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Fables de La Fontaine

Chapter 150: LE LION, LE LOUP ET LE RENARD.
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About This Book

The collection gathers short narrative poems that retell traditional animal fables and moral anecdotes in lively, often ironic verse. Each piece stages animals or everyday figures to satirize human follies, expose moral lessons, and reflect on prudence, vanity, justice, and power. Verses balance lightness and instruction, using brevity, wit, and vivid imagery to make ethical points accessible. Some prefatory remarks frame the tales as suitable instruction for young rulers and emphasize the mix of entertainment and civic education. Together the fables vary in tone from playful to pointed, moving between gentle admonition and sharp social critique.

III

LE LION, LE LOUP ET LE RENARD.

Un lion décrépit, goutteux, n’en pouvant plus,
Vouloit que l’on trouvât remède à la vieillesse.
Alléguer l’impossible aux rois, c’est un abus.
Celui-ci parmi chaque espèce
Mande des médecins: il en est de tous arts.
Médecins au lion viennent de toutes parts;
De tous côtés lui vient des donneurs de recettes,
Dans les visites qui sont faites,
Le renard se dispense et se tient clos et coi.
Le loup en fait sa cour, daube, au coucher du roi,
Son camarade absent. Le prince tout à l’heure
Veut qu’on aille enfumer renard dans sa demeure,
Qu’on le fasse venir. Il vient, est présenté;
Et sachant que le loup lui faisoit cette affaire:
Je crains, sire, dit-il, qu’un rapport peu sincère
Ne m’ait à mépris imputé
D’avoir différé cet hommage;
Mais j’étois en pèlerinage,
Et m’acquittois d’un vœu fait pour votre santé.
Même j’ai vu dans mon voyage
Gens experts et savants; leur ai dit la langueur
Dont votre majesté craint à bon droit la suite.
Vous ne manquez que de chaleur;
Le long âge en vous l’a détruite:
D’un loup écorché vif appliquez-vous la peau
Toute chaude et toute fumante:
Le secret sans doute en est beau
Pour la nature défaillante.
Messire loup vous servira,
S’il vous plaît, de robe de chambre.
Le roi goûte cet avis-là.
On écorche, on taille, on démembre
Messire loup. Le monarque en soupa,
Et de sa peau s’enveloppa.
Messieurs les courtisans, cessez de vous détruire;
Faites, si vous pouvez, votre cour sans vous nuire:
Le mal se rend chez vous au quadruple du bien.
Les daubeurs ont leur tour d’une ou d’autre manière:
Vous êtes dans une carrière
Où l’on ne se pardonne rien.