Evangéline en pleurs resta pieusement
Près des restes sacrés de on fidèle amant.
Une dernière fois, dans l'angoisse abîmée,
Elle prit dans ses mains la tête inanimée,
Doucement la pressa contre son coeur transi
Et dit, penchant son front: O mon père merci!
Adieu! vieille forêt! Noyés dans la pénombre
Et drapés fièrement dans leur feuillage sombre,
Tes sapins résineux et tes cèdres altiers
Se balancent encor sur le bord des sentiers;
Mais loin de leur ombrage et de leur vertes ailes,
Dans le même tombeau, les deux amants fidèles
Dont les afflictions et les maux sont finis,
Reposent, côte à côte, à jamais réunis!
Ils dorment sous les murs d'un temple catholique!
Leurs noms sont ignorés; la croix simple et rustique
Qui disait au passant le lieu de leur repos
Ne se retrouve plus! Comme d'immenses flots
Roulent, avec fracas, vers une calme rive,
Auprès de leur tombeau, pressée, ardente, active,
S'agite chaque jour la foule des humains.
Combien de coeurs blessés et remplis de chagrins
Soupirent leurs ennuis et leur sollicitude,
En ces lieux où leurs coeurs trouvent la quiétude!
Combien de fronts pensifs s'inclinent tristement
En ces lieux où leurs fronts n'ont plus aucun tourment!
Combien de bras nerveux travaillent sans relâche
En ces lieux où leurs bras ont achevé leur tâche!
Combien de pieds actifs se succèdent sans fin,
En ces lieux où leurs pieds se reposent enfin.
Adieu! vieille forêt! Noyés dans la pénombre
Et drapés fièrement dans leur feuillage sombre
Tes sapins résineux et tes cèdres altiers
Se balancent encore sur le bord des sentiers;
Mais sous leur frais ombrage et sous leur vaste dôme,
On entend murmurer un étrange idiome!
On voit jouer, hélas! les fils d'un étranger!…
Seulement, sur les rocs que le flot vient ronger,
Et sur les bords déserts du sonore Atlantique
On voit, de place en place, un paysan rustique.
C'est un pauvre Acadien dont le plaintif aïeul
Ne voulut pas avoir, pour sépulcre ou linceul,
La terre de l'exil si lourde et si fatale.
Et qui revint mourir à sa rive natale!
Cet homme, il est pêcheur; il vit de son filet.
Sa fille porte encore élégant mantelet,
Beau jupon de droguet, chapeau de Normandie.
Elle a de beaux yeux noirs, une épaule arrondie.
Sa femme, tout le jour, tourne son gai fuseau;
Ses garçons, comme lui, se complaisent sur l'eau.
Dans les veilles d'hiver, quand les vagues écument,
Assis au coin de l'âtre où les fagots s'allument,
De l'humble Evangéline on conte les malheurs;
Et les petits enfants versent alors des pleurs.
Et l'Océan plaintif vers ses rives brumeuses
S'avance en agitant ses vagues écumeuses;
Et de profonds soupirs s'élèvent de ses flots
Comme pour se mêler au bruit de leurs sanglots!…
FIN
End of Project Gutenberg's Evangeline, by Henry Wadsworth Longfellow