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Fables de La Fontaine

Chapter 180: LE STATUAIRE ET LA STATUE DE JUPITER.
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About This Book

The collection gathers short narrative poems that retell traditional animal fables and moral anecdotes in lively, often ironic verse. Each piece stages animals or everyday figures to satirize human follies, expose moral lessons, and reflect on prudence, vanity, justice, and power. Verses balance lightness and instruction, using brevity, wit, and vivid imagery to make ethical points accessible. Some prefatory remarks frame the tales as suitable instruction for young rulers and emphasize the mix of entertainment and civic education. Together the fables vary in tone from playful to pointed, moving between gentle admonition and sharp social critique.

VI

LE STATUAIRE ET LA STATUE DE JUPITER.

Un bloc de marbre étoit si beau
Qu’un statuaire en fit l’emplette.
Qu’en fera, dit-il, mon ciseau?
Sera-t-il dieu, table, ou cuvette?
Il sera dieu: même je veux
Qu’il ait en sa main un tonnerre.
Tremblez, humains! faites des vœux:
Voilà le maître de la terre!
L’artisan exprima si bien
Le caractère de l’idole,
Qu’on trouva qu’il ne manquoit rien
A Jupiter que la parole:
Même l’on dit que l’ouvrier
Eut à peine achevé l’image,
Qu’on le vit frémir le premier,
Et redouter son propre ouvrage.
A la foiblesse du sculpteur
Le poëte autrefois n’en dut guère,
Des dieux dont il fut l’inventeur
Craignant la haine et la colère.
Il étoit enfant en ceci:
Les enfants n’ont l’âme occupée
Que de continuel souci
Qu’on ne fâche point leur poupée.
Leur cœur suit aisément l’esprit:
De cette source est descendue
L’erreur païenne, qui se vit
Chez tant de peuples répandue.
Ils embrassoient violemment
Les intérêts de leur chimère:
Pygmalion devint amant
De la Vénus dont il fut père.
Chacun tourne en réalités,
Autant qu’il peut, ses propres songes:
L’homme est de glace aux vérités;
Il est de feu pour les mensonges.