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Fables de La Fontaine

Chapter 133: LE HÉRON.
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About This Book

The collection gathers short narrative poems that retell traditional animal fables and moral anecdotes in lively, often ironic verse. Each piece stages animals or everyday figures to satirize human follies, expose moral lessons, and reflect on prudence, vanity, justice, and power. Verses balance lightness and instruction, using brevity, wit, and vivid imagery to make ethical points accessible. Some prefatory remarks frame the tales as suitable instruction for young rulers and emphasize the mix of entertainment and civic education. Together the fables vary in tone from playful to pointed, moving between gentle admonition and sharp social critique.

IV

LE HÉRON.

Un jour, sur ses longs pieds alloit je ne sais où
Le héron au long bec emmanché d’un long cou:
Il côtoyoit une rivière.
L’onde étoit transparente ainsi qu’aux plus beaux jours;
Ma commère la carpe y faisoit mille tours
Avec le brochet son compère.
Le héron en eût fait aisément son profit:
Tous approchoient du bord; l’oiseau n’avoit qu’à prendre.
Mais il crut mieux faire d’attendre
Qu’il eût un peu plus d’appétit:
Il vivoit de régime, et mangeoit à ses heures.
Après quelques moments l’appétit vint: l’oiseau,
S’approchant du bord, vit sur l’eau
Des tanches qui sortoient du fond de ces demeures.
Le mets ne lui plut pas; il s’attendoit à mieux,
Et montroit un goût dédaigneux
Comme le rat du bon Horace.
Moi, des tanches! dit-il; moi, héron, que je fasse
Une si pauvre chère! Et pour qui me prend-on?
La tanche rebutée, il trouva du goujon.
Du goujon! c’est bien là le dîner d’un héron!
J’ouvrirois pour si peu le bec! aux dieux ne plaise!
Il l’ouvrit pour bien moins: tout alla de façon
Qu’il ne vit plus aucun poisson.
La faim le prit: il fut tout heureux et tout aise
De rencontrer un limaçon.
Ne soyons pas si difficiles:
Les plus accommodants, ce sont les plus habiles;
On hasarde de perdre en voulant trop gagner.
Gardez-vous de rien dédaigner,
Surtout quand vous avez à peu près votre compte.
Bien des gens y sont pris. Ce n’est pas aux hérons
Que je parle: écoutez, humains, un autre conte:
Vous verrez que chez vous j’ai puisé ces leçons.