II
FAITS PHYSIOLOGIQUES
Maturité sexuelle.—La limite d'âge dans la vie sexuelle.—Le sens sexuel.—Localisation.—Le développement physiologique de la vie sexuelle.—Érection.—Le centre d'érection.—La sphère sexuelle et le sens olfactif.—La flagellation comme excitant des sens.—La secte des flagellants.—Le Flagellum salutis de Paullini.—Zones érogènes.—L'empire sur l'instinct sexuel.—Cohabitation.—Éjaculation.
Pendant la période des processus anatomiques et physiologiques qui se font dans les glandes génitales, il se manifeste chez les individus un instinct qui les pousse à perpétuer l'espèce (instinct sexuel).
L'instinct sexuel, à cet âge de maturité, est une loi physiologique.
La durée des processus anatomico-physiologiques dans les organes sexuels, ainsi que la durée de la puissance de l'instinct génésique, diffèrent selon les individus et les peuples. Race, climat, conditions héréditaires et sociales, exercent une influence décisive. On sait que les Méridionaux présentent une sensualité bien plus grande que les gens du Nord. Le développement sexuel a lieu bien plus tôt chez les habitants du Midi que chez ceux des pays septentrionaux. Chez la femme des pays du Nord, l'ovulation, qui se manifeste par le développement du corps et les hémorragies périodiques des parties génitales (menstruation), ne se montre qu'entre treize et quinze ans; chez l'homme, le développement de la puberté (qui se manifeste par la mue de la voix, le développement des poils sur la figure et sur le mont de Vénus, les pollutions périodiques, etc.), ne se montre qu'à partir de quinze ans. Au contraire, chez les habitants des pays chauds, le développement sexuel s'effectue plusieurs années plus tôt, chez la femme quelquefois même à l'âge de huit ans.
Il est à remarquer que les filles des villes se développent à peu près un an plus tôt que les filles de la campagne, et que plus la ville est grande, plus le développement, cæteris paribus, est précoce.
Les conditions héréditaires n'exercent pas une influence moins grande sur le libido et la puissance virile. Il y a des familles où, à côté d'une grande force physique et d'une grande longévité, le libido et une puissance virile intense se conservent jusqu'à un âge très avancé. Il y en a d'autres où la vita sexualis éclôt tard et s'éteint bien avant le temps.
Chez la femme, la période d'activité des glandes génitales est plus limitée que chez l'homme, chez qui la production du sperme peut se prolonger jusqu'à l'âge le plus avancé.
Chez la femme, l'ovulation cesse trente ans après le début de la nubilité. Cette période de stérilité des ovaires s'appelle la ménopause. Celle phase biologique ne représente pas seulement une mise hors fonction et une atrophie définitive des organes génitaux, mais un processus de transformation de tout l'organisme. Dans l'Europe centrale, la maturité sexuelle de l'homme commence vers l'âge de dix-huit ans; sa puissance génésique atteint son maximum vers l'âge de quarante ans. À partir de cette époque, elle baisse lentement.
La potentia generandi s'éteint ordinairement vers l'âge de soixante-deux ans; la potentia coeundi peut se conserver jusqu'à l'âge le plus avancé. L'instinct sexuel existe sans discontinuer pendant toute la période de la vie sexuelle; il n'y a que son intensité qui change. Il ne se manifeste jamais d'une façon intermittente ou périodique, sous certaines conditions physiologiques, comme c'est le cas chez les animaux.
Chez l'homme, l'intensité de l'instinct a des fluctuations, des hauts et des bas, selon l'accumulation et la dépense du sperme; chez la femme, l'instinct sexuel augmente d'intensité au moment de l'ovulation, de sorte que, post menstrua, le libido sexualis est plus accentué.
Le sens sexuel, en tant qu'il se manifeste comme sentiment, idée et instinct, est un produit de l'écorce cérébrale. On n'a pas encore pu jusqu'ici bien déterminer le siège du centre sexuel dans le cerveau.
Les rapports étroits qui existent entre la vie sexuelle et le sens olfactif17 font supposer que la sphère sexuelle et la sphère olfactive se trouvent à la périphérie du cerveau, très près l'une de l'autre, ou du moins qu'il existe entre elles des liens puissants d'association.
Note 17: (retour)Ferrier suppose que le centre de l'olfaction se trouve dans le gyrus uncinatus. Zuckerkandl, dans son ouvrage: Über das Riechcentrum, concluant d'après des études d'anatomie comparée, considère la corne d'Ammon comme faisant partie du centre olfactif.
La vie sexuelle se manifeste d'abord par des sensations parties des organes sexuels en voie de développement. Ces sensations éveillent l'attention de l'individu. La lecture, certains faits observés dans la vie sociale—(aujourd'hui malheureusement ces observations se font trop souvent à un âge prématuré),—transforment les pressentiments en idées nettes. Ces dernières s'accentuent par des sensations organiques, des sensations de volupté. À mesure que ces idées érotiques s'accroissent par des sensations voluptueuses, se développe le désir de reproduire des sensations semblables (instinct sexuel).
Il s'établit alors une dépendance mutuelle entre les circonvolutions cérébrales (origine des sensations et des représentations) et les organes de la génération. Par suite de processus anatomico-physiologiques, tels que l'hyperémie, l'élaboration du sperme, l'ovulation, les organes génésiques font naître des idées et des désirs sexuels.
La périphérie du cerveau réagit sur les organes de la génération par des idées perçues ou reproduites. Cela se fait par le centre d'innervation des vaisseaux et le centre de l'éjaculation. Tous deux se trouvent dans la moelle épinière et sont probablement très rapprochés l'un de l'autre. Tous les deux sont des centres réflexes.
Le centrum erectionis (Goltz, Eckhard) est un point intermédiaire intercalé entre le cerveau et l'appareil génital. Les nerfs qui le relient avec le cerveau passent probablement par les pédoncules cérébraux. Ce centre peut être mis en activité par des excitations centrales (physiques et organiques), par une excitation directe de ses nerfs dans les pédoncules cérébraux, la moelle cervicale, ainsi que par l'excitation périphérique des nerfs sensitifs (pénis, clitoris et annexes). Il n'est pas directement soumis à l'influence de la volonté.
L'excitation de ce centre est transmise par des nerfs qui se relient à la première et à la troisième paires des nerfs sacrés (nervi erigentes), et arrive ainsi jusqu'aux corps caverneux.
L'action de ces nerfs érectifs qui transmettent l'érection est paralysante. Ils paralysent l'appareil d'innervation ganglionnaire dans les organes érectiles sous l'influence desquels se trouvent les fibres musculaires des corps caverneux (Kœlliker et Kohlrausch). Sous l'influence de ces nervi erigentes les fibres musculaires des corps érectiles deviennent flasques et ils se remplissent de sang. En même temps, les artères dilatées du réseau périphérique des corps érectiles exercent une pression sur les veines du pénis et le reflux du sang se trouve barré. Cet effet est encore accentué par la contraction des muscles bulbo et ischio-caverneux qui s'étendent comme des aponévroses sur la surface dorsale du pénis.
Le centre d'érection est sous la dépendance des actions nerveuses excitantes ou paralysantes parties du centre cérébral. Les représentations et les perceptions d'images sexuelles agissent comme excitants. D'après les expériences faites sur les corps de pendus, le centre d'érection semble aussi pouvoir être mis en action par l'excitation des voies de communication qui se trouvent dans la moelle épinière. Le même fait peut se produire par des excitations organiques qui ont lieu à la périphérie du cerveau (centre psycho-sexuel?), ainsi que le prouvent les observations faites sur des aliénés et des malades atteints d'affections cérébrales. Le centre d'érection peut être directement excité par des maladies de la moelle épinière, dans leur première période, quand elles atteignent la moelle lombaire (tabes et surtout myélitis).
Voici les causes qui peuvent fréquemment produire une excitation réflexe du centre génital: excitation des nerfs sensitifs périphériques des parties génitales et de leur voisinage par la friction; excitations de l'urètre (gonorrhée), du rectum (hémorroïdes et oxyures), de la vessie (quand elle est pleine d'urine, surtout le matin, ou quand elle est excitée par un calcul); réplétion des vésicules séminales par le sperme, ce qui se produit quand on est couché sur le dos et que la pression des viscères sur les veines du bassin produit une hyperhémie des parties génitales.
Le centre d'érection peut être excité aussi par l'irritation des nombreux nerfs et ganglions qui se trouvent dans le tissu de la prostate (prostatite, cathétérisme). Ce centre est aussi soumis à des influences paralysantes de la part du cerveau, ainsi que nous le montre l'expérience de Goltz qui a montré que, chez des chiens, quand la moelle épinière est tranchée, l'érection se produit plus facilement.
À l'appui de cette démonstration vient encore s'ajouter le fait que, chez l'homme, l'influence de la volonté ou une forte émotion (crainte de ne pas pouvoir coïter, surprise inter actum sexualem, etc.) peuvent empêcher l'érection ou la faire cesser quand elle existe. La durée de l'érection dépend de la durée des causes excitantes (excitation des sens ou sensation), de l'absence des causes entravantes, de l'énergie d'innervation du centre, ainsi que de la production tardive ou hâtive de l'éjaculation.
La cause importante et centrale du mécanisme sexuel réside dans la périphérie du cerveau. Il est tout naturel de supposer qu'une région de cette périphérie (centre cérébral) soit le siège des manifestations et des sensations sexuelles, des images et des désirs, le lieu d'origine de tous les phénomènes psychosomatiques qu'on désigne ordinairement sous les noms de sens sexuel, sens génésique et instinct sexuel. Ce centre peut être animé aussi bien par des excitations centrales que par des excitations périphériques.
Des excitations centrales peuvent se produire par suite d'irritations organiques dues à des maladies de la périphérie du cerveau. Elles se produisent physiologiquement par des excitations psychiques (représentations de la mémoire ou perceptions des sens).
Dans les conditions physiologiques, il s'agit surtout de perceptions visuelles et d'images évoquées par la mémoire (par exemple, par une lecture lascive); puis d'impressions tactiles (attouchements, serrements de mains, accolade, etc.). Par contre le sens auditif et le sens olfactif ne jouent qu'un rôle secondaire dans le domaine physiologique. Mais, dans certaines circonstances pathologiques, ce dernier a une grande importance pour l'excitation sexuelle. Chez les animaux, l'influence des perceptions olfactives sur le sens génésique est de toute évidence. Althaus (Beiträge zur Physiol. u. Pathol. des Olfactorius, Arch. für Psych., XII, H. 1) déclare nettement que le sens olfactif est d'une grande importance pour la reproduction de l'espèce. Il fait ressortir que les animaux de sexe différent sont attirés l'un vers l'autre par la perception olfactive et que, à la période du rut, il s'exhale de leurs parties génitales une odeur pénétrante. Une expérience faite par Schiff vient à l'appui de cette assertion. Schiff a enlevé les nerfs olfactifs à de jeunes chiens nouveau-nés, et il a constaté que ces mêmes chiens, devenus grands, ne pouvaient distinguer un mâle d'une femelle. Mantegazza (Hygiène de l'amour) a fait un essai en sens inverse. Il a enlevé les yeux à des lapins et il a constaté que cette défectuosité artificielle n'a nullement empêché l'accouplement de ces animaux. Cette expérience nous montre quelle importance paraît avoir le sens olfactif dans la vita sexualis des animaux.
Il est à noter aussi que certains animaux (musc, chat de Zibeth, castor) ont, dans les parties génitales, des glandes qui dégagent des matières fortement odorantes.
Même en ce qui concerne l'homme, Althaus a mis en relief les corrélations qui existent entre le sens olfactif et le sens génésique. Il cite Cloquet (Osphrésiologie, Paris, 1826). Celui-ci appelle l'attention sur le pouvoir excitant des fleurs; il rappelle l'exemple de Richelieu qui vivait dans une atmosphère imprégnée des plus forts parfums pour stimuler ses fonctions sexuelles.
Zippe (Wiener med. Wochenschrift, 1879, nº 25), parlant d'un cas de kleptomanie observé chez un onaniste, fait aussi ressortir ces corrélations, et il cite comme témoin Hildebrand qui dit, dans sa Physiologie populaire: «On ne peut pas nier que le sens olfactif n'ait quelque connexité avec les fonctions sexuelles.» Les parfums des fleurs provoquent souvent des sensations de volupté et, si nous nous rappelons ce passage du Cantique des cantiques: «Mes mains dégouttaient de myrrhe et la myrrhe s'est écoulée sur mes doigts posés sur le verrou de la serrure»,—nous verrons que le roi Salomon avait déjà fait cette observation. En Orient, les parfums sont très aimés à cause de leur effet sur les parties génitales, et les appartements des femmes du Sultan exhalent l'odeur de toutes sortes de fleurs.
Most, professeur à Rostock, raconte le fait suivant: «J'ai appris d'un jeune paysan voluptueux qu'il avait excité à la volupté maintes filles chastes et atteint facilement son but en passant, pendant la danse, son mouchoir sous ses aisselles et en essuyant ensuite, avec ce mouchoir, la figure de sa danseuse.» La perception intime de la transpiration d'une personne peut devenir la première cause d'un amour passionné. Comme preuve, nous citerons le cas de Henri III qui, à l'occasion des noces de Marguerite de Valois avec le roi de Navarre, s'essuya la figure avec la chemise trempée de sueur de Marie de Clèves. Bien que Marie fût la fiancée du prince de Condé, Henri conçut subitement pour elle une passion si violente qu'il n'y pouvait résister et que, fait historique, il la rendit pour cela très malheureuse. On raconte un fait analogue sur Henri IV. Sa passion pour la belle Gabrielle aurait pris naissance parce que, dans un bal, il se serait essuyé le front avec le mouchoir de cette dame.
Le professeur Jaeger (Entdecke der Seele) indique dans son livre le même fait, quand il dit (page 173) que la sueur joue un rôle important dans les affections sexuelles et qu'elle exerce une vraie séduction.
De la lecture de l'ouvrage de Ploss (Das Weib), il ressort que, en psychologie, on voit maintes fois la transpiration du corps exercer une sorte d'attraction sur une personne d'un autre sexe.
À ce propos, il faut citer un usage qui, au rapport de Jagor, exista chez les amoureux indigènes des îles Philippines. Lorsqu'il arrive, dans ce pays, qu'un couple amoureux est forcé de se séparer pour quelque temps, l'homme et la femme échangent des pièces de linge dont ils se sont servis, pour s'assurer une mutuelle fidélité. Ces objets sont soigneusement gardés, couverts de baisers et reniflés. La prédilection de certains libertins et de certaines femmes sensuelles pour les parfums18 prouve également la connexité qui existe entre le sens olfactif et le sens sexuel.
Note 18: (retour)Comparer Laycock (Nervous diseases of women, 1840), qui trouve un rapport entre la prédilection pour le musc et les parfums similaires et l'exaltation sexuelle chez les femmes.
Il faut encore citer un cas très remarquable, rapporté par Heschl (Wiener Zeitschrift f. pract. Heilkunde, 22 März 1861), cas où il a constaté simultanément le manque des deux bosses olfactives et l'atrophie des parties génitales. Il s'agissait d'un homme de quarante-cinq ans, bien fait, dont les testicules avaient le volume d'une fève, étaient dépourvus de canaux déférents et dont le larynx avait des dimensions féminines. Il y avait chez lui absence totale de nerfs olfactifs. Le triangle olfactif et le sillon à la base inférieure des lobes antérieurs du cerveau manquaient également. Les trous de la lame criblée étaient clairsemés; au lieu de nerfs, c'étaient des prolongements de la dure-mère qui passaient par ces trous. Sur la membrane pituitaire du nez, on constatait la même absence de nerfs. Il faut noter aussi le consensus qui se manifeste nettement entre l'organe olfactif et l'organe sexuel dans certaines maladies mentales. Les hallucinations olfactives sont très fréquentes dans les psychoses des deux sexes qui ont pour origine la masturbation, de même que dans les psychoses des femmes, causées par les maladies des parties génitales ou les phénomènes de la ménopause; par contre, dans les cas où il n'y a pas de causes sexuelles, les hallucinations olfactives sont très rares.
Je mets en doute cependant que, chez les individus normaux, les sensations olfactives jouent, comme chez les animaux, un grand rôle dans l'excitation du centre sexuel19.
Note 19: (retour)L'observation suivante, que nous donne Binet, semble contredire cette opinion. Malheureusement il ne nous a rien dit sur la personnalité du sujet de son observation. Dans tous les cas, sa constatation est très significative pour la connexité qui existe entre le sens olfactif et le sens sexuel. D..., étudiant en médecine, étant assis un jour sur un banc dans un square et occupé à lire un livre de pathologie, remarqua que, depuis un moment, il était gêné par une érection persistante. En se retournant, il s'aperçut qu'une femme qui répandait une odeur assez forte, était assise sur l'autre bout du banc. Il attribua à l'impression olfactive, qu'il avait ressentie sans en avoir conscience, le phénomène d'excitation génitale.
Nous avons cru devoir parler, dès maintenant, de la connexité qui existe entre le sens olfactif et le sens sexuel, étant donnée l'importance de ce consensus pour la compréhension de certains cas pathologiques.
Il y a, à côté de ces rapports physiologiques, un fait intéressant à noter: c'est qu'il existe une certaine analogie histologique entre le nez et les organes génitaux, puisque tous deux (y compris le mamelon) contiennent un tissu érectile.
J.N. Mackenzie (Journal of medical Science, 1884) a rapporté, à ce sujet, de curieuses observations cliniques et physiologiques. Il a constaté: 1º que chez un certain nombre de femmes, dont le nez était sain, il se produisait régulièrement, à l'époque de la menstruation, une congestion des corps bulbeux du nez, qui disparaissait après la menstruation; 2º le phénomène d'une menstruation nasale substitutrice qui, plus tard, a été souvent remplacée par une hémorrhagie utérine, mais qui, dans certains cas, s'est manifestée périodiquement au moment de la menstruation, pendant toute la durée de la vie sexuelle; 3º des phénomènes d'irritation nasale, tels que des éternuements, etc., au moment d'une émotion sexuelle; et 4º l'inverse de ce phénomène, c'est-à-dire des excitations accidentelles du système génital, à la suite d'une maladie du nez.
Mackenzie a aussi observé que, chez beaucoup de femmes atteintes de maladies du nez, ces maladies empirent pendant la menstruation; il a, en outre, constaté que des excès in Venere peuvent provoquer une inflammation de la membrane pituitaire ou l'accentuer si elle existe déjà.
Il rappelle aussi ce fait d'expérience que les masturbateurs sont ordinairement atteints de maladies du nez et souffrent souvent d'impressions olfactives anormales, de même que de rhinorrhagies. D'après les expériences de Mackenzie, il y a des maladies du nez qui résistent à tout traitement tant qu'on n'a pas supprimé les maladies génitales qui existent en même temps chez le malade et qui, peut-être, sont la cause de la maladie nasale.
La sphère sexuelle de l'écorce cérébrale peut être excitée par des phénomènes produits dans les organes génitaux et dans le sens des désirs et des représentations sexuels. Cet effet peut être produit par tous les éléments qui, par une action centripète, excitent le centre d'érection (excitation des vésicules séminales quand elles sont remplies; gonflement des follicules de Graf; excitation sensible quelconque, produite dans le voisinage des parties génitales; hyperhémie et turgescence des parties génitales, particulièrement des organes érectiles, des corps caverneux du pénis, du clitoris; vie sédentaire et luxueuse; plethora abdominalis; température élevée; lit chaud; vêtements chauds; usage de cantharide, de poivre et d'autres épices).
Le libido sexualis peut être aussi éveillé par l'excitation des nerfs du siège (flagellation). Ce fait est très important pour la compréhension de certains phénomènes physiologiques20.
Note 20: (retour)Meibomius, De flagiorum usu in re medica, London, 1765. Boileau: The history of the flagellants, London, 1783.
Il arrive quelquefois que, par une correction appliquée sur le derrière, on éveille chez des garçons les premiers mouvements de l'instinct sexuel et on les pousse par là à la masturbation. C'est un fait que les éducateurs de la jeunesse devraient bien retenir.
En présence des dangers que ce genre de punition peut offrir aux élèves, il serait désirable que les parents, les maîtres d'école et les précepteurs n'y eussent jamais recours.
La flagellation passive peut éveiller la sensualité, ainsi que le prouve l'histoire de la secte des flagellants, très répandue aux XIIIe, XIVe et XVe siècles, et dont les adeptes se flagellaient eux-mêmes, soit pour faire pénitence, soit pour mortifier la chair dans le sens du principe de chasteté prêché par l'Église, c'est-à-dire l'émancipation du joug de la volupté.
À son début, cette secte fut favorisée par l'Église. Mais, comme la flagellation agissait comme un stimulant de la sensualité et que ce fait se manifestait par des incidents très fâcheux, l'Église se vit dans la nécessité d'agir contre les flagellants. Les faits suivants, tirés de la vie de deux héroïnes de la flagellation, Maria-Magdalena de Pazzi et Élisabeth de Genton, sont une preuve caractéristique de la stimulation sexuelle produite par la flagellation.
Maria-Magdalena, fille de parents d'une haute position sociale, était religieuse de l'ordre des Carmes, à Florence, en 1580. Les flagellations, et plus encore les conséquences de ce genre de pénitence, lui ont valu une grande célébrité et une place dans l'histoire. Son plus grand bonheur était quand la prieure lui faisait mettre les mains derrière le dos et la faisait fouetter sur les reins mis à nu, en présence de toutes les sœurs du couvent.
Mais les flagellations qu'elle s'était fait donner dès sa première jeunesse avaient complètement détraqué son système nerveux; il n'y avait pas une héroïne de la flagellation qui eût tant d'hallucinations qu'elle. Pendant ces hallucinations, elle délirait toujours d'amour. La chaleur intérieure semblait vouloir la consumer, et elle s'écriait souvent: «Assez! n'attise pas davantage cette flamme qui me dévore. Ce n'est pas ce genre de mort que je désire; il y aurait trop de plaisir et trop de charmes.» Et ainsi de suite. Mais l'esprit de l'Impur lui suggérait les images les plus voluptueuses, de sorte qu'elle était souvent sur le point de perdre sa chasteté.
Il en était presque de même avec Élisabeth de Genton. La flagellation la mettait dans un état de bacchante en délire. Elle était prise d'une sorte de rage quand, excitée par une flagellation extraordinaire, elle se croyait mariée avec son «idéal». Cet état lui procurait un bonheur si intense qu'elle s'écriait souvent: «O amour! O amour infini! O amour! O créatures, criez donc toutes avec moi: Amour! amour!»
On connaît aussi ce fait, confirmé par Taxil (op. cit., p. 145), que des viveurs se font quelquefois flageller, avant l'acte sexuel, pour exciter leur puissance génitale languissante.
On trouve une confirmation très intéressante de ces faits dans les observations suivantes que nous empruntons au Flagellum salutis de Paullini (1re édition, 1698, réimprimée à Stuttgart, 1847):
«Il y a certaines nations, notamment les Perses et les Russes, chez lesquels, et particulièrement chez les femmes, les coups sont considérés comme une marque particulière d'amour et de faveur. Les femmes russes surtout ne sont contentes et joyeuses que lorsqu'elles ont reçu de bons coups de leurs maris, ainsi que nous l'explique, dans un récit curieux, Jean Barclajus.
«Un Allemand nommé Jordan vint en Moscovie et, comme le pays lui plaisait, il s'y établit et épousa une femme russe qu'il aimait beaucoup et pour laquelle il était gentil en tous points. Mais elle faisait toujours la mine, baissait les yeux, et ne faisait entendre que des plaintes et des gémissements. L'époux voulut savoir pourquoi, car il ne pouvait comprendre ce qu'elle avait. «Eh! dit-elle, vous prétendez m'aimer et vous ne m'en avez encore donné aucune preuve.» Il l'embrassa et la pria de lui pardonner si, par hasard et à son insu, il l'avait offensée: il ne recommencerait plus. «Rien ne me manque, répondit-elle, sauf le fouet qui, selon l'usage de mon pays, est une marque d'amour.» Jordan se le tint pour dit et il se conforma à l'usage. À partir de ce moment cette femme aima éperdument son mari.
«Une pareille histoire nous est racontée aussi par Peter Petreus, d'Erlesund, avec ce détail complémentaire, qu'au lendemain de la noce les hommes ajoutent aux objets indispensables du ménage, un fouet.»
À la page 73 de ce livre curieux, nous lisons encore:
«Le célèbre comte Jean Pic de la Mirandole, assure qu'un de ses amis qui était un gaillard insatiable, était si paresseux et si inhabile aux luttes amoureuses qu'il ne pouvait rien faire avant qu'il n'eût reçu une bonne raclée. Plus il voulait satisfaire son désir, plus il exigeait de coups et de violences puisqu'il ne pouvait avoir de bonheur s'il n'avait été fouetté jusqu'au sang. Dans ce but, il s'était fait faire une cravache spéciale qu'il mettait pendant la journée dans du vinaigre; ensuite il la donnait à sa compagne et la priait à genoux de ne pas frapper à côté, mais de frapper fort, le plus fort possible. C'est, dit le brave comte, le seul homme qui trouve son plaisir dans une torture pareille. Et comme cet homme n'était pas méchant, il reconnaissait et détestait sa faiblesse. Une pareille histoire est mentionnée par Cœlius Rhodigin, à qui l'a empruntée le célèbre jurisconsulte Andréas Tiraquell. À l'époque du célèbre médecin Otto Brunfels, vivait dans la résidence du grand électeur bavarois, à Munich, un bon gas qui, cependant, ne pouvait jamais faire l'amour sans avoir reçu auparavant des coups bien appliqués. M. Thomas Barthelin a connu aussi un Vénitien qu'il fallait échauffer et stimuler à l'acte sexuel par des coups. De même Cupidon entraîne ses fidèles avec une baguette d'hyacinthe. Il y a quelques années, vivait à Lubeck, dans la Muhlstrasse, un marchand de fromages qui, accusé d'adultère devant les autorités, devait être expulsé de la ville. Mais la catin avec laquelle il s'était commis, alla chez les magistrats et demanda grâce pour lui en racontant combien pénibles étaient au coupable ses accouplements. Car il ne pouvait rien faire avant qu'on ne lui eût donné une bonne volée de bois vert. Le gaillard, par honte et de crainte d'être ridiculisé, ne voulait pas l'avouer d'abord, mais, quand on le pressa de questions, il ne sut plus nier. Dans les Pays-Bas réunis, dit-on, il y eut un homme de grande considération qui était affligé de la même maladie et qui était incapable de faire la bagatelle s'il n'avait pas reçu des coups auparavant. Lorsque les autorités en furent informées, cet homme fut non seulement révoqué de ses fonctions mais encore puni comme il le méritait. Un ami, un physicien digne de foi, qui habitait une ville libre de l'Empire allemand, me rapporta, le 14 juillet de l'année passée, comme quoi une femme de mauvaises mœurs, étant à l'hôpital, avait raconté à une de ses camarades qu'un individu l'avait invitée, elle et une autre femme de la même catégorie, à aller avec lui dans la forêt. Lorsqu'elles furent arrivées, le gaillard coupa des verges, exposa son derrière tout nu et ordonna aux femmes de taper dessus, ce qu'elles firent. Ce qu'il a fait ensuite avec les femmes, on peut le deviner facilement. Non seulement des hommes se sont excités à la lubricité par les coups, mais des femmes aussi, afin de jouir davantage. La Romaine se faisait fouetter dans ce but par Lupercus. Car ainsi chante Juvénal:
Steriles moriuntur, et illis
Turgida non prodest condita pyscido Lyde:
Nec prodest agili palmas præbere Luperco.
Il y a, chez la femme ainsi que chez l'homme, d'autres régions et organes érectibles qui peuvent produire l'érection, l'orgasme et même l'éjaculation. Ces «zones érogènes» sont chez la femme, tant qu'elle est virgo, le clitoris, et, après la défloration, le vagin et le col de l'utérus.
Le mamelon surtout semble avoir un effet érogène chez la femme. La titillatio hujus regionis joue un rôle important dans l'Ars erotica. Dans son Anatomie topographique (édition de 1865, p. 552), Hyrtl cite Valentin Hildenbrandt qui avait observé, chez une jeune fille, une anomalie particulière du penchant sexuel, qu'il appelait suctusstupratio. Cette jeune fille s'était laissé téter les mamelons par son galant. Bientôt, en tirant, elle arriva à pouvoir les sucer elle-même, ce qui lui causait les sensations les plus agréables. Hyrtl rappelle, à ce propos, qu'on voit quelquefois des vaches qui tètent leurs propres tétines.
L. Brunn (Zeitg f. Litteratur, etc., d. Hamburger Correspondenten) fait remarquer, dans une étude intéressante sur «La sensualité et l'amour du prochain», avec quel zèle la mère qui nourrit elle-même son nourrisson, s'occupe de faire téter l'enfant. Elle le fait, dit-il, «par amour pour l'être faible, incomplet, impuissant».
Il est tout indiqué de supposer, qu'en dehors des mobiles éthiques dont nous venons de faire mention, que le fait de donner à téter à l'enfant produit peut-être une sensation de plaisir charnel et joue un rôle assez important. Ce qui plaide en faveur de cette hypothèse, c'est une observation de Brunn, observation très juste en elle-même, bien que mal interprétée. Il rappelle que, d'après les observations de Houzeau, chez la plupart des animaux, la tendresse intime entre la mère et l'enfant n'existe que pendant la période de l'allaitement et qu'elle fait place, plus tard, à une indifférence complète.
Le même fait (l'affaiblissement de l'affection pour l'enfant après le sevrage) a été observé par Bastian chez certains peuples sauvages.
Dans certains états pathologiques, ainsi que cela ressort de la thèse de doctorat de Chambard, des endroits du corps voisins des mamelles (chez les hystériques) ou des parties génitales peuvent jouer le rôle de zones érogènes.
Chez l'homme, la seule zone érogène, au point de vue physiologique, c'est le gland et peut-être aussi la peau des parties extérieures des organes génitaux. Dans certains cas pathologiques, l'anus peut devenir érogène—cela expliquerait l'automasturbation anale, cas très fréquent, et la pédérastie passive (Comparez Garnier, Anomalies sexuelles, Paris, p. 514, et A. Moll, L'Inversion sexuelle, p. 163).
Le processus psychophysiologique qui forme le sens sexuel, est ainsi composé:
1º Représentations évoquées par le centre ou par la périphérie;
2º Sensations de plaisir qui se rattachent à ces évocations.
Il en résulte le désir de la satisfaction sexuelle (libido sexualis). Ce désir devient plus fort à mesure que l'excitation du cône cérébral, par des images correspondantes et par l'intervention de l'imagination, accentue les sensations de plaisir, et que, par l'excitation du centre d'érection et l'hyperhémie des organes génitaux, ces sensations de plaisir sont poussées jusqu'aux sensations de volupté (sécrétion de liquor prostaticus dans l'urèthre, etc.).
Si les circonstances sont favorables à l'accomplissement de l'acte sexuel et satisfont l'individu, il cédera au penchant qui devient de plus en plus vif. Dans le cas contraire, il se produit des idées qui font cesser le rut, entravent la fonction du centre d'érection et empêchent l'acte sexuel.
Les idées qui arrêtent les désirs sexuels doivent être à la portée de l'homme civilisé, chose importante pour lui. La liberté morale de l'individu dépend, d'une part, de la puissance des désirs et des sentiments organiques qui accompagnent la poussée sexuelle; d'autre part, des idées qui lui opposent un frein.
Ces deux éléments décident si l'individu doit ou non aboutir à la débauche et même au crime. La constitution physique et, en général, les influences organiques exercent une puissante action sur la force des éléments impulsifs; l'éducation et la volonté morale sont les mobiles des idées de résistance.
Les forces impulsives et les forces d'arrêt sont choses variables. L'abus de l'alcool produit à ce sujet une influence néfaste, puisqu'il éveille et augmente le libido sexualis et diminue en même temps la force de résistance morale.
LA COHABITATION21
La condition fondamentale pour l'homme, c'est une érection suffisante. Anjel fait observer (Archiv für Psychiatrie, VIII, H. 2) avec raison que, dans l'excitation sexuelle, ce n'est pas seulement le centre d'érection qui est excité, mais que l'excitation nerveuse se répand sur tout le système vaso-moteur des nerfs. La preuve en est: la turgescence des organes pendant l'acte sexuel, l'injection des conjunctiva, la proéminence des bulbes, la dilatation des pupilles, les battements du cœur (par paralysie des nerfs vaso-moteurs du cœur qui viennent du sympathique du cou, ce qui produit une dilatation des artères du cœur et ensuite l'hyperhémie et un plus fort ébranlement des ganglions cardiaques). L'acte sexuel va de pair avec une sensation de volupté qui, chez l'homme, est probablement provoquée par le passage du sperme à travers les canaux éjaculateurs dans l'urèthre, effet de l'excitation sensible des parties génitales. La sensation de volupté se produit chez l'homme plus tôt que chez la femme, s'accroît comme une avalanche au moment où l'éjaculation commence et atteint son maximum au moment de l'éjaculation complète, pour disparaître rapidement post ejaculationem.
Chez la femme la sensation de volupté se manifeste plus tard, s'accroît lentement, et subsiste dans la plupart des cas après l'éjaculation.
Le fait le plus décisif dans la cohabitation, c'est l'éjaculation. Cette fonction dépend d'un centre (génito-spinal) dont Budge a démontré l'existence et qu'il a placé à la hauteur de la quatrième vertèbre lombaire. Ce centre est un centre réflexe, il est excité par le sperme qui, à la suite de l'excitation du gland, est poussé par phénomène réflexe hors des vésicules séminales dans la portion membraneuse de l'urèthre. Quand ce passage de la semence, qui a lieu avec une sensation de volupté croissante, représente une quantité suffisante pour agir assez fortement sur le centre d'éjaculation, ce dernier entre en action. La voie motrice du réflexe se trouve dans le quatrième et le cinquième nerf lombaire. L'action consiste dans une agitation convulsive du muscle bulbo-caverneux (innervé par les troisième et quatrième nerfs sacrés) et ainsi le sperme est projeté au dehors.
Chez la femme aussi il se produit un mouvement réflexe quand elle se trouve au maximum de l'agitation sexuelle et voluptueuse. Il commence par l'excitation des nerfs sensibles des parties génitales et consiste en un mouvement péristaltique dans les trompes et l'utérus jusqu'à la portio vaginalis, ce qui fait sortir la glaire tubaire et utérine.
Le centre d'éjaculation peut être paralysé par des influences venant de l'écorce cérébrale (coït à contre-cœur, en général émotions morales, et quelque peu par influence de la volonté).
Dans les conditions normales, l'acte sexuel terminé, l'érection et le libido sexualis disparaissent, et l'excitation psychique et sexuelle fait place à une détente agréable.
III
NEURO-PSYCHOPATHOLOGIE GÉNÉRALE22
Fréquence et importance des symptômes pathologiques.—Tableau des névroses sexuelles.—Irritation du centre d'érection.—Son atrophie.—Arrêts dans le centre d'érection.—Faiblesse et irritabilité du centre.—Les névroses du centre d'éjaculation.—Névroses cérébrales.—Paradoxie ou instinct sexuel hors de la période normale.—Éveil de l'instinct sexuel dans l'enfance.—Renaissance de cet instinct dans la vieillesse.—Aberration sexuelle chez les vieillards expliquée par l'impuissance et la démence.—Anesthésie sexuelle ou manque d'instinct sexuel.—Anesthésie congénitale; anesthésie acquise.—Hyperesthésie ou exagération morbide de l'instinct.—Causes et particularités de cette anomalie.—Paresthésie du sens sexuel ou perversion de l'instinct sexuel.—Le sadisme.—Essai d'explication du sadisme.—Assassinat par volupté sadique.—Anthropophagie.—Outrages aux cadavres.—Brutalités contre les femmes; la manie de les faire saigner ou de les fouetter.—La manie de souiller les femmes.—Sadisme symbolique.—Autres actes de violence contre les femmes.—Sadisme sur des animaux.—Sadisme sur n'importe quel objet.—Les fouetteurs d'enfants.—Le sadisme de la femme.—La Penthésilée de Kleist.—Le masochisme.—Nature et symptômes du masochisme.—Désir d'être brutalisé ou humilié dans le but de satisfaire le sens sexuel.—La flagellation passive dans ses rapports avec le masochisme.—La fréquence du masochisme et ses divers modes.—Masochisme symbolique.—Masochisme d'imagination.—Jean-Jacques Rousseau.—Le masochisme chez les romanciers et dans les écrits scientifiques.—Masochisme déguisé.—Les fétichistes du soulier et du pied.—Masochisme déguisé ou actes malpropres commis dans le but de s'humilier et de se procurer une satisfaction sexuelle.—Masochisme chez la femme.—Essai d'explication du masochisme.—La servitude sexuelle.—Masochisme et sadisme.—Le fétichisme; explication de son origine.—Cas où le fétiche est une partie du corps féminin.—Le fétichisme de la main.—Les difformités comme fétiches.—Le fétichisme des nattes de cheveux; les coupeurs de nattes.—Le vêtement de la femme comme fétiche.—Amateurs ou voleurs de mouchoirs de femmes.—Les fétichistes du soulier.—Une étoffe comme fétiche.—Les fétichistes de la fourrure, de la soie et du velours.—L'inversion sexuelle.—Comment on contracte cette disposition.—La névrose comme cause de l'inversion sexuelle acquise.—Degrés de la dégénérescence acquise.—Simple inversion du sens sexuel.—Éviration et défémination.—La folie des Scythes.—Les Mujerados.—Les transitions à la métamorphose sexuelle.—Métamorphose sexuelle paranoïque.—L'inversion sexuelle congénitale.—Diverses formes de cette maladie.—Symptômes généraux.—Essai d'explication de cette maladie.—L'hermaphrodisme psychique.—Homosexuels ou uranistes.—Effémination ou viraginité.—Androgynie et gynandrie.—Autres phénomènes de perversion sexuelle chez les individus atteints d'inversion sexuelle.—Diagnostic, pronostic et thérapeutique de l'inversion sexuelle.
Note 22: (retour)Sources: Parent-Duchatelet, Prostitution dans la ville de Paris, 1837.—Rosenbaum, Entstehung der Syphilis, Halle, 1839.—Le même, Die Lustseuche im Alterthum, Halle, 1839.—Descuret, La médecine des passions, Paris, 1860.—Casper, Klin. Novellen, 1863.—Bastian, Der Mensch in der Geschichte.—Friedländer, Sittengeschichte Roms.—Wiedemeister, Cæsarenwahnsinn.—Scherr, Deutsche Kultur und Sittengeschichte, t. I, chap. IX.—Tardieu, Des attentats aux mœurs, 7e édit., 1878.—Emminghaus, Psychopathologie, pp. 98, 225, 230, 232.—Schüle, Handbuch der Geisteskrankheiten, p. 114.—Marc, Die Geisteskrankheiten, trad. par Ideler, II, p. 128.—V. Krafft, Lehrb. d. Psychiatrie, 7e édit., p. 90; Lehrb. d. ger. Psychopathol., 3e édit, p. 279; Archiv f. Psychiatrie, VII, 2.—Moreau, Des aberrations du sens génésique, Paris, 1880.—Kirn, Allg. Zeitschrift f. Psychiatrie, XXXIX, cahiers 2 et 3.—Lombroso, Instinct sexuel et crimes dans leurs rapports (Goltdammers Archiv, t. XXX).—Tarnowsky, Die Krankhaften Erscheinungen des Geschlechtssinne, Berlin, 1886.—Ball, La Folie érotique, Paris, 1888.—Sérieux, Recherches cliniques sur les anomalies de l'instinct sexuel, Paris, 1888.—Hammond, Sexuelle Impotenz, traduit par Sallinger, Berlin, 1889.
Chez les hommes civilisés de notre époque les fonctions sexuelles se manifestent très souvent d'une manière anormale. Cela s'explique en partie par les nombreux abus génitaux, en partie aussi par ce fait que ces anomalies fonctionnelles sont souvent le signe d'une disposition morbide du système nerveux central, disposition résultant, dans la plupart des cas, de l'hérédité. (Symptômes fonctionnels de dégénérescence.)
Comme les organes de la génération ont une importante corrélation fonctionnelle avec tout le système nerveux, rapports psychiques et somatiques, la fréquence des névroses et psychoses générales dues aux maladies sexuelles (fonctionnelles ou organiques), se comprend facilement.
TABLEAU SCHÉMATIQUE DES NÉVROSES SEXUELLES
I.—NÉVROSES PÉRIPHÉRIQUES
1º SENSITIVES
a, Anesthésie; b, Hyperesthésie; c, Névralgie.
2º SÉCRÉTOIRES
a, Aspermie; b, Polyspermie.
3º MOTRICES
a, Pollutions (spasmes); Spermatorrhée (paralysie).
II.—NÉVROSES SPINALES
1º AFFECTIONS DU CENTRE D'ÉRECTION
a) L'excitation (priapisme) se produit par une action réflexe due à des excitations sensitives périphériques, directement par l'excitation organique des voies de communication du cerveau au centre d'érection (maladies spinales de la partie inférieure de la moelle cervicale et de la partie supérieure de la moelle dorsale) ou du centre lui-même (certains poisons) ou enfin par des excitations psychiques.
Dans ce dernier cas, il y a satyriasis, c'est-à-dire prolongation anormale de l'érection et du libido sexualis. Quand il y a seulement excitation réflexe ou excitation directe organique, le libido peut faire défaut et le priapisme être accompagné d'un sentiment de dégoût.
b) La paralysie provient de la destruction du centre ou des voies de communication (nervi erigentes), dans les maladies de la moelle épinière (impuissance paralytique).
Une forme atténuée de cet état est la diminution de la sensibilité du centre par le surmenage (suite des excès sexuels, surtout onanisme) ou par l'intoxication due à des sels de brome, etc. Cette paralysie peut être accompagnée d'une anesthésie cérébrale, souvent d'une anesthésie des parties génitales externes. Souvent il se produit dans ce cas de l'hyperesthésie cérébrale (libido sexualis accentué, lubricité).
Une forme particulière de l'anesthésie incomplète se produit dans les cas où le centre n'est sensible qu'à certaines excitations spéciales auxquelles il répond par l'érection. Ainsi il y a des hommes chez qui le contact sexuel avec une épouse chaste ne donne pas une excitation suffisante pour amener l'érection, mais chez qui l'érection se produit quand ils viennent à coïter avec une prostituée ou qu'ils accomplissent un acte sexuel contre nature. Les excitations psychiques, en tant qu'elles peuvent venir en compte dans ces cas, peuvent être cependant inadéquates (voir plus bas paresthésie et perversions du sens sexuel).
c) Entraves.—Le centre d'érection peut devenir incapable de fonctionner par suite des influences cérébrales. Ainsi agissent certaines émotions (dégoût, crainte des maladies vénériennes), ou bien la crainte de n'avoir pas la puissance nécessaire23.
Note 23: (retour)Magnan cite un exemple intéressant dans lequel une obsession de nature non sexuelle peut entrer en jeu (Voir Ann. méd.-psych., 1885). Un étudiant de vingt et un ans, très chargé au point de vue de l'hérédité, autrefois onaniste, a continuellement à lutter contre l'obsession du chiffre 13. Toutes les fois qu'il veut se livrer au coït, cette obsession du chiffre 13 empêche chez lui l'érection et rend l'acte impossible.
Dans le premier cas, rentrent souvent les hommes qui ont pour la femme une aversion invincible, ou qui craignent une infection, ou encore ceux qui sont atteints d'une perversion sexuelle; dans le deuxième cas rentrent les névropathes (neurasthéniques hypocondriaques), souvent aussi des gens dont la puissance génitale est affaiblie (onanistes), des gens qui ont une raison ou croient en avoir une de se méfier de leur puissance génésique.
Cet état psychique agit comme entrave, et rend l'acte sexuel avec une personne de l'autre sexe temporairement ou pour jamais impossible.
d) Débilité sensitive.—Il existe alors une sensibilité anormale avec relâchement rapide de l'énergie du centre. Il peut s'agir d'un dérangement fonctionnel du centre lui-même, ou d'une faiblesse d'innervation des nervi erigentes, ou enfin d'une faiblesse du muscle ischio-caverneux. Avant de passer aux anomalies qui vont suivre, il faut encore faire mention des cas où, par suite d'une éjaculation anormalement hâtive, l'érection est insuffisante.
2º AFFECTIONS DU CENTRE D'ÉJACULATION
a) L'éjaculation anormalement facile est due au manque d'arrêt cérébral qui se manifeste par suite d'une trop grande excitation psychique, ou d'une faiblesse sensitive du centre. Dans ce cas, une simple idée lascive suffit, dans certaines circonstances, pour mettre en action le centre très entaché de neurasthénie spinale, pour la plupart des cas par suite d'abus sexuels. Une troisième possibilité, c'est l'hyperesthésie de l'urèthre: le sperme en sortant provoque une action réflexe immédiate et très vive du centre d'éjaculation. Dans ce cas, la seule approche des parties génitales de la femme peut suffire pour amener l'éjaculation ante portam.
Quand l'hyperesthésie uréthrale intervient causalement, l'éjaculation peut produire un sentiment de douleur au lieu d'un sentiment de volupté. Dans la plupart des cas d'hyperesthésie uréthrale, il y a faiblesse sensitive du centre.
Ces deux troubles fonctionnels sont importants dans l'étiologie de la pollutio nimia et diurna.
La sensation de volupté peut pathologiquement faire défaut. Cela peut se rencontrer chez des hommes ou des femmes héréditairement chargés (anesthésie, aspermie), à la suite de maladies (neurasthénie, hystérie), ou à la suite de surexcitations suivies d'affaissement (chez les mérétrices).
Le degré de l'émotion motrice et psychique qui se manifeste pendant l'acte sexuel dépend de l'intensité de la sensation voluptueuse. Dans certains états pathologiques, cette émotion peut tellement s'accroître que les mouvements du coït prennent un caractère convulsif, soustrait à l'influence de la volonté, et peuvent même se transformer en convulsions générales.
b) Difficulté anormale de l'éjaculation.—Elle est causée par l'insensibilité du centre (absence du libido, atrophie organique du centre par des maladies du cerveau et de la moelle épinière, atrophie fonctionnelle à la suite d'abus sexuels, marasme, diabète, morphinisme). Dans ce cas, l'atrophie du centre est souvent accompagnée de l'anesthésie des parties génitales. Elle peut être aussi la conséquence d'une lésion de l'arc réflexe ou de l'anesthésie périphérique (uréthrale) ou de l'aspermie. L'éjaculation ne se produit pas au cours de l'acte sexuel, ou très tardivement, ou enfin après coup sous forme de pollution.
III.—NÉVROSES CÉRÉBRALES
1º Paradoxie, c'est-à-dire émotions sexuelles produites en dehors de l'époque des processus anatomico-physiologiques dans la zone des parties génitales.
2º Anesthésie (manque de penchant sexuel).—Ici toutes les impulsions organiques données par les parties génitales, de même que toutes les représentations, toutes les impressions optiques, auditives et olfactives, laissent l'individu dans l'indifférence sexuelle. Physiologiquement ce phénomène se produit dans l'enfance et dans la vieillesse.
3º Hyperesthésie (penchant augmenté jusqu'au satyriasis).—Ici, il y a une aspiration anormalement vive pour la vie sexuelle, désir qui est provoqué par des excitations organiques, psychiques et sensorielles. (Acuité anormale du libido, lubricité insatiable.) L'excitation peut être centrale (nymphomanie, satyriasis), périphérique, fonctionnelle, organique.
4º Paresthésie (perversion de l'instinct sexuel), c'est-à-dire excitation du sens sexuel par des objets inadéquats.
Ces anomalies cérébrales tombent dans le domaine de la psychopathologie. Les anomalies spinales et périphériques peuvent se combiner avec celles-ci. Ordinairement elles se rencontrent chez des individus non atteints de maladies mentales. Elles peuvent se présenter sous diverses combinaisons et devenir le mobile de délits sexuels. C'est pour cette raison qu'elles demandent à être traitées à fond dans l'exposé qui va suivre. L'intérêt principal, cependant, doit revenir aux anomalies causées par le cerveau, ces anomalies poussant souvent à des actes pervers et même criminels.
A.—PARADOXIE.—INSTINCT SEXUEL EN DEHORS DE LA PÉRIODE DES PROCESSUS ANATOMICO-PHYSIOLOGIQUES
1º Instinct sexuel dans l'enfance.—Tout médecin neuro-pathologue et tout médecin d'enfants savent que les mouvements de la vie sexuelle peuvent se manifester chez les petits enfants. Il faut citer, à ce propos, les communications très remarquables d'Ultzmann sur la masturbation dans l'enfance24.
Note 24: (retour)Louyer-Villermay rapporte ainsi un cas d'onanisme chez une fille de trois à quatre ans; de même, Moreau (Aberrations du sens génésique, 2e édit., p. 209) parle d'un enfant de deux ans. À consulter Maudsley: Physiologie et Pathologie de l'âme, p. 218; Hirschsprung (Kopenhagen), Berlin. klin. Wochenschrift, 1886, nº 38; Lombroso, L'Uomo delinquente.
Il faut bien distinguer les cas nombreux où, à la suite de phimosis, balanites, oxyures dans l'anus ou dans le vagin, les enfants éprouvent des démangeaisons aux parties génitales, y font des attouchements, en ressentent une sorte de volupté et arrivent ainsi à la masturbation. Il faut bien séparer de tous ces cas ceux où, sans aucune cause périphérique, mais uniquement par des processus cérébraux, l'enfant éprouve des désirs et des penchants sexuels. Dans ces derniers cas seulement il s'agit d'une manifestation précoce de la vie sexuelle. Il est probable qu'on se trouve là en présence d'un phénomène partiel d'un état morbide neuro-psychopathique. Une observation de Marc (Les maladies mentales) nous fournit une preuve frappante de cet état. Le sujet était une fille de huit ans, issue d'une famille très honorable et qui, dénuée de tout sentiment moral, se livrait à la masturbation depuis l'âge de quatre ans. Præterea cum pueris, decem usque duodecim annos natis, stupra fecit. Elle était hantée par l'idée d'assassiner ses parents pour hériter et pour pouvoir s'amuser ensuite avec des hommes.
Dans ces cas de libido précoce, les enfants sont amenés à la masturbation, et, comme ils sont fortement tarés, ils aboutissent souvent à l'idiotie ou aux formes graves des névroses ou psychoses dégénératives.
Lombroso (Archiv. di Psychiatria, IV. p. 22) a recueilli des documents sur des enfants héréditairement tarés. Il parle, entre autres, d'une fille de trois ans qui se masturbait sans cesse et sans vergogne. Une autre fille a commencé à l'âge de huit ans et a continué à s'onaniser après son mariage, surtout pendant la durée de sa grossesse. Elle a accouché douze fois. Cinq de ses enfants sont morts très jeunes; quatre étaient des hydrocéphales, deux (des garçons) se sont livrés à la masturbation, l'un à partir de l'âge de quatre ans, l'autre à partir de l'âge de sept ans.
Zambacco (L'Encéphale, 1882, nº 12) raconte l'histoire abominable de deux sœurs avec précocité et perversion du sens sexuel. L'aînée, R..., se masturbait déjà à l'âge de sept ans, stupra cum pueris faciebat, volait quand elle pouvait le faire, sororem quatuor annorum ad masturbationem illixit, faisait à l'âge de dix ans les actes les plus hideux, ne put pas même être détournée de sa rage par le ferrum candens ad clitoridem; elle se masturba une fois avec la soutane d'un prêtre pendant que celui-ci l'exhortait à s'amender, etc., etc.
2º Réveil du penchant sexuel à l'âge de sénilité.—Il y a des cas rares où l'instinct sexuel se conserve jusqu'à un âge très avancé. «Senectus non quidem annis sed viribus magis æstimatur» (Zittmann). Œsterlen (Maschkas Handbuch, III, p. 18) rapporte même le cas d'un vieillard de quatre-vingt-trois ans qui fut condamné par une cour d'assises wurtembergeoise à trois ans de travaux forcés pour délit contre les mœurs. Malheureusement il ne dit rien du genre du délit ni de l'état psychique de l'accusé.
Les manifestations de l'instinct sexuel à un âge très avancé ne constituent pas, par elles-mêmes, un cas pathologique. Mais il faut nécessairement admettre des conditions pathologiques quand l'individu est usé (décrépitude), quand sa vie sexuelle est déjà éteinte depuis longtemps, et quand, chez un homme dont autrefois peut-être les besoins sexuels n'étaient pas très forts, l'instinct se manifeste avec une grande puissance et demande à être satisfait impérieusement, souvent même se pervertit.
Dans de pareils cas, le bon sens fera soupçonner l'existence de conditions pathologiques. La science médicale a bien établi qu'un penchant de ce genre est basé sur des changements morbides dans le cerveau, altérations qui peuvent mener à l'idiotie sénile (gagaïsme, gâtisme).
Ce phénomène morbide de la vie sexuelle peut être le précurseur de la démence sénile et se présente longtemps avant qu'il existe des faits manifestes de faiblesse intellectuelle. L'observateur attentif et expérimenté pourra toujours démontrer, même dans cette phase prodromique, un changement de caractère in pejus et un affaiblissement du sens moral qui va de pair avec cet étrange réveil sexuel. Le libido de l'homme qui est sur le point de tomber en démence sénile, se manifeste au début par des paroles et des gestes lascifs. Les enfants sont les premiers attaqués par ces vieillards cyniques, qui sont en train de verser dans l'atrophie cérébrale, et dans la dégénérescence psychique. Les occasions plus faciles d'aborder les enfants, et aussi la conscience d'une puissance défectueuse, peuvent expliquer ce fait attristant; une puissance génésique défectueuse et un sens moral très abaissé expliquent encore pourquoi les actes sexuels de ces vieillards sont toujours pervers. Ce sont des équivalents de l'acte physiologique dont ils ne sont plus capables. Comme tels, les annales de la médecine légale enregistrent l'exhibition des parties génitales (voir Lasègue: Les exhibitionnistes. Union médicale, 1871, 1er mai), l'attouchement voluptueux des parties génitales des enfants (Legrand du Saulle, La folie devant les tribunaux, p. 30), l'excitation des enfants à la masturbation du séducteur, l'onanisation de la victime (Hirn, Maschkas Handbuch d. ger. Med., p. 373), la flagellation des enfants.
Dans cette phase, l'intelligence du vieillard peut encore être assez conservée pour qu'il cherche à éviter l'éclat et les révélations, tandis que son sens moral a trop baissé pour qu'il puisse juger de la moralité de l'acte et pour qu'il puisse résister à son penchant. Avec l'apparition de la démence, ces actes deviennent de plus en plus éhontés. Alors la préoccupation d'impuissance disparaît et le malade recherche des adultes; mais sa puissance génésique défectueuse le réduit à se contenter des équivalents du coït. Dans ce cas, le vieillard est souvent amené à la sodomie, et alors, comme le fait remarquer Tarnoswsky (op. cit., p. 77), dans l'acte sexuel avec des oies, des poules, etc., l'aspect de l'animal mourant, ses mouvements convulsifs procurent une satisfaction complète au malade. Les actes sexuels pervers accomplis sur des adultes sont aussi abominables et aussi psychologiquement compréhensibles d'après les faits que nous venons de mentionner.
L'observation 49 de mon traité de Psychopathologie légale nous montre combien le désir sexuel peut devenir intense au cours de la dementia senilis quum senex libidinosus germanam suam filiam æmulatione motus necaret et adspectu pectoris cæsi puellæ moribundæ delectaretur.
Dans le cours de cette maladie, des délires érotiques peuvent se produire avec épisodes maniaques ou sans ces épisodes, ainsi que cela ressort du fait suivant.
Observation 1.—J. René s'est adonné de tout temps aux plaisirs sexuels, mais en gardant le décorum. Il a, depuis l'âge de soixante-seize ans, montré un affaiblissement graduel de ses facultés mentales en même temps qu'une augmentation progressive dans la perversion du sens moral. Autrefois avare et de très bonne tenue, consumpsit bona sua cum meretricibus, lupanaria frequentabat, ab omni femina in via occurrente, ut uxor fiat sua voluit, aut ut coitum concederet, et il a tellement offensé les mœurs publiques, qu'il a fallu l'interner dans une maison d'aliénés. Là, son excitation sexuelle se surexcita et devint un état de véritable satyriasis qui dura jusqu'à sa mort. Il se masturbait sans cesse, même en public, divaguait sur des idées obscènes; il prenait les hommes de son entourage pour des femmes et les poursuivait de ses sales propositions (Legrand du Saulle, La Folie, p. 533).
Un pareil état d'excitation sexuelle exagérée (nymphomanie, furor uterinus) peut se produire chez des femmes tombées en dementia senilis, bien qu'elles aient été auparavant des femmes très convenables.
Il ressort de la lecture de Schopenhauer (Le monde comme volonté et comme représentation, 1859, t. II, p. 461) que, dans la dementia senilis, le penchant morbide et pervers peut se porter exclusivement vers les personnes du sexe du malade (voir plus loin). La manière de satisfaire ce penchant est, dans ce cas, la pédérastie passive ou la masturbation mutuelle, comme je l'ai constaté dans le cas suivant.
Observation 2.—M. X..., quatre-vingts ans, d'une haute position sociale, issu d'une famille tarée, cynique, a toujours eu de grands besoins sexuels. Selon son propre aveu, il préférait, étant encore jeune homme, la masturbation au coït. Il eut des maîtresses, fit à l'une d'elles un enfant, se maria par amour à l'âge de quarante-huit ans et fit encore six enfants; durant la période de sa vie conjugale, il ne donna jamais à son épouse aucun motif de se plaindre. Je ne pus avoir que des détails incomplets sur sa famille. Il est cependant établi que son frère était soupçonné d'amour homosexuel et qu'un de ses neveux est devenu fou à la suite d'excès de masturbation. Depuis des années, le caractère du patient qui était bizarre et sujet à des explosions violentes de colère, est devenu de plus en plus excentrique. Il est devenu méfiant et la moindre contrariété dans ses désirs le met dans un état qui peut provoquer des accès de rage pendant lesquels il lève même la main sur son épouse.
Depuis un an on a remarqué chez lui des symptômes nets de dementia senilis incipiens. La mémoire s'est affaiblie; il se trompe sur les faits du passé et parfois ne sait plus s'y reconnaître. Depuis quatorze mois, on constate chez ce vieillard de véritables explosions d'amour pour certains de ses domestiques hommes, particulièrement pour un garçon jardinier. D'habitude tranchant et hautain envers ses subalternes, il comble ce favori de faveurs et de cadeaux, et ordonne à sa famille ainsi qu'aux employés de sa maison de montrer la plus grande déférence à ce garçon. Il attend, dans un état de véritable rut, les heures de rendez-vous. Il éloigne de la maison sa famille pour pouvoir rester seul et sans gêne avec son favori; il s'enferme avec lui pendant des heures entières et, quand les portes se rouvrent, on trouve le vieillard tout épuisé, couché sur son lit. En dehors de cet amant, ce vieillard a encore périodiquement des rapports avec d'autres domestiques mâles. Hoc constat amatos eum ad se trahere, ab iis oscula concupiscere, genitalia sua tangi jubere itaque masturbationem mutuam fieri. Ces manies produisent chez lui une véritable démoralisation. Il n'a plus conscience de la perversité de ses actes sexuels, de sorte que son honorable famille est désolée et n'a d'autre recours que de le mettre sous tutelle, de le placer dans une maison de santé. On n'a pu constater chez lui d'excitation érotique pour l'autre sexe, bien qu'il partage encore avec sa femme la chambre à coucher commune. En ce qui concerne la sexualité pervertie et le complet affaissement du sens moral de ce malheureux, il est à remarquer, comme fait curieux, qu'il questionne les servantes de sa belle-fille pour savoir si cette dernière n'a pas d'amant.
B.—ANESTHÉSIE (MANQUE DE PENCHANT SEXUEL)
1º Comme anomalie congénitale.—On ne peut considérer comme exemples incontestables d'absence du sens sexuel, occasionnée par des causes cérébrales, que les cas dans lesquels, malgré le développement et le fonctionnement normal des parties génitales (production du sperme, menstruation), tout penchant pour la vie sexuelle manque absolument ou a manqué de tout temps. Ces individus sans sexe, au point de vue fonctionnel, sont très rares. Ce sont des êtres dégénérés chez lesquels on peut rencontrer des troubles cérébraux fonctionnels, des symptômes de dégénérescence psychique et même des stigmates de dégénérescence anatomique. Legrand du Saulle cite un cas classique et qui rentre dans cette catégorie (Annales médico-psychol., 1876, mai.)
Observation 3.—D..., trente-trois ans, né d'une mère atteinte de la monomanie de la persécution. Le père de cette femme était également atteint de la monomanie de la persécution et finit par le suicide. La mère était folle, et la mère de celle-ci a été prise de folie puerpérale. Trois frères du malade sont morts en bas âge, un autre survivant était d'un caractère anormal. D... était déjà, à l'âge de treize ans, hanté par l'idée qu'il deviendrait fou. À l'âge de quatorze ans, il fit une tentative de suicide.
Plus tard, vagabondage; comme soldat, fréquents actes d'insubordination et folies.
Il était d'une intelligence bornée, ne présentait aucun symptôme de dégénérescence, avait les parties génitales normales, et eut, à l'âge de dix-sept ou dix-huit ans, des écoulements de sperme. Il ne s'est jamais masturbé, n'a jamais eu de sentiments sexuels et n'a jamais désiré avoir des rapports avec les femmes.
Observation 4.—P..., trente-six ans, journalier, a été reçu au commencement du mois de novembre dans ma clinique pour une paralysie spinale spasmodique. Il prétend être issu d'une famille bien portante. Depuis l'enfance il est bègue. Le crâne est microcéphale. Le malade est un peu niais. Il n'a jamais été sociable et n'a jamais eu de penchants sexuels. L'aspect d'une femme ne lui dit rien. Jamais il ne s'est manifesté chez lui de penchant pour la masturbation. Il a des érections fréquentes, mais seulement le matin, à l'heure du réveil, lorsque la vessie est pleine; il n'y a pas trace d'excitation sexuelle. Les pollutions chez lui sont très rares pendant son sommeil, environ une fois par an, et alors il rêve qu'il a affaire à des femmes. Mais ces rêves n'ont pas un caractère érotique bien net. Il prétend ne pas éprouver de sensation de volupté proprement dite au moment de la pollution. Il affirme que son frère, âgé de trente-quatre ans, est, au point de vue sexuel, constitué comme lui; quant à sa sœur, il la croit dans le même cas. Un frère cadet, dit-il, est d'une sexualité normale. L'examen des parties génitales du malade n'a pas permis de constater aucune anomalie, sauf un phimosis.
Hammond (Impuissance sexuelle, Berlin, 1889), ne peut citer parmi ses nombreuses observations que les trois cas suivants d'anæsthesia sexualis:
Observation 5.—W..., trente-trois ans, vigoureux, bien portant, avec des parties génitales normales, n'a jamais éprouvé de libido et a en vain essayé d'éveiller son sens sexuel absent par des lectures obscènes et des relations avec des mérétrices.
Ces tentatives ne lui causaient qu'un dégoût allant jusqu'à la nausée, de l'épuisement nerveux et physique; et même, lorsqu'il força la situation, il ne put qu'une seule fois arriver à une érection bien passagère. W... ne s'est jamais masturbé; depuis l'âge de dix-sept ans, il a eu une pollution tous les deux mois. Des intérêts importants exigeaient qu'il se mariât. Il n'avait pas l'horror feminæ, désirait vivement avoir un foyer et une femme, mais il se sentait incapable d'accomplir l'acte sexuel, et il est mort célibataire pendant la guerre civile de l'Amérique du Nord.
Observation 6.—X..., vingt-sept ans, avec des parties génitales normales, n'a jamais éprouvé de libido. L'érection ne peut avoir lieu par des excitations mécaniques ni par la chaleur; mais, au lieu du libido, il se produit alors chez lui un penchant aux excès alcooliques. Par contre, ces derniers provoquaient des érections spontanées et, dans ces moments, il se masturbait parfois. Il avait de l'aversion pour les femmes et le coït lui causait du dégoût.
S'il en essayait lorsqu'il était en érection, celle-ci cessait immédiatement. Il est mort dans le coma, par suite d'un accès d'hyperhémie du cerveau.
Observation 7.—Mme O..., d'une constitution normale, bien portante, bien réglée, âgée de trente-cinq ans, mariée depuis quinze ans, n'a jamais éprouvé de libido, et n'a jamais ressenti de sensation érotique dans le commerce sexuel avec son mari. Elle n'avait pas d'aversion pour le coït, et il paraît que parfois elle le trouvait agréable, mais elle n'avait jamais le désir de répéter la cohabitation.
À côté de ces cas de pure anesthésie, nous devons rappeler aussi ceux où, comme dans les précédents, le côté psychique de la vita sexualis présente une page blanche dans la biographie de l'individu, mais où de temps en temps des sentiments sexuels rudimentaires se manifestent au moins par la masturbation. (Comparez le cas transitoire, observation 6.) D'après la subdivision établie par Magnan, classification intelligente mais non rigoureusement exacte et d'ailleurs trop dogmatique, la vie sexuelle serait, dans ce cas, limitée dans la zone spinale. Il est possible que, dans certains de ces cas, il existe néanmoins virtuellement un coté psychique de la vita sexualis, mais il a des bases faibles et se perd par la masturbation avant de pouvoir prendre racine pour se développer ultérieurement.
Ainsi s'expliqueraient les cas intermédiaires entre l'anesthésie sexuelle (psychique) congénitale et l'anesthésie acquise. Celle-ci menace nombre de masturbateurs tarés. Au point de vue psychologique, il est intéressant de constater que, lorsque la vie sexuelle se dessèche trop vite, il se produit aussi une défectuosité éthique.
Comme exemples remarquables, citons les deux faits suivants que j'ai déjà cités autrefois dans l'Archiv für Psychiatrie:
Observation 8.—F... J..., dix-neuf ans, étudiant, est né d'une mère nerveuse dont la sœur était épileptique. À l'âge de quatre ans, affection aiguë du cerveau qui a duré quinze jours. Enfant, il n'avait pas de cœur; froid pour ses parents; comme élève, il était étrange, renfermé, s'isolait, toujours cherchant et lisant. Bien doué pour l'étude. À partir de l'âge de quinze ans, il s'est livré à la masturbation. Depuis sa puberté, il a un caractère excentrique, hésite continuellement entre l'enthousiasme religieux et le matérialisme, étudie la théologie et les sciences naturelles. À l'Université, ses camarades le considéraient comme un toqué. Il lisait alors exclusivement Jean-Paul et faisait l'école buissonnière. Manque absolu de sentiments sexuels pour l'autre sexe. S'est laissé une fois entraîner au coït, mais n'y a éprouvé aucun plaisir sexuel, a trouvé que le coït est une ineptie et n'a jamais essayé d'y revenir. Sans aucun motif sérieux, l'idée de suicide lui est venue souvent; il en a fait le sujet d'une thèse philosophique dans laquelle il déclare que le suicide ainsi que la masturbation sont des actes très utiles. Après des études préliminaires répétées sur l'effet des poisons qu'il essayait sur lui-même, il a tenté de se suicider avec 57 grammes d'opium; mais il guérit et on le transporta dans un asile d'aliénés.
Le malade est dépourvu de tout sentiment moral et social. Ses écrits dénotent une banalité et une frivolité incroyables. Il possède de vastes connaissances, mais sa logique est tout à fait étrange et biscornue. Il n'y a pas trace de sentiments affectifs. Avec une ironie et une indifférence de blasé sans pareil, il raille tout, même les choses les plus sublimes. Avec des sophismes et de fausses conclusions philosophiques, il plaide la légitimité du suicide, dont il a l'intention d'user, comme un autre accomplirait une affaire des plus ordinaires. Il regrette qu'on lui ait enlevé son canif. Sans cela, il aurait pu, comme Sénèque, s'ouvrir les veines pendant qu'il était au bain. Un ami lui donna dernièrement un purgatif au lieu d'un poison qu'il avait demandé. Il dit, en faisant un calembour, que cette drogue l'avait mené aux cabinets au lieu de le mener dans l'autre monde. Seul le grand opérateur, armé de la faux du trépas, pourrait lui couper sa «vieille idée folle et dangereuse», etc.
Le malade a le crâne volumineux, de forme rhomboïde, et déformé; la partie gauche du front est plus plate que la partie droite. L'occiput est très droit. Les oreilles sont très écartées et fortement décollées; l'orifice extérieur de l'oreille forme une fente étroite. Les parties génitales sont flasques, les testicules très mous et très petits.
Quelquefois le malade se plaint d'être possédé de la manie du doute. Il est forcé de creuser les problèmes les plus inutiles, hanté par une obsession qui dure des heures entières, qui lui est pénible et qui le fatigue outre mesure. Il se sent alors tellement exténué, qu'il n'est plus capable de concevoir aucune idée juste.
Au bout d'un an, le malade a été renvoyé de l'asile comme incurable. Rentré chez lui, il passait son temps à lire et à pleurer, s'occupait de l'idée de fonder un nouveau christianisme parce que, dit-il, le Christ était atteint de la monomanie des grandeurs et avait dupé le monde avec des miracles (!).
Après un séjour d'un an chez son père, une excitation psychique s'étant subitement produite, il fut de nouveau interné dans l'asile. Il présentait un mélange de délire initial, de délire de persécution (diable, antéchrist, se croit persécuté, monomanie de l'empoisonnement, voix qui le persécutent) et de monomanie des grandeurs (se croit le Christ, le Rédempteur de l'univers). En même temps ses actes étaient impulsifs et incohérents. Au bout de cinq mois, cette maladie mentale intercurrente disparaissait, et le malade revenait à son état d'incohérence intellectuelle primitive et de défectuosité morale.
Observation 9.—E..., trente ans, ouvrier peintre sans place, a été pris en flagrant délit: il voulait couper le scrotum d'un garçon qu'il avait attiré dans un bois. Il donna comme motif qu'il voulait détruire cette partie du corps, pour que le monde ne se peuple pas davantage. Dans son enfance, disait-il, il s'était, pour la même raison, fait des coupures aux parties génitales. Son arbre généalogique ne peut pas être établi. Dès son enfance, E... était un anormal au point de vue intellectuel; il rêvassait, n'était jamais gai; facile à exciter, emporté, il allait toujours méditant; c'était un faible d'esprit. Il détestait les femmes, aimait la solitude, et lisait beaucoup. Quelquefois il riait en lui-même et faisait des bêtises. Dans ces dernières années, sa haine des femmes s'est accentuée; il en veut surtout aux femmes enceintes par qui, dit-il, la misère s'augmente dans le monde. Il déteste aussi les enfants, maudit celui qui lui a donné la vie; il a des idées communistes, s'emporte contre les riches et les prêtres, contre Dieu qui l'a fait naître si pauvre. Il déclare qu'il vaudrait mieux châtrer les enfants que d'en faire de nouveaux qui seront condamnés à la pauvreté et à la misère. Ce fut toujours son idée, et, à l'âge de quinze ans déjà, il avait essayé de s'émasculer pour ne pas contribuer au malheur et à l'augmentation du nombre des hommes. Il méprise le sexe féminin qui contribue à augmenter la population. Deux fois seulement, dans sa vie, il s'est fait manustuprer par des femmes; sauf cet incident il n'a jamais eu affaire avec elles. Il a, de temps en temps, des désirs sexuels, c'est vrai, mais jamais le désir de leur donner une satisfaction naturelle.
E... est un homme vigoureux et bien musclé. La constitution de ses parties génitales n'accuse rien d'anormal. Sur le scrotum et sur le pénis on trouve de nombreuses cicatrices de coupures, traces d'anciennes tentatives d'émasculation. Il prétend que la douleur l'a empêché d'exécuter complètement son projet. À la jointure du genou droit il existe un genu valgum. On n'a pu noter aucun symptôme d'onanisme. Il est d'un caractère sombre, entêté et emporté. Les sentiments sociaux lui sont absolument étrangers. En dehors de l'insomnie et de maux de tête fréquents, il n'y a pas chez lui de troubles fonctionnels.