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Fables de La Fontaine

Chapter 136: LA COUR DU LION.
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About This Book

The collection gathers short narrative poems that retell traditional animal fables and moral anecdotes in lively, often ironic verse. Each piece stages animals or everyday figures to satirize human follies, expose moral lessons, and reflect on prudence, vanity, justice, and power. Verses balance lightness and instruction, using brevity, wit, and vivid imagery to make ethical points accessible. Some prefatory remarks frame the tales as suitable instruction for young rulers and emphasize the mix of entertainment and civic education. Together the fables vary in tone from playful to pointed, moving between gentle admonition and sharp social critique.

VII

LA COUR DU LION.

Sa majesté lionne un jour voulut connaître
De quelles nations le Ciel l’avait fait maître.
Il manda donc par députés
Ses vassaux de toute nature,
Envoyant de tous les côtés
Une circulaire écriture
Avec son sceau. L’écrit portoit
Qu’un mois durant le roi tiendroit
Cour plénière, dont l’ouverture
Devoit être un fort grand festin,
Suivi des tours de Fagotin.
Par ce trait de magnificence
Le prince à ses sujets étaloit sa puissance.
En son Louvre il les invita.
Quel Louvre! un vrai charnier, dont l’odeur se porta
D’abord au nez des gens. L’ours boucha sa narine:
Il se fût bien passé de faire cette mine;
Sa grimace déplut: le monarque irrité
L’envoya chez Pluton faire le dégoûté.
Le singe approuva fort cette sévérité;
Et, flatteur excessif, il loua la colère
Et la griffe du prince, et l’antre, et cette odeur;
Il n’étoit ambre, il n’étoit fleur
Qui ne fût ail au prix. Sa sotte flatterie
Eut un mauvais succès, et fut encor punie:
Ce monseigneur du lion-là
Fut parent de Caligula.
Le renard étant proche: Or çà, lui dit le sire,
Que sens-tu? dis-le-moi; parle sans déguiser.
L’autre aussitôt de s’excuser,
Alléguant un grand rhume: il ne pouvoit que dire
Sans odorat. Bref, il s’en tire.
Ceci vous sert d’enseignement:
Ne soyez à la cour, si vous voulez y plaire,
Ni fade adulateur, ni parleur trop sincère,
Et tâchez quelquefois de répondre en Normand.