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Fables de La Fontaine

Chapter 13: L’HOMME ET SON IMAGE.
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About This Book

The collection gathers short narrative poems that retell traditional animal fables and moral anecdotes in lively, often ironic verse. Each piece stages animals or everyday figures to satirize human follies, expose moral lessons, and reflect on prudence, vanity, justice, and power. Verses balance lightness and instruction, using brevity, wit, and vivid imagery to make ethical points accessible. Some prefatory remarks frame the tales as suitable instruction for young rulers and emphasize the mix of entertainment and civic education. Together the fables vary in tone from playful to pointed, moving between gentle admonition and sharp social critique.

XI

L’HOMME ET SON IMAGE.

POUR M. LE DUC DE LA ROCHEFOUCAULD[5].

Un homme qui s’aimoit sans avoir de rivaux
Passoit dans son esprit pour le plus beau du monde:
Il accusoit toujours les miroirs d’être faux,
Vivant plus que content dans son erreur profonde.
Afin de le guérir, le sort officieux
Présentoit partout à ses yeux
Les conseillers muets dont se servent nos dames:
Miroirs dans les logis, miroirs chez les marchands,
Miroirs aux poches des galants,
Miroirs aux ceintures des femmes.
Que fait notre Narcisse? Il se va confiner
Aux lieux les plus cachés qu’il peut imaginer,
N’osant plus des miroirs éprouver l’aventure.
Mais un canal, formé par une source pure,
Se trouve en ces lieux écartés:
Il s’y voit, il se fâche; et ses yeux irrités
Pensent apercevoir une chimère vaine.
Il fait tout ce qu’il peut pour éviter cette eau;
Mais quoi! le canal est si beau,
Qu’il ne le quitte qu’avec peine.
On voit bien où je veux venir.
Je parle à tous; et cette erreur extrême
Est un mal que chacun se plaît d’entretenir.
Notre âme, c’est cet homme amoureux de lui-même;
Tant de miroirs, ce sont les sottises d’autrui,
Miroirs, de nos défauts les peintres légitimes;
Et quant au canal, c’est celui
Que chacun sait, le livre des Maximes.