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Fables de La Fontaine

Chapter 183: L’HUITRE ET LES PLAIDEURS.
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About This Book

The collection gathers short narrative poems that retell traditional animal fables and moral anecdotes in lively, often ironic verse. Each piece stages animals or everyday figures to satirize human follies, expose moral lessons, and reflect on prudence, vanity, justice, and power. Verses balance lightness and instruction, using brevity, wit, and vivid imagery to make ethical points accessible. Some prefatory remarks frame the tales as suitable instruction for young rulers and emphasize the mix of entertainment and civic education. Together the fables vary in tone from playful to pointed, moving between gentle admonition and sharp social critique.

IX

L’HUITRE ET LES PLAIDEURS.

Un jour deux pèlerins sur le sable rencontrent
Une huître, que le flot y venoit d’apporter:
Ils l’avalent des yeux, du doigt ils se la montrent;
A l’égard de la dent il fallut contester.
L’un se baissoit déjà pour amasser la proie;
L’autre le pousse, et dit: Il est bon de savoir
Qui de nous en aura la joie.
Celui qui le premier a pu l’apercevoir
En sera le gobeur; l’autre le verra faire.
Si par là l’on juge l’affaire,
Reprit son compagnon, j’ai l’œil bon, Dieu merci!
Je ne l’ai pas mauvais aussi,
Dit l’autre; et je l’ai vue avant vous, sur ma vie.
Hé bien! vous l’avez vue, et moi je l’ai sentie.
Pendant tout ce bel incident,
Perrin Dandin arrive: ils le prennent pour juge.
Perrin fort gravement ouvre l’huître, et la gruge,
Nos deux messieurs le regardant.
Ce repas fait, il dit d’un ton de président:
Tenez, la cour vous donne à chacun une écaille
Sans dépens; et qu’en paix chacun chez soi s’en aille.
Mettez ce qu’il en coûte à plaider aujourd’hui;
Comptez ce qu’il en reste à beaucoup de familles:
Vous verrez que Perrin tire l’argent à lui,
Et ne laisse aux plaideurs que le sac et les quilles.