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Fables de La Fontaine

Chapter 140: LE CURÉ ET LE MORT[50].
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About This Book

The collection gathers short narrative poems that retell traditional animal fables and moral anecdotes in lively, often ironic verse. Each piece stages animals or everyday figures to satirize human follies, expose moral lessons, and reflect on prudence, vanity, justice, and power. Verses balance lightness and instruction, using brevity, wit, and vivid imagery to make ethical points accessible. Some prefatory remarks frame the tales as suitable instruction for young rulers and emphasize the mix of entertainment and civic education. Together the fables vary in tone from playful to pointed, moving between gentle admonition and sharp social critique.

XI

LE CURÉ ET LE MORT[50].

Un mort s’en alloit tristement
S’emparer de son dernier gîte;
Un curé s’en alloit gaiement
Enterrer ce mort au plus vite.
Notre défunt étoit en carrosse porté,
Bien et dûment empaqueté,
Et vêtu d’une robe, hélas! qu’on nomme bière,
Robe d’hiver, robe d’été,
Que les morts ne dépouillent guère.
Le pasteur étoit à côté,
Et récitoit, à l’ordinaire,
Maintes dévotes oraisons,
Et des psaumes et des leçons,
Et des versets et des répons:
Monsieur le mort, laissez-nous faire,
On vous en donnera de toutes les façons;
Il ne s’agit que du salaire.
Messire Jean Chouart couvoit des yeux son mort,
Comme si l’on eût dû lui ravir ce trésor;
Et des regards sembloit lui dire:
Monsieur le mort, j’aurai de vous
Tant en argent, et tant en cire,
Et tant en autres menus coûts.
Il fondoit là-dessus l’achat d’une feuillette
Du meilleur vin des environs:
Certaine nièce assez propette[51]
Et sa chambrière Pâquette
Devoient avoir des cotillons.
Sur cette agréable pensée
Un heurt survient: adieu le char.
Voilà messire Jean Chouart
Qui du choc de son mort a la tête cassée:
Le paroissien en plomb entraîne son pasteur;
Notre curé suit son seigneur;
Tous deux s’en vont de compagnie.
Proprement toute notre vie
Est le curé Chouart qui sur son mort comptoit,
Et la fable du Pot au lait.