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Fables de La Fontaine

Chapter 202: LE CHIEN A QUI ON A COUPÉ LES OREILLES.
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About This Book

The collection gathers short narrative poems that retell traditional animal fables and moral anecdotes in lively, often ironic verse. Each piece stages animals or everyday figures to satirize human follies, expose moral lessons, and reflect on prudence, vanity, justice, and power. Verses balance lightness and instruction, using brevity, wit, and vivid imagery to make ethical points accessible. Some prefatory remarks frame the tales as suitable instruction for young rulers and emphasize the mix of entertainment and civic education. Together the fables vary in tone from playful to pointed, moving between gentle admonition and sharp social critique.

IX

LE CHIEN A QUI ON A COUPÉ LES OREILLES.

Qu’ai-je fait, pour me voir ainsi
Mutilé par mon propre maître?
Le bel état où me voici!
Devant les autres chiens oserai-je paroître?
O rois des animaux, ou plutôt leurs tyrans,
Qui vous feroit choses pareilles!
Ainsi crioit Mouflar, jeune dogue; et les gens,
Peu touchés de ses cris douloureux et perçants,
Venoient de lui couper sans pitié les oreilles.
Mouflar y croyoit perdre. Il vit avec le temps
Qu’il y gagnoit beaucoup; car, étant de nature
A piller ses pareils, mainte mésaventure
L’auroit fait retourner chez lui
Avec cette partie en cent lieux altérée:
Chien hargneux a toujours l’oreille déchirée.
Le moins qu’on peut laisser de prise aux dents d’autrui,
C’est le mieux. Quand on n’a qu’un endroit à défendre,
On le munit, de peur d’esclandre.
Témoin maître Mouflar armé d’un gorgerin;
Du reste, ayant d’oreille autant que sur ma main,
Un loup n’eût su par où le prendre.