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Fables de Florian

Chapter 94: FABLE XXII. * Le Coq Fanfaron.
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About This Book

A collection of short verse fables that use animals, pastoral scenes, and brief allegories to illustrate human virtues and vices. Many pieces offer explicit morals while others prioritize narrative charm and wit; together they range from witty, ironic sketches to touching apologues. The volume includes a prefatory essay reflecting on the nature and limits of the fable form, its relation to imitation and rule‑making, and defenses of simplicity and lively narration over prescriptive theory. Themes include prudence, folly, vanity, moderation, and social observation, told with light moralizing and playful, economical storytelling.

Partir avant le jour, à tâtons, sans voir goutte,
Sans songer seulement à demander sa route,
Aller de chûte en chûte, et, se traînant ainsi,
Faire un tiers du chemin jusqu'à près de midi;
Voir sur sa tête alors amasser les nuages,
Dans un sable mouvant précipiter ses pas,
Courir, en essuyant orages sur orages,
Vers un but incertain où l'on n'arrive pas;
Détrompé vers le soir, chercher une retraite,
Arriver haletant, se coucher, s'endormir,
On appelle cela naître, vivre, et mourir.
La volonté de Dieu soit faite!

FABLE XXII.
* Le Coq Fanfaron.

Il fait bon battre un glorieux:
Des revers qu'il éprouve il est toujours joyeux,
Toujours sa vanité trouve dans sa défaite
Un moyen d'être satisfaite.
Un coq, sans force et sans talent,
Jouissait, on ne sait comment,
D'une certaine renommée.
Cela se voit, dit-on, chez la gent emplumée
Et chez d'autres encore. Insolent comme un sot,
Notre coq traita mal un poulet de mérite.
La jeunesse aisément s'irrite;
Le poulet offensé le provoque aussitôt,
Et le cou tout gonflé sur lui se précipite.
Dans l'instant le coq orgueilleux
Est battu, déplumé, reçoit mainte blessure;
Et, si l'on n'eût fini ce combat dangereux,
Sa mort terminait l'aventure.
Quand le poulet fut loin, le coq, en s'épluchant,
Disait: Cet enfant-là m'a montré du courage;
J'ai beaucoup ménagé son âge,
Mais de lui je suis fort content.
Un coq, vieux et cassé, témoin de cette histoire,
La répandit et s'en moqua.
Notre fanfaron l'attaqua,
Croyant facilement remporter la victoire.
Le brave vétéran, de lui trop mal connu,
En quatre coups de bec lui partage la crête,
Le dépouille en entier des pieds jusqu'à la tête,
Et le laisse là presque nu.
Alors notre coq, sans se plaindre,
Dit: C'est un bon vieillard, j'en ai bien peu souffert:
Mais je le trouve encore vert;
Et, dans son jeune temps, il devait être à craindre.

FIN DU QUATRIÈME LIVRE.