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Fables de La Fontaine cover

Fables de La Fontaine

Chapter 170: LE TORRENT ET LA RIVIÈRE.
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About This Book

The collection gathers short narrative poems that retell traditional animal fables and moral anecdotes in lively, often ironic verse. Each piece stages animals or everyday figures to satirize human follies, expose moral lessons, and reflect on prudence, vanity, justice, and power. Verses balance lightness and instruction, using brevity, wit, and vivid imagery to make ethical points accessible. Some prefatory remarks frame the tales as suitable instruction for young rulers and emphasize the mix of entertainment and civic education. Together the fables vary in tone from playful to pointed, moving between gentle admonition and sharp social critique.

XXIII

LE TORRENT ET LA RIVIÈRE.

Avec grand bruit et grand fracas
Un torrent tomboit des montagnes;
Tout fuyoit devant lui: l’horreur suivoit ses pas,
Il faisoit trembler les campagnes.
Nul voyageur n’osoit passer
Une barrière si puissante;
Un seul vit les voleurs; et, se sentant presser,
Il mit entre eux et lui cette onde menaçante.
Ce n’étoit que menace et bruit sans profondeur;
Notre homme enfin n’eut que la peur.
Ce succès lui donnant courage,
Et les mêmes voleurs le poursuivant toujours,
Il rencontra sur son passage
Une rivière dont le cours,
Image d’un sommeil doux, paisible et tranquille,
Lui fit croire d’abord ce trajet fort facile:
Point de bords escarpés, un sable pur et net.
Il entre; et son cheval le met
A couvert des voleurs, mais non de l’onde noire:
Tous deux au Styx allèrent boire;
Tous deux, à nager malheureux,
Allèrent traverser, au séjour ténébreux,
Bien d’autres fleuves que les nôtres.
Les gens sans bruit sont dangereux;
Il n’en est pas ainsi des autres.