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Fables de La Fontaine

Chapter 198: L’ENFOUISSEUR ET SON COMPÈRE.
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About This Book

The collection gathers short narrative poems that retell traditional animal fables and moral anecdotes in lively, often ironic verse. Each piece stages animals or everyday figures to satirize human follies, expose moral lessons, and reflect on prudence, vanity, justice, and power. Verses balance lightness and instruction, using brevity, wit, and vivid imagery to make ethical points accessible. Some prefatory remarks frame the tales as suitable instruction for young rulers and emphasize the mix of entertainment and civic education. Together the fables vary in tone from playful to pointed, moving between gentle admonition and sharp social critique.

V

L’ENFOUISSEUR ET SON COMPÈRE.

Un pince-maille avoit tant amassé,
Qu’il ne savoit où loger sa finance.
L’avarice, compagne et sœur de l’ignorance;
Le rendoit fort embarrassé
Dans le choix d’un dépositaire:
Car il en vouloit un, et voici sa raison:
L’objet tente; il faudra que ce monceau s’altère,
Si je le laisse à la maison:
Moi-même de mon bien je serai le larron.—
Le larron? Quoi! jouir, c’est se voler soi-même?
Mon ami, j’ai pitié de ton erreur extrême.
Apprends de moi cette leçon:
Le bien n’est bien qu’en tant que l’on s’en peut défaire;
Sans cela c’est un mal. Veux-tu le réserver
Pour un âge et des temps qui n’en ont plus que faire?
La peine d’acquérir, le soin de conserver,
Otent le prix à l’or, qu’on croit si nécessaire.—
Pour se décharger d’un tel soin,
Notre homme eût pu trouver des gens sûrs au besoin;
Il aima mieux la terre; et, prenant son compère,
Celui-ci l’aide. Ils vont enfouir le trésor.
Au bout de quelque temps, l’homme va voir son or;
Il ne retrouva que le gîte.
Soupçonnant à bon droit le compère, il va vite
Lui dire: Apprêtez-vous; car il me reste encor
Quelques deniers: je veux les joindre à l’autre masse.
Le compère aussitôt va remettre en sa place
L’argent volé; prétendant bien
Tout reprendre à la fois, sans qu’il y manquât rien.
Mais pour ce coup l’autre fut sage:
Il retint tout chez lui, résolu de jouir,
Plus n’entasser, plus n’enfouir;
Et le pauvre voleur, ne trouvant plus son gage,
Pensa tomber de sa hauteur.
Il n’est pas malaisé de tromper un trompeur.