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Fables de La Fontaine

Chapter 102: L’AIGLE ET LE HIBOU.
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About This Book

The collection gathers short narrative poems that retell traditional animal fables and moral anecdotes in lively, often ironic verse. Each piece stages animals or everyday figures to satirize human follies, expose moral lessons, and reflect on prudence, vanity, justice, and power. Verses balance lightness and instruction, using brevity, wit, and vivid imagery to make ethical points accessible. Some prefatory remarks frame the tales as suitable instruction for young rulers and emphasize the mix of entertainment and civic education. Together the fables vary in tone from playful to pointed, moving between gentle admonition and sharp social critique.

XVIII

L’AIGLE ET LE HIBOU.

L’aigle et le chat-huant leurs querelles cessèrent,
Et firent tant qu’ils s’embrassèrent.
L’un jura foi de roi, l’autre foi de hibou,
Qu’ils ne se goberoient leurs petits peu ni prou.
Connoissez-vous les miens? dit l’oiseau de Minerve.
Non, dit l’aigle. Tant pis, reprit le triste oiseau:
Je crains en ce cas pour leur peau;
C’est hasard si je les conserve.
Comme vous êtes roi, vous ne considérez
Qui ni quoi: rois et dieux mettent, quoi qu’on leur die,
Tout en même catégorie.
Adieu mes nourrissons, si vous les rencontrez.
Peignez-les-moi, dit l’aigle, ou bien me les montrez;
Je n’y toucherai de ma vie.
Le hibou repartit: Mes petits sont mignons,
Beaux, bien faits et jolis sur tous leurs compagnons:
Vous les reconnoîtrez sans peine à cette marque.
N’allez pas l’oublier; retenez-la si bien
Que chez moi la maudite Parque
N’entre point par votre moyen.
Il avint qu’au hibou Dieu donna géniture;
De façon qu’un beau soir qu’il étoit en pâture,
Notre aigle aperçut, d’aventure,
Dans les coins d’une roche dure,
Ou dans le trou d’une masure
(Je ne sais pas lequel des deux),
De petits monstres fort hideux,
Rechignés, un air triste, une voix de Mégère.
Ces enfants ne sont pas, dit l’aigle, à notre ami;
Croquons-les. Le galant n’en fit pas à demi;
Ses repas ne sont point repas à la légère.
Le hibou, de retour, ne trouve que les pieds
De ses chers nourrissons, hélas! pour toute chose.
Il se plaint; et les dieux sont par lui suppliés
De punir le brigand qui de son deuil est cause.
Quelqu’un lui dit alors: N’en accuse que toi,
Ou plutôt la commune loi
Qui veut qu’on trouve son semblable
Beau, bien fait et sur tous aimable.
Tu fis de tes enfants à l’aigle ce portrait:
En avoient-ils le moindre trait?