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Fables de La Fontaine

Chapter 142: LES DEUX COQS.
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About This Book

The collection gathers short narrative poems that retell traditional animal fables and moral anecdotes in lively, often ironic verse. Each piece stages animals or everyday figures to satirize human follies, expose moral lessons, and reflect on prudence, vanity, justice, and power. Verses balance lightness and instruction, using brevity, wit, and vivid imagery to make ethical points accessible. Some prefatory remarks frame the tales as suitable instruction for young rulers and emphasize the mix of entertainment and civic education. Together the fables vary in tone from playful to pointed, moving between gentle admonition and sharp social critique.

XIII

LES DEUX COQS.

Deux coqs vivoient en paix: une poule survint,
Et voilà la guerre allumée.
Amour, tu perdis Troie! et c’est de toi que vint
Cette querelle envenimée
Où du sang des dieux même on vit le Xanthe teint!
Longtemps entre nos coqs le combat se maintint.
Le bruit s’en répandit par tout le voisinage:
La gent qui porte crête au spectacle accourut;
Plus d’une Hélène au beau plumage
Fut le prix du vainqueur. Le vaincu disparut:
Il alla se cacher au fond de sa retraite,
Pleura sa gloire et ses amours,
Ses amours qu’un rival, tout fier de sa défaite,
Possédoit à ses yeux. Il voyoit tous les jours
Cet objet rallumer sa haine et son courage;
Il aiguisoit son bec, battoit l’air et ses flancs,
Et s’exerçant contre les vents,
S’armoit d’une jalouse rage.
Il n’en eut pas besoin. Son vainqueur sur les toits
S’alla percher, et chanter sa victoire.
Un vautour entendit sa voix:
Adieu les amours et la gloire;
Tout cet orgueil périt sous l’ongle du vautour.
Enfin, par un fatal retour,
Son rival autour de la poule
S’en revint faire le coquet.
Je laisse à penser quel caquet;
Car il eut des femmes en foule.
La Fortune se plaît à faire de ces coups:
Tout vainqueur insolent à sa perte travaille.
Défions-nous du Sort, et prenons garde à nous
Après le gain d’une bataille.