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Fables de La Fontaine

Chapter 189: LE MARI, LA FEMME ET LE VOLEUR.
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About This Book

The collection gathers short narrative poems that retell traditional animal fables and moral anecdotes in lively, often ironic verse. Each piece stages animals or everyday figures to satirize human follies, expose moral lessons, and reflect on prudence, vanity, justice, and power. Verses balance lightness and instruction, using brevity, wit, and vivid imagery to make ethical points accessible. Some prefatory remarks frame the tales as suitable instruction for young rulers and emphasize the mix of entertainment and civic education. Together the fables vary in tone from playful to pointed, moving between gentle admonition and sharp social critique.

XV

LE MARI, LA FEMME ET LE VOLEUR.

Un mari fort amoureux,
Fort amoureux de sa femme,
Bien qu’il fût jouissant, se croyoit malheureux.
Jamais œillade de la dame,
Propos flatteur et gracieux,
Mot d’amitié, ni doux sourire,
Déifiant le pauvre sire,
N’avoient fait soupçonner qu’il fût vraiment chéri.
Je le crois, c’étoit un mari.
Il ne tint point à l’hyménée
Que, content de sa destinée,
Il n’en remerciât les dieux.
Mais quoi! si l’amour n’assaisonne
Les plaisirs que l’hymen nous donne,
Je ne vois pas qu’on en soit mieux.
Notre épouse étant donc de la sorte bâtie,
Et n’ayant caressé son mari de sa vie,
Il en faisoit sa plainte une nuit. Un voleur
Interrompit la doléance.
La pauvre femme eut si grand’peur
Qu’elle chercha quelque assurance
Entre les bras de son époux.
Ami, voleur, dit-il, sans toi ce bien si doux
Me seroit inconnu! Prends donc en récompense
Tout ce qui peut chez nous être à ta bienséance;
Prends le logis aussi. Les voleurs ne sont pas
Gens honteux, ni fort délicats:
Celui-ci fit sa main.
J’infère de ce conte
Que la plus forte passion
C’est la peur; elle fait vaincre l’aversion,
Et l’amour quelquefois: quelquefois il la dompte;
J’en ai pour preuve cet amant
Qui brûla sa maison pour embrasser sa dame,
L’emportant à travers la flamme.
J’aime assez cet emportement;
Le conte m’en a plu toujours infiniment:
Il est bien d’une âme espagnole,
Et plus grande encore que folle.