l’Amérique, sur les peuplades qui n’en avaient jamais vu, 541.—Montures diverses en usage dans les Indes, 541.—Comment, au combat, accroître l’impétuosité des chevaux (Rutilianus contre les Sarmates, Flaccus contre les Celtibériens), 541.—Autres particularités relatives au cheval (Acte de vassalité du duc de Moskovie vis-à-vis des Tartares, chevaux éventrés pour se garantir du froid, Bajazet fait prisonnier, chevaux déconsidérés par la perte de leur crinière et la mutilation des oreilles, manière de combattre des Dahes), 541.—Aucun peuple ne surpasse les Français pour leur adresse et leur grâce à cheval; exemples d’habileté hippique (M. de Carnavalet, tours de force équestres, le prince de Sulmone), 543.

CHAPITRE XLIX.

Des coutumes des anciens, I, 545.—Il est naturel de tenir aux usages de son pays; cela rend plus surprenant encore l’instabilité des modes en France, 545.—Coutumes diverses des anciens, en particulier des Romains; ils combattaient l’épée d’une main, l’autre enveloppée dans un pan de leur manteau; ils se baignaient avant leurs repas, mangeaient couchés, s’épilaient (Caton après la bataille de Pharsale), 547.—Comment ils se saluaient (Pasiclès le philosophe), 547.—Usage auquel ils employaient les éponges; récipients disposés dans les rues pour les besoins des passants, 549.—Ils faisaient rafraîchir le vin avec de la neige, se servaient de réchauds et avaient pour les voyages des cuisines portatives, 549.—Nous n’arrivons pas plus à les égaler dans leurs débauches que dans leurs vertus, 549.—Être nommé avant ou après un autre n’était d’aucune importance chez les Romains au point de vue de la prééminence, 551.—Les dames Romaines aux bains, 551.—Les passages en bateau se payaient au départ, 551.—Les femmes couchaient du côté de la ruelle du lit; elles portaient le deuil en blanc (César et Nicomède, les dames à Argos et à Rome), 551.

CHAPITRE L.

Sur Démocrite et Héraclite, I, 553.—En toutes choses le jugement est nécessaire; Montaigne, dans les Essais, en fait une application constante. Dans la composition de cet ouvrage, il ne s’astreint à aucune règle, tout sujet lui est bon, et il l’effleure ou l’approfondit plus ou moins, suivant l’idée qui lui vient, 553.—Dans n’importe quel acte de la vie le caractère de l’homme se révèle, et à toutes choses notre âme imprime un cachet personnel; aussi peut-on juger les hommes dans leurs petites comme dans leurs plus grandes actions, à table, au jeu, comme à la tête des armées: au jeu d’échecs par exemple, si ridicule par la contention d’esprit qu’il nécessite pour un passe-temps, ont part toutes les facultés de notre âme (Cicéron, Caton, Socrate, Alexandre), 555.—Démocrite riait, Héraclite pleurait de nos sottises; le premier était dans le vrai, il faut rire de ce que l’on méprise et non s’en affliger (Diogène, Timon le Misanthrope, Statilius et Brutus, Hégésias, Théodore), 559.

CHAPITRE LI.

Combien vaines sont les paroles, I, 559.—La rhétorique est l’art de tromper (Thucydide et Périclès), 559.—Les républiques bien ordonnées ont toujours fait peu de cas des orateurs; c’est surtout dans celles en décadence qu’a fleuri l’éloquence (la Crète, Lacédémone, Athènes, Rhodes, Rome; Ariston, Socrate, Platon; les Mahométans, les Athéniens; Pompée, César, Crassus, Lucullus, Lentulus, Metellus; Volumnius), 559.—Ayant surtout action sur les masses, l’art de la parole est moins en honneur dans les monarchies (Macédoine, Perse), 561.—Abus qu’on en fait dans toutes les professions (le maître d’hôtel du cardinal Caraffa, les architectes, les grammairiens), 561.—Abus qui se produisent également dans les titres pompeux que nous donnons à certaines charges et les surnoms glorieux que nous attribuons à de médiocres personnages (Platon et l’Arétin), 563.

CHAPITRE LII.

Parcimonie des anciens, I, 565.—Exemples de la parcimonie avec laquelle ont vécu certains personnages illustres de l’antiquité et de Rome en particulier (Attilius Regulus, Caton l’ancien, Scipion Émilien, Homère, Platon, Zénon, Tiberius Gracchus), 565.

CHAPITRE LIII.

A propos d’une phrase de César, I, 565.—L’imperfection de l’homme est démontrée par l’inconstance de ses désirs; à peine possède-t-il un bien, qu’il soupire après un autre; il ne sait jamais jouir du bonheur présent (Lucien, Épicure, César), 565.

CHAPITRE LIV.

Inanité de certaines subtilités, I, 567.—Certaines subtilités et les talents frivoles ne méritent pas d’être encouragés; il est plus facile qu’on ne pense d’exceller en ce genre (certains poètes, l’homme au grain de millet), 567.—En bien des choses les extrêmes se touchent; la peur et un courage excessif produisent parfois en nous les mêmes effets physiques (dénominations de Sire, de Dame; Don Sanche), 569.—Aux prises avec la souffrance, la bêtise et la sagesse en arrivent aux mêmes fins, 571.—Les esprits simples sont propres à faire de bons chrétiens et les esprits élevés des chrétiens accomplis; les esprits médiocres sont sujets à s’égarer (paysans, philosophes et demi-savants), 571.—La poésie populaire est souvent comparable à la plus parfaite (villanelles), 573.—Ayant fait de vains efforts pour sortir de la médiocrité, Montaigne pense que si ses Essais ne plaisent ni aux esprits vulgaires ni aux intelligences supérieures, peut-être pourront-ils se soutenir dans la région moyenne, 573.

CHAPITRE LV.

Des odeurs, I, 575.—On a dit de certaines personnes que les émanations de leur corps avaient une odeur suave; mieux vaut encore ne rien sentir que sentir bon (Alexandre le Grand, les femmes scythes), 575.—Il est des personnes extrêmement sensibles aux odeurs qui, pourtant, ne sont pas plus sujettes que les autres aux maladies épidémiques qui se propagent par l’air (Montaigne, Socrate), 575.—Il semble que les médecins pourraient tirer plus de parti des odeurs, car elles ont sur nous une action très sensible (emploi de l’encens dans les églises), 577.—En Orient on fait emploi des parfums dans l’apprêt des viandes (le roi de Tunis), 577.—La puanteur est une des incommodités des grandes villes (Venise, Paris), 577.

CHAPITRE LVI.

Des prières, I, 579.—Profession de foi de Montaigne: elle prime tout ce qu’il peut dire ou écrire sur la religion, 579.—De toutes les prières, l’oraison dominicale est celle dont on devrait faire le plus fréquemment usage, 579.—Dieu ne devrait pas être indifféremment invoqué à propos de tout; on devrait avoir l’âme pure, quand on le prie, 579.—Mais le plus souvent on prie par habitude; on donne une heure à Dieu, le reste au vice, 581.—Que peuvent valoir les prières de ceux qui vivent dans une inconduite persistante; on en voit qui vont jusqu’à sacrifier leurs convictions religieuses à leurs intérêts temporels, 583.—Quelle prétention que de penser que toute croyance autre que la nôtre est entachée d’erreur, 583.—Les psaumes de David ne devraient pas être chantés indifféremment par tout le monde, c’est les profaner; la Bible ne devrait pas davantage se trouver dans toutes les mains, elle ne doit être lue qu’avec respect et lorsqu’on y est préparé, son étude n’amende point les méchants, 585.—Il n’y a pas d’entreprise plus dangereuse qu’une traduction de la Bible en langage vulgaire, peu de personnes étant aptes à prononcer sur les difficultés d’interprétation (les Juifs, les Musulmans), 587.—Une grande prudence est à apporter dans l’étude des questions dogmatiques sur lesquelles, aujourd’hui, les femmes et même les enfants se mêlent de discuter (les mystères du temple de Delphes, les empereurs Théodose et Andronic Comnène, les habitants de l’île Dioscoride, les Païens), 587.—On ne devrait jamais mêler la théologie aux discussions philosophiques; c’est une science à part, qui a son objet propre et sur laquelle les initiés seuls devraient être appelés à écrire (S. Jean Chrysostome), 589.—Le nom de Dieu ne devrait être invoqué que dans un sentiment de piété, 591.—Abus qu’on fait de la prière (anecdote contée par Marguerite de Navarre), 591.—Que de choses on demande à Dieu, qu’on n’oserait lui demander en public et à haute voix (les Pythagoriciens, Œdipe), 593.—On dirait que pour beaucoup, la prière n’est qu’une sorte de formule cabalistique pouvant faciliter l’accomplissement de nos désirs, 593.

CHAPITRE LVII.

De l’âge, I, 595.—Qu’entend-on par la durée naturelle de la vie de l’homme, alors que tant d’accidents surviennent qui en interrompent le cours (Caton d’Utique)? 595.—Mourir de vieillesse n’est pas un genre de mort plus naturel qu’un autre et c’est la mort la plus rare de toutes, 597.—C’est un vice des lois d’avoir retardé jusqu’à 25 ans l’âge auquel il est permis de gérer soi-même ses affaires; dès l’âge de vingt ans, on peut le plus souvent augurer ce que nous serons (Servius Tullius, l’empereur Auguste), 597.—On cite un bien plus grand nombre d’hommes qui se sont distingués par de belles actions avant leur trentième année, qu’on n’en cite qui se sont rendus célèbres après (Annibal, Scipion), 599.—La vieillesse arrive promptement; aussi ne faudrait-il donner à l’apprentissage de la vie, c’est-à-dire à l’éducation, que le temps strictement nécessaire, 599.


LIVRE SECOND.

CHAPITRE I.

De l’inconstance de nos actions, I, 601.—On trouve dans l’homme tant de contradictions, qu’on chercherait en vain à les expliquer (Marius le jeune, Boniface VIII, Néron), 601.—Tout homme a un caractère indéterminé (l’empereur Auguste), 601.—Rien de plus ordinaire en nous que l’inconstance; à peine l’antiquité nous offre-t-elle quelques hommes toujours fermes dans leurs desseins, cependant le caractère de la sagesse est la constance dans tout ce qui est juste et bon (Sénèque, Démosthène), 601.—C’est toujours l’occasion qui fait les hommes tels qu’ils nous apparaissent (fille de vertu équivoque qui tente de se tuer parce qu’elle craint d’être violentée; soldat d’Antigone qui, venant à guérir d’une maladie, perd sa valeur; autre soldat devenu courageux pour avoir été dévalisé), 603.—Essentiellement variable, l’homme est tantôt humble, tantôt orgueilleux; un jour chaste, un autre jour débauché; avare et prodigue, etc. (le chef des Janissaires de Mahomet II), 607.—Pour être véritablement vertueux, il faudrait l’être dans toutes les circonstances de la vie; autrement c’est à l’action et non à l’homme que l’on doit des éloges (les Grecs, les Cimbres, les Celtibériens), 609.—Peu d’hommes ont de belles qualités qui ne présentent des taches. La vaillance même d’Alexandre le Grand n’en est pas exempte; quoique extrême en son genre, elle n’a pas toujours été parfaite et ne s’est pas étendue à tous ses actes, 609.—Notre inconstance dans les diverses circonstances de la vie n’a rien qui puisse surprendre, attendu que nul d’entre nous n’a de règle de conduite bien définie (Sophocle, les Pariens et les Milésiens), 611.—On ne saurait porter un jugement sur les hommes d’après les actes isolés dont l’ambition, l’amour ou toute autre passion ont pu les rendre capables; pour les bien connaître, il faudrait pénétrer profondément dans leur âme et les examiner longuement; devant une tâche aussi difficile beaucoup, qui se mêlent de juger, devraient s’abstenir, 611.

CHAPITRE II.

De l’ivrognerie, I, 613.—Tous les vices ne sont pas de même gravité; il y a entre eux des degrés, 613.—L’ivrognerie est un vice grossier qui n’exige pas, comme d’autres, de l’adresse, du talent, du courage, 615.—Dans l’ivresse on n’est plus maître de ses secrets. On a vu cependant quelques hommes conserver, en cet état, le sentiment de leurs devoirs; mais d’autres, en pareille situation, ont pu éprouver les plus grands outrages sans même en rien sentir (l’historien Josèphe et un ambassadeur, Auguste et Lucius Pison, Tibère et Cossus, Cimber, Cassius, les Allemands, Attale et Pausanias, une villageoise des environs de Bordeaux), 615.—Les anciens ont peu décrié le vice de l’ivrognerie; c’est en effet celui qui porte le moins de dommage à la société, il est des plus faciles à satisfaire et dans les mœurs de certains peuples (Socrate, Caton le Censeur, Cyrus), 617.—Les anciens passaient les nuits à table et quelquefois les jours; nous avons tendance en France à nous modérer sous ce rapport, mais nous nous dédommageons en nous adonnant davantage au libertinage, 619.—Portrait et caractère du père de Montaigne; ce qu’il pensait de la chasteté des femmes, 619.—Boire est à peu près le dernier plaisir qui demeure à la vieillesse. D’où vient l’usage de boire de grands verres à la fin des repas (Anacharsis), 621.—Platon interdit le vin aux adolescents tout en le permettant aux hommes faits; encore devraient-ils s’en abstenir lorsqu’ils sont à la guerre ou dans l’exercice de fonctions publiques; son abus est nuisible aux vieillards (les Carthaginois, Stilpon, Arcésilas), 623.—Le vin peut-il triompher de la sagesse? Pour répondre, il ne faut que réfléchir combien est grande la faiblesse humaine (Lucrèce, Virgile, Plutarque), 625.—Les faits d’impassibilité au milieu des tourments que nous fournissent les philosophes et aussi les martyrs chrétiens, sont des effets de surexcitation due à un enthousiasme frénétique (Métrodore, Anaxarque, les martyrs), 627.—Cette surexcitation apparaît également dans les propos tenus sous l’effet d’idées fixes; nous la constatons aussi chez les guerriers, les poètes chez lesquels l’âme peut, sous cette influence, s’élever au-dessus d’elle-même (Antisthène, Sextius, Épicure, Aristote, Platon), 627.

CHAPITRE III.

A propos d’une coutume de l’île de Céa, I, 629.—Il y a des accidents pires que la mort; celui qui ne la craint pas, brave toutes les tyrannies et toutes les injustices (Damindas, Agis, un enfant de Lacédémone, les Lacédémoniens et Antipater, les Lacédémoniens et Philippe), 629.—C’est un bienfait de la nature que d’avoir mis constamment, comme elle l’a fait, la mort à notre portée, et, par elle, de nous avoir faits libres d’accepter ou de refuser l’existence qui nous est faite. Arguments en faveur du suicide (Boiocalus, le grammairien Servius, les Stoïciens, Hégésias, Diogène et Speusippe), 631.—Objections contre le suicide; c’est une lâcheté de fuir l’adversité; c’est aller contre les lois de la nature que de ne pas supporter l’existence telle qu’elle nous l’a faite (Regulus et Caton, Martial, Lucain, Platon), 633.—Pour ceux qui admettent comme licite de se donner la mort, dans quel cas est-on fondé à user de cette faculté? Tant que demeure un reste d’espérance on ne doit pas disposer de sa vie, et les revirements de la fortune sont tels qu’il n’y a jamais lieu de désespérer (les vierges de Milet, Therycion et Cléomène, Josèphe, Cassius et Brutus, le duc d’Enghien à Cérisoles), 637.—Cependant des maladies incurables, d’irrémédiables infortunes peuvent autoriser une mort volontaire (Démocrite chef des Étoliens, Antinoüs et Theodotus, un Sicilien à Goze, les femmes juives lors de la persécution d’Antiochus, subterfuge employé par sa famille vis-à-vis d’un criminel, Scribonia et son neveu Libo, mort courageuse de Razias lors de la persécution de Nicanor), 639.—Elle est glorieuse chez les femmes qui n’ont d’autre moyen de conserver leur honneur, ou auxquelles il a été ravi par la violence, ce dont beaucoup pourtant finissent par prendre leur parti (Pelagia et Sophronia, une femme de Toulouse, Clément Marot), 641.—Les raisons les plus diverses ont été cause de semblables résolutions (L. Aruntius, Gr. Silvanus et Statius Proximus, Spargapizez, Bogès, Ninachetuen seigneur indien, Cocceius Nerva), 643.—Femmes se donnant la mort pour encourager leurs maris à faire de même (Sextilia femme de Scaurus, Paxea femme de Labeo, la femme de Fulvius), 645.—Mort de Vibius Virius et de vingt-sept autres sénateurs de Capoue, 645.—Inhumanité de Fulvius consul romain (Taurea Jubellius), 647.—Indiens qui se brûlent tous dans une ville assiégée par Alexandre le Grand, 647.—Fin tragique des habitants d’Astapa, ville d’Espagne assiégée par les Romains, 649.—Fin analogue des habitants d’Abydos; de semblables résolutions sont plus facilement décidées par les foules que par les individus, 649.—Privilège accordé du temps de Tibère aux condamnés à mort qui se la donnaient eux-mêmes, 649.—Parfois on se donne la mort dans l’espoir des félicités d’une vie future (S. Paul, Cléombrote, Jacques du Chatel évêque de Soissons, les Indiens), 651.—Plusieurs coutumes et institutions politiques autorisaient le suicide et s’y prêtaient (à Marseille, dans l’île de Céa; mort courageuse, dans ces conditions, d’une femme de haut rang de cette île qui s’empoisonne en public; chez une nation hyperboréenne), 651.—Conclusion: de grandes douleurs et une mort misérable en perspective sont les motifs les plus excusables qui peuvent nous porter à nous ôter la vie, 653.

CHAPITRE IV.

A demain, les affaires, I, 655.—Amyot nous a rendu un réel service en traduisant Plutarque, ouvrage si plein d’enseignements; il ferait également œuvre utile en traduisant Xénophon, 655.—Plutarque nous cite, entre autres, un exemple de discrétion donné par Rusticus différant d’ouvrir un message de l’empereur, pour ne pas troubler une conférence, 655.—Si trop de curiosité est répréhensible, trop de nonchalance ne l’est pas moins et, de la part de quelqu’un chargé des affaires publiques, ce peut avoir les plus graves inconvénients (M. de Boutières, Jules César, Archias tyran de Thèbes), 657.—Ligne de conduite qu’il semble possible de tracer à ce sujet (Place consulaire), 657.

CHAPITRE V.

De la conscience, I, 659.—On dissimule en vain; l’âme se révèle toujours par quelque côté (un gentilhomme du parti contraire à celui de Montaigne, Bessus), 659.—Qui va contre sa conscience, l’a contre lui; le châtiment d’une faute commence au moment même où elle se commet (Platon, Hésiode, Apollodore, tyran de Potidée, Épicure, Juvénal), 659.—Par contre, une bonne conscience nous donne confiance (Scipion), 661.—Injustice et danger de la torture pour obtenir des aveux des accusés (Publius Syrus, Philotas), 663.—Ce procédé d’information est réprouvé par certaines nations que nous qualifions de barbares et qui, en cela, le sont moins que nous (Bajazet Ier), 663.

CHAPITRE VI.

De l’exercice, I, 665.—Le raisonnement et la science ne suffisent pas pour lutter contre les difficultés de la vie; il faut nous y exercer pour pouvoir en triompher le cas échéant, 665.—Mais si l’on peut par l’expérience fortifier son âme contre la douleur, l’indigence, etc., contre la mort, nous n’avons pas cette ressource parce qu’on ne la souffre qu’une fois, 665.—Exemple mémorable de J. Canius qui, au moment de mourir, ne songeait qu’à observer l’impression qu’il en pouvait ressentir, 667.—Il y a pourtant possibilité de se familiariser avec la mort et presque de l’essayer; le sommeil en est une image, les évanouissements lui ressemblent plus encore, 667.—Comme tant d’autres choses, la mort produit plus d’effet de loin que de près, 669.—Accident survenu à Montaigne qui lui causa un long évanouissement, 669.—Ce qu’il éprouva pendant cette défaillance et en reprenant ses sens, 671.—Ce fut pour lui une preuve de l’idée, qu’il s’était faite depuis longtemps, que les affres de la mort sont les effets d’une désorganisation à laquelle l’âme ne participe pas, 671.—L’agonie est un état analogue à celui d’un homme qui ne serait ni tout à fait éveillé, ni complètement endormi, 673.—Au début de son accident Montaigne demeure anéanti, ses mouvements comme ses réponses sont inconscients, seul règne en lui un sentiment de bien-être qui le tient tout entier; à ce moment où la mort était si proche, sa béatitude était complète, 675.—Peu à peu renaissant à l’existence, la mémoire lui revient, et en même temps les souffrances l’envahissent et prennent une place prépondérante, 677.—Si Montaigne s’est si longuement arrêté sur cet accident, c’est que son but est de s’étudier dans toutes les circonstances de la vie, afin d’offrir aux autres d’utiles documents (Pline l’Ancien), 677.—C’est à tort que l’on accuse de vanité ceux qui se confessent publiquement et qui, en toute sincérité, montrent à découvert leurs actes et leurs passions; nous sommes à nous-mêmes, pour qui sait s’observer, une précieuse source d’enseignements (Socrate), 679.—Il faut reconnaître toutefois que cette étude de soi-même est des plus délicates, 681.—S’occuper de soi n’est pas se complaire en soi, c’est le moyen de se connaître; par suite d’arriver à mieux, ce qui est le but de la sagesse, 683.


DEUXIÈME VOLUME

CHAPITRE VII.

Des récompenses honorifiques, II, 11.—Les distinctions honorifiques sont éminemment propres à récompenser la valeur (l’empereur Auguste), 11.—A cet égard, l’institution des ordres de chevalerie est une conception des plus heureuses (ordre de S. Michel), 11.—Les récompenses pécuniaires s’appliquent à des services rendus de tout autre caractère, 13.—La vaillance est une vertu assez commune qui prime chez nous la vertu proprement dite, laquelle est bien autrement rare, 13.—Conditions dans lesquelles se décernait l’ordre de Saint-Michel; abus qui en a été fait, discrédit en lequel il est tombé; mieux vaudrait ne pas le donner à des gens le méritant, que l’avilir en le prodiguant, 13.—Ce discrédit rend difficile de mettre en honneur un nouvel ordre de chevalerie (ordre du S.-Esprit), 15.—En France, la vaillance tient chez l’homme le premier rang comme la chasteté chez la femme, 17.

CHAPITRE VIII.

De l’affection des pères pour leurs enfants, II, 19.—Comment Montaigne a été amené à écrire et à faire de lui-même le sujet de ses Essais, et pourquoi il consacre ce chapitre à Madame d’Estissac, 19.—L’affection des pères pour les enfants est plus grande que celle des enfants pour leurs pères, ce qui tient à ce que tout auteur s’attache à son œuvre et que, toujours, celui qui donne aime plus que celui qui reçoit, 21.—Il ne faut pas trop se laisser influencer par les penchants que l’on nomme naturels; on ne doit d’amitié aux enfants que s’ils s’en rendent dignes; et c’est une faute qui se produit fréquemment, d’être plus généreux envers les enfants lorsqu’ils sont très jeunes, que lorsque à un âge plus avancé leurs besoins se sont accrus; il semble qu’alors on les jalouse, 21.—Il faudrait, au contraire, partager de bonne heure ses biens avec eux; cela leur permettrait de s’établir plus tôt et dans de meilleures conditions, et ne les inciterait pas, comme il arrive parfois, à commettre par besoin des actions viles, des vols par exemple, auxquelles ils s’habituent (un gentilhomme adonné au vol), 23.—Mauvaise excuse des pères qui thésaurisent pour conserver le respect de leurs enfants; c’est par leur vertu et leur capacité seules qu’ils peuvent se rendre respectables, 25.—Trop de rigueur dans l’éducation forme des âmes serviles (Montaigne, Léonore sa fille), 27.—Il ne faut pas se marier trop jeune; l’âge le plus favorable au mariage semble être de trente à trente-cinq ans, cette règle ne s’appliquant pas toutefois aux classes inférieures de la société où tout homme vivant du travail de ses mains a intérêt à avoir beaucoup d’enfants (Aristote, Platon, Thalès, les Gaulois, un roi de Tunis, les athlètes en Grèce, coutume dans les Indes), 27.—Un père ne doit pas se dépouiller trop jeune en faveur de ses enfants, 29.—Celui qu’accablent les ans et les infirmités ne devrait garder pour lui que le nécessaire (l’empereur Charles-Quint), 29.—Mais peu de gens savent se retirer à temps quand l’âge les gagne, 31.—En faisant l’abandon de l’usufruit de son superflu à ses enfants un père doit se réserver la faculté de les surveiller, de vivre avec eux et même de reprendre ses biens s’il a des motifs de plainte (singularité d’un doyen de S.-Hilaire de Poitiers), 31.—Appeler les parents des noms de père et de mère, ne devrait pas être interdit aux enfants; on se trompe quand on croit se rendre plus respectable à eux par la morgue et la hauteur; il vaut mieux s’en faire aimer que s’en faire craindre, 33.—Exemple d’un vieillard qui, voulant se faire craindre, était joué par tout son entourage, 35.—Quand les vieillards sont chagrins, grondeurs, avares, toute leur maison: femme, enfants, domestiques, se ligue contre eux pour les tromper (Caton), 37.—Profitons pour nous diriger à ce moment de la vie, des exemples que nous voyons autour de nous, 39.—Un père regrette parfois de s’être montré trop grave, trop peu bienveillant pour ses enfants (le maréchal de Montluc), 39.—Dans la vieillesse c’est surtout un ami qu’il faudrait; l’amitié est préférable à toutes les liaisons de famille, 41.—C’est un tort de laisser à sa veuve les biens dont les enfants devraient jouir. Ce n’est pas non plus toujours une bonne affaire que d’épouser une femme ayant une belle dot, quoique une femme pauvre ne soit pas par cela même plus maniable, aucune considération ne modifiant sur ce point le caractère de la femme, 41.—Un mari ne doit attribuer à sa veuve que ce qu’il lui faut pour se maintenir dans le rang qu’elle a dans la société; on ne doit la laisser maîtresse de disposer de la fortune de ses enfants que durant le temps de leur minorité, 43.—Pour la répartition des biens qu’on laisse en mourant, le mieux est de s’en rapporter aux lois admises dans le pays; les testaments sont presque toujours injustes, 43.—Les substitutions en vue d’éterniser notre nom sont ridicules. On fait fréquemment erreur en déshéritant des enfants dont l’extérieur ne pronostique pas un avenir avantageux; dans son enfance, Montaigne était lourdaud et peu dégourdi, 45.—Raisons données par Platon pour que les questions d’héritage soient réglées par les lois, 45;—Revenons aux femmes: Il ne faut pas leur laisser le droit de partager les biens que les enfants tiennent de leur père, la mobilité et la faiblesse de leur jugement ne leur permettant pas de faire de bons choix; le plus souvent ce sont ceux qui le méritent le moins, qu’elles affectionnent le plus, 47.—On compte en vain sur ce qu’on appelle la tendresse maternelle; en ont-elles celles qui confient à des étrangères, et souvent aux mamelles des animaux, les enfants qu’elles devraient allaiter? 47.—Les hommes chérissent les productions de leur esprit bien plus que leurs propres enfants, et en effet c’est bien plus exclusivement leur ouvrage (Labienus, Cassius Severus, Cremutius Cordus, Lucain, Épicure, S. Augustin, Montaigne, Épaminondas, Alexandre et César, Phydias, Pygmalion), 49.

CHAPITRE IX.

Des armes des Parthes, II, 55.—Mauvaise habitude, aux armées, de la noblesse de nos jours de ne s’armer qu’au dernier moment, 55.—Nos armes actuelles sont plus incommodes par leur poids qu’elles ne sont propres à la défense (Alexandre le Grand, les anciens Gaulois, Lucullus et les Mèdes), 55.—On est plus vigilant, quand on se sent moins protégé (Scipion Émilien), 57.—C’est le défaut d’habitude qui nous fait paraître nos armes si pesantes; poids énorme porté par les soldats romains (Caracalla, les soldats de Marius, Scipion Émilien en Espagne), 57.—Ressemblance des armes des Parthes avec celles dont nous faisons usage nous-mêmes aujourd’hui (Démétrius et Alcinus), 57.

CHAPITRE X.

Des livres, II, 61.—En écrivant ses Essais, Montaigne n’a pas de plan arrêté, il donne libre cours à sa fantaisie; il sait combien il est ignorant, aussi, tout en disant sur chaque chose ce qu’il juge à propos, peu lui importe les erreurs que l’on pourra relever, 61.—Double motif qu’il a pour ne pas nommer les auteurs auxquels il emprunte des idées, voire même des passages entiers et dont il donne des citations; il veut orner son ouvrage et rire de la critique que l’on fera peut-être en lui, et sans s’en douter, des auteurs de l’antiquité auxquels il fait des emprunts, 61.—Il renouvelle l’aveu de son ignorance, mais la science coûte trop à acquérir et il préfère passer doucement la vie; aussi, ne lit-il que les auteurs qui l’amusent et ceux qui lui apprennent à bien vivre et à bien mourir, 63.—Parmi les auteurs des temps modernes simplement amusants, Montaigne n’apprécie guère que Boccace, Rabelais et Jean Second; il a toujours trouvé insipides les romans des Amadis et, l’âge ayant modifié ses goûts, Arioste et même Ovide qui dans son enfance lui plaisait tant, n’ont plus d’attrait pour lui, 65.—Il regrette d’avoir à confesser qu’il n’apprécie pas l’Axioche de Platon, c’est probablement un effet de son ignorance, 65.—Les fables d’Ésope renferment généralement un sens plus profond que celui qui ressort à première vue, 67.—Parmi les poètes latins, les premiers pour lui, sont: Virgile, surtout par ses Géorgiques et le cinquième livre de l’Énéide; Lucrèce, Catulle et Horace; il prise aussi Lucain, mais plus pour ses pensées que pour son style, 67.—Combien Térence est au-dessus de Plaute; quelle élégance, quelle grâce inimitable, un rien lui suffit pour provoquer l’intérêt; quelle différence sous ce rapport entre eux et les poètes comiques de nos jours! 67.—Les bons poètes ont toujours évité l’affectation et la recherche: c’est ce qui fait que les épigrammes de Catulle sont si supérieures dans leur simplicité, aux satires de Martial dont les pointes sont aiguisées avec tant de soin, 69.—Comme les bons plaisants, les bons poètes n’ont pas non plus besoin de déguisements, d’ornements superflus pour exciter l’intérêt: Que l’on compare Virgile et Arioste: le premier fend l’air d’un vol hardi, le second ne fait que voleter de branche en branche, 71.—D’entre les ouvrages sérieux, Plutarque et Sénèque sont ceux que préfère Montaigne; comparaison entre ces deux auteurs, 71.—Quant à Cicéron, ce que Montaigne apprécie le plus en lui, ce sont ses ouvrages philosophiques; mais il l’ennuie par ses longs préambules et ses éternelles définitions, il arrive trop tard au sujet. On peut en dire autant de Platon dont la forme dialoguée alourdit le style, ce n’est point ainsi qu’écrivent Pline et quelques autres, 73.—Les lettres de Cicéron à Atticus sont d’un grand intérêt par les particularités qu’elles contiennent sur les mœurs et le caractère de l’auteur qui, bon citoyen, avait peu d’énergie, était dévoré d’ambition et de vanité et avait la faiblesse de se croire un grand poète (Brutus), 75.—Son éloquence hors de pair, a trouvé cependant des censeurs; on lui a reproché ses trop longues périodes et les mots à effet par lesquels il les termine si souvent (Cicéron le jeune et Cestius), 75.—De tous les auteurs de divers genres, les historiens sont ceux que Montaigne affectionne le plus, parce qu’ils font connaître l’homme en général; et, parmi les historiens ceux qui, tels que Plutarque et Diogène Laerce, ont écrit la vie de grands personnages, 77.—Éloge des Commentaires de César, 77.—Les meilleurs historiens, sont ceux, assez rares du reste, qui, ayant le génie de l’histoire, s’imposent par leur valeur, et ceux qui l’écrivent avec simplicité et bonne foi; les autres nous induisent en erreur par leurs relations tronquées ou altérées et leurs jugements erronés (Froissart), 79.—Les bonnes histoires sont surtout celles faites par des hommes ayant pris part aux événements qu’ils racontent; difficulté de fixer, même dans ce cas, les détails de certains faits (Asinius Pollio et les Commentaires de César, Bodin), 81.—Jugements de Montaigne sur Guichardin, Philippe de Comines, Guillaume et Martin du Bellay; ces deux derniers paraissent avoir eu pour but de faire le panégyrique de François Ier, plutôt que d’écrire des mémoires (Sire de Joinville, Éginhard), 81.

CHAPITRE XI.

De la cruauté, II, 85.—La bonté a l’apparence de la vertu; mais celle-ci lui est supérieure en ce qu’elle suppose une lutte perpétuelle contre les passions (les Stoïciens, Épicuriens et Arcésilas), 85.—C’est par les combats qu’elle livre, que la vertu se perfectionne (Épaminondas, Socrate, Metellus), 87.—Dans les âmes touchant à la perfection, la vertu est facile à pratiquer parce qu’elle y est à l’état d’habitude (Socrate), 89.—Combien est belle la mort de Caton d’Utique, étant donnés ses circonstances et son mobile, 91.—L’espèce de gaîté qui accompagne la mort de Socrate met encore celle-ci au-dessus de celle de Caton (Aristippe), 93.—La vertu comporte divers degrés: résister au vice d’une façon continue et en triompher, est plus beau que de réagir après y avoir cédé de prime abord; et cette réaction elle-même est plus méritoire que de ne pas s’abandonner à mal faire par nonchalance de tempérament, 93.—Certaines vertus nous sont attribuées qui ne proviennent que de la faiblesse de nos facultés, ce dont il y a lieu de tenir compte avant de porter un jugement sur nos actes (appréciation sur la bravoure chez les Italiens, les Espagnols, les Français, les Allemands et les Suisses), 93.—Montaigne déclare qu’il a dû à son tempérament, plus qu’aux efforts qu’il a faits pour leur résister, de ne pas céder à ses passions, et qu’il était plus réglé dans ses mœurs que dans ses pensées et ses propos, ainsi que cela arrive chez bien d’autres (Aristippe, Épicure), 95.—Il estime, contrairement à ce qu’en pensent les Stoïciens, que, pour être adonné à un vice, on n’est pas nécessairement sujet à tous les autres (Socrate, Stilpon), 99.—Il est possible à l’homme, quoique le contraire ait été soutenu, de demeurer maître de ses pensées et de sa volonté sous les caresses les plus ardentes de la femme la plus désirée, plus encore que sous l’excitation de la chasse pour qui a cette passion, 101.—Sensibilité de Montaigne; son horreur pour tout ce qui est cruauté (Jules César), 101.—Même à l’égard des criminels, la peine de mort devrait être appliquée sans aggravation de tourments barbares qui n’ajoutent rien à son effet (un soldat prisonnier), 103.—Ces barbaries devraient, tout au plus, s’exercer sur les corps inanimés des suppliciés; d’autant qu’il est à remarquer que mutiler les cadavres, produit une grande impression sur le peuple. Aujourd’hui, au contraire, on en est arrivé à tuer et à torturer les gens uniquement pour le plaisir de leurs souffrances (le voleur Catena, Artaxerxès, les Égyptiens), 103.—Humanité de Montaigne vis-à-vis des bêtes, 105.—Le dogme de l’immortalité de l’âme a conduit au système de la métempsycose auquel, pour sa part, Montaigne ne croit guère (Pythagore, les Égyptiens, les anciens Gaulois), 107.—Chez certains peuples, certains animaux étaient divinisés; c’était un hommage rendu, soit aux services que nous en retirons, soit aux qualités essentielles qui les caractérisent, 107.—Nous devons nous montrer justes envers nos semblables et avoir des égards pour toutes les autres créatures susceptibles d’en sentir les effets; des peuples entiers, des hommes célèbres ont témoigné par des monuments et autrement leur reconnaissance à des animaux (les Turcs, les oies du Capitole, les bêtes de somme employées à Athènes à l’érection d’un temple, les Agrigentins, les Égyptiens, Cimon, Xantippe, Plutarque), 109.

CHAPITRE XII.

Apologie de Raimond Sebond, II, 111.—Est-il vrai que la science soit mère de toutes les vertus, comme l’ignorance de tous les vices? 111.—Son père avait les savants en haute estime et les accueillait avec distinction; pour lui, Montaigne, il se contente de les aimer, 111.—Un de ces savants, Pierre Bunel, qui avait prévu les immenses conséquences de la Réforme, laquelle commençait à poindre en France, ayant donné le traité de Raimond de Sebond sur «la Théologie naturelle» au père de Montaigne, celui-ci le fit traduire d’espagnol en français par son fils, traduction qui depuis a été publiée, 111.—Éloge de ce livre (Adrien Turnebus), 113.—Cet ouvrage a soulevé des objections; la première c’est qu’«il ne faut pas appuyer de raisons humaines ce qui est article de foi», 115.—Il est vrai que la raison est insuffisante pour démontrer par elle-même des faits au-dessus de notre intelligence; il faut que d’abord nous soyons éclairés par la foi qui est une grâce de Dieu; la raison a alors son utilité en venant corroborer ce que la foi enseigne, 115.—Chez le Chrétien, la foi fait généralement défaut; aussi sa vie qui, dirigée par la Divinité elle-même, devrait être si édifiante, prête-t-elle si fort au reproche; les uns font semblant de croire, les autres se persuadent qu’ils croient et ne savent ce que c’est que croire (les Mahométans, les Païens, S. Louis et un roi tartare converti, un Juif voyageant à Rome), 117.—Dans les guerres de religion, ce sont les intérêts des partis qui les guident, si bien que parfois les maximes de l’un sont abandonnées par lui et reprises par l’autre qui les combattait, 119.—Chacun fait servir la religion à ses passions; le zèle du chrétien éclate surtout pour produire le mal; si notre foi était sincère, outragerions-nous sans cesse Dieu comme nous le faisons et craindrions-nous la mort qui doit nous réunir à lui (Antisthène, Diogène)? 121.—C’est ne pas croire, que croire par faiblesse ou par crainte, 123.—Les athées ne le sont guère que par vanité; ils veulent se montrer au-dessus des croyances populaires; en présence de la mort, ils reviennent aux idées religieuses (Bion), 125.—L’opinion de Platon, que les enfants et les vieillards sont plus portés à la religion que les hommes dans la force de l’âge, n’est pas exacte; ce n’est pas par faiblesse d’esprit que nous y sommes amenés, mais parce que Dieu se manifeste à nous par ses œuvres; ce que nous en saisissons explique ce qui nous en échappe; c’est ce que Sebond s’applique à démontrer, 127.—Ses arguments, par leur conformité avec ce que nous enseigne la foi, ont une valeur indéniable (Socrate, Caton, Sebond), 129.

La seconde objection faite à Sebond, c’est que «ses arguments sont faibles»; mais est-il possible d’en produire d’autres, étant donné le peu que nous pouvons par nous-mêmes? 129.—Il faut tout d’abord reconnaître qu’il est bien des choses qui ne peuvent s’expliquer par la raison seule (S. Augustin), 131.—L’homme se croit une grande supériorité sur toutes les autres créatures; examinons ce qui en est, 133.—Est-il fondé à prétendre que le ciel, la mer et toutes les merveilles de la nature n’ont été créés que pour lui? 135.—S’il est vrai que les astres ont de l’influence sur nos destinées, pouvons-nous dire que nous commandons, quand nous ne faisons qu’obéir? 135.—Que savons-nous de ces astres, sur quoi pouvons-nous appuyer les suppositions que nous émettons à leur sujet? mais notre présomption est sans limites (Anaxagore), 135.—Vis-à-vis des animaux, en quoi consiste notre supériorité? nous pensons, nous parlons, mais est-il sûr que les bêtes n’aient pas, elles aussi, des idées et un langage (l’Age d’or d’après Platon)? 137.—Les bêtes se comprennent entre elles; si nous ne les comprenons pas, est-ce à elles ou à nous que cela est imputable? 139.—Celles qui n’ont pas de voix se font comprendre par les mouvements du corps; que de choses n’exprimons-nous pas nous-mêmes, par gestes (un ambassadeur d’Abdère et Agis roi de Sparte)? 139.—Leur habileté surpasse celle de l’homme, si bien qu’il semblerait que la nature les a traitées plus favorablement que nous (les abeilles, les hirondelles, l’araignée), 141.—Il n’en est rien; en dépit des apparences, elle a donné à l’homme tout ce qui est nécessaire à sa conservation, 145.—Il ne tiendrait qu’à nous de nous passer de vêtements, même dans les climats froids; et, sans cultiver le sol, ni nous livrer à aucune préparation d’aliments, nous pourrions trouver partout notre nourriture (certaines peuplades sauvages, les Gaulois, les Irlandais), 145.—L’homme est naturellement mieux armé que beaucoup d’autres animaux; et s’il a recours, pour accroître sa force, à des moyens de défense artificiels, d’autres animaux, qui ont des armes naturelles, agissent de même (l’éléphant, le taureau, le sanglier, l’ichneumon), 147.—Le langage n’est pas chez l’homme une chose naturelle; mais, de même que les animaux manifestent leurs sentiments et se font comprendre en donnant de la voix, il y a lieu de penser que nous-mêmes avons un parler inné, car nous nous faisons comprendre d’eux; et, de ce langage, il semble qu’il y ait trace chez l’enfant, 149.—Tout cela dénote que nous ne sommes ni au-dessus ni au-dessous du reste des animaux, 151.—Les bêtes, comme les hommes, suivent librement leurs inclinations; comme eux, elles sont susceptibles de réflexion dans ce qu’elles font (renards employés par les Thraces pour vérifier l’adhérence de la glace), 151.—Si nous les asservissons, n’en est-il pas de même des hommes vis-à-vis les uns des autres? Souvent même, nous nous astreignons à l’égard des bêtes, à ce que ne feraient pas pour nous nos propres serviteurs (les Climacides, les femmes de Thrace, les gladiateurs, les Scythes, Diogène), 151.—Les animaux (les tigres, les lions, le chien, le brochet, l’hirondelle, l’épervier, la cigogne, l’aigle, les faucons en Thrace, les loups dans les Palus-Méotide, la seiche) pratiquent la chasse comme font les hommes, parfois de commun accord, 155.—La force de l’homme est inférieure à celle de bien des animaux, et de bien plus petits que lui en triomphent aisément (Sylla), 157.—Les bêtes savent discerner ce qui peut leur être utile soit pour leur subsistance, soit en cas de maladie (les chèvres de Candie, la tortue, le dragon, les cigognes, les éléphants), 157.—Exemple caractéristique de raisonnement chez le chien, 157.—Les bêtes sont capables d’être instruites (chiens savants, chiens d’aveugle, chien du théâtre de Marcellus, les bœufs des jardins de Suze), 159.—On constate que quelques-unes se livrent à l’instruction des autres, et il y en a qui s’instruisent elles-mêmes (le rossignol, des éléphants de cirque, une pie, un chien qui veut se désaltérer), 161.—Subtilité et pénétration des éléphants, 163.—D’hommes à hommes, nous traitons de sauvages ceux qui n’ont pas les mêmes usages que nous; de même nous nous étonnons de tout ce que, chez les animaux, nous ne comprenons pas, 167.—Il semble que chez l’éléphant, il y ait trace de sentiment religieux; l’échange d’idées entre animaux auxquels la voix fait défaut, n’est pas niable (les fourmis de Cléanthe), 167.—Propriétés que nous ne possédons pas et dont jouissent certains animaux (le remora, le hérisson, le caméléon, le poulpe, la torpille), 169.—Les prédictions fondées jadis sur le vol des oiseaux, pouvaient avoir leur raison d’être (les oiseaux de passage), 171.—N’attribue-t-on pas aux chiennes de savoir discerner, dans une portée, le meilleur de leurs petits? 171.—Sous bien des rapports, nous devrions prendre modèle sur les animaux, 171.—Ils ont le sentiment de la justice, leur amitié est plus constante que celle de l’homme (le chien du roi Lysimaque, celui de Pyrrhus), 173.—Dans leurs goûts, leurs affections, en amour, ils sont délicats, bizarres, extravagants comme nous-mêmes (propension des chevaux pour ceux de même robe, l’éléphant et la bouquetière d’Alexandrie, le bélier de Glaucia), 173.—Subtilité malicieuse d’un mulet, 177.—Certaines bêtes paraissent sujettes à l’avarice, d’autres sont fort ménagères (La fourmi et le grain de blé), 177.—Quelques-unes, ce sont des exceptions, se font la guerre à l’instar des hommes chez lesquels elle dénote une si grande imbécillité, les princes, qui sont soumis aux mêmes passions que nous, la faisant pour des motifs aussi futiles que ceux qui occasionnent les querelles des particuliers et son issue étant souvent amenée par des incidents des moins importants de la vie ordinaire (causes de la guerre de Troie, de la guerre civile entre Antoine et Auguste; intervention de la poussière dans les batailles livrées par Sertorius à Pompée, par Eumène à Antigone, par Suréna contre Crassus; des abeilles au siège de Tamly), 177.—Fidélité et gratitude des animaux (le chien d’Hésiode et autres, le lion d’Androclès), 161.—Comme nous, ils se constituent en sociétés pour se défendre mutuellement; des individus d’espèces différentes s’associent pour pourvoir à leur sûreté et à leur subsistance (les bœufs, les pourceaux, etc.; l’escare, le barbier; la baleine et son guide, le crocodile et le roitelet, la nacre et le pinothère; les thons), 187.—Nous trouvons en eux des exemples de magnanimité, de repentir, de clémence (fierté d’un chien, repentir d’un éléphant, clémence d’un tigre), 189.—L’ingéniosité de l’alcyon dans la construction de son nid défie notre intelligence, 189.—Les animaux nous ressemblent et nous égalent aussi par l’imagination puisque, comme nous, ils ont des songes et des souvenirs (le cheval, les chiens), 191.—Quant à la beauté, pour savoir si nous avons sur eux quelque avantage de ce fait, il faudrait tout d’abord être fixé sur ce en quoi elle consiste; or, que d’opinions diverses sur ce point: telles formes, telles couleurs appréciées dans un pays, sont rebutantes dans un autre (les Orientaux, les femmes Basques, les Mexicaines, les Italiens, les Espagnols), 193.—A cet égard, nous ne sommes nullement fondés à nous croire privilégiés par rapport aux bêtes, celles qui ont le plus de ressemblance avec nous sont les plus laides, 195.—L’homme a plus de raisons que tout autre animal de couvrir sa nudité, tant il y a d’imperfections en son corps, 197.—Du reste tous les biens qu’il s’attribue sont imaginaires, et les biens réels il les départ aux animaux (Héraclide et Phérécide, Ulysse et Circé), 199.—Malgré cela, estimant notre forme extérieure au-dessus de tout, nous n’admettons de supériorité sous aucun rapport de qui n’est pas formé à notre image, 199.