WeRead Powered by ReaderPub
Fables de La Fontaine cover

Fables de La Fontaine

Chapter 191: LE SINGE ET LE CHAT.
Open in WeRead

About This Book

The collection gathers short narrative poems that retell traditional animal fables and moral anecdotes in lively, often ironic verse. Each piece stages animals or everyday figures to satirize human follies, expose moral lessons, and reflect on prudence, vanity, justice, and power. Verses balance lightness and instruction, using brevity, wit, and vivid imagery to make ethical points accessible. Some prefatory remarks frame the tales as suitable instruction for young rulers and emphasize the mix of entertainment and civic education. Together the fables vary in tone from playful to pointed, moving between gentle admonition and sharp social critique.

XVII

LE SINGE ET LE CHAT.

Bertrand avec Raton, l’un singe et l’autre chat,
Commensaux d’un logis, avoient un commun maître.
D’animaux malfaisants c’étoit un très-bon plat:
Ils n’y craignoient tous deux aucun, quel qu’il pût être.
Trouvoit-on quelque chose au logis de gâté,
L’on ne s’en prenoit point aux gens du voisinage:
Bertrand déroboit tout: Raton, de son côté,
Étoit moins attentif aux souris qu’au fromage.
Un jour, au coin du feu, nos deux maîtres fripons
Regardoient rôtir des marrons.
Les escroquer étoit une très-bonne affaire,
Nos galants y voyoient double profit à faire:
Leur bien premièrement, et puis le mal d’autrui.
Bertrand dit à Raton: Frère, il faut aujourd’hui
Que tu fasses un coup de maître;
Tire-moi ces marrons. Si Dieu m’avoit fait naître
Propre à tirer marrons du feu,
Certes, marrons verroient beau jeu.
Aussitôt fait que dit: Raton, avec sa patte,
D’une manière délicate,
Écarte un peu la cendre, et retire les doigts;
Puis les reporte à plusieurs fois;
Tire un marron, puis deux, et puis trois en escroque:
Et cependant Bertrand les croque.
Une servante vient: adieu mes gens. Raton
N’étoit pas content, ce dit-on.
Aussi ne le sont pas la plupart de ces princes
Qui, flattés d’un pareil emploi,
Vont s’échauder en des provinces
Pour le profit de quelque roi.