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Fables de La Fontaine

Chapter 199: LE LOUP ET LES BERGERS.
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About This Book

The collection gathers short narrative poems that retell traditional animal fables and moral anecdotes in lively, often ironic verse. Each piece stages animals or everyday figures to satirize human follies, expose moral lessons, and reflect on prudence, vanity, justice, and power. Verses balance lightness and instruction, using brevity, wit, and vivid imagery to make ethical points accessible. Some prefatory remarks frame the tales as suitable instruction for young rulers and emphasize the mix of entertainment and civic education. Together the fables vary in tone from playful to pointed, moving between gentle admonition and sharp social critique.

VI

LE LOUP ET LES BERGERS.

Un loup rempli d’humanité
(S’il en est de tels dans le monde)
Fit un jour sur sa cruauté,
Quoiqu’il ne l’exerçât que par nécessité,
Une réflexion profonde.
Je suis haï, dit-il; et de qui? De chacun.
Le loup est l’ennemi commun:
Chiens, chasseurs, villageois, s’assemblent pour sa perte;
Jupiter est là-haut étourdi de leurs cris;
C’est par là que de loups l’Angleterre est déserte:
On y mit notre tête à prix.
Il n’est hobereau qui ne fasse
Contre nous tels bans publier;
Il n’est marmot osant crier
Que du loup aussitôt sa mère ne menace.
Le tout pour un âne rogneux,
Pour un mouton pourri, pour quelque chien hargneux,
Dont j’aurai passé mon envie.
Eh bien! ne mangeons plus de chose ayant eu vie:
Paissons l’herbe, broutons, mourons de faim plutôt.
Est-ce une chose si cruelle?
Vaut-il mieux s’attirer la haine universelle?
Disant ces mots, il vit des bergers, pour leur rôt,
Mangeants un agneau cuit en broche.
Oh! oh! dit-il, je me reproche
Le sang de cette gent: voilà ses gardiens
S’en repaissants eux et leurs chiens;
Et moi loup, j’en ferai scrupule!
Non, par tous les dieux! non, je serois ridicule:
Thibaut l’agnelet passera,
Sans qu’à la broche je le mette,
Et non-seulement lui, mais la mère qu’il tette,
Et le père qui l’engendra!
Ce loup avoit raison. Est-il dit qu’on nous voie
Faire festin de toute proie,
Manger les animaux; et nous les réduirons
Aux mets de l’âge d’or autant que nous pourrons?
Ils n’auront ni croc ni marmite!
Bergers, bergers! le loup n’a tort
Que quand il n’est pas le plus fort:
Voulez-vous qu’il vive en ermite?