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Fables de La Fontaine

Chapter 162: LE RAT ET L’ÉLÉPHANT.
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About This Book

The collection gathers short narrative poems that retell traditional animal fables and moral anecdotes in lively, often ironic verse. Each piece stages animals or everyday figures to satirize human follies, expose moral lessons, and reflect on prudence, vanity, justice, and power. Verses balance lightness and instruction, using brevity, wit, and vivid imagery to make ethical points accessible. Some prefatory remarks frame the tales as suitable instruction for young rulers and emphasize the mix of entertainment and civic education. Together the fables vary in tone from playful to pointed, moving between gentle admonition and sharp social critique.

XV

LE RAT ET L’ÉLÉPHANT.

Se croire un personnage est fort commun en France:
On y fait l’homme d’importance,
Et l’on n’est souvent qu’un bourgeois.
C’est proprement le mal françois.
La sotte vanité nous est particulière.
Les Espagnols sont vains, mais d’une autre manière:
Leur orgueil me semble, en un mot,
Beaucoup plus fou, mais pas si sot.
Donnons quelque image du nôtre,
Qui sans doute en vaut bien un autre.
Un rat des plus petits voyoit un éléphant
Des plus gros, et railloit le marcher un peu lent
De la bête de haut parage,
Qui marchoit à gros équipage.
Sur l’animal à triple étage,
Une sultane de renom,
Son chien, son chat et sa guenon,
Son perroquet, sa vieille, et toute sa maison,
S’en alloit en pèlerinage.
Le rat s’étonnoit que les gens
Fussent touchés de voir cette pesante masse:
Comme si d’occuper ou plus ou moins de place
Nous rendoit, disoit-il, plus ou moins importants.
Mais qu’admirez-vous tant en lui, vous autres hommes?
Seroit-ce ce grand corps qui fait peur aux enfants?
Nous ne nous prisons pas, tout petits que nous sommes,
D’un grain moins que les éléphants.
Il en auroit dit davantage;
Mais le chat sortant de sa cage,
Lui fit voir en moins d’un instant
Qu’un rat n’est pas un éléphant.