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Étude Médico-Légale: Psychopathia Sexualis / avec recherches spéciales sur l'inversion sexuelle cover

Étude Médico-Légale: Psychopathia Sexualis / avec recherches spéciales sur l'inversion sexuelle

Chapter 59: B.—LE SENS HOMOSEXUEL COMME PHÉNOMÈNE MORBIDE ET CONGÉNITAL84.
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About This Book

A clinical study of human sexuality that combines case histories, classification, and theoretical discussion to examine sexual development, paraphilias, inversion, and fetishistic phenomena. It considers physiological and psychological bases of erotic feeling, maps zones of sexual excitation and stages of maturation, and surveys social, religious, and legal reactions. The work emphasizes differential diagnosis and forensic assessment, arguing for a medicalized, evidence-based approach to behaviors often judged morally, and uses technical terminology and case-based material to guide physicians and jurists.

L'autobiographie très précieuse pour la science qu'on vient de lire était accompagnée de la lettre suivante, qui ne manque pas non plus d'intérêt.


Je dois, tout d'abord, vous demander pardon de vous importuner par ma lettre; j'avais perdu tout appui et je me considérais comme un monstre qui m'inspirais du dégoût à moi-même. Alors la lecture de vos écrits m'a rempli d'un nouveau courage, et j'ai décidé d'aller au fond de la chose, de jeter un coup d'œil rétrospectif sur ma vie, quoi qu'il en arrive. Or, j'ai considéré comme un devoir de reconnaissance envers vous de vous communiquer le résultat de mes souvenirs et de mes observations, car je n'ai trouvé cité dans votre ouvrage aucun cas analogue au mien. Enfin j'ai pensé aussi qu'il pourrait vous intéresser d'apprendre par la plume d'un médecin quelles sont les pensées et les sensations d'un être humain masculin complètement manqué et se trouvant sous l'obsession d'être femme.

Peut-être tout cela ne s'accorde pas; mais je n'ai plus la force de faire d'autres réflexions, et je ne veux pas approfondir davantage cette matière. Bien des choses sont répétées, mais je vous prie de bien songer qu'on peut avoir des défaillances dans un rôle dont le déguisement vous a été imposé malgré vous.

J'espère, après avoir lu vos ouvrages, que, en continuant à remplir mes devoirs comme médecin, citoyen, père et époux, je pourrai toujours me compter au nombre de ceux qui ne méritent pas d'être méprisés entièrement.

Enfin j'ai tenu à vous présenter le résultat de mes souvenirs et de mes méditations, afin de prouver qu'on peut être médecin malgré la nature féminine de ses pensées et de ses sentiments. Je crois que c'est un grand tort de fermer à la femme la carrière médicale; une femme découvre, grâce à son instinct, les signes de certains maux que l'homme scruta dans l'obscurité, en dépit de tout diagnostic; en tout cas, il en est ainsi lorsqu'il s'agit de maladies de femmes et d'enfants. Si on pouvait le faire, chaque médecin devrait être forcé de faire un stage de trois mois comme femme; il comprendrait et estimerait alors mieux cette partie de l'humanité d'où il est sorti; il saurait alors apprécier la grandeur d'âme des femmes et, d'autre part, la dureté de leur sort.

Epicrise.—Le malade, très chargé, est originairement anormal au point de vue psycho-sexuel; car pendant l'acte sexuel il a une sensation féminine caractéristique. Cette sensation anormale demeura purement une anomalie psychique jusqu'à il y a trois ans, anomalie basée sur une neurasthénie grave, et puissamment accentuée par des sensations physiques dans le sens d'une transmutatio sexualis, sensations suggérées par obsession à sa conscience. Le malade, à sa grande frayeur, se sent alors aussi physiquement femme et, sous le coup de l'idée obsédante d'être femme, il croit éprouver une métamorphose complète de ses pensées, de ses sentiments et de ses aspirations d'autrefois, et même de sa vita sexualis dans le sens d'une éviration. Toutefois son «moi» est capable de conserver son empire sur ces processus morbides de l'âme et du corps, et de se sauver de la paranoia. Voilà un exemple remarquable de sensations, d'idées obsédantes basées sur des tares nerveuses, un cas d'une grande valeur pour arriver à étudier comment la transformation psycho-sexuelle a pu s'accomplir.

Quatrième degré. Métamorphose sexuelle paranoïque.

Le dernier degré possible dans le processus de la maladie est la monomanie de la métamorphose sexuelle. Elle se développe sur la base d'une neurasthénie sexuelle qui dégénère en neurasthenia universalis dans le sens d'une maladie psychique, la paranoia.

Les observations nous montrent le développement intéressant du processus névrotico-psychologique jusqu'à son point culminant.


Observation 100.—K..., trente-six ans, célibataire, domestique agricole, reçu à la clinique le 20 février 1889, présente un cas typique de neurasthenia sexualis, dégénérée en paranoïa persecutoria avec hallucinations olfactives, sensations, etc.

Il est issu d'une famille chargée. Plusieurs de ses sœurs et frères étaient psychopathes. Le malade a un crâne hydrocéphale, enfoncé au niveau de la fontanelle droite; l'œil est névropathique. De tout temps, le malade eut de grands besoins sexuels; il s'est adonné à l'âge de onze ans à la masturbation; il a fait le coït à l'âge de vingt-trois ans; il a procréé trois enfants illégitimes et a cessé ensuite tout rapport sexuel de peur de faire encore des enfants et d'être trop chargé de pensions alimentaires. L'abstinence lui était très pénible; il renonça aussi à la masturbation et eut à la suite des pollutions abondantes. Il y a un an et demi, il est devenu sexuellement neurasthénique; il avait alors aussi des pollutions diurnes; il fut très affaibli et déprimé; cet état de choses durant, il a fini par contracter une neurasthénie générale et être atteint de paranoïa.

Depuis un an, il a eu des sensations paresthésiques; il lui semble avoir une grande pelotte à la place de ses parties génitales; ensuite il se figura que son pénis et son scrotum lui manquaient, et que ses parties génitales s'étaient transformées en parties génitales féminines. Il sentait des mamelles lui pousser, une natte de cheveux, et des vêtements féminins se coller à son corps. Il se figurait être femme. Les passants dans les rues lui semblaient tenir des propos comme ceux-ci: «Voyez donc cette garce, cette vieille drôlesse!»

Dans son sommeil accompagné de rêves, il avait la sensation d'un homme qui accomplissait le coït sur lui devenu femme. Il en avait de l'éjaculation avec un vif sentiment de volupté.

Pendant son séjour à la clinique, il s'est produit une interruption dans sa paranoïa et en même temps une amélioration notable de sa neurasthénie. Alors disparurent momentanément les sentiments et les idées d'une métamorphose sexuelle.

Voici un autre cas d'éviration avancée sur le chemin de la transformatio sexus paranoïca.


Observation 101.—Franz St..., trente-trois ans, instituteur dans une école primaire, célibataire, probablement issu d'une famille chargée, névropathe de tout temps, émotif, peureux, ne pouvant supporter l'alcool, a commencé à se masturber à l'âge de dix-huit ans. À l'âge de trente ans se produisirent chez lui des symptômes de neurasthenia sexualis. (Pollutions avec faiblesse consécutive, pollutions qui se produisaient aussi dans la journée, douleurs dans la région du plexus sacré, etc.). Il s'y ajouta encore de l'irritation spinale, des pressions sur la tête et de la cérébrasthénie.

Depuis le commencement de 1885, le malade s'est abstenu du coït qui ne lui procurait plus aucune sensation de volupté. Il se masturbait souvent.

En 1888, commença chez lui la monomanie de la persécution. Il remarquait qu'on l'évitait, qu'il répandait une odeur infecte, qu'il puait (hallucinations olfactives); il s'expliquait de cette façon le changement d'attitude des gens à son égard, de même que leurs éternuements, leur toux, etc.

Il sentait des odeurs du cadavre, d'urine corrompue. Il attribuait la cause de sa mauvaise odeur à des pollutions à l'intérieur. Il les percevait par une sensation, comme si un liquide montait du pubis à la poitrine.

Le malade quitta bientôt la clinique. En 1889, il revint pour y être reçu; il était déjà dans un état avancé de paranoïa masturbatoria persecutoria (monomanie de la persécution).

Au commencement du mois de mai 1889, le malade éveilla l'attention parce qu'il protestait violemment toutes les fois qu'on l'appelait: «Monsieur».

Il proteste contre cette apostrophe, car, prétend-il, il est femme. Des voix le lui disent. Il s'aperçoit que des mamelles lui poussent. Il y a une semaine, les autres malades lui ont fait des attouchements voluptueux. Il a entendu dire qu'il est une putain. Ces temps derniers il a eu des rêves d'accouplement. Il rêvait qu'on pratiquait le coït sur lui comme sur une femme. Il sentait l'immissio penis, et a eu la sensation d'une éjaculation au milieu de son rêve.

Le crâne est pointu, la face est longue et étroite; bosses pariétales proéminentes. Les parties génitales sont normalement développées.

Le cas suivant, observé dans l'asile d'Illenau, est un exemple manifeste d'inversion durable et maniaque de la conscience sexuelle.


Observation 102.—Metamorphosis sexualis paranoïca.

N..., vingt-trois ans, célibataire, pianiste, a été reçu vers la fin du mois d'octobre 1865 à la maison de santé d'Illenau. Il est né d'une famille censée être exempte de tares héréditaires, mais tuberculeuse. Le père et le frère ont succombé à la phtisie pulmonaire. Le malade, étant enfant, était faible, mal doué, mais avait un talent exclusif pour la musique. De tout temps il eut un caractère anormal, taciturne, renfermé, insociable, avec des manières brusques.

À partir de l'âge de quinze ans, il se livra à la masturbation. Quelques années plus tard, des malaises neurasthéniques se produisirent (battements de cœur, faiblesse, douleurs de tête périodiques, etc.), en même temps que des velléités hypocondriaques. L'année dernière, le malade travaillait beaucoup et durement. Depuis six mois, sa neurasthénie s'est accentuée. Il se plaignit alors de battements de cœur, congestion de la tête, insomnie, il devint très irritable; paraissait sexuellement très excité, et prétendait qu'il lui fallait se marier le plus tôt possible, pour raisons de santé. Il tomba amoureux d'une artiste, mais presqu'en même temps (septembre 1865), il devint malade du paranoïa persecutoria (voyait des actes hostiles, entendait des injures dans la rue, trouvait du poison dans sa nourriture, on tendait une corde à travers le pont pour qu'il ne puisse pas aller chez son amante). À la suite de son excitation croissante et de conflits avec son entourage qu'il considérait comme ennemi, il a été reçu dans l'asile d'aliénés. À son entrée, il présentait encore l'image typique de la paranoïa persecutoria avec les symptômes de la neurasthénie sexuelle qui devint plus tard générale; mais sa monomanie de la persécution ne s'échafaudait point sur ce fond nerveux. Ce n'est qu'accidentellement que le malade entendait dire à son entourage: «Voilà qu'on lui enlève le sperme, voilà qu'on lui enlève la vessie.»

Au cours des années de 1866 à 1868, la manie de la persécution fut reléguée de plus en plus au second rang et fut remplacée en grande partie par des idées érotiques. La base somatico-physique était une excitation violente et continuelle de la sphère sexuelle. Le malade s'amourachait de chaque dame qu'il voyait; il entendait des voix qui l'encourageaient à s'approcher d'elles; il demandait impérieusement le consentement au mariage et prétendait que, si on ne lui procurait pas une femme, il mourrait de consomption. Grâce à sa pratique continuelle de la masturbation, les signes d'une prochaine éviration se montrent déjà en 1869. Il disait que si on lui donnait une femme, il ne l'aimerait que «platoniquement». Le malade devient de plus en plus bizarre, il ne vit que dans une sphère d'idées érotiques, voit partout faire dans l'asile de la prostitution, entend par-ci par-là des voix qui l'accusent d'avoir une attitude indécente vis-à-vis des femmes. Il évite donc la société des dames, et ne consent à faire de la musique devant les dames qu'à la condition d'avoir deux hommes comme témoins.

Au cours de l'année 1872, l'état neurasthénique prend un développement considérable. Alors la paranoia persecutoria aussi reparaît de plus en plus au premier plan et avec une couleur clinique particulière due à l'état nerveux fondamental. Des hallucinations olfactives se produisent; il est influencé par l'action du magnétisme. Il dit que des «ondulations magnétiques agissent sur lui». (Fausse interprétation de malaises spinaux asthéniques.) Sous le coup d'une excitation violente et continuelle et d'excès de masturbation, le processus de l'éviration progresse de plus en plus. Il n'est plus qu'épisodiquement homme, il est consumé du désir d'être femme, et se plaint amèrement que la prostitution éhontée des hommes, dans cette maison, rende impossible la venue d'une femme vers lui; l'air empoisonné de magnétisme, l'amour non satisfait l'ont rendu mortellement malade; il ne peut pas vivre sans amour; il est empoisonné par un poison de lubricité qui agit sur l'instinct génital. La dame qu'il aime est ici, au milieu de la plus basse débauche. Les prostituées, dans cette maison, ont des «chaînes de félicité», c'est-à-dire des chaînes dans lesquelles on est enchaîné sans pouvoir bouger et dans lesquelles on éprouve de la volupté. Il est prêt, maintenant, à se contenter d'une prostituée. Il possède un admirable rayonnement des pensées par les yeux qui vaut 20 millions. Ses compositions valent 500,000 francs. À côté de ces symptômes de monomanie des grandeurs, il y a des symptômes de monomanie de la persécution; la nourriture est empoisonnée par des excréments vénériens; il sent le poison, il entend des accusations infâmes, et il demande une machine à boucher les oreilles.

À partir du mois d'août 1872, les signes de l'éviration deviennent de plus en plus nombreux. Il se comporte avec beaucoup d'afféterie et déclare qu'il ne pourrait plus vivre au milieu des hommes qui boivent et qui fument. Il pense et sent tout à fait en femme. On doit le traiter dorénavant en femme, et le mettre dans la section des femmes. Il demande des confitures, des gâteaux fins. Pris de ténesme et de spasme de la vessie, il demande à être transporté dans un hôpital d'accouchement, et à être traité comme une malade enceinte. Le magnétisme morbide des hommes qui le soignent a une action nuisible sur lui.

Passagèrement, il se sent encore, par moments, homme, mais il plaide d'une manière très significative pour son sens sexuel morbide, inverti; il veut la satisfaction par la masturbation, le mariage sans coït. Le mariage est une institution de volupté. La fille qu'il épouserait devrait être onaniste.

À partir du mois de décembre 1872, la conscience de sa personnalité se transforme définitivement en une conscience féminine. Il a été de tout temps une femme, mais, entre un et trois ans, un empirique, un charlatan français, lui a greffé des parties génitales masculines et a empêché le développement de ses mamelles en lui frottant et en lui préparant le thorax.

Il demande énergiquement à être interné dans la section des femmes, à être protégé contre les hommes qui veulent le prostituer et à être habillé en femme. Éventuellement il serait disposé à s'occuper dans un magasin de jouets d'enfants, à faire de la couture ou du découpage, ou à travailler pour une modiste. À partir du moment de la transformatio sexus, commence pour le malade une ère nouvelle. Dans ses souvenirs, il considère son individualité d'autrefois comme celle d'un cousin à lui.

Pour le moment, il parle de lui-même à la troisième personne; il déclare être la comtesse V..., la meilleure amie de l'impératrice Eugénie, demande des parfums, des corsets, etc. Il prend les autres hommes de l'asile pour des femmes, essaie de se tresser une natte, demande un cosmétique oriental pour l'épilation, afin qu'on ne mette plus en doute sa nature de femme. Il se plaît à faire l'apologie de l'onanisme, car «il était, dès l'âge de quinze ans, onaniste, et il n'a jamais cherché de satisfactions d'un autre genre». Occasionnellement on observe encore chez lui des malaises neurasthéniques, des hallucinations olfactives, des idées de persécution. Tous les faits de sa vie qui se sont passés jusqu'au mois de décembre 1872, reviennent à la personnalité du cousin.

Le malade ne peut être dissuadé de son idée fixe qu'il est la comtesse V... il invoque qu'il a été examiné par la sage-femme qui a constaté son sexe féminin. La comtesse ne se mariera pas, parce qu'elle méprise les hommes. Comme le malade n'obtient pas d'avoir des vêtements de femme ni des souliers à hauts talons, il préfère rester toute la journée au lit; il se comporte en femme noble et souffrante, fait la douillette, la pudique, demande des bonbons, etc. Autant qu'il peut, il fait de ses cheveux des nattes, il s'arrache les poils de la barbe, et il se fait avec des petits pains un buste de femme.

En 1877, il se produit une carie à la jointure du genou gauche, et bientôt s'y ajoute une phtisie pulmonaire. Le malade meurt le 2 décembre 1874. Crâne normal. Le lobe frontal est atrophié, le cerveau anémié. Examen microscopique (Dr Schüle): sur la couche superficielle du lobe frontal, les cellules ganglionnaires sont légèrement rétrécies; dans la tunique adventice des vaisseaux beaucoup de granulations graisseuses; le glia n'est pas changé; parcelles de pigment et granulations colloïdes isolées. Les couches profondes de l'écorce cérébrale sont normales. Les parties génitales sont très grosses, les testicules petits, flasques; à la coupe, aucun changement macroscopique.

Ce cas de monomanie de la transformation sexuelle que nous venons de décrire dans ses origines et les diverses phases de son développement, est un phénomène d'une rareté étonnante dans la pathologie de l'esprit humain. En dehors des cas précédents que je dois à mon observation personnelle, j'en ai observé un cas, comme phénomène épisodique, chez une dame invertie, un autre comme phénomène permanent chez une fille atteinte de paranoia primitive, et enfin un autre chez une dame atteinte de paranoia primitive.

Dans la littérature je n'ai pas rencontré d'observations sur la monomanie de la transformation sexuelle, sauf un cas traité brièvement par Arndt dans son Manuel (p. 172), un cas étudié assez superficiellement par Sérieux (Recherches cliniques), p. 33, et les deux cas bien connus d'Esquirol. Nous reproduisons ici sommairement le cas d'Arndt, bien que, pas plus que ceux d'Esquirol, il n'offre aucun renseignement sur la genèse de la monomanie.


Observation 103.—Une femme d'âge moyen, internée dans l'asile de Greifswalder, se prenait pour un homme et se comportait en conséquence. Elle se coupait les cheveux très courts, se faisait une raie sur le côté, à la mode des militaires. Un profil bien prononcé, un nez un peu fort et une certaine grossièreté de traits donnaient à sa figure un cachet bien caractéristique; des cheveux courts et collés aux oreilles achevaient de donner à sa tête une expression tout à fait virile.

Elle était de grande taille, maigre; sa voix était profonde et rauque; la pomme d'Adam anguleuse et proéminente; son maintien était raide, sa démarche et ses mouvements pesants sans être lourds. Elle avait l'air d'un homme déguisé en femme. Quand on lui demandait comment lui était venue l'idée de se prendre pour un homme, elle s'écriait presque toujours, pleine d'irritation: Eh bien, regardez-moi donc! Est-ce que je n'ai pas l'air d'un homme? Aussi je sens que je suis homme. J'ai toujours eu un sentiment de ce genre, mais ce n'est que peu à peu que je suis parvenue à m'en rendre compte clairement. L'homme qui est censé être mon mari n'est pas un vrai homme; j'ai procréé mes enfants toute seule. J'ai toujours senti en moi quelque chose de pareil, mais ce n'est que plus tard que j'ai vu clair. Et dans mon ménage, est-ce que je n'ai pas toujours agi en homme? L'homme qui est censé être mon mari, n'était qu'un aide. Il a exécuté ce que je lui ai commandé. Dès ma jeunesse, je fus toujours plutôt portée vers les choses viriles que vers les affaires des femmes. J'ai toujours mieux aimé m'occuper de ce qui se passe dans la ferme et dans les champs que des affaires du ménage et de la cuisine. Seulement, je n'avais pas reconnu à quoi cela tenait. Maintenant je sais que je suis un homme; aussi je veux me comporter comme tel, et c'est une honte de me tenir toujours dans des vêtements de femme.


Observation 104.—X..., vingt-six ans, de haute taille et de belle prestance, aimait, dès son enfance, à mettre des vêtements de femme. Devenu grand, il savait, à l'occasion des représentations théâtrales par des amateurs, toujours si bien arranger les choses, qu'on lui donnait des rôles de femme à jouer. Après avoir éprouvé une forte dépression mélancolique, il s'imagina être réellement une femme, et essaya d'en convaincre son entourage. Il aimait à se déshabiller, à se coiffer ensuite en femme et à se draper. Un jour il voulut sortir dans cette tenue. Sauf cette idée, il était tout à fait raisonnable. Il avait l'habitude de se coiffer pendant toute la journée, de se regarder dans la glace, et, à l'aide de sa robe de chambre, de se costumer autant que possible en femme.

Un jour qu'Esquirol faisait mine de lui soulever son jupon, il se mit en colère et lui reprocha son insolence (Esquirol).


Observation 105.—Madame X..., veuve, fut, par suite de la mort de son mari et de la perte de sa fortune, en proie à de vives émotions et au chagrin. Elle devint folle; après avoir commis une tentative de suicide, elle fut transportée à la Salpétrière.

Madame X..., svelte, maigre, continuellement en excitation maniaque, s'imaginait être un homme et se mettait toujours en colère quand on l'appelait: «Madame». Un jour qu'on mit à sa disposition des vêtements d'homme, elle fut transportée de joie. En 1802, elle est morte d'une maladie de consomption, et elle a manifesté, peu de temps encore avant son décès, sa manie d'être un homme (Esquirol).

Dans un précédent chapitre, j'ai fait mention des rapports intéressants qui existent entre ces faits de la métamorphose sexuelle imaginaire et la soi-disant folie des Scythes.

Marandon (Annales médico-psychologiques, 1888, p. 160) a, comme beaucoup d'autres, accepté l'hypothèse erronée que, chez ces Scythes de l'antiquité, il s'agissait d'une véritable monomanie et non pas d'une simple éviration. D'après la loi de l'empirisme actuel, cette monomanie, si rare aujourd'hui, a dû être non moins rare dans l'antiquité. Comme il est impossible de l'admettre autrement que basée sur une paranoia, il n'a jamais pu être question d'une manifestation endémique de ce phénomène, mais seulement de l'interprétation superstitieuse d'une éviration (dans le sens d'un châtiment d'une déesse), ainsi que cela ressort des allusions d'Hippocrate.

Le fait qui ressort de la soi-disant folie des Scythes ainsi que des observations modernes relevées chez les Indiens de Pueblo, reste toujours remarquable au point de vue anthropologique; avec l'atrophie des testicules, on a constaté en même temps celle des parties génitales et en général une régression vers le type féminin au point de vue physique et moral. C'est d'autant plus frappant qu'une pareille réaction est aussi insolite chez l'homme qui, à l'âge adulte, a perdu ses organes génitaux, que chez la femme adulte après la ménopause artificielle ou naturelle.

B.—LE SENS HOMOSEXUEL COMME PHÉNOMÈNE MORBIDE ET CONGÉNITAL84.

Note 84: (retour)

Ouvrages (en dehors de ceux qui seront mentionnés plus tard): Tardieu, Des attentats aux mœurs, 7º édit., 1878, p. 210—Hoffmann, Lehrb. d. ger. Med., 6º édit., p. 170, 887.—Glay Revue philosophique, 1881, nº1.—Magnan, Annal. méd.-psychol., 1885, p. 558.—Shaw et Ferrin, Journal of nervous and mental disease, 1883, Avril, nº 2.—Bernhardi, Der Uranismus, Berlin (Volksbuchhandlung), 1882—Chevalier, De l'inversion de l'instinct sexuel, Paris, 1885.—Ritti, Gaz. hebdom. de médecine et de chirurgie, 1878, 4 janvier.—Tamassla, Rivista sperim., 1878, p. 97-117.—Lombroso. Archiv. di Psychiatr., 1881.—Charcot et Magnan, Archiv. de Neurologie, 1882, nos 7, 12.—Moll, Die conträre Sexualempfindung, Berlin, 1891.—Chevalier, Archives de l'anthropologie criminelle, t. V, nº 27; t. VI, nº 31.—Reuss, Aberrations du sens génésique (Annales d'hygiène publique, 1896).—Saury, Étude clinique sur la folie héréditaire, 1880.—Brouardel, Gaz. des hôpitaux, 1886 et 1887.—Tilier, L'instinct sexuel chez l'homme et chez les animaux, 1889.—Carlier, Les deux prostitutions, 1887.—Lacassagne, Art. Pédérastie in Dictionn. encyclopédique.—Vibert, Art. Pédérastie in Dictionnaire de méd. et de chirurgie.

L'essentiel, dans ce phénomène étrange de la vie sexuelle, c'est la frigidité sexuelle poussée jusqu'à l'horreur pour l'autre sexe, tandis qu'il y a un sens sexuel et un penchant pour son propre sexe. Toutefois, les parties génitales sont normalement développées, les glandes génitales fonctionnent tout à fait convenablement, et le type sexuel est complètement différencié.

Les sentiments, les pensées, les aspirations et en général le caractère répondent, quand l'anomalie est complètement développée, à la sensation sexuelle particulière, mais non pas au sexe que l'individu atteint représente anatomiquement et physiologiquement. Ce sentiment anormal se manifeste aussi dans la tenue et dans les occupations; il va jusqu'à donner à l'individu une tendance à s'habiller conformément au rôle sexuel pour lequel il se sent doué.

Au point de vue clinique et anthropologique, ce phénomène anormal présente divers degrés dans son développement, c'est-à-dire diverses formes et manifestations.

1) À côté du sentiment homosexuel prédominant il y a des traces de sentiments hétéro-sexuels (hermaphrodisme psycho-sexuel);

2) Il n'y a de penchant que pour son propre sexe (homosexualité);

3) Tout l'être psychique se conforme au sentiment sexuel anormal (effémination et viraginité);

4) La conformation du corps se rapproche de celle qui répond au sens sexuel anormal.

Cependant, on ne rencontre jamais de vraies transitions à l'hermaphrodisme; au contraire, les organes génitaux sont parfaitement différenciés, de sorte que, comme dans toutes les perversions morbides de la vie sexuelle, il faut chercher la cause du phénomène dans le cerveau (androgynie et gynandrie).

Les premiers renseignements un peu exacts85 sur ces phénomènes de nature énigmatique nous viennent de Casper (Über Nothzucht und Päderastie, Casper's Vierteljahrsschr., 1852, I) qui les confond avec la pédérastie, c'est vrai, mais qui déjà fait cette juste remarque que, dans la plupart des cas, cette anomalie est congénitale et doit être considérée comme une sorte d'hermaphrodisme intellectuel.

Note 85: (retour)

M. le docteur Moll, de Berlin, attire mon attention sur le fait qu'on trouve déjà des allusions à l'inversion sexuelle concernant des hommes, dans le Moritz's Magazin f. Erfahrungseelenkunde, t. VIII, Berlin, 1791. En effet, on y cite les biographies de deux hommes pris d'un amour délirant pour des personnes de leur propre sexe. Dans le deuxième cas, qui est particulièrement remarquable, le malade explique l'origine de son «aberration» par le fait qu'étant enfant, il n'a été caressé que par des personnes adultes, et à l'âge de dix à douze ans par ses camarades d'école. «Cela et la privation de la société des personnes de l'autre sexe ont eu pour conséquence chez moi de détourner le penchant naturel pour le sexe féminin et de le reporter sur les hommes. Maintenant encore les femmes me sont indifférentes.»

On ne peut pas dire s'il s'agissait d'un cas d'inversion congénitale (hermaphrodisme psycho-sexuel) ou acquise. Le cas le plus ancien d'inversion sexuelle qu'on connaisse jusqu'ici en Allemagne concerne une femme qui était mariée avec une autre femme et cohabitait avec son consort au moyen d'un priape en cuir. Un cas de viraginité qui s'est présenté au commencement du siècle passé, et qui est très intéressant aussi au point de vue juridique et historique, a été puisé dans les dossiers officiels et cité par le docteur Muller d'Alexandersbad dans Friedreichs Blætter f. ger. Medicin cahier 4.

Il y a là un véritable dégoût des attouchements sexuels avec des femmes, tandis que l'imagination se réjouit à la vue des beaux jeunes hommes, des statues et des tableaux qui en représentent. Ce fait n'a pas échappé à Casper que, dans ces cas, l'immissio penis in anum (pédérastie) n'est pas la règle, mais ces individus recherchent et obtiennent des satisfactions sexuelles par des actes sexuels d'un autre genre (onanisme mutuel).

Dans ses Klinischen novellen (1863, p. 33), Casper cite la confession intéressante d'un homme atteint de cette perversion de l'instinct génital, et il n'hésite pas à déclarer que, abstraction faite des imaginations corrompues, de la démoralisation produite par la satiété des jouissances sexuelles normales, il y a de nombreux cas où la «pédérastie» provient d'une impulsion congénitale, étrange, inexplicable, mystérieuse. Vers 1860, un nommé Ulrichs, qui lui-même était atteint de cet instinct perverti, a soutenu dans de nombreux écrits86, publiés sous le pseudonyme de Numa Numantius, cette thèse que la vie sexuelle de l'âme est indépendante du sexe physique, et qu'il y a des individus masculins qui, en présence de l'homme, se sentent femmes (anima muliebris in corpore virili inclusa).

Note 86: (retour)

Vindex, Inclusa, Vindicta, Formatrix, Ara spei, Gladius jurens (1864 et 1865, Leipzig, H. Matthes). Ulrichs, Kritische Pfeile, 1879, en commission chez H. Crönlein, Stuttgart, Augustenstrasse, 5. L'auteur qui combat sans se décourager les préjugés dont ses semblables ont à souffrir, a publié dans ce but, depuis 1889, à Aquila degli Abruzzi (Italie), un journal écrit en latin sous le titre: Il periodico latino.

Il désignait ces gens sous le nom d'uranistes (Urning), et réclamait rien moins que l'autorisation de l'État et de la société pour l'amour sexuel des uranistes, comme un amour congénital et par conséquent légitime, ainsi que l'autorisation du mariage entre eux. Seulement, Ulrichs nous doit encore la preuve que ce sentiment sexuel paradoxal, qui est en tout cas congénital, soit un phénomène physiologique et non pas pathologique.

Griesinger a jeté une première lumière anthropologico-clinique sur ces faits (Archiv f. Psychiatrie, I, p. 651), en montrant, dans un cas qu'il avait observé personnellement, la lourde tare héréditaire de l'individu atteint.

Nous devons à Westphal (Archiv f. Psychiatrie, II, p. 73) le premier essai sur le phénomène qu'il appelle «inversion sexuelle congénitale, avec conscience du caractère morbide de ce phénomène». Il a ouvert la discussion: le nombre des cas a atteint jusqu'ici le chiffre de 107, sans compter ceux qui sont rapportés dans notre monographie87.

Note 87: (retour)

Concernant les individus du sexe masculin: 1º Casper, Klin. Novellen, p. 36 (Lehrb. d. ger. Med., 7e édit., p. 176); 2º Westphal, Archiv f. Psych., II, p. 73; 3º Schminke, dans le même journal, III, p. 325; 4º Scholz, Vierteljahrsschr. f. ger. Medicin XIX; 5º Guck, Arch. f. Psych., V, p. 564; 6º Servaes, au même endroit, VI, p. 384; 7º Westphal, dans la même feuille, VI, p. 62O; 8º, 9º, 10º Stark, Zeitschr. f. Psychiatrie, t. XXXI; 11º Liman (Caspers, Lehrb. d. ger. Med., 6e édit., p. 509, p. 292); 12º Legrand du Saulle, Annal. méd.-psychol., 1876, mai; 13º Sterg, Jahrb. f. Psychiatrie, III, cahier 3; 14º Krueg, Zeitschr., Brain, 1884, oct.; 15º Charcot et Magnan, Arch. de Neurolog., 1882, nº 9; 16º, 17º, 18º Kirn, Zeitschr. f. Psychiatr., t. XXXIX, p. 216; 19º Rabow, Erlenmeyers Centralbl., 1883, nº 8; 20º Blumer, Americ. Journ. of insanity, 1882, juillet; 21º Servage, Journal of mental science, 1884, octobre; 22º Scholz, Vierteljahrsschr. f. ger. Med., N. F., t. XL, fascicule 7; 23º Magnan, Ann. med.-psychol., 1885, p. 461; 24º Chevalier, De l'inversion de l'instinct sexuel, Paris, 1885, p. 129; 25º Morselli, La Riforma medica, 4e année, mars; 26º Leonpacher, Friedreichs Blätter, 1888, II, 4; 27º Holländer, Allg. Wiener med. Zeitung 1882; 28º Kriese, Erlenmeyers Centralbl., 1888, nº 19; 29º, 30º, 31º, 32º v. Krafft-Ebing, Psychopathia sexualis, 3e édit., Observations 32, 36, 42, 43; 33º Golenko, Russ. Archiv f. Psychiatrie, t. IX, II, 3 (cité par Rothe dans Zeitschr. f. Psychiatrie; 34º v. Krafft, Internationales Centralblatt f. d. Physiol. und Pathologie der Harn und Sexualorgane, t. I, fasc. 4; 35º Cantarano, La Psychiatria, 1887, 5e année, p. 195; 36º Sérieux, Recherches cliniques sur les anomalies de l'instinct sexuel, Paris, 1888, Obs. 13; 37º-42º Kiernan, The medic. Standard, 1888, 7 cas; 43º-46º Rabow, Zeitschr. f. Klin. Medicin, t. XVII, Suppl.; 47º-51º v. Krafft, Neue Forschungen, Observations 1, 3, 4, 5, 8; 52º-61º v. Krafft, Psychopathia sexualis, 5e édit., Observ. 53, 61, 64, 66, 73, 75, 78, 84, 85, 87; 62º-65º Le même, Neue Forschungen, 2e édit., Observ. 3, 4, 5, 6; Hammond, Impuissance sexuelle, p. 30, 36; 68º-71º Garnier, Anomalies sexuelles, 1889, Observ. 227, 228, 229, 230; 72º v. Krafft, Friedreichs Blätter, 1891, fascicule 6; 73º-87º v. Krafft, Psychopathia sexualis, 6e édit., Observ. 78, 81, 82, 84, 85, 86, 87, 89, 93, 94, 96, 97, 98, 101, 102; 88º Fraenkel, Medic. Zeitung d. Vereins f. Hertkunde in Preussen, t. XXII, p. 102 (homo mollis); 89º-91º Bernheim, Hypnotisme, Paris, 1891, Obs. 38 et suivantes; 92º Wetterstrand, Der Hypnotismus, 1891; 93º Müller, Hydrothérapie, 1890, p. 309; 94º à 96º v. Sehrenk-Notzing, Suggestionstherapie, 1892, cas 63, 68, 97; 97º Ladame, Revue de l'hypnotisme, 1889, 1er septembre; 98º v. Krafft, Internat. Centralblatt f. d. Krankheiten der Harn und Geschlechtsorgane, t. I, fasc. 1; 99º à 100º Wachholz, Friedreichs Blätter f. gerichtl. Med., 1892, fascicule 6.

Concernant des individus féminins: 1º Westphal, Arch. f. Psych., II, p. 73; 2º Gock, Op. cit., nº 1; 3º Wise, The Alienist and Neurologist, 1883, janvier; 4º Cantanaro, La Psychiatria, 1883, 201; 5º Sérieux, Op. cit., Observ. 14; 6º Kiernan, op. cit.; 7º Müller, Friedreichs Blätter f. ger. Med., 1891, fascicule 4.

Westphal ne touche pas la question de savoir si l'inversion sexuelle est le symptôme d'un état névropathique ou psychopathique, ou bien si elle constitue un phénomène isolé. Il maintient avec fermeté que cet état est congénital.

Me fondant sur les cas que j'ai publiés jusqu'en 1877, j'ai signalé cet étrange sentiment sexuel comme un stigmate de dégénérescence fonctionnelle, et comme un phénomène partiel d'un état névro-psycho-pathologique ayant pour cause, dans la plupart des cas, l'hérédité. Cette supposition a été confirmée par l'analyse des cas qui se sont présentés depuis. On peut citer, comme symptômes de cette tare névro-psycho-pathologique les points suivants.

1º La vie sexuelle des individus ainsi conformés se manifeste régulièrement bien avant la période normale et bien après, d'une façon très violente. Souvent elle présente encore d'autres phénomènes pervers, en dehors de cette direction anormale imprimée par l'étrange sentiment sexuel.

2º L'amour psychique de ces individus est souvent romanesque et exalté; de même leur instinct génital se manifeste dans leur conscience avec une force particulière, obsédante même.

3º À côté du stigmate de dégénérescence fonctionnelle de l'inversion sexuelle, on trouve encore d'autres symptômes de dégénérescence fonctionnelle et souvent aussi anatomique.

4º Il existe des névroses (hystérie, neurasthénie, états épileptoïdes, etc.). Presque toujours on peut constater de la neurasthénie temporaire ou permanente. Cette neurasthénie est ordinairement constitutionnelle, c'est-à-dire qu'elle est produite par des causes congénitales. Elle est réveillée et maintenue par la masturbation ou par l'abstinence forcée.

Chez les individus masculins, la neurasthenia sexualis se développe sur ce terrain morbide ou prédisposé congénitalement. Elle se manifeste alors surtout par la faiblesse irritative du centre d'éjaculation. Ainsi s'explique le fait que, chez la plupart des individus atteints, une simple accolade ou un baiser donné à la personne aimée, quelquefois même le simple aspect de cette dernière, provoquent l'éjaculation. Souvent l'éjaculation est alors accompagnée d'une sensation de volupté anormalement forte, qui va jusqu'à la sensation d'un courant «magnétique» à travers le corps.

5º Dans la majorité des cas, on rencontre des anomalies psychiques (talents brillants pour les beaux-arts, surtout pour la musique, la poésie, etc.), en même temps que de la faiblesse des facultés intellectuelles (esprits faux, bizarres), et même des états de dégénérescence psychique très prononcée (imbécillité, folie morale).

Beaucoup d'uranistes en viennent temporairement ou pour toujours aux délires caractéristiques des dégénérés (états passionnels pathologiques, délires périodiques, paranoia, etc.).

6º Dans presque tous les cas où il fut possible de rechercher l'état physique et intellectuel des ascendants et des proches parents, on a constaté dans ces familles des névroses, des psychoses, des stigmates de dégénérescence, etc.88.

Note 88: (retour)

L'inversion sexuelle, comme phénomène partiel de la dégénérescence nerveuse, peut se produire aussi chez les descendants de parents exempts de névrose. Cela ressort d'une observation de Tarnowsky (op. cit., p. 34) dans laquelle le lues du procréateur était en jeu, ainsi que d'un cas du même genre rapporté par Scholz (Vierteljahrsschrift f. ger. Medicin) où la tendance perverse de l'instinct génital était liée à un arrêt de développement physique d'origine traumatique.

L'inversion sexuelle congénitale est bien profonde et bien enracinée; cela ressort déjà du fait que les rêves érotiques de l'uraniste masculin n'ont pour sujet que des hommes, et ceux de l'homosexuel féminin des individus féminins.

L'observation de Westphal, que la conscience de la défectuosité congénitale des sentiments sexuels pour l'autre sexe et du penchant pour son propre sexe, est ressentie péniblement par l'individu atteint, ne se confirme que dans un certain nombre des cas. Beaucoup d'individus n'ont pas même conscience de la nature morbide de leur état. La plupart des uranistes se sentent heureux avec leurs sentiments sexuels pervers et la tendance de leur instinct; ils ne se sentent malheureux que par l'idée que la loi et la société ont élevé des obstacles contre la satisfaction de leur penchant pour leur propre sexe.

L'étude de l'inversion sexuelle montre nettement les anomalies de l'organisation cérébrale des individus atteints de cette perversion. Gley (Revue philosophique, 1884, janvier) croit pouvoir donner le mot de l'énigme, en supposant que ces individus ont un cerveau féminin avec des glandes génitales masculines, et que, chez eux, c'est la vie cérébrale morbide qui détermine la vie sexuelle, contrairement à l'état normal dans lequel les organes génitaux déterminent les fonctions sexuelles du cerveau.

Un de mes clients m'a exposé une manière de voir très intéressante et qui pourrait être admise pour expliquer l'inversion congénitale primitive. Il prend comme point de départ la bisexualité réelle telle qu'elle se présente anatomiquement chez tout fœtus jusqu'à un certain âge.

On devrait, dit-il, prendre en considération qu'au caractère originairement hermaphrodite des parties congénitales correspond probablement aussi un caractère originairement hermaphrodite avec des germes latents de tous les traits secondaires du sexe, tels que cheveux, barbe, développement des mamelles, etc. L'hypothèse d'un hermaphrodisme latent des traits secondaires du sexe subsistant chez chaque individu pendant toute la vie est justifiée par les phénomènes de régression partielle d'un type sexuel dans l'autre, même après le développement complet du corps, phénomènes qu'on a pu constater chez les castrates, les mujerados, et, à la ménopause, chez les femmes, etc.

La partie cérébrale de l'appareil sexuel, le centre psycho-sexuel masculin ou féminin représente un des traits secondaires les plus importants du sexe; il est même égal en valeur à l'autre moitié de l'appareil sexuel. Quand il y a développement tout à fait normal de l'individu, les organes génitaux hermaphrodites du fœtus, c'est-à-dire les glandes des germes et des organes de copulation, forment d'abord des organes qui portent le caractère prononcé d'un seul sexe; ensuite, les traits secondaires du caractère sexuel—physiques et psychiques—subissent la même transition de la conformation hermaphrodite à la conformation monosexuelle (en tout cas, pendant qu'ils sont à l'état latent; ou bien pendant la vie fétale, simultanément avec les organes de la génération; ou encore, plus tard, quand ils sont sur le point de sortir de leur état latent). Troisièmement, pendant cette transition, les traits secondaires du caractère sexuel suivent l'évolution opérée sur l'un des deux sexes par les organes génitaux, pour rendre possible le fonctionnement harmonique de la vie sexuelle.

Cette évolution uniforme de tous les traits du caractère sexuel se fait régulièrement, par suite d'une disposition spéciale dans le processus du développement. L'origine et le maintien de cette disposition s'expliquent suffisamment par leur nécessité absolue.

Mais, dans des conditions anormales (dégénérescence héréditaire, etc.), cette harmonie de développement peut être troublée de différentes façons. Non seulement l'évolution des organes génitaux de l'état hermaphrodite vers l'état monosexuel peut faire défaut, mais le même fait peut aussi se produire pour les traits secondaires du caractère sexuel, pour les traits physiques et plus encore pour les traits psychiques. Enfin, l'harmonie du développement de l'appareil sexuel peut être tellement troublée qu'une partie suive l'évolution vers un sexe et l'autre vers le sexe opposé.

Quatre types principaux d'hermaphrodisme sont donc possibles (il y a des types secondaires, comme les hommes à mamelles, les femmes à barbe): 1º l'hermaphrodisme purement physique des parties génitales avec monosexualité psychique; 2º l'hermaphrodisme purement psychique, avec parties génitales monosexuelles; 3º l'hermaphrodisme parfait, physique et intellectuel, avec tout l'appareil sexuel bisexuellement constitué; 4º l'hermaphrodisme croisé où la partie psychique et la partie physique sont monosexuelles, mais chacune dans un sens opposé à l'autre.

En y regardant de plus près, la première forme physique d'hermaphrodisme peut être considérée comme croisée, car les glandes génitales répondent à un sexe et les parties génitales externes à un sexe opposé.

La deuxième et la quatrième forme d'hermaphrodisme ne sont, au fond, rien autre chose que de l'inversion sexuelle congénitale89.

Note 89: (retour)

Frank Lydston (Philadelph. med. and surgical Reporter, sept. 1818) et Thierman, (Medical Standard, novembre 1888), essaient d'expliquer d'une manière analogue une partie des cas de Paranoia sexuelle congénitale en les plaçant dans une catégorie subordonnée de l'hermaphrodisme. Kiernan, pour compléter son explication, suppose que, chez les individus tarés, il se produit plus facilement des régressions vers les formes primitives de l'hermaphrodisme de la série animale: «The original bi-sexuality of the ancestors of the race, shown in the rudimentary female organs of the male, could not fail to occasion functional, if not organic, reversions, when mental or physical manifestations were interfered with by disease or congenital defect. It seems certain that a feminely functionating brain can occupy a male body and vice versa. Males may be borne with female external genitals and vice versa. The lowest animals are bisexual, and the various types of hermaphroditism are more or less complete reversions to the ancestral type.» (Op. cit., p. 9. Note de l'auteur.)

La troisième forme paraît être très rare. Cependant, le droit canonique de l'église s'en est occupé; car il exige de l'hermaphrodite avant son mariage un serment sur la manière dont il se comportera (Voir Phillip, Kirchenrecht, p. 633 de la 7e édit.).

Par appareil génital psychique monosexuel dans un corps monosexuel appartenant un sexe opposé, il ne faut pas comprendre «une âme féminine dans un cerveau masculin» ou vice versa, manière de voir qui serait en contradiction manifeste avec toutes les idées scientifiques. Il ne faudrait pas non plus se figurer qu'un cerveau féminin puisse exister dans un corps masculin, ce qui contredirait tous les faits anatomiques: mais il faut admettre qu'un centre psycho-sexuel féminin peut exister dans un cerveau masculin, et vice versa.

Ce centre psycho-sexuel (dont il est nécessaire de supposer l'existence, ne fût-ce que pour expliquer les phénomènes physiologiques) ne peut être autre chose qu'un point de concentration et d'entrecroisement des nerfs conducteurs qui vont aux appareils moteurs et sensitifs des organes génitaux, mais qui, d'autre part, vont aussi aux centres visuel, olfactif, etc., portant ces phénomènes de conscience qui, dans leur ensemble, forment l'idée d'un être «masculin» ou «féminin».

Comment pourrions-nous représenter cet appareil génital psychique dans l'état d'hermaphroditisme primitif que nous avons supposé plus haut? Là aussi, nous devrions admettre que les futures voies conductrices étaient déjà tracées, bien que fort légèrement, ou préparées par le groupement des éléments.

Ces «voies latentes» hermaphrodites sont projetées pour relier les organes de copulation (qui eux-mêmes sont encore à l'état hermaphrodite) avec le siège futur des éléments de représentation des deux sexes. Quand tout l'organisme se développe d'une manière normale, une moitié des ces voies doit plus tard se développer pour devenir capable de fonctionner, tandis que l'autre moitié doit rester à l'état latent; et, dans ce cas, tout dépend probablement de l'état du point d'entrecroisement que nous avons supposé, comme un centre subcortical intercalé.

Cette hypothèse très compliquée ne contredit pas forcément le fait que le cerveau fœtal n'a pas de structure. Cette absence de structure n'est admise que grâce à l'insuffisance de nos moyens d'investigation actuels. Mais, d'autre part, cette hypothèse repose à son tour sur une supposition bien risquée: elle admet une localisation déjà existante pour des représentations qui n'existent pas encore, en d'autres termes une différenciation quelconque des parties du cerveau qui sont en rapport avec les représentations futures. Nous ne sommes donc pas trop éloignés de la théorie si déconsidérée «des représentations innées». Mais nous sommes aussi en présence du problème général de tous les instincts, problème qui nous pousse toujours à de semblables hypothèses.

Peut-être s'ouvrira-t-il maintenant une voie par laquelle nous pourrons faire un pas vers la solution de ces problèmes d'hérédité psychique. En nous appuyant sur les connaissances modernes beaucoup plus étendues sur les faits de la génération dans toutes les séries des organismes et sur la connaissance de la connexité de ces faits que la biologie commence à nous donner, nous pourrons jeter un coup d'œil plus profond sur la nature de l'hérédité physique et psychique.

Nous connaissons actuellement le processus de la génération, c'est-à-dire la transformation des individus dans sa manifestation la plus simple. Elle nous montre l'amibe qui se scinde en deux cellules filles qui qualitativement sont identiques à la cellule mère.

Nous voyons, en allant plus loin, le détachement dans le bourgeonnement d'une partie réduite quantitativement, mais identique en qualité avec l'entier.

Le phénomène primitif de toute génération n'est donc pas une reproduction, mais une continuation. Si donc, à mesure que les types deviennent plus grands et plus compliqués, les germes des organismes paraissent, en comparaison de l'organisme-mère, non seulement diminués quantitativement, mais aussi simplifiés qualitativement, morphologiquement et physiologiquement, la conviction que la génération est une continuation et non pas une reproduction nous amène à la supposition générale d'une continuation latente mais ininterrompue de la vie des parents dans leurs descendants. Car, dans l'infiniment petit, il y a place pour tout, et il est aussi faux de se figurer que la réduction du volume progressant à l'infini, déduction qui n'est toujours qu'un rapport comparé à la grandeur du corps de l'être humain qui observe, arrive quelque part à une limite infranchissable pour la différenciation de la matière, qu'il serait erroné de croire que la grandeur illimitée de l'espace de l'univers arrive quelque part à une limite de remplissage avec des formations individualisées. Ce qui me paraît avoir besoin d'être expliqué, c'est plutôt le fait que ce ne sont pas toutes les qualités des parents, soit morphologiques en volume, soit physiologiques avec le mode des mouvements des particules, qui se manifestent spontanément dans la descendance, après le développement du germe. Ce fait, dis-je, a plutôt besoin d'être expliqué que l'hypothèse d'une différenciation héréditaire de la substance du cerveau qui a des relations fixes avec les représentations qui n'ont pas été perçues par l'individu, hypothèse sans laquelle les instincts restent inexplicables.

Magnan (Ann. méd.-psychol., 1885, p. 458) parle très sérieusement d'un cerveau de femme dans un corps d'homme, et vice versa90.

Note 90: (retour)

Cette hypothèse tombe d'elle-même devant l'autopsie citée dans mon observation 118, autopsie qui a constaté que le cerveau pesait 1,150 grammes et celle de l'observation 130, où l'on a constaté que le cerveau pesait 1,175 grammes.

L'essai d'explication de l'uranisme congénital donné, par exemple, par Ulrichs qui, dans son Memnon, paru en 1868, parle d'une anima muliebris virili corpore inclusa (virili corpori innata), et qui cherche à donner la raison du caractère congénital féminin de sa propre tendance sexuelle anormale, n'est pas plus satisfaisant. La manière de voir du malade de l'observation 124 est très originale. Il est probable, dit-il, que son père, en le procréant, a voulu faire une fille; mais, au lieu de cela, c'est un garçon qui est venu au monde.

Une des plus étranges explications de l'inversion sexuelle congénitale se trouve dans Mantegazza (op. 1886, p. 106).

D'après cet auteur, il y aurait des anomalies anatomiques chez les invertis, en ce sens que, par une erreur de la nature, les nerfs destinés aux parties génitales se répandraient dans l'intestin, de sorte que c'est de là que part l'excitation voluptueuse, qui, d'habitude, est provoquée par l'excitation des parties génitales. Comment l'auteur, d'habitude si perspicace, s'expliquerait-il alors les cas nombreux où la pédérastie est abhorrée par ces invertis? La nature ne fait d'ailleurs jamais de pareils soubresauts. Mantegazza invoque, en faveur de son hypothèse, les communications d'un ami, écrivain remarquable, qui lui assurait n'être pas encore bien fixé sur le fait de savoir s'il éprouvait un plus grand plaisir au coït qu'à la défécation!

L'exactitude de cette expérience admise, elle ne prouverait pas que l'homme en question soit sexuellement anormal, et que chez lui la sensation voluptueuse du coït soit réduite au minimum.

On pourrait peut-être expliquer l'inversion congénitale en disant qu'elle représente une particularité spéciale de la descendance, mais ayant pris naissance par voie d'hérédité.

L'atavisme serait le penchant morbide pour son propre sexe, penchant acquis par l'ascendant, et qui se trouverait fixé comme phénomène morbide et congénital chez le descendant. Cette hypothèse est, en somme, admissible, puisque, d'après l'expérience des attributs physiques et moraux acquis, non seulement les qualités, mais aussi et surtout les défectuosités, se transmettent par hérédité. Comme il n'est pas rare que des invertis fassent des enfants, que dans tous les cas ils ne sont pas toujours impuissants (les femmes ne le sont jamais), une hérédité par voie de procréation serait possible.

L'observation 124 dans laquelle la fille d'un inverti, âgée de huit ans, pratique déjà l'onanisme mutuel,—acte sexuel qui, étant donné l'âge, fait supposer une inversion sexuelle,—plaide évidemment en faveur de cette hypothèse.

La communication qui m'a été faite par un inverti de vingt-six ans, classé dans le groupe 3, est non moins significative.

Il sait positivement, dit-il, que son père, mort il y a plusieurs années, a été également atteint d'inversion sexuelle. Il affirme connaître encore beaucoup d'hommes avec lesquels son père avait entretenu «des liaisons». On n'a pu établir s'il s'agissait chez le père d'une inversion congénitale ou acquise, ni à quel groupe appartenait sa perversion.

L'hypothèse sus-indiquée paraît d'autant plus acceptable que les trois premiers degrés de l'inversion congénitale correspondent parfaitement aux degrés de développement qu'on peut suivre dans la genèse de l'inversion acquise. On se sent donc tenté d'interpréter les divers degrés de l'inversion congénitale comme les divers degrés d'anomalies sexuelles acquises ou développées d'une autre manière chez l'ascendance, et transmises par la procréation à la descendance; encore, faut-il rappeler, à ce propos, la loi d'hérédité progressante.

D'autres ont, faute de mieux, recours à l'onanisme pour les mêmes raisons multiples qui, souvent, font repousser le coït même par les non-uranistes. Chez les uranistes doués d'un système nerveux originairement irritable, ou qui a été détraqué par l'onanisme (faiblesse irritable du centre d'éjaculation), de simples accolades, des caresses avec ou sans attouchement des parties génitales, suffisent pour provoquer l'éjaculation, et procurer par là une satisfaction sexuelle. Chez des individus moins excitables, l'acte sexuel consiste en manustupration accomplie par la personne aimée, ou en onanisme mutuel, ou en une contrefaçon du coït inter femora. Chez les uranistes de moralité perverse et puissants quoad erectionem, l'impulsion sexuelle est satisfaite par la pédérastie, acte qui répugne aux individus sans défectuosité morale autant qu'aux hommes hétérosexuels. Fait digne d'attention, les uranistes affirment que l'acte sexuel qui leur plaît avec des personnes de leur propre sexe leur procure une grande satisfaction, comme s'ils s'étaient retrempés, tandis que la satisfaction par l'onanisme solitaire ou le coït forcé avec une femme les affecte beaucoup, les rend misérables, et augmente leurs malaises neurasthéniques. La manière dont se satisfont les uranistes féminins est peu connue. Dans une de mes observations personnelles, la fille se masturbait en se sentant dans le rôle d'un homme, et en s'imaginant avoir affaire à une femme aimée. Dans un autre cas, l'acte consistait dans l'onanisation de la personne aimée, à laquelle elle touchait les parties génitales.

Il est difficile d'établir nettement jusqu'à quel degré cette anomalie est répandue91, car la plupart des individus qui en sont atteints ne sortent que rarement de leur réserve; et, dans les faits qui viennent devant les tribunaux, on confond l'uraniste par perversion de l'instinct génital avec le pédéraste qui est simplement un immoral.

Note 91: (retour)

L'inversion sexuelle ne doit pas être rare; la preuve, c'est que c'est un sujet souvent traité dans les romans.

Chevalier (op. cit.) indique, dans la littérature française (outre les romans de Balzac qui, dans la Passion au désert, traite de la bestialité, et dans Sarrasine, de l'amour d'une femme pour un eunuque); Diderot, La Religieuse (roman d'une femme adonnée à l'amour lesbien); Balzac, La Fille aux yeux d'or (Amor lesbiens); Th. Gautier, Mademoiselle de Maupin; Feydeau, La comtesse de Chalis; Flaubert, Salammbô, etc.

Il faut aussi faire mention de Mademoiselle Giraud ma femme, de Belot.

Ce qui est intéressant, c'est que les héroïnes de ces romans (lesbiens) se montrent avec le caractère et dans le rôle d'un homme vis-à-vis de la personne de leur propre sexe qu'elles aiment, et que leur amour est très ardent. La base névropathique de cette perversion sexuelle n'a pas échappé non plus à l'attention de ces romanciers. Dans la littérature allemande, ce sujet a été traité par Wilbrandt dans Fridolins heimliche Ehe et par le comte Emeric Stadion dans Brick and Brack oder Licht im Schatten. Le plus ancien roman uraniste est probablement celui de Pétrone, publié à Rome à l'époque des Césars, sous le titre de Satyricon.

D'après les études de Casper, de Tardieu, ainsi que d'après les miennes, cette anomalie est probablement plus fréquente que ne le fait supposer le nombre minime des cas observés.

Ulrichs (Kritische Pfeile, 1880, p. 2) prétend qu'en moyenne, pour 200 hommes adultes hétérosexuels, il y a un adulte inverti, un sur 800, et que cette proportion est encore plus grande parmi les Magyares et les Slaves du Sud, affirmations sur lesquelles nous n'insistons pas.

Un des sujets de mes observations personnelles connaît personnellement, dans la commune où il est né (localité de 1,300 habitants), 14 uranistes. Il affirme en connaître au moins 80 dans une ville de 60,000 habitants. Il est à supposer que cet homme, d'ailleurs digne de foi, ne fait pas de différence entre l'homosexualité congénitale et acquise.

1. HERMAPHRODISME PSYCHIQUE92.

Note 92: (retour)

Comparez l'article de l'auteur: Ueber psychosexuales Zwitterthum dans l'Internat. Centrablatt f. d. Physiologie und Pathologie der Harn und Sexualorgane, t. I, f. 2.

Ce degré de l'inversion est caractérisé par le fait que, outre un sentiment et un penchant sexuel prononcé pour les individus de son propre sexe, il y a encore un penchant pour l'autre sexe, mais que ce dernier est beaucoup plus faible que le premier, et ne se manifeste qu'épisodiquement, tandis que le sentiment homosexuel tient le premier rang et se manifeste, au point de vue de sa durée, de sa continuité et de son intensité, comme l'instinct dominant dans la vie sexuelle.

Le sentiment hétérosexuel peut exister à l'état rudimentaire, éventuellement ne se manifester que dans la vie inconsciente (les rêves) ou éclater vivement au jour (du moins épisodiquement).

Les sentiments sexuels pour l'autre sexe peuvent être consolidés et renforcés par la force de la volonté, la discipline de soi-même, par le traitement moral, par l'hypnotisme, par l'amélioration de la constitution physique, par la guérison des névroses (neurasthénie), et avant tout par l'abstention de la masturbation.

Mais il y a toujours danger de céder complètement à l'influence des sentiments homosexuels, ces derniers ayant une base plus forte, et d'arriver ainsi à l'inversion sexuelle exclusive et permanente.

Ce danger peut naître surtout sous l'influence de la masturbation (ainsi que c'est le cas dans l'inversion acquise), de la neurasthénie ou de son aggravation, conséquence de la masturbation, puis, par suite de mauvaises tentatives de rapports sexuels avec des personnes de l'autre sexe (manque de sensation voluptueuse pendant le coït, échec dans le coït par faiblesse d'érection, éjaculation précoce, infection).

D'autre part, le goût esthétique et éthique pour des personnes de l'autre sexe peut favoriser le développement des sentiments hétérosexuels.

C'est ainsi qu'il est possible que l'individu, selon la prédominance des influences favorables ou défavorables, éprouve tantôt un sentiment hétérosexuel, tantôt un sentiment homosexuel.

Il me paraît fort probable que ces hermaphrodites tarés ne sont pas très rares93.

Note 93: (retour)

Cette supposition est corroborée par un renseignement que M. le docteur Moll, de Berlin, a eu la bonté de me transmettre et qui concerne un uraniste célibataire. Celui-ci a pu citer une série de cas, parmi des gens de sa connaissance, d'hommes mariés qui entretenaient en même temps une liaison avec un homme.

Comme, dans la vie sociale, il n'attire que peu ou pas du tout l'attention, et que ces secrets de la vie conjugale ne parviennent qu'exceptionnellement à la connaissance du médecin, on s'explique facilement que cet intéressant groupe intermédiaire de l'inversion sexuelle, groupe très important au point de vue pratique, ait jusqu'ici échappé à l'exploration scientifique.

Bien des cas de frigiditas uxoris et mariti reposent probablement sur cette anomalie. Les rapports sexuels avec l'autre sexe sont possibles. Dans tous les cas, dans ce degré d'inversion, il n'y a pas d'horror sexus alterius. Un terrain bien favorable s'offre là à la thérapie médicale et surtout morale.

Le diagnostic différentiel de l'inversion acquise peut être difficile; car, tant que l'inversion n'a pas fait disparaître tous les restes de l'ancien sentiment génital normal, le status præsens donnera le même résultat.

Dans l'état du premier degré, la satisfaction des penchants homosexuels se fait par l'onanisme passif et mutuel, coitus inter femora.


Observation 106 (Hermaphrodisme psychique chez une dame).—Mme M..., quarante-quatre ans, est un exemple vivant du ce fait que, dans un être, soit masculin, soit féminin, des tendances d'inversion sexuelle peuvent subsister avec une vie sexuelle normale.

Le père de cette dame était très musicien, doué d'un grand talent d'artiste, viveur, grand admirateur de l'autre sexe, et d'une rare beauté. Il est mort de démence, dans une maison de santé, après avoir eu plusieurs accès d'apoplexie. Le frère du père était névro-psychopathe; ce fut un enfant lunatique; de tout temps il fut atteint d'hyperesthésie sexuelle. Quoique marié et père de plusieurs fils mariés, il voulait enlever Mme M..., sa nièce, qui avait dix-huit ans et dont il était amoureux fou. Le père du père était très excentrique; artiste remarquable, tout d'abord il étudia la théologie, mais, à la suite d'une ardente vocation pour l'art dramatique, il devint acteur et chanteur. Il fit des excès in Baccho et Venere; prodigue, aimant le luxe, il mourut à l'âge de quarante-neuf ans d'apoplexie cérébrale. Les parents de la mère sont morts de tuberculose pulmonaire.

Mme M... avait onze frères et sœurs, dont six seulement sont restés vivants. Deux frères, tenant au physique de la mère, sont morts de tuberculose, l'un à l'âge de seize ans, l'autre à l'âge de vingt ans. Un frère est atteint de phtisie du larynx. Les quatre sœurs qui sont vivantes, ainsi que Mme M..., tiennent du physique du père; l'aînée est célibataire, très nerveuse, et fuit la société. Deux sœurs plus jeunes sont mariées, bien portantes, et ont des enfants sains. Une autre est virgo et souffre des nerfs.

Mme M... a quatre enfants, dont plusieurs sont très délicats et névropathes.

Sur son enfance la malade ne sait rien d'important à nous dire. Elle apprenait facilement, avait des dons pour la poésie et l'esthétique, passait pour être un peu exaltée, aimait la lecture des romans, les choses sentimentales; elle était de constitution névropathique, très sensible aux fluctuations de la température, et attrapait au moindre courant d'air un cutis anserina très désagréable. Il est encore à noter que la malade, à l'âge de dix ans, eut l'idée que sa mère ne l'aimait pas, trempa un jour des allumettes dans du café, le but afin de devenir bien malade et de provoquer par ce moyen l'affection de sa mère.

Le développement s'opéra sans difficulté dès l'âge de onze ans. Depuis, les menstrues sont régulières. Déjà, avant l'époque du développement de la puberté, la vie sexuelle commença à se faire sentir; d'après les déclarations de la malade elle-même, ses impulsions sexuelles furent trop puissantes pendant toute sa vie. Ses premiers sentiments, ses premières impulsions étaient franchement homosexuels. La malade conçut une affection passionnée, mais tout à fait platonique, pour une jeune dame; elle lui dédiait des sonnets et des poésies qu'elle composait; c'était pour elle un bonheur suprême quand elle pouvait admirer au bain ou pendant la toilette «les charmes éblouissants de l'adorée» ou bien dévorer des yeux la nuque, les épaules, et les seins de la belle. L'impulsion violente de toucher ces charmes physiques fut toujours combattue et refoulée. Étant jeune fille, elle devint amoureuse des «Madones» peintes par Raphaël et Guido Reni. Elle avait l'obsession de suivre pendant des heures entières les belles filles et les belles femmes dans les rues, quel que fût le temps, en admirant leur maintien et en guettant le moment de leur être agréable, de leur offrir un bouquet, etc. La malade m'a affirmé que, jusqu'à l'âge de dix-neuf ans, elle n'eut absolument aucune idée de la différence des sexes; car elle avait reçu d'une tante, une vieille vierge très prude, une éducation tout à fait claustrale. Par suite de cette ignorance, la malade fut la victime d'un homme qui l'aimait passionnément et qui l'avait décidée à faire le coït. Elle devint l'épouse de cet homme, mit au monde un enfant, mena avec lui «une vie sexuelle excentrique», et se sentit complètement satisfaite par les rapports conjugaux. Peu d'années après, elle devint veuve. Depuis, les femmes sont redevenues l'objet de son affection; en première ligne, dit la malade, par peur des suites que pourraient avoir des rapports avec un homme.

À l'âge de vingt-sept ans, elle conclut un second mariage avec un homme maladif et pour lequel elle n'avait pas d'affection. La malade a accouché trois fois, a rempli ses devoirs maternels; elle dépérit au physique et éprouva dans les dernières années de sa vie matrimoniale un déplaisir croissant à faire le coït, bien qu'il y eût toujours en elle un violent désir de satisfaction sexuelle. Le déplaisir à faire le coït a été en partie occasionné par l'idée de la maladie de son mari.

Trois ans après la mort de son second mari, la malade découvrit que sa fille du premier mariage, âgée de neuf ans, se livrait à la masturbation et en dépérissait. Elle consulta le Dictionnaire Encyclopédique sur ce vice, ne put résister à l'impulsion de l'essayer et devint elle aussi onaniste. Elle ne peut se décider à faire une confession complète sur cette période de sa vie. Elle affirme avoir été en proie à une terrible excitation sexuelle et avoir placé hors de la maison ses deux filles pour les préserver d'«un sort terrible», tandis qu'elle ne voyait aucun inconvénient à garder avec elle ses deux garçons.

La malade devint neurasthénique ex masturbatione (irritation spinale, congestion à la tête, faiblesse, embarras intellectuel, etc.), parfois même dysthymique avec un tædium vitæ très pénible.

Son sens sexuel la poussait tantôt vers la femme, tantôt vers l'homme. Elle savait se dompter, souffrait beaucoup de son abstinence, d'autant plus que, à cause de ses malaises neurasthéniques, elle n'essayait de se soulager par la masturbation que dans les cas extrêmes. À l'heure qu'il est, cette femme, qui a déjà quarante-quatre ans, mais qui a encore ses menstruations régulièrement, souffre beaucoup de la passion qu'elle a conçue pour un jeune homme dont elle ne peut pas éviter le voisinage pour des raisons professionnelles.

La malade, dans son extérieur, ne présente rien d'extraordinaire: elle est gracieusement bâtie, d'une musculature faible. Le bassin est tout à fait féminin, mais les bras et les jambes sont étonnamment grands et d'une conformation masculine très prononcée. Comme aucune chaussure féminine ne va à son pied et qu'elle ne veut pas pourtant se faire remarquer, elle serre ses pieds dans des bottines de femme, de sorte qu'ils en ont été déformés. Les parties génitales sont développées d'une façon tout à fait normale, et sans changements, sauf un descensus uteri avec hypertrophie de la portion vaginale. Dans un examen plus approfondi la malade se déclare essentiellement homosexuelle; le penchant pour l'autre sexe, dit-elle, n'est chez elle qu'épisodique et quelque chose de grossièrement sensuel. Il est vrai qu'elle souffre actuellement beaucoup de son penchant sexuel pour ce jeune homme de son entourage, mais elle estime, comme un plaisir plus noble et plus élevé, de pouvoir poser un baiser sur la joue tendre et ronde d'une jeune fille. Ce plaisir se présente souvent, car elle est très aimée parmi ces «gentilles créatures», comme une «tante complaisante», puisqu'elle leur rend sans se décourager les «services les plus chevaleresques» et se sent alors toujours être un homme.


Observation 107 (Inversion sexuelle, avec satisfaction par rapports hétéro-sexuels).—M. Z..., trente-six ans, rentier, m'a consulté pour une anomalie de ses sentiments sexuels, anomalie qui lui fait paraître comme très risquée la conclusion d'un mariage projeté. Le malade est né d'un père névropathe qui a, la nuit, des réveils subits avec angoisse. Son grand-père était aussi névropathe. Un frère de son père est idiot. La mère du malade et sa famille étaient bien portantes, avec un état mental normal.

Trois sœurs et un frère, ce dernier atteint de folie morale. Deux sœurs sont bien portantes et vivent heureuses en ménage.

Étant enfant, le malade était nerveux, souffrait comme son père de soubresauts nocturnes, mais n'a jamais été atteint de maladies graves, sauf une coxalgie à la suite de laquelle il est resté boiteux.

Les impulsions sexuelles se sont éveillées chez lui très tôt. À l'âge de huit ans, et sans y être incité par quelqu'un, il a commencé à se masturber. À partir de l'âge de quatorze ans, il a éjaculé du sperme. Au point de vue intellectuel, il était bien doué; il s'intéressait aux arts et à la littérature. De tout temps il fut d'une faible musculature, et ne prit jamais de plaisir aux jeux des garçons, ni plus tard aux occupations des hommes. Il portait un certain intérêt aux toilettes féminines, aux attifements et aux occupations de la femme. Dès l'âge de puberté, le malade s'est aperçu de son affection pour les individus du sexe masculin. C'étaient surtout les jeunes gars de la classe populaire qui lui étaient sympathiques. Les cavaliers avaient pour lui un attrait particulier. Impetu libidonoso sæpe affectus est ad tales homines aversos se premere. Quodsi in turba populi, si occasio fuerit bene successit, voluptate erat perfusus; ab vigesimo secundo anno interdum talis occasionibus semen ejaculavit. Ab hoc tempore idem factum est si quis, qui ipsi placuit, manum ad femora posuerat. Ab hinc metuit ne viris manum adferret. Maxime pericolusus sibi homines plebeios fuscis et adstrictis bracis indutos esse putat. Summum gaudium ei esset si viros tales amplecti et ad se trahere sibi concessum esset; sed patriæ mores hoc fieri velant. Pæderastia ei displacet; magnam voluptatem genitalium virorum adspectus ei affert. Virorum occurentium genitalia adspici semper coactus est.

Au théâtre, au cirque, etc., c'étaient les artistes masculins qui seuls l'intéressaient. Le malade prétend n'avoir jamais remarqué chez lui un penchant pour les femmes. Il ne les évite pas; à l'occasion, il danse même avec elles, mais, en le faisant, il ne ressent pas la moindre émotion sexuelle.

À l'âge de vingt-huit ans, le malade était déjà neurasthénique, peut-être bien à la suite de ses excès de masturbation.

Ensuite ce furent de fréquentes pollutions pendant le sommeil, pollutions qui l'affaiblissaient. Dans ces pollutions il ne rêvait que très rarement des hommes, et jamais des femmes. Une fois la pollution fut provoquée par un rêve lascif dans lequel il commettait un acte de pédérastie. Sauf ce cas, ses rêves de pollutions lui représentaient des scènes de mort, des attaques par des chiens, etc. Le malade continuait de souffrir du plus violent libido sexualis. Souvent il lui venait des idées voluptueuses d'aller se réjouir à l'abattoir à la vue des bêtes en agonie ou de se laisser battre par des garçons; mais il résistait à ce désir de même qu'à l'impulsion de mettre un uniforme militaire.

Pour se débarrasser de son habitude de la masturbation et pour satisfaire son libido nimia, il se décida à faire une visite au lupanar. Il tenta un premier essai de satisfaction sexuelle avec une femme, à l'âge de vingt et un ans, un jour qu'il avait fait force libations bachiques. La beauté du corps de la femme, de même que toute nudité féminine, lui était à peu près indifférente. Mais il était capable de pratiquer le coït avec plaisir, et il fréquenta dorénavant régulièrement le lupanar, «pour raisons de santé», comme il disait.

À partir de cette époque, il trouvait aussi un grand plaisir à se faire raconter par des hommes leurs rapports sexuels avec des femmes.

Au lupanar, des idées de flagellation lui viennent très souvent, mais il n'a pas besoin de fixer ces images pour être puissant. Il considère les rapports sexuels au lupanar seulement comme des expédients contre son penchant à la masturbation et à l'amour des hommes, comme une sorte de soupape de sûreté, afin de ne pas se compromettre un jour devant un homme sympathique.

Le malade voudrait se marier, mais il craint de ne pas avoir d'amour et, par conséquent, de n'être pas puissant devant une honnête femme. Voilà pourquoi il a des scrupules et pourquoi il consulte un médecin.

Le malade est un personnage très cultivé et d'un extérieur tout à fait viril. Il ne présente rien d'étrange ni dans sa mise, ni dans son attitude. Sa démarche et sa voix ont un caractère tout à fait viril, de même que son squelette et son bassin. Ses parties génitales sont normalement développées. Elles sont très poilues, de même que la figure. Personne dans l'entourage, ni dans les connaissances du malade, ne se doute de son anomalie sexuelle. Dans ses fantaisies d'inversion sexuelle, dit-il, il ne s'est jamais senti dans le rôle de la femme vis-à-vis de l'homme. Depuis quelques années, le malade est resté presque tout à fait exempt de malaises neurasthéniques.

Il ne saurait dire s'il se considère comme inverti congénital. Il semble que son faible penchant ab origine pour la femme, à côté de son penchant très fort pour l'homme, a été affaibli encore par une masturbation précoce, et au profit de l'inversion sexuelle, mais sans avoir été complètement réduit à zéro. Avec la cessation de la masturbation le sentiment pour le sexe féminin a augmenté quelque peu, mais seulement dans le sens d'une sensualité grossière.

Comme le malade déclarait être obligé de se marier pour des raisons de famille et d'affaires, on ne pouvait éluder au point de vue médical cette question délicate.

Heureusement le malade se bornait à la question de savoir s'il serait puissant comme mari. On dut lui répondre qu'en réalité il était puissant et qu'il le serait selon toutes prévisions avec une femme de son choix, dans le cas où elle lui serait au moins intellectuellement sympathique.

D'ailleurs, en ayant recours à son imagination, il pourrait toujours améliorer sa puissance.

La principale chose consisterait à renforcer ses penchants sexuels pour les femmes, penchants qui n'ont été qu'arrêtés dans leur développement, mais qui ne lui manquent pas absolument. Il pourrait atteindre ce but en écartant et en refoulant tout sentiment, toute impulsion homosexuelle, même avec le concours des influences artificielles et inhibitives de la suggestion hypnotique (suggestion contre les sentiments homosexuels), ensuite en s'incitant avec effort aux sentiments sexuels normaux, par l'abstinence complète de toute masturbation, et en faisant disparaître les derniers vestiges de l'état neurasthénique du système nerveux par l'emploi de l'hydrothérapie et, éventuellement, de la faradisation générale.