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Fables de Florian

Chapter 71: FABLE XXII. * Le Lion et le Léopard.
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About This Book

A collection of short verse fables that use animals, pastoral scenes, and brief allegories to illustrate human virtues and vices. Many pieces offer explicit morals while others prioritize narrative charm and wit; together they range from witty, ironic sketches to touching apologues. The volume includes a prefatory essay reflecting on the nature and limits of the fable form, its relation to imitation and rule‑making, and defenses of simplicity and lively narration over prescriptive theory. Themes include prudence, folly, vanity, moderation, and social observation, told with light moralizing and playful, economical storytelling.

O vous qui sans esprit plairiez par vos attraits,
Et de qui l'esprit seul suffirait pour séduire,
Vous qui du blond Phébus savez toucher la lyre,
Et de l'amour lancer les traits,
Toute louable que vous êtes,
Je ne vous louerai point; allez, rassurez-vous:
Ce serait vous mettre en courroux,
Je le sais; cependant les belles, les poètes,
Aiment assez l'encens; vous êtes tout cela,
Et vous ne l'aimez point: j'en resterai donc là;
Mais, ne vous fâchez pas, si j'ose
Parler toujours de vous en parlant d'autre chose.
Un aigle, fils des rois de l'empire de l'air,
Sur le soleil fixant sa vue,
Ne vivait, ne planait qu'au-delà de la nue,
Et ne se reposait qu'aux pieds de Jupiter.
Cet aigle s'ennuyait; le soleil et l'olympe,
Lorsque sans cesse l'on y grimpe,
Finissent par être ennuyeux.
Notre aigle donc, lassé des cieux,
Descend sur un rocher; près de lui vient se rendre
Une blanche colombe, aux yeux doux, à l'air tendre,
Et dont le seul aspect faisait passer au cœur
Ce calme qui toujours annonce le bonheur.
L'aigle s'approche d'elle, et, plein de confiance,
Lui raconte son déplaisir.
La colombe répond: Petite est ma science,
Mais je crois cependant que je peux vous guérir;
Daignez me suivre dans la plaine.
Elle dit, l'aigle part. La colombe le mène
Dans les vallons fleuris, au bord des clairs ruisseaux,
Lui montre mille objets nouveaux,
Le fait reposer sous l'ombrage,
Ensuite le conduit sur de rians coteaux,
Et puis le ramène au bocage,
Où du rossignol le ramage
Faisait retentir les échos:
Ce n'est tout, elle sait encore
Doubler chaque plaisir de son royal amant
Par le charme du sentiment:
De plus en plus, l'aigle l'adore;
Bientôt ils s'unissent tous deux;
Leur félicité s'en augmente;
Et, lorsque notre aigle amoureux
Voulait remercier son épouse charmante
D'avoir enfin trouvé l'art de le rendre heureux,
Il lui disait, d'une voix attendrie:
Le bonheur n'est pas dans les cieux;
Il est près d'une bonne amie.

FABLE XXII.
* Le Lion et le Léopard.

Un valeureux lion, roi d'une immense plaine,
Desirait de la terre une plus grande part,
Et voulait conquérir une forêt prochaine,
Héritage d'un léopard.
L'attaquer n'était pas chose bien difficile;
Mais le lion craignait les panthères, les ours,
Qui se trouvaient placés juste entre les deux cours.
Voici comment s'y prit notre monarque habile:
Au jeune léopard, sous prétexte d'honneur,
Il députe un ambassadeur;
C'était un vieux renard. Admis à l'audience,
Du jeune roi d'abord il vante la prudence,
Son amour pour la paix, sa bonté, sa douceur,
Sa justice et sa bienfaisance;
Puis, au nom du lion, propose une alliance
Pour exterminer tout voisin
Qui méconnaîtra leur puissance.
Le léopard accepte; et, dès le lendemain,
Nos deux héros, sur leurs frontières,
Mangent, à qui mieux mieux, les ours et les panthères:
Cela fut bientôt fait; mais, quand les rois amis,
Partageant le pays conquis,
Fixèrent leurs bornes nouvelles,
Il s'éleva quelques querelles:
Le léopard lésé se plaignit du lion;
Celui-ci montra sa denture
Pour prouver qu'il avait raison:
Bref, on en vint aux coups. La fin de l'aventure
Fut le trépas du léopard:
Il apprit alors, un peu tard,
Que, contre les lions, les meilleures barrières
Sont les petits états des ours et des panthères.

FIN DU TROISIÈME LIVRE.