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Fables de La Fontaine cover

Fables de La Fontaine

Chapter 12: LE LOUP ET L’AGNEAU.
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About This Book

The collection gathers short narrative poems that retell traditional animal fables and moral anecdotes in lively, often ironic verse. Each piece stages animals or everyday figures to satirize human follies, expose moral lessons, and reflect on prudence, vanity, justice, and power. Verses balance lightness and instruction, using brevity, wit, and vivid imagery to make ethical points accessible. Some prefatory remarks frame the tales as suitable instruction for young rulers and emphasize the mix of entertainment and civic education. Together the fables vary in tone from playful to pointed, moving between gentle admonition and sharp social critique.

X

LE LOUP ET L’AGNEAU.

La raison du plus fort est toujours la meilleure;
Nous l’allons montrer tout à l’heure.
Un agneau se désaltéroit
Dans le courant d’une onde pure.
Un loup survient à jeun, qui cherchoit aventure,
Et que la faim en ces lieux attiroit.
Qui te rend si hardi de troubler mon breuvage?
Dit cet animal plein de rage:
Tu seras châtié de ta témérité.—
Sire, répond l’agneau, que Votre Majesté
Ne se mette pas en colère;
Mais plutôt qu’elle considère
Que je me vas désaltérant
Dans le courant,
Plus de vingt pas au-dessous d’elle;
Et que, par conséquent, en aucune façon
Je ne puis troubler sa boisson.—
Tu la troubles! reprit cette bête cruelle;
Et je sais que de moi tu médis l’an passé.—
Comment l’aurois-je fait si je n’étois pas né?
Reprit l’agneau; je tette encor ma mère.—
Si ce n’est toi, c’est donc ton frère.—
Je n’en ai point.—C’est donc quelqu’un des tiens;
Car vous ne m’épargnez guère,
Vous, vos bergers et vos chiens.
On me l’a dit: il faut que je me venge.
Là-dessus, au fond des forêts,
Le loup l’emporte, et puis le mange,
Sans autre forme de procès.